‹ Annales de philosophie chrétienne (volume 2)Chapitre 32 sur 149 · QUATRIÈME ET DERNIER ARTICLE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME ET DERNIER ARTICLE

Parlûns maiotanaiit des communes ou municipalités au 12* siècle. Les communes de cette époque doivent leur origine aux associations «de la Paix et de la Trêve; les preuves en abondent .dans les pages précédentes. Nous allons faire de ces iostitutions Tobjet d'un examen particulier.

Le mouvement communal m. 12* siècle est un épisode du développement et des progrès du Tiers-Etat^ qui sauva les an<ciens droits €t coutumes prêts à disparaïke dans la société féodale. Au sein de la féodalité toute-puissante encore^ dans les bourgades 1<^ plus humbles comme dans les plus grandes YiUes^ on vit. s'élever de petites républiques se gouvernant elles-mêmes, et jouissant dans Tordre civil et politique d'une liberté dont les villes hanséatiques ont seules, de nor jours, conservé le souvenir et le privilège.

Les associations ou communes de la paix sa formèrent au H* siècle dans le Berry, risle^e*France, le Beauvoisis, l'Amiénois. Dans la première partie du siècle suivant, ces com« munes se localisèrent; c'est l'époque où le roi s'en proclame lechof. Ciiiquante ans après, les communes diocésaines avaient complètement disparu pour faire place aux communes muni* dpales, évidemment nées des premières. La différence entre les oneset les autres est celle-ci : les premières pouvaient se com*poser de plusieurs villes et même d'une province, les secondes se réduisaient à une ville ou à un village.

Lorsqu'au 13* sièele nous voyons la royauté entrer dans ce mouvement salutaire que l'Eglise avait encouragé et protégé durant les deux siècles précédents, elle se contente de reconnaître des droits sans les créer, de protéger des associations

' Yotr l« t* «rUde an cahier de décembre, t. IV, p. 40S.

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sans leur donner naissance. C'est ce que nous remarquons dans la plupart des chartes de commune^ lorsque pour se donner une apparence d'initiative dans ces concessions^ ils sont obligés de constater que c'est à la demande de l'Eglise ou de ses ministres qu'ils ont accédé. Voici un document fort intéressant et qui n'a jamais été rendu en français; c'est la charte de commune donnée à la Tille de Compiègne par Louis YI^ dit le Gros. ♦

a Au fum de la tris-sainte et indivisible Trinité, aimi soit-il. Moi, Louis, par la grâce de DieUy roi de France et duc des Aquitains :

x> Que tous présents et à Tenir sachent que l'église de Compiègne a été en grand renom^ puisqu'il est certain qu'elle a été fondée et dotée magnifiquement par les rois de France S nos prédécesseurs, comme cela est renfermé dans leurs priTÎléges et chartes, et que la Tille elle-même fut jadis belle et de grand renom. En punition de leurs péchés, l'église comme la Tille sont maintenant déchues et graTcment appauvries par suite des dérèglements des clercs (06 enot^mitaies clerieorum). C'est pourquoi^ offensé de ces choses, nous avons mis à leur place des moines qui TiTent saintement en honorant Dieu, tout en sauTegardant les droits des premiers sur l'église ! Cependant les clercs, oubliant notre mansuétude, ii>éprisant la décision royale, et forts de l'appui des hommes qui leur étaient soumis, ont jeté coutumélieusement les moines hors de l'église, ont détruit leurs magasins et leur ont causé de grands dommages. Puis^ après aToir remis lôs moines à leur place, pour le bien de la paix, le service de l'église, la tranquillité d'esprit des fidèles, par le conseil de Samson^, vénérable archeTÔque de Reims; d'Odon^, abbé de Saint-Denis, et d^autres, de nos hommes et aussi de la reine Adélaïde ^, qui possède

1 n s'agit ici de l'abbaye de Saint-Cornellle fondée par Charles le Cliauve en 876; ce monastère a été détruit en 1793, sauf quelques bâtiments encore debout.

2 Samson de BlauToisin, archevêque de Reims depuis 1 UO Jusqu'au 1 1 août 1 160, jour de sa mort.

3 odon de Deuil, abbé de Saint-Denis de Reims, vers 1150» mort le 13 février 1163. Galîia ehristiana, 2* édit., t. ix, col. 291.

4 Adélaïde, veuve de Louis TI, et mère de Louis TIL Elle s'était remariée en 11 38, avec Matthieu de Montmorency» connétable de France. EUiemouraten 1154.

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