DESCRIPTION DE LA CÉRÉMONIE
de gloire promise aux membres de FËgiise militante qui ont suivi les Yoies du Sauveur.
La façade de la basilique était ornée de Feffigie de ces glorieoi athlètes qui méprisèrent la vie pour Toffirir en holocauste au Seigneur. On les voyait représentés dans une large bannière appendue à la grande loge, assis sur des nues, planant déjà sur ce bas monde et transportés vers le ciel pour s'y enivrer dans V abondance de la maison de Diea et s'ahreuver au torrent des célestes voluptés.
Cette bannière ouvrait une série de tableaux peints avec art, représentant toute une épopée d'actions héroïques pour lesquelles le spectateur ne peut s'empêcher de rendre gloire au Dieu qui a exalté si haut ces vingt-sept élus. On y voyait que ni les tribulations, ni les angoisses, ni la faim, ni la nudité, ni le péril, ni la persécution, ni fépée n'ont pu séparer ces âmes d'élection de la Charité du Christ, et comment leur grandeur éclate non dans les dehors séduisants de la sagesse humaine, mais dans la manifestation de l'esprit et de la vertu.
Voici attachés sur la croix, au-dessus de la porte principale du temple, les vingt-trois enfants du pauvre d'Assise; en vain chercheriez-vous sur leurs corps cloués à ce bois d'angoisse une seule contorsion de douleur : ils prêchent encore à la foule étonnée ce Jésus qui, en mourant sur une croix, a converti en honneur Tignominie de la croix. A droite sur la porte suivante, sont les trois disciples de Loyola, eux aussi crucifiés et couronnés de la gloire de la foi, au milieu des humiliations du monde; à leurs pieds sont prosternés le vénérable évêque du Japon, le roi d'Arima, le souverain d'Omura, avec leurs courtisans, tous suppliant les martyrs de se souvenir d'eux dans le séjour de délices où Us vont avoir le bonheur d'entrer. A gauche, au-dessus de la troisième porte, le fidèle contemple Jésus-Christ mettant avec une bonté infinie son divin cœur dans le sein de son pieux serviteur, Michel de Sanctis. De courtes ins- ' criptions latines, disposées entre les portes de l'atrium donnent la raison de cette solennité et des dispositions avec lesquelles le fidè!e doit y assister.
Les bornes de cet article ne nous permettent de décrire au gré du lecteur ni les peintures de l'intérieur de la Basilique où sont retracés les gestes, les miracles et les gloires des Bienheureux, ni ces inscrip- . tions latines qui les racontent, ni la splendeur de l'ornementation, ni cette éblouissante illumination obtenue à l'aide de candélabres disposés ' sur le pavé, suspendus à la voûte ou aux murs, et de cierges placés le long de la corniche. Nous réservant de nous étendre un jour davantage sur ce sujet et d'offrir aux artistes qui ont contribué à la décoration de la Basihque le tribut d'honneur qui leur est dû, nous nous bomeroos aujourd'hui au récit de la cérémonie.
n était un peu plus de sept lieures quand la tête de la processioa qui accompagnait le Saint-Père est entrée dans l'enceinte du temple.
Cette procession^ partie de la chapelle Siitine et descendant par Tescalier ro^al, avait suivi la galerie qui longe le flanc gauche de la Basilique, et^ sortant par la porte de fer, avait traversé la place pour gagner directement la galerie de droite, et de là l'atrium. Les assistants, disposés sur deux files, tenaient un cierge allumé et un petit livre de psaumes et d'hymnes imprimé par commandement exprès de Sa Sainteté. Le chant avait commencé, comme en ces sortes de supplicatiom, par YAve, maris Stella, enioxmé par le Saint-Père après qu'il eut revêtu les ornements pontificaux.
En tête de la procession, et précédés des élèves de lHospice Apostolique et de ceux de la maison des Orphetins, s'avançaient sous leur hsomière respective les Religieux des ordres mendiants et monastiques et les Chanoines réguliers, suivis de la croijL du Clergé séculier, des élèves du Séminaire Romain, du Collège des Curés, des chandnes et clergé des Collégiales,* et des chanoines et clergé des Basili<pies mineures et patriarcales, ces derniers précédés des pavillons et des clochettes. La marche était fermée par Mgr le Vice-Gérant, entouré des membres du Tribunal et de l'éminentissime Cardinal-Vicaire. '
Les membres du tribunal de la S. Congrégation des Rites, les Consulteurs et les Prélats officiers précédaient les bannières des Bienheureux. La première, représentant le confesseur Michel de Sanctis, était portée derrière six Trinitaires Déchaussés, en cotte, et tenant de gros cierges inclinés; quatre Pères du même Ordre portaient les cordons de soie, et des membres de l'Archiconûrérie du GonMcm soutenaient la bannière. Les Frères de Sainte-Marie délia Fietà et de Saint-François-Xavier portaient la seconde, où étaient représentés le B. Paul Mîki et ses compagnons, martyrs. Quatre Pères de la Cona^agnie de Jésus tenaient les cordons, et six autres précédaient avec des cierges. La troisième bannière, celle des martyrs franciscains, était soutenue par les Confrères des Stigmates et précédés de cinq Franciscains tenant leur cierge ; un sixième était porté par Ëusèbe de Musquic, descendant de saint Martin de l'Ascension; le prêtre Rosalie, son frère, tenait un des cordons de la bannière, et trois Pères de l'Observance, les trois autres cordons.
Suivait la Chapelle pontificale dans l'ordre suivant : les procureurs de Collège^ le prédicateur apostoUque, les Bussolanti, les chapdains communs, dont quelques-uns portaient les mitres et les tiares précieuses de Sa Sainteté, les clercs secrét^^es, les chapelains d'honneur et secrétaires, le procureur général du fisc, avec le commissaire de la Chambre apostolique, les avocats consistoriaux, les camériers d'honneur et secrétaires surnuméraires ecclésiastiques, les camériers secrétaires participants^ les
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chapelains chantres pontificaux et le personnel des divers collèges de la Préiature^ savoir : les référendaires de la Signature, et, parmi eux, le prêtre assistant, le diacre et le sou&-diacre de la Chapelle pontificale; les abréviateurs du Parc Majeur, les votants de la Signature de Justice, les clercs de la Chambre apostolique, les auditeurs de Rote, et, panni eux, le P. Maître du Sacré-Palais en habit de Frère Prêcheur. Les membres de ces divers collèges portaient le rochet et la cotte sur la soutane violette, et les autres dignitaires de la cour pontificale chacun le costume de son rang. Après eux, venaient le maître du Saint-Hospice et les chapelains secrets, ces derniers portant la tiare et la mitre ordinaires de Sa Sainteté.
Après eux, le dernier auditeur de Rote, en tonacella, portait la croix papale, fixée sur une hampe. Le Prélat-doyen de la Signature balançait l'encensoir devant elle; sept votants de la Signature, faisant les fonciious d*acolytes, tenaient autour d'elle des cierges allumés ornés d'arabesques dessinées en talc et en papier; deux maîtres Ostiari, gardiens de la croix, la suivaient de près.
Le clergé séculier portait les ornements rouges ; le Prélat auditeur de Rote, qui devait remplir les fonctions de sous-diacre apostolique, l'aube et la tonacelîa ; le diacre et le sous-diacre grecs, les ornements de leur rite. Us étaient suivis des Pères-Pénitenciers du Vatican, en chasuble damassée ; des Abbés nullius et les Abbés-généraux, en chape damassée et.la miti'e de Unge sur la tête. Les Ëvêques, Archevêques, Primats, Patriarches poilaient la chape de lama et la mitre de lin ; les Pères du Sacré-Coliége, qui venaient derrière eux, les ornements sacrés de leur ordre. Les Cardinaux-diacres étaient en dalmatique, les Cardinaux-prêtres en chasuble et les Cardinaux-évêques en chape.
Plus près de Sa Sainteté s'avançaient les conservateurs et le sénateur de Rome, le prince assistant au trône, le vice-camerlingue de la S. E. et ses deux assistants, le cardinal-diacre Ministrant, les deux premiers maîtres des cérémonies. Les persoimages dits de custodia Pontifcis étaient rangés autour de l'auguste Chef de l'ËgUse : officiers supérieurs de la garde palatine d'honneur, officiers de la garde suisse, camériers secrets d'épée et de cape, massiers, Falafrenieri et Sediariy sous la direction du grand Foriere et du grand CavaHerizzo, et tenant soulevée sur leurs épaules la sedia gestatoria où était assis le Souverain-Pontife, mitre en tête, enveloppé dans les plis du manteau pontifical, la main gauche recouverte d'mi veile de soie brodé d'or et portant un cierge allumé; la droite se levait de temps en temps pour bénir le peuple. Ce peuple, qui encombrait l'immense place, se heurtait, se soulevait pour découvrir le Maître infaillible de la foi porté sous le baldaquin, entre les fiaheXU, et s'agenouillait avec émotion et respect sous sa main bénissante.
Derrière Sa Sainteté, quelques chapelains alternaient le chant de FAve, maris Stella; Fauditeur-général de la Chambre, le trésorier général, le majordome, le personnel du Collège des Pronotaires apostoliques et les généraux d'Ordres termaient la marche.
Sa Sainteté ayant ordonné que tous les personnages qui prendraient part à la procession entonneraient le Bégina Cœli en mettant le pied sur le seuil de la basihque, les chapelains ont entonné l'antienne. La tête de la procession attendait devant l'autel du Saint-Sacrement. Sa Sainteté, descendant de la sedia, s'est agenouillée sur le prie-Dieu pour faire son adoration, et tout le personnel de la procession l'a imitée.
Lés bannières ont été déposées dans la chapelle.
En ce moment le Saint-Père, reprenant place sur la sedia gestatoria^ s'est dirigé vers le presbiterio, précédé de tout le personnel de la procession. Après une courte prière. Sa Sainteté s'est assise sur le siège pontifical pour recevoir l'obédience que les Cardinaux ont prêtée en lui baisant la main, recouverte des franges du manteau ; les Patriarches, les Archevêques et les Évêques, en baisant la croix de l'étole reposant sur son genou; les Abbés nullius, les Abbés généraux et les Pénitenciers de la basilique, en lui baisant le pied.
Chacun d'eux, après l'obédience, descendait les degrés du trône pour aller occuper le siège qui lui était affecté dans l'enceinte du presbiterio. L'ensemble de ces dignitaires formait autour du Père des fidèles une majestueuse assemblée, comme point ou bien peu de siècles passés ont eu occasion d'en contempler.
Tous les dignitaires qui devaient assister le Chef de l'Église pendant la messe pontificale ont pris place alors autour de lui. A ses côtés se tenaient LL. EËm. les cardinaux Ugohni et Marini, diacres assistants ; à sa droite, et par rang de préséance, le prince Orsini, assistant au trône, et le marquis Antici Mattei, sénateur de Rome; la municipalité romaine et les avocats consistoriaux ; à sa gauche, Mgr. Ferrari, préfet des cérémonies, le doyen de la sacrée Rote et les deux camériers secrets assistants. Sur les degrés du trône avaient pris place les Archevêques que Sa Sainteté avait désignés pour ses assistants, savoir : le primat arménien de Constantinople et les Archevêques de Ghesen et Posen, d'Alby> de Dublin, d'Halifax, de Cincinnati, de Salzbourg, de Caracas, d'Olmûtz, de Durazzo, de Tyr (rite grec), de Sorrente, de Munich, de Goritz, de Tarragone, de Beyrouth (rite mai'ônite), de Damas (rite grec) et de Zara. Les patriarches de Venise et des Indes-Occidentales étaient à côté de Sa Sainteté pour lui tenir le livre et la bougie.
Tous ayant en main leur cierge allumé, l'Em. cardinal Clarelli, procureur de la canonisation, accompagné d'un cérémoniaire apostolique
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et d*iin avocat consistorial^ s*est ayancé au pied du trône^ et l'aiocat agenouillé s'est adressé en ces termes à Sa S^nteté :
c Beaiisiime Pater : Beverendissimus dominus Cardinalis ClarelU Me prœ$en8, instanter petit per Sanctitatem Yestram catdlogo Sanctorvm Domini Nostri Jesu Christi adscribi, et tamquam Sanctos ab ommbus Christi fideUbus prommciari venerandos beatos Petrum Baptistam, Paulum, eorumque Socios Martyres et M ichaelem de Sanctis Confessorem. »
Mgr Padfici^ secrétaire des Brefs ad PrincipeSy qui se tenait sur le trône^ a répondu en latin, au nom du Saint-Père, que Sa Sainteté, bien que pleinement édiiiée sur les vertus de ces bienheureux et sur les miracles par lesquels le Seigneur avait fait éclater la gloire dont ils jouissent, exhortait néanmoins Fassistance à implorer les lumières d*en-haut pour le Chef de FËglise, par 1* intercession de la Bienheureuse Vierge .Marie, des saints apôtres Pierre et Paul et de toute la Cour céleste.
A ces mots, les Postulateurs sont retournés à leurs sièges. Deux chapelains-cbantres ont entonné les Litanies des Saints, qui ont été poursuivies jusqu'au dernier Kyrie eleison et par Tauguste assemblée et par les innombrables voix du peuple faisant retentir les voûtes de la basilique.
Les litanies terminées, les Postulateurs sont revenus devant le trône^ et l'avocat a répété la formule, en y ajoutant, au mot instanter, le root instantiiis. A quoi le Prélat-secrétaire a répondu, au nom de Sa Sainteté, qu'elle voulait qu'on implorât par de nouvelles prières l'assistaooe de l'Esprit-Saint, source de sainteté et de lumière.
Après le départ des postulateurs, le Souverain-Pontife s'est agenouillé sur le prie-Dieu et est resté en oraison depuis le moment où le premier des cardinaux-diacres a dit : Orate, jusqu'au moment où le second a prononcé à haute voix le mot : Levate. Sa Sainteté s'étant levée, toute l'auguste assistance, qui avait prié comme Elle, en a fait autant. Le Saint-Père a entonné le Fem, Creator Spiritus, qu'ont achevé les chapelains-chantres et le peuple^ en alternant les strophes.
Après que le Saint-Père eut récité l'oraison et se fut assis, les postulateurs se sont présentés pour la troisième fois, et l'Avocat a répété la même formule en ajoutant aux deux mots précédents le mot instantisr sime, A quoi le prélat-secrétaire a répondu que Sa Sainteté, intimement persuadée que la canonisation qu'on implorait d'EUe était une chose agréable à Dieu, se sentait disposée à prononcer la sentence définitive.
A ces mots, l'assemblée s'est levée et le Saint-Père, la mitre en tête, assis sur sa chaire en qualité de Docteur et de Chef de l'Église universelle,, a parlé en ces termes : ^ « Ad honorem Sanctae et ladividuse Trinitatis, ad exaltationem Fidd
DE LA CANONISATION DES MARTYRS JAPONAIS. 41 i
» GalhoUcsB^ et Ghristianœ religionis augmentum^ auctoritate Domini » Nostri Jesu Ghristi^ Beatorum Apostolorum Pétri et Pauli^ ac Nostra; 1» matura deliberatione prsehabita, et Divina ope sœpius implorata^ ac w de Yenerabilium Fratrum Nostrorum Sanctae RomanaB Ecclesiœ Car- » dinalium^ Patriarcharum, Archiepiscoporum^ et Episcoporum in Urbe ]> existentium concilio^ Beatum Petrum Baptistam^ Martinum de Ascen- 9 sione^ Franciscum Blanco sacerdotis ; Paulum Miki^ Joannem Soan^ » Philippum a Jesu clericos , Didacum-Jacobum Kisai catechistam ; » Franciscum de Sancto Michaéle^ Gundisalvum Garzia, Paulum Suzu- )) bui^ Gabrielem a Duisco, Joannem Quinzuya^ Thomam Danchi, Fransciscum^ Thomam Gosaqui^ Joachim Saqu\jor^ Bonaventuram^ » Leonem Garazuma^ Mathiam, Ântonium^ Ludovicum Ibarchi^ Paulum D Yaniqui Ibarchi^ Micbaelem Gozoqui^ Petrum Sequezein^ Gosmam « Raquisa^ Franciscum Fahelante laicos^ omnes Martyres^ et Micbaelem
V de Sanctis confessorem> Sanctos esse decemimus^ et deûnimus^ ac v Sanctorum Gatalogo adscribimus : Statuentes ab Ecclesia uniYersali 9 eorum memoriam quolibet amio^ nempe Pétri Baptistae et Sociorum
V die quinta Februarii^ qua pro Ghristo passi sunl, inter Sanctos Mar- » tyres^ et Michaelis die quinta Julii inter Sanctos Gonfessores non Pon- » tiûces pia devotione recoli debere. In nomine Patris^ et Filii^ et Spi- 9 ritus Sancti. Amen. »
Au mot Amen les postulateurs se sont de nouveau avancés vers le trône^ et l'avocat consistorial a remercié Sa Sainteté au nom du Gardinal-Procureur^ en ajoutant qu'il la suppliait de vouloir bien ordonner, l'expédition des Lettres Apostoliques concernant la canonisation. Le Saint-Père a répondu : Decemimus, et Ta béni. Lé Gardiual-Procureur est allé baiser la main et le genou de Sa Sainteté pendant que Tavocat^ adressant la parole aux pronotaires apostoliques^ les priait de dresser acte de tout^ à quoi le premier de ces prélats a répondu en se tournant vers les camériers secrets appelés à rendre témoignage : Confidemus vobis testibttë.
Ce grand acte accompli^ Sa Sainteté s'est levée^ a déposé la mitre et entonné le Te Beum, Quarante mille voix ont poursuivi le chant pour donner un hbre cours à Témotion qui disait battre tous les cœurs et pour rendre grâce à Dieu, qui venait de se glorifier dans ses saints. Le*s cloches de la basilique communiquaient l'allégresse de l'assistance aux fidèles qui n'avaient pu en faire partie; les canons du château Saint- Ange annonçaient le grand événement à la Yille-Ëtemelle, et les cloches de toutes les églises conviaient tous les fidèles à réciter les prièreis prescrites pour gagner les indulgences. Les cœurs étaient pénétrés d'une sainte aUégresse^ de l'allégresse du Seigneur.