‹ Annales de philosophie chrétienne (volume 2)Chapitre 133 sur 149 · ET LA METEMPSYCOSE DE M. JEAN REYNAUD · texte numérisé non relu

ET LA METEMPSYCOSE DE M. JEAN REYNAUD

demment. Il faudrait plutôt dire^ en bonne logique^ que cette \ie antérieure à la vie actuelle n'a jamais existé, puisque Tâme n'en a pas conscience.

Ce n'est pas ce qu'admet M. Reynaud. Non-seulement il affirme que notre âme a vécu^ connu^ aimé^ agi dans n'importe quel corps et sur n'importe quelle planète, avant sa condition présente, sans en avoir gardé te moindre souvenir^ mais il croit que la vie future sera précisément à la vie actuelle ce que celle-ci est à celle qui l'a précédée^ en sorte que nous ne nous souviendrons pas plus dans la vie à venir de ce que nous aurons fait pendant cette vie^ que nous ne nous souvenons à présent de ce que nous avons fait dans le cours de notre vie antérieure. S'il en est ainsi^ que devient notre personnalité morale? N'est-elle pas visiblement détruite à la séparation de l'âme et du corps? Notre responsabilité ne périt-elle pas également avec la conscience du mérite et du démérite? Et^ si notre responsabilité finit aiiîsi toujours dans le renouvellenient perpétuel de l'existence, si l'homme passe continuellement d'une vie à une autre vie, sans qull y ait jamais aucun lien, aucun rapport, aucune subordination forcée entre son état d'aujourd'hui et celui du lendemain, le crime n'échappera-t-il pas au châtiment qu'il mérite, la vertu ne perdra-t-elle pas injustement la récompense dont elle est digne, et l'immortalité elle-même sera-t-elle autre chose qu'une imposante chimère ?

Que l'on songe à tous les germes de désordre et de dissolulion qu'une pareille doctrine jetterait, si elle venait à se vulgariser, dans une société comme la nôtre, où les instincts les plus pervers semblent se révéler avec une nouvelle énergie, et Ton aura une idée du crime que commettent ceux qui s'efforcent de substituer au dogme catholique des théories si fatalement immorales.

' Ce n'est pas tout : la Philosophie éclairée et honnête, d'accord ici avec l'Église, voit dans les douleurs de notre condition présente une épreuve plus ou moins pénible, mais elle a soin de nous apprendre que, dans une vie future, la justice de Dieu rétablira l'ordre momentanément, troublé parles passions humaines, et donnera à chacun tout ce qu'il mérite. La

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