‹ Annales de philosophie chrétienne (volume 2)Chapitre 82 sur 149 · TRADITIONS DE L1LE DE BORNÉO · texte numérisé non relu

TRADITIONS DE L1LE DE BORNÉO

SUR LA FORMATION DE l'HOHME.

Dans leurs Théogonies, au milieu des inventions bizarres dont leurs mythologies sont pleines, lous les peuples ont gardé des lambeaux très-reconnaissables des Traditions primitives. Ce ne sont pas seulement les livres des nations milisées qui nous les présentent; on retrouve les faits de Tbistoire primitive, les faits bibliques conservés bien qu^altérés chez des races à peine connues, et dont on n'avait point encore étudié les croyances.

Dernièrement la Société d^ Ethnologie de Londres a reçu de révêque de Labuan des notes curieuses sur les DyaJcs, habitants de la partie Sarawak de Pile de Bornéo. Voici quelque * chose de remarquable parmi les croyances consignées dans ces notes :

a — D'autres tribus ont des traditions aussi merveilleuses. Au commencement, disent-ils encore, il n'y avait que des solitudes peuplées d'âmes sans formes apparentes, sans corps et sans membres. La Divinité, qui chevauchait dans l'espace, montée sur un taureau, chargea deux grands oiseaux de pétrir l'air jusqu'à ce qu'ils eussent fait la terre, les montagnes, les rivières. Ensuite ils firent les arbres, puis ils essayèrent de faire les hommes ; mais, ayant pris pour cela des blocs qu'ils sculptèrent, ils ne produisirent que des statues. Alors ils prirent de la terre, la délayèrent et modelèrent un homme. Quand ils lui parlèrent, il répondit, quand ils lui ouvrirent les veines, il en sortit du sang. Après un certain temps, l'homme devint une "femme qui donna naissance à une nombreuse progéniture, laquelle parcourut les mers et les fleuves sur des bateaux pourvus de voiles. Jusque-là le ciel avait été si proche de la terre, que les hommes pouvaient le toucher avec la main . i» (Extrait du Daily News.)

SUR Là FOBMàTION DE L^HOMHE. 243

Voici bien la tradition biblique sur la formation du corps de rbomine pétri avec le limon de la terre : de limo terrœ.

Ainsi ce fait primitif du mode de création de Thomme qu'on retrouve chez les anciens Perses, dans Tlnde, en Chine , à Taïti ^, etc., etc., vient encore de se rencontrer chez les peuplades à demi-sauvages de Bornéo.

La formation du corps humain du limon de la terre n'est certes point une circonstance naturelle, c'est-à-dire qui se présente tout naturellement à Timagination de Thomme. Gomment donc tant de peuples dispersés sur tous les points du globe et de mœurs si différentes, se seraient-ils rencontrés dans une pareille invention?... Ils n'ont donc point iMenié, ils ont simplement conservé.

L'action singulière d'ouvrir les veines de l'homme après sa création ne rappellerait-elle pas l'action de Dieu ouvrant le flanc d'Adam pour tirer une de ses côtes?

Dans ces oiseaux qui pétrissent l'air et qui en forment la terre, les montagnes et les rivières, n'y a t-il pas un souvenir de l'Esprit de Dieu planant sur les eaux et couvrant pour ainsi dire de ses ailes ce monde qui va éclore, suivant le sens propre du texte hébreu de la Genèse:... naro se mouvant... « Ce terme hébreu, dit M. l'abbé Glaire, exprime l'idée d'un » mouvement semblable à celui d'un oiseau qui remue les > ailes pour les étendre sur ses petits, afin de les échauffer ou » bien de les exciter à voler. Motitare se, incubare..* »

Enfin cette époque où le ciel est si proche de la terre , que les hommes peuvent le loucher avec la main, ne serait-il point là aussi un vague souvenir de l'état de nos premiers parents dans l'Eden, où ils étaient en communication familière avec le ciel, où ils jouissaient des entretiens de Dieu?

Mais ces rapprochements pourraient peut-être paraître un peu forcés ; ici les traditions ne sont pas assez claires pour que nous osions nous y arrêter.

Seule l'analogie entre le récit de la formation du corps de l'homme dans les traditions des Dyaks de Bornéo et le texte des Livres saints nous parait évidente. L'abbé de Barrj^l.

' Voir Annales de philosophie, t. v. — - a, — x et xi de la collection.

tu NOCTCLLBS ET MÉLANGES.

NOUVELLES ET aSÉIi4JIOE8,

ITALIE. — ROME. — Continuation des découvertes faites dânslesf&uillesda palais des Césars, par ordre de V Empereur des Français.

Les nouTelles que nous avons reçues des fonilles exécutées aux jardins Farnèse, de ces fouilles qui doivent durer sept ou huit ans, continueiîÉi être fort intéressantes.

Les travaux marchent avec la plus grande régularité. Entre l'Académie et a que Ton croyait être le temple d'Apollon, on a mis à découvert «n pavé de marbre remontant probablement au temps d'Alexandre Sévère et pouvant être considéré comme l'un des ouvrages qui ont donné naissance et leur nom à Yopus Àkxandrinumy cette espèce de pavé en mosaïque si usité dans les basiliques chrétiennes. Le prétendu temple d'Apollon, à mesure qu'il se dégage, apparaît comme l'une des constructions les plus importantes de la maison d'ivguste, et ses dimensions diffèrent ^ de celles de la soi-disant bibliothèque découverte par Bianchini vers le milieu du dernier siècle.

Les fouilles ont attehit le mur occidental le long duquel la destruction semUe avoir été moins complète ; aussi possède-t-ll encore en partie son soeîe de marbre jaune antique et sa corniche^ faite de ce beau marbre auquel on a donné le nom de patonaxettOj à cause des couleurs variées qui rappellent celles du plantage du paon. Là tout porte les traces des ravages d'un terrible incendie.

Du côté de la Voie sacrée Iç travail se régularise. On a trouvé le pavé de la vole et même ses trottoirs dans une direction parallèle à la rue Saint-fionaventure, ce qui donne la véritable entrée du palais des Césars. C'est là qu'on a découvert de riches fragments d'architecture, des chapiteaux et des colonnes entières en marbre précieux.

L'affluence des curieux est telle que le dUrecteur conservateur, M. Pietn Kosa, vient d'être obligé de fixer un jour où le public sera admis chaque semaine à visiter les travaux. {Correspond, littéraire, n* de février.)

Tables municipales du règne de Dioclétien. ~ On sait que le docteur don Manuel Rodriguez de Berlanga a le premier fait connaître au monde savant les curieuses inscriptions de bronie connues sous le nom de Tables deMalaga, qai contiennent les lois municipales de MaUkga et de Salpença, sous le règne de Demitien, 11 en a fait exécuter, de la même grandeur que les originaux, des fûcsimile qu'il vient d'envoyer aux différents établissements scientifiques de Paris. Ces fac-similé sufilraient, s'il en était encore besoin, à réfuter les opinions émises jadis par quelques esprits malavisés qui n'avaient voulu voir dans ces inscriptions que l'œuvre d'un faussaire. Mais la question est vidée dq^nis longtemps, et il ne serait plus permis d'émettre pareille opinion, aujourd'hui qde les savants les plus compétents de l'Europe et entre autres MM. Mommsen et Huschke, se sont formellement prononcés, et avec de solides argumenti, sor leur authenticité. {ïbid.)

TemillM. — ta|rtafri« Hit Jmm, m le l'aïaifwit, M.

ANNALES

DE PHIIiOSOPHIE CHRÉTIEariTi:.

ÏHmaixa 28. — auril 1862.

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