‹ Annales de philosophie chrétienne (volume 2)Chapitre 45 sur 149 · UB PARFUM DB ROI · texte numérisé non relu

UB PARFUM DB ROI

et la suite de Napoléon y dans les mêmes affaires y ne correspond pas à la suite de Gharlemagne. Les lettres de Napoléon à Pie VIT^ si conciliant, si doux, si désarmé, sont dures, impérieuses, injurieuses même, et menaçantes. La menace ne resta pas sans effet.

n Ce fut un terrible incident que le mariage du frère Jérôme avec une demoiselle d'Amérique. Napoléon en demande la rupture. Le Pape n'y voit aucun moyen. Napoléon s'emporte, tourmente le Pontife, passe outre , démarie et remarie son frère. Gharlemagne, à 28 ans, avait cru pouvoir légitimement répudier Himiltrude et prendre Hermengarde. Le Pape, gardien des lois saintes, lui enjoint de renvoyer la concubine et de reprendre l'épouse : Gharlemagne obéit.

)) Ceux à qui cette obéissance semblerait bassesse ne réfléchissent pas. Il est toujours beau d'obéir à des lois justes, et il est très-beau lorsqu'on aurait assez de puissance pour les enfreindre. De plus, cela est très-sage; car l'homme finit toujours par obéir, et l'obéissance à la loi dispense de l'obéissance à la force. Gharlemagne eut l'humilité d'obéir au Pape, il n^eut pas l'humiliation d'obéir aux Saxons.

Gharlemagne n'est pas seulement plus pieux que Napoléon, plus éclairé dans sa foi, plus large dans ses vues et dans ses œuvres, il est incomparablement plus civilisé. Ses lettres au Pape sont d'une urbanité exquise. Il prenait soin de tracer lui-même le programme des formes et du langage dont ses ambassadeurs devaient user envers^ le Vicaire de Jésus- Christs

<K Us salueront premièrement le seigneur Pape au nom de son fils le roi Gharles, et au nom de sa fille la reine Fastrade, au nom des fils et flUes du Roi et de toute la maison royale, au nom des Prêtres, des Evêques , des Abbés et des Religieux, et enfin ils le salueront pour l'universalité du peuple des Francs. Dénombrement homérique, plein de respect et de

^ La lettre que M. Veuillot analyse ici a été découverte récemment ; on en trouvera le texte et la traduction dans les Annales, t. xvi, p. 62 (2« série), avec une notice, par M. Artaud, sur cet autographe qui, soustrait à la bibllothëqoè impériale; y a été restitué depuis» On y trouvera aussi las lettres de Napelé<m I" à Pie VIL

FAA M. I.. YEUIIXOT. 13i

grandeur. Mais Charlemagne est plus ^rai que tous les héros d'Homère.

» Ensuite^ les ambassadeurs rendront grfice à sa Sainteté d'avoir envoyé au Roi ; car « le Roi regarde comme joie , pros- » périté et salut d'avoir mérité de recevoir de bonnes nouvelles 9 de votre santé conservée de Dieu et de la bonne situation de » votre peuple, populi vestri- » Napoléon écrivait à Pie VU : «Votre Sainteté est souveraine de A^ome^ mats j'en suis Vempe^ » reur. » Il prétendait avoir hérité ce titre de Chademagne.

» Ensuite les ambassadeurs rendront au Pape beaucoup de grâces^ au nom du Roi^ pour ses sacrées et saintes prières en faveur de ses peuples et de ses intérêts, et de la sainte Ëglise, et des fidèles vivants et défunts; el ils diront à Sa Sainteté que le Roi son fils d ésire rendre en tout ce bon procédé.

9 Ensuite^ ils diront : « Votre fils^ notre maître^ nous a en- 8 voyés, parce que« grâce à Dieu, vos bonnes prièifes ont ap- 2> porté prospérité à lui^ à votre fille son épouse, à la race » donnée de Dieu à notre maître^ à toute sa maison et à tous » ses fidèles. »

» Ensuite, ils donneront la lettre du Roi^ en disant de cette manière : « Notre maître, votre fils, vous a envoyé la présente » lettre en demandaut que Votre Sainteté la reçoive béni- » gnenlent. d

r> Ensuite ils diront; «Notre maître, votre fils, vous a envoyé 1» maintenant des présents, tels qu'ira pu les préparer dans la ]>Saxe, et quand il plaira à Votre Sainteté nous les montre- "n rons. Notre maître, votre fils, a destiné ces petits présents à i> Votre Paternité j demandant cependant trêve jusqu'à ce » qu'il ait pu en préparer de meilleurs. »

» On voudrait savoir quels étaient les « petits présents » que le roi Charles envoyait de Saxe au pape Adrien. Un jour, ce furent des objets précieux qui avaient été pris à l'Eglise romaiDe par Attila. Un autre jour^ il fit présent de poutres pour la construction d'une église.

» Mais si nous sommes dans l'ignorance quant aux présents^ nous savons quelles étaient les demandes. Ordinairement, Charles demandait des prières pour son peuple et pour lui. Cest l'objet probable de la lettre remise par les ambassadeurs

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dont nous venons de lire les instructions, et nous ayons la réponse qui leur fut donnée. Répanse glorieuse pour le roi elle royaume des Francs. La voici ' :

(c Au très-excellent seigneur notre fils et compère spirituel » Charles^ roi des Francs et des Lombards^ patrice des Romains^ » Adrien^ Pape.

» Nous avons reçu vos royales paroles^ attendues ettrès-dé- D sirées de Nous. Elles nous font connaître la prospérité très- » parfaite de votre haute puissance^ de votre compagne^ de vos » fils et de vos principaux fidèles, qui sont aussi les nôtres : » nous en rendons grâces au Rédempteur du monde. Nous D bénissons Dieu surtout quand nous voyons les victoires qu'il » vous a fait remporter et comment des peuples cruels et enh nemis ont été par vous amenés à la vraie foi de TÉglise ca- D tholique. Par la protection de Dieu et l'intervention des » apôtres Pierre et Paul, voilà les têtes soumises^ les chefe » subjugués^ et l'inspiration divine et votre puissance condui- » sent toute la nation Saxonne aux fontaines sacrées du bap- » tême.

» De plus en plus; nous glorifions donc la divine Clémence, » parce que, sous votre règne et le Nôtre, des peuples païens » sont élevés à la vraie et grande religion et à la foi parfaite, » en même temps qu'assujettis à vous. Là est le soutien de » votre puissance fondée de Dieu. Fidèle aux promesses que » Vous avez faites a votre protecteur saint Pierre et à Nous, 9 et les accomplissant d'un cœur pur et dévoué, aidé d'en » baut, vous avez mis à vos pieds les plus grandes et les plus )) valeureuses de ces nations. Elles se rendent désormais; » elles viennent d'elles-mêmes dans votre royal domaine. » Ainsi, par le salut de leurs âmes, au jour du jugement, de- » vant le tribunal du Christ, vous présenterez de très-dignes » offrandes ; et pour cet amour des âmes, vous obtiendrez dans » le rovaume céleste des mérites infinis.

» Pour récompense de ces œuvres et pour la victoire de » votre persévérance, vous désirez, excellent seigneur, que » nous rendions de publiques actions de grâces à Dieu, et

^ Voir le texte de cette lettre parmi celles de Charlemagne, lettre 8S ; daos la Patrol latine^ t. 98, p. 3S7.

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» qu'en aoe ou deux fériés nous chantions des litanies solen- » nelles. Un tel désir nous est parfaitement agréable. En con- » séquence^ donnant un ordre apostolique en toutes les con^ 9 tréesquisont soumises àTotre mère spirituelle la sainte Eglise » romaine, nous avons décrété que Ton prie avec Nous y sous » la protection deDieu^ aux23% 26*et 28* jours du mois de juin^ » qui sont en la vigile du B. Jean-Baptiste^ en la fête des saints i martyrs^ et en la vigile du B. Pierre. Qu'en cette même forme^ » votre puissance royale donne des ordres en toutes les con- » trées et provinces transmarines où demeure une nation chré- » tienne, afin que c&&l%tanm de trois jours y soient célébrées. » Or nous avons déterminé cette mesure de temps pour les » chrétientés lointaines placées hors de votre domination.

» Quant à Nous, non-seulement Nous avons réglé de celé- » brer, ainsi que vous le souhaitez, ces quelques jours de » supplications, mais selon notre usage, désirant prier sans » intermission pour Votrp Excellence, nous avons résolu de » composer et de chanter des louange$ au Rédempteur du » monde, afin que les nations qui ont été amenées à la foi par » \os batailles y restent toujours par votre soutien, et que » Dieu écarte de vos possessions et des nôtres les maladies et » la peste ; de telle sorte qu'en vos jours et durant les Nôtres, » le peuple qui nous est confié vive en grande abondance, » joie et prospérité, et que vous-même, roi, et votre reine, et 9 Tos nobles enfants, jouissant d'un long règne ici-bas, vous B méritiez un règne sans fin dans les célestes demeures. Et. > puisse, par vos laborieux combats, votre mère spirituelle, la )» sainte Eglise romaine, être de plus en plus exaltée.

» Que la grftce d'eu haut garde Votre Excellence en santé et » en salut, d

» Ainsi s'écrivaient le grand Roi et le grand Pontife ; et les victoires de Charlemagne et de la nation des Francs étaient un motif d'actions de grâces pour tout ce qu'il y avait de cb rétiens sur la terre. Le Pape ordonnait de prier pour le roi Charles, même aux peuples qui n'étaient pas de sa domination. Cest qu'en effet le héros de l'Eglise était le libérateur de tous. Ses lois, inspirées du Christ, soulageaient les corps du poids de la servitude, les âmes du poids de Terreur ; et son

V SÉRIE. TOMB V. •— N"" 26 ; i862. (64* wl. de la coll.) 9

èpée, q^i raaversaU les idoles» gardait au loi» Im miiQm qui m lui appartenaieut pas.

» MabiUoa a recueilli des litanies dite^ CaroiineM, attribua au Pape Adrien, et qui sout probablemeot celles dopt il ^t question dans sa lettre à Gbarlemagne, mai^ avoc quelques corruptions de style et des additions de provenance incoiinue, Je traduis ce que Ton peut ^peler la partie poditiqw de c^Ue lopgue prière :

Malgré notre Indignité» à Cbrist, lécoutai-noual

Pour tout le peuple catholique, nous vous prions, ëcoute;^-no\|^ !

Fils de Dieu, Agneau de Dieu... ayez pitié de nous !

Le Christ commande, il règne, il est Vainqueur!

Au sDiiTerain Pontife et Pape uoiTersel Adrien, longue vie! Rédempteur da mppde, donnez-lui secourf !

Saint Pierre, assistez -le !

Au très-excellent Charles, couronné de Dieu, grand et pacifique roi des Franes et des Lomhards, et patrice des Romains, \le et victoire t SauTeur 4u monde, donnez -lui seeours!

Sfillit Jeiin, asaistez-rle 1 Pu*ist, exauceiE-nous {

A Pepln et à Charles, ses très nohles fils, longue vie !

A.Fastrade, reine, salut et longue vie ! • '

A tous les Juges et à toute Farmée d«s Francs, yle et Tictoire ! Saint R^oll» as^te^-les !

Le Clirist commande, U régime, il est viUnq^eur l Votre grâce, Seigneur I La joie et là paix, Seigneur !

La vie et la santé. Seigneur!

Ckmtre nos ennemis {s^otégez-nous, Seigneur ( Le pardon |le pos péchés, Seigneur I

» Lorsque le saint Pape Adrien passa à une meilleure Ji\e^ k roi Charles voulut écrire son épifaph^ et composa un petit poëme en vers qui fut gravé sur la pierre et conservé dans la basilique du prince des Apôtres.

V La noble pierre ne fut pas enfouie dani les cryptes de la ^^siliqu^ rebâtie^ avec d'autres débris de Ji'ax^çi^n édifik^. $0» egft epcadréç sous le vestibule, près de la porte du coté gimçHf Apn Ipin de la statue de TEImpereur*

9 Voici cett^ pièce où respire un si grand et si tendre em^f où l'humilité et la foi parlent Je plu$ toi»chaj;>t langagCi m )'anjiUé répond de vraies larpaes ^:

« Voir ie tû^tè de cette épitaphe^ J'atrqh htims^ t^id», p. }3§0.

P4R M. L. VBUILLOT. 135

iQi i^ose Advi6D, 91^0 ))ienh€areqx, le père dt TEslise, FHonaeinr de Rome, «op 4i]gaate sovUen.

Dieu fut j»a vie, la piété sfi loi, le Christ sa gloire; pasteur apostolique, ardpnt à toute œuvre de bien.

Sorti de noble race, fils d'une longue suite d'aïeux, plus soble en ses saintes actions.

Son z^le.reliisieQï le portait à décora pn jUnitee contrées 1m fanetiiaires consacrés au Seigneur.

Il combla de dons les Eglises, nourrit les peuples par renseignement sacré, ouvrit à tous le chemin du ciel.

Prodigue envers les pauvres, le premier de tous par la piété, il veilliUt la BQit dans la piière peur son peuple.

Oeité, tète du mopde, augiis^e Rome! il fut ta s^uve^rije par ^ l^ole, par ses largesses, par les reipparts qu'il te donna.

La mort que le Christ détruisit par son propre trépas, ne fut pas fatale au pontife Adrien; elle fut pour lui la porte d*iine vie meilleure.

Mol, Ghaflfls, versant ^es pleurs sur le trépfts ùe mou père, j'ai composé ota vers. Tu étais, ô père! ma plus douce ^iffection, et Je te pleure ai|)oiir4'huK

Garde souvenir de moi ! Mon âme ne cesse de te prier, mainte4ai)( ({ue^ ({aqs la compagnie du Christ, tu habites l'heureux royaume du ciel.

Le clergé et le peuple f aldt^rent d'un grand amour, excellent pontife ; tu étale pour tous an même amour. J'unis ici nos deux noms et nos titres : Adrien, Charles^ moi le roi^ toi le père;

Passant qui lis ces vers, je t'ep ^iippUe ^vec tendresse, daigne dire : Qi/su clament, ayez pitié des deux !

Que cette tombe conserve donc dans le repos tes membres, ô pontife chéri ! Qoe ton àmie auguste Jouisse donc de Dieu avec les saints !

^tuqu'4 ee quei^ dernière trompette fasse retentir à tes oreilles cas paroles : « Lèye-toi avec Pierre ton prince» lève- toi pour voir Dieu. »

Alors tu entendras, je le sais, la voix souveraine du juge : « Entre mainte- » nant dans la joie immense de ton Seigneur. »

A ee moment, excellent père, daigne avoir souvenir de ton flls. Pense à ré- HOmlret « Qu'il vienne avec sdn père, celui-ci qui est mon fllsl »

Monte donc, peureux père, iin royaume céleste du C9|rial^ ^t de 1^ repaie sur le troupeau le secours de tes prières.

Aussi longtemps que le soleil éclairera le ciql de sjbs feux, ta gloire, ô père nint, demeurera vivante sur là terre !

» ^empereur Charlemagoe avait mandé à lacouf le bon duc GuilloÊême d'Aquitaine, petit- fils de Charles Martel, Tun de ses vaill^ate et de ses pairs, qui dans son empire étaient presque 46» fm%- Guillaume, &i vingt rencontres, avait défait les Sarwins; il Leur avait repris Orange ; il régnait à Toulouse, ricbé, magnifique, orné de bonne gloire; il était honoré des peuplc^^ phéri de TEmperieiiri aimé de Dieu. A son arrivée,

136 LB PARFUM De ROME,

TEmpereur le combla de caresses et de louanges ; et comme Ton s*aimait dans la maison de Charlemagne, fout le monde en éprouvait de la joie. Mais pourtant le bon duc Guillaume avait une angoisse au cœur. Un jour, tremblant, il aborda TEmpereur et lui dit :

« Seigneur Charles, mon père, écoulez votre soldat.

» Vous savez. Seigneur, combien je vous aime et comment » je vous ai servi. Vous m'êtes plus cher que la vie et la lu- » mière. J'étais à vos côtés dans les batailles, et partout, lors- » que j'ai vu du péril pour votre personne, je vous ai fait un n rempart de mon corps. Mais maintenant le temps des ba- » tailles est passé, et je vous demande la permission de servir » désormais le roi éternel. Donc, Sire, mon ami et mon père, B laissez-moi aller ; car depuis déjà longtemps mon vœu est » de quitter le monde et de m'enfermer au monastère que j'ai X» construit dans le désert pour Tamour de vous. »

y» Le bon Empereur, surpris, changea de couleur et fut quelques instants sans parole. Puis enfin, poussant un grand soupir et répandant des larmes : — « Duc Guijlaume, vous me » percez le cœur. Certes, si vous m'aviez préféré un roi ou un » empereur quelconque, je le prendrais à injure et je soulèn verais contrcî lui l'univers entier. Mais vous empêcher de » quitter ma milice pour devenir soldat du Roi des Anges, » cela, je ne le peux pas. Je vous laisse donc aller et ne vous » demande qu'une chose : c'est que vous acceptiez quelque » présent pour souvenir de notre amitié. » Ayant dit ces paroles, il se jeta au cou du duc Guillaume et pleura amèrement. Et le duc Guillaume fondit en larmes, voyant pleurer son roi.

» Mais, ramassant ses forces, il dit : — «Que Votre Altesse ne » pleure pas ain^i son serviteur. Si j'avais prévu! ces larmes, » je confesse ma faute, j'aurais pris la fuite san9 consulter ni » saluer Votre Majesté. Maintenant donc. Seigneur^ pour mon » plus grand bien et le vôtre, commencez vous-même, con- » gédiez-moi vers notre commun mattre, non avec tristesse, » mais avec une joie chrétienne. Quant aux trésors que vous » m'offrez, puisque pour la pauvreté de Notre Seigneur, je "• laisse tout ce qui est à moi, comment pourrais-je prendre

PAR M. L. VIUILLOT. i^l

B ce qui est à vousf Et cependant, s'il vous plaît absolument » d'offrir à Dieu quelque chose en ma personne^ je vous de- » mande ce morceau du bois très-saint de la Croix, que tous savez reçu de Jérusalem un jour. que j'étais près de Votre 9 Majesté, d

D £t le bon empereur Charles, quoiqu'il fût extrêmement attaché à cette sainte relique, la donna aussitôt au bon duc Guillaume, en témoignage de leur perpétuelle amitié, plus durable que la vie^ plus forte que la mort. Et ayant encore pleuré dans les bras Tun de Tautre, ils se séparèrent pour ne plus se revoir qu'au ciel. Le duc Guillaume, bumble moine, couvert d'une pauvre bure, monté sur un fine ou sur un pauvre mulet, allait porter la nourriture aux ouvriers du monastère répandus dans les champs. Il est devenu saint Guilhera de Gellone. — Et si l'on peut imaginer une conversation entre le conquérant moderne de la Sicile et son roi qui veut prendre^ c'est-à-dire se faire donner Rome, on aura quelque idée de la différence des hommes et des temps.

» L'empire de Charlemagne comprenait la France^ la Catalogne, la Navarre et l'Aragon ; la Flandre* la Hollande et la Frise; les provinces de la Westphalie et de la Saxe^ jusqu'à l'Elbe ; la Franconie, la Souabe, la Thuringe et la Suisse ; les deux Pannonies, c'est-à-dire l'Autriche et la Hongrie^ la Dacie, la Bohême, Vlstrie, la Liburnie, la Dalmatie et jusqu'à TEsclavonie; enfin toute l'Italie jusqu'à la Calabre inférieure. « Un » si grand Ëmp^eur, disent les bréviaires des églises d'Alle- • magne qui ont conservé son culte^ un si grand Empereur se » montrait vêtu d'un habit qui le distinguait à peine du » peuple; presque habituellement il portait le cilice; et ce i n'était qu'aux principales fêtes de Jésus-Christ et des saints » que l'or paraissait sur lui. Il défrayait les pauvres et les pè- » lîsrins, tant dans son propre palais que dans les autres con- » tjrées par les aumônes qu'il y envoyait.

» La 68^ année de son âge^ ayant fait couronner roi son tils » Louis, il se donna tout entier à la prière et à l'aumône. De » coutume, il se rendait à l'église le matin et le soir^ souvent B même aux heures de la nuit; faisant ses délices d'entendre » le chant Grégorien qu'il établit le premier en France et en

idë LB PARFtJH DE BOMSi

» Allemagne. Il eut 8oiQ de teite transcrire en ,toui he&x les » hymnes de TEglise. Il fut toujours trà&4obre> traitàûl ses x> maladies par le jeûne> quil prolongea quelquefois jusqu'à » sept jours. Eniin^ arrivé à 72 ans, après airoir ^eçu la sainte » communion et fait lui-même sur chacun de ses membres le » teigne de la croïKi il dit.: In manm ftMW.n entre Vos mains, » Seigneur! et plein de mérited rendit son âme à Dieu^ »

» J'ai dit que C^rlemagne était Vantitbèse parfaite de Néi^oii^ L'on peut les comparer en tout^ dans la personne^ dahs tes œuvres, dans la vie» dan» la mort ; partout le contraste édate. Et Tempit^é de Gharkotàgne est aussi Tantitbèse achevée de tout cet ordre de faits^ d'idées et de ohoses que Toa appelle le Gésarisme, et qui fut l'empire de Néron. Charlemagne règne pour Dieu ; il est le chef du peuple chrétien et s'applique à le conduire dans la lumière, la justice et la paix dé la.loi ohré* tiennei C'est pour Dieu qu'il Combat^ qu'il punit> qu'il pàl> donne, qu'il étudie, qu'il bâtit, qu'il fait toutes choses^ Il est pleinement, comme il s'intitulait lui^^oléme^ « Roi et gontev^ B neur par la gr&ce de Dieu et le don de sa âiiséricorde, dévot n défenseur de l'Eglise de Dieu et son humble chatnpion. >

Sa mémoire est testée en bénédiction parmi les peuples^ 11 fut enseveli dans la basilique d'Âis-ls^hapelle^ -^ sa maitoU d'ôr> ^ qu'il avait bâtie ël diligemment enrichie des reliqiiei defe saints, q Le^ pèlerins <y.affluent dO toutes le6 eontréès aVee une piété sans cetee entretenue par les faveurs que Dieu accorde à son intercession < Sa fiâte est célébrée daûp la plu^ » part des diocèses d'Allemagne, du consenurment de l'Eglise, ê depuis le pontificat d'Âleïandre II J^ comme celle du principal a pi^opagatèur dé la foi dans le Nord« d Ainsi parlent les bbiviaires dtés ddtis VAnnée liturgique du savant aMié de SôlesmeSi.

Et Féglii&e d^Âix4a-Gfaapelle chante en fôce de son tombeau glorieux : • »

« Charles est le fort soldat du Christ, le chef de Pinvincible cohorte. Il renf&tsé à )ui seul dix mille combattahts.

tl pnY^ la tette \ son l^lâve arhiche rivréiè et âffhmdiit la ttioiSêon.

Voilà h grtin4 empereur» Id bon sotmetir Haûib b^nne semeiicei fagrieûltair prudent.

PAU M. L. VËtlLLOT.

Id9

H convertit les infidèles, 11 renverse temples et dieut ; sa main brise lett

idoles. . .

n dompte les rois superbes, 11 fait Hgtier les saintes lois avec la Justice.

La jastice ; mais il lui donne pour compagne la miséricorde.

roi triomphateur du monde, toi qui règnes ayec Jésus- Cbrist, ô père saint! Charles, intercédé pduir bOiift, • '^

Afin que purs de tout péché, dans le royaume de la lumière, nous, ton peuple, ndnS devenions habitants du ciel avec les bienheureux ! »

3) Tel était l'Emperetir fkit par le Pape, et que seul pouvait faire le Pape. S'il n'y avait plus de Pape indépôndltnt, les peuples du Christ pourraient voir encore des Alexandre, des César et des Attila, mais plus de Charlemagne. Et c'est un point à. considérer dans la (pieiHon Romaim\ n

iiO TABLE ANALYTIQUE DU NCTIONNAIBE

Src^alogir.

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