‹ Annales de philosophie chrétienne (volume 2)Chapitre 44 sur 149 · PARFUM DE ROME · texte numérisé non relu

PARFUM DE ROME

Par n. Inouïs TElJIIiliOi:' \

En annonçant le nouvel ouvrage de M. Veuillot, nous n'avons à apprendre à personne ni sa valeur littéraire ni son esprit tout catholique. Nous ne signalerons non plus ni la force, ni le courage^ ni la grâce qui éclatent de toutes parts dans ces pages. Nos lecteurs savent d'avance qu'ils trouveront tout cela dans ce livre. Nous devons dire seulement que dans ce voyage et cette visite de Rome que M. Veuillot fait faire au lecteur, il y parle un peu de tout ; et sur chaque chose^ il donne des renseignements précieux, il ouvre des points de Tue nouveaux^ il instruit^ réfute^ ridiculise une foule de gens que chacun de nous connaît^ et qu'on rencontre à chaque instant devant soi. Que si parmi les fleurs qui sont semées avec profusion dans l'ouvrage, certain lecteur y rencontre quelque épine, il n'aura qu'à s'en prendre à lui-même si sa blessure ne lui devient pas un avertissement salutaire. Nous allons donc nous borner à donner à nos lecteurs une

idée de l'esprit et du style de l'ouvrage en faisant choix de deux extraits. Voici le premier qui est une bien juste appréciation des meilleurs ouvrages sur Rome.

Les guides dans Rome.

« Voici les livres que j'ai lus avec plaisir et profit : » U Histoire des États du Pape, par le R. John Miley ; Rome chrétiermêy par M. de la Gournerie ; les Trois Rame, par Mgr Gaume, protonotaire apostolique; les agréables Lettres d'un PèUriiiy par M. Edmond Lafond. Ces ouvrages sont nourris de faits, remplis du sentiment catholique; ils font connaître Rome d'une manière aussi facile que sérieuse. Le plan heu-*

' 2 vol. 10-12, à Paris, chez Gaame frères. — Mx : 5 tt, 50.

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reux de M. de la Gournerie lui a permis de donner une histoire de Rome moderne par les monuments ; on y voit quels ouvriers ; quels architectes sont les Papes. L'ouvrage de Mgr Gaume, fruit d'un voyage intelligent et d'une vaste lecture, est le plus complet; c'est un vrai guide religieux à Rome et dans l'Italie.

» Je recommande aussi les Notices intéressantes de S. E. le cardinal Wiseman, sur les quatre derniers papes. Le puissant esprit de l'illustre archevêque de Westminster n'apparaît pas moins dans ces aimables anecdotes que dans ses autres travaux. D'une main légère, avec des couleurs touchantes, il a tracé de grands et instructifs portraits des papes Pie VU, Pie VIII, Léon XÏI et Grégoire XVL

» Mais le meilleur livre que nous ayons sur Rome est aussi l'un des moins connus. Je veux parler de VEsquisse de Rome chrétietine, par M. l'abbé Gerbet, aujourd'hui évéque de Perpignan. Publiés sans bruit à longs intervalles, les deux volumes deVEsquisse de Rome chrétienne sont à peine moins ignorés des catholiques eux-mêmes que du grand et épais vulgaire, qui a dévoré en quelques mois les éditions de certain pamphlet lancé pour frayer la route à Garibaldi. Cet empressement autour d'une fangeuse pasquiiiade, et cette indifférence pour un noble chef-d'œuvre, caractérisent l'époque. L'époque ne veut pas admirer, ne veut pas aimer, ne veut pas voir ; noluit intelligere ut bene ageret. Et les pasquins, et les faquins sont ce qu'il lui faut. Mauvais signe !

» La postérité, s'il y en a une pour cette époque, mettra les choses à leur place. Le livre de Mgr Gerbet brillera dans la glorieuse élite des modèles de l'érudition littéraire, également honoré des savants, des poètes et des sages. Sous ce modeste titre d'Esquisse, on reconnaîtra le plus noble et le plus vivant tableau de Rome clirétienne.

» Rome, notre Rome est vivante dans ces pages toutes vibrantes de ses profondes et majestueuses harmonies. L'auteur ne possède pas seulement les connaissances variées de l'historien et les sûres lumières du docteur catholique; il a encore au degré le plus éminent, le don de l'artiste, ce sens exquis et rare qui pénètre les choses, qui en saisit les secrètes beautés,

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et qui les livre à nos regards. Il nous rend compte du charme mystérieux de Rome^ il l'accroît en le divulguant. Sa langue est digne des majestueuses douceurs de la ville sainte : c'est une langue sereine^ mélodieuse^ admirablement pure^ dont Le caractère fondamental est la grâce^ mais qui atteint sans efforts et comme naturellement^ à toutes les hauteurs. Nous n'avons point aujourd'hui^ d'écrivain plus parfait que Mgr l'évêque de Perpignan^ et jamais la poésie de Rome n'a eu d'interprète qu'on lui puisse comparer *. »

Voici maintenant le ^^ extrait qui nous fera connaître une des plus grandes figures des Princes dirigés et transformés par le Christianisme.

r> Dans une des chambres du Vatican » dont le plafond représente la Croix s'élevant sur un piédestal à la place de Tidole brisée^ — argument pour M. l'abbé Gaume contre l'enseignement des classiques païens, — j'ai vu la figure de Charlemagne, avec cette inscription : Carolus MagnWy Romanœ ecclesiœ ensis clypeusque. Épée et bouclier de l'Église romaine, de l'Église de Jésus-Christ î — Je peux dire que cette inscrition à la détrempe, dans un recoin du Vatican, m'a fait comprendre la gloire.

» Parlons encore de Cbarlemagne. A Rome et dans le temps où nous sommes, il est très-vivant. Les rapports de Cbarlemagne avec les Papes Adrien et Léon, avec le premier surtoat, sont un épisode charmant de l'histoire. Ils donnent bien la mesure de Cbarlemagne, parce que l'on y voit toute la stature de son humilité. Un héros, uni conquérant^ un empereur humble, voilà ce qui sort tout à fait des proportions humaines.

» Napoléon P', très-haute figure, S0 laissait traiter de Cbarlemagne moderne ; il avait le sens de la grandeur. Néanmoins il rappelle davantage Alexandre ou Cé^r, ou Frédéric de Prusse. La différence est surtout remarquable dans la manière d'agir envers la Papauté. Cbarlemagne, arrivant aux portes de Rome après avoir défait les Lombards et remis saint Pierre en possession de tout son territoire, demandait au Pape la permission d'entrer dans la ville.

» Le traité de Tolentino n'est pas l'équivalent de ce début,

' Tome II, p. 369.

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