LE DOGME DE LA CHUTE
Métempsycose de M. Jean Reynaud change tout cela : elle fait du temps de Tépreuve le temps de la justice; elle estime que nos souffrances et nos joies sont la peine et la récompense d'actions antérieures dans une rie dont personne n'a gardé la mémoire; elle suit pas à pas la marche de cette inexorable justice dans le jeune enfant qui n'a pu encore ni mériter ni démériter: ses dispositions tîjitives/ l'éducation bonne ou mauvaise qu'il reçoit,. les souffrances qu'il endure, les soins qu'on lui prodigue, sont pour elle autant de preuves de la rigoureuse exactitude que Dieu met dans ses jugements. M. Reynaud affirme que l'enfant est traité comme il le mérite, et que ses douleurs sont dans une proportion exacte avec sa culpabilité. Mais, si cela est vrai de l'enfant, ce doit être vrai de l'homme; car, lui aussi est diversement traité par la fortune. Or, voye2vous l'affreuse conséquence de ce principe ? c'est Tidolâlrie du succès, c'est l^utrage au malheur. La vertu, qui ne le sait? n'a pas toujours ici-bas sa récor^ense. Souvent le vice usurpe sa place et la foule aux pieds. Il faudra cependant dire au criminel, qui arrive à la fortune et aux honneurs, par l'oubli des devoirs les plus impérieux : a La prospérité dont tu jouis est » légitime ; tu Tas méritée ! » Quant à l'homme vertueux que la fortune abandonne et que le malheur éprouve, on lui refusera toute pitié, et on lui jettera cette insulte que prodiguaient à Job d'impitoyables amis : «c Tes maux sont grands; donc tu as » commisdes fautesproportionnées à ta peine! » Endeux roots: il faudra endurcir dans l'aveuglement du vice les heureux de la terre, et porter le coup de grâce à la vertu qui souffre, en lui enlevant, avec la consolation d'une conscience honnête, la dernière ressource qui lui reste ici-bas dans la sympathie des cœurs compatissants.
Est-ce là ce que veut M. Reynaud? Nous ne lui ferons pas l'injure de le croire. Sa doctrine conduit pourtant à ce résultat. Pourquoi donc l'a-t-il adoptée ? Il nous le dit lui-même : « C'est que le dogme catholique du péché originel est inadniis- » sible et qu'il est condamné an tribunal de la Philosophie. » Nous comprendrions cela si le dogme de la Métempsycose était moins mystérieux que celui du péché originel et si les conséquences en étaient plus morales. Mais, c'est tout le con-
ET LÀ MÉTEMPSYCOSE DE M, JEAN REYNAtJD. 403
traire qui a eu lieu. Rien ne rend inintelligible le mystère du mal et insoluble le problème de la destinée humaine comme la Métempsycose de M. Jean Reynaud; rien n'est moins admissible en bonne philosophie que la préexistence et la transmigration des âmes; rien ne renverse les lois de Fordre moral et social comme cette rêverie absurde qui aboutit en définitive à la glorification du c'ftme I Et voilà cependant ce que M* Reynaud préfère au dogme de l'Église dont Pascal (un autre philosophe que M. Reynaud) disait: «Qu'il était moins » inconcevable à Thomme que Thomme n'est inconcevable » sans lui ! »
Mais^si mystérieux et si inadmissible qu'on le dise^ le dogme de l'Église n'outrage pas, au moins, la vertu dans les larmes et ne justifie pas le vice qui prospère! L'Église, il est vrai, place dans le péché originel le point de départ des misères humaines; mais elle n'a jamais dit que l'enfant au berceau souffre ce qu'il mérite! et l'enfant malheupeux et abandonné, elle le recueille, le soigne, le respecte ! L'Église prêche la résignation aux pauvres, aux infirmes, à tous les déshérités de la fortune; elle leur fait voir une expiation dans les souffrances; mais elle n'a jamais enseigné que le désordre de ce inonde, où si souvent le vice triomphe, tandis que la vertu est opprimée, fût le règne de la justice! Au contraire, elle console ceux qui souffrent, par l'espérance des biens futurs, en leur répétant sans cessé que le jour de la justice luira pour eux sur le seuil de l'éternité !
J'ignore si le dogme rajeuni de la métempsycose fera beaucoup d'adeptes parmi nous. Ce serait possible à une époque comme la nôtre, où les plus grossières erreurs trouvent accès dans certaines intelligences, par le seul fait de leur opposition avec les dogmes chrétiens; mais, ce que je sais, c'est que la question réduite aux termes auxquels je viens de la ramener est résolue pour tout esprit éclairé et impartial. Du côté de M. Jean Reynaud, il y a outrage à Dieu, renversement des lois morales, dureté de cœur, inhumanité; du côté de l'Eglise, nous trouvons le respect de Dieu et del'homme,.la justice, la sensibilité vraie, la charité; c'est donc avec l'Eglise qu'est la vérité. L'abbé E. Beuf.
404 ROOTELLBS BT MELAIfeBS.
NOUVELLES ET MÉLAHOES.
ÎTALIE-HOME.— Ouvrages misa Vinde^.— Par un décret en date du 3 aTril dernier, la S. Congrégation de Tlndex a condamné les ouvrages suivants :
Biblioteea délia liberté italiatM -< Libéria religiosa, libertà civile, liberté politlca. — Maria Maddalena. — Gli amori délia peccatrice. — Storia del Vangelo dl Cristo, per Franco Mistrali. — M ilano, 1860.
Délia tirannide sacerdotale antica e modema, e del modo di frenarlSf ail* effetto di promuovere e stabilire la indipendeoza e libertà délie nazioni et se-
fratamente d'Italia.— Qaadro storico filosoflco, di Lisimaco Ferait.^ Flrenie, élixLeMonnier, 1861.
Roma capitale délia nagione italianaf e gl* înferressi cattolicl ; idée eompararative e giudizio di Iiitot Prota, — Napoli, 1861.
Les principes de 89 et ta doctrine catholique, par un professeur de grand se minaire. Paris. 1861.
Mystères de la cour de fiome, par Eugène Briffauit, illustrés par des gravures. ^ Paris, 1861.
On annonce que l'auteur de^ principes de 89, dès qu'il a connu ce décret, s'est soumis et a retiré l'édition de son ouvrage.
— Transformation de la Communauté des prêtres de Sainte- Geneviève.
Itapoléon, par la grâce de Dieu et la volonté nationale, Empereur des Français, — à tous présents et à venir salut :
Sur le rapport de notre Ministre de l'instruction publique et des Cultes, avons décrété et décrétons ce qui suit :
Art. 1*'. A dater du 1*' octobre prochain, la communauté instituée par notre décret du 22 mars 1852, pour desservir l'église Sainte-Geneviève, se composera : ,
t" Du supérieur de l'Ecole des hautes études ecclésiastiques, établie rae de Vaugirard, 76, lequel prend le titre de doyen;
T De six chapelains choisis parmi les élèves boursiers de;i'Ecole.
Art. 2. Une somme de 26,500 fr., prélevée sur le chapitre 31 du budget des cultes, est affectée : 1* à fonder des bourses et fractions de bourses dans l'Ecole des hautes études ecclésiastiques; 2* à fournir des Indemnités pour lesecdé^ siastiques de l'École, chargés de desservir l'église Sainte-Geneviève.
Art. 3. Les bourses et fractions de bourses créées par l'article précédent sont accordées, sur la demande des Archevêques et Évéques et sur l'avis de l'Archevêque de Paris, par notre ministre de l'instruction publique et des cultes.
Art. 5. Les programmes de l'enseignement littéraire et scientifique donné dans l'Ecole des hautes études sont communiqués à notre ministre de l'instruction publique et des cultes, qui se fait représenter par un dél^é dans le conseil de perfectionnement de l'Ecole.
Art. 5. Les dispositions de notre décret du 22 mars 1852 qui seraient contraires au présent décret sont et demeurent rapportées. Fait au palais des Tuileries, le 22 mai 1862,
Par l'Empereur,
ROULAND. NaPOUÉON.
TiniOlM. — tapriaerto BUO J«im, ne ie l'Vniieritr M.
ANNALES
BE PHIIiOSOPHIi: CHRÉTIDlilVi:.
Wunufra 30. — 3utn 1862.
r sss
i^tetmt (atl|0lû|ttr.