Nécessité de coouaître la date des inscriptions
« La date des inscriptions de Rome chrétienne est d'un intérêt suprême ; car sans cette date les monuments flottent à travers 6 ou 700 ans^ les témoignages perdent leur autorité et leur sens, VAge des martyrs se confond avec le Moyen- Age, et tout le prestige d'une Eglise primitive s'évanouit. En fixant ee8 dates d'après les procédés sûrs que notre auteur expose dans ce volume et surtout dans ses prolégomènes, toute incertitude disparaît non-seulement pour les inscriptions manifestement datées, mais pour plus de 40,000 autres qui ne le sont pas; car, en rapprochant celles-ci des précédentes, elles peuvent avoir des droits d'antériorité incontestables ; elles ont des familles et des groupes distincts, renfermés dans des époques circonscrites, et ces époques ont des périodes rigoureusement limitées.
Ainsi, d'une part, on a les inscriptions des monuments à dei ouvert, évidemment postérieures à la paix de Constantin, et se rapportant par leur destination, leurs formules, leur provenance, à une date aisément déterminable. D'autre part, se trouvent les inscriptions souterraines, qu^i tranchent sur les précédentes par un ensemble de caractères irrécusables. Celte distinction, qui n'a point encore été faite suffisamment, fournit un critérium qui nous met en possession d'une masse de titres vénérables, d'autant plus expressifs qu'ils sont plus laconiques et plus muets en apparence. Jusqu'ici, déclassés ou dédaignés pour la plupart, ils rentrent dans le domaine de l'Eglise des persécutions; ils deviennent l'héritage des Martyrs ; ils en sont les interprètes fidèles et nous révèlent une théologie monumentale, qui reprend jure postUminii l'argument de prescription, en mettant la main sur des témoignages palpables, ausM vieux que l'époque où Tertullien formulait pour la première fois ses éloquentes Prescriptions contre les hérétiques. Nous voyons de nos yeux^ nous>touchons comme lui ce qu'il appelait déjà la foi firemière et ancienne, « écrite
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B avec le saog chaud du Crucifié, dans les grandes lettres » apostoliques encore subsistantes. »
Ces résultats méritaient que le patient archéologue eût le courage de reprendre à ses fondements toute la chronologie chrétienne. Essayons^ en empruntant ses propres termes^ de le suivre fias à pas^ d'abord dans les Dates consulaires, puis dans les Cycles ecclésiastiques.
3. — Imj^rtaDce des dates consulaires, et difficultés provenant de leur
grande confusion.
Il est difficile de rencontrer les Fastes consulaires, sans s'étonner de cette habile et tyrannique combinaison de Torgueil romain^ qui parvint à faire dépendra pour touà les peuples Tappellation et la marche de chaque année des deux noms souvent obscurs que Tintrigue populaire ou la faveur impériale proclamait au forum. Telle fut la force de cet usage, malgré ses complications onéreuses, que 600 ans après la chute de la République, les empereurs, d'Auguste à Justinien, le respectent. S'ils ne sont pas Consuls eux-mêmes, ils cèdent aux consuls Thonneur de figurer sur les monuments et de signer tous les actes publics et privés. Les dieux du Capitole s'en vont, le Consulat reste, L'Empire se divise, sans rompre les faisceaux des licteurs. Rome impériale s'écroule, les honneurs du Consulat sont restitués aux débris du Sénat ou marchandés avec les ombres impériales de Byzance par les rois barbares. L'élection se fait en partie double entre l'Orient et l'Occident : la moitié du monde attend des mois, des annéteis que Taulre moitié ait fait son choix, et^chacun, en attendant, date son année du consul connu et du comui à venir. Enfin, toute élection étant supprimée, on s'obstine, pendant plus d*ua demi-siècle, et surtout dans les provinces éloignées du centre, à compter la 20% la 30% la 40" année après le dernier eomulat. 11 y a un singulier intérêt à étudier, dans cette histoire^ qui n'avait pas encore été faite, les phases, les entraves, les perturbations de ces fastes romains. On suit les destinées de Rome même, et on voit comment, devenue maîtresse du temps et de l'espace, l'espace et le temps lui manquèrent à la (ois.
2i8 DATES DES INSCRIPTIONS CHRÉTIENNES
L^glise roiiiaiiiey qui assiste à ces fluctuations des choses mobiles avec une sereine indifférence, reste six siècles sans adopter aucune ère qui lui soit propre, et s'accommode de tous les usages. Laissant les partis attacher des noms éphémères aux années qui s'en vont, elle s'inquiète peu qu'un nom de persécuteur, de tyran ou d'apostat intervienne, pour compter quelques jours de plus ou de moins. Julien figure plus souvent que Constantin sur les monuments du 4* siècle, publics ou privés. Des noms mafqués dans le martyrologe en traces de sang reparaissent, sous le minium des inscriptions, pacifiquement encadrés de palmes et d'oiseaux. Rien ne dislingue les Consuls chrétiens de leurs collègues les plus féroces. Nous n'insistons sur ce point que pour eu conclure un fait important : c'est que les divisions du teipps pour tous étant les mêmes avec des formes identiques, les lois établies par le docte chevalier s'appliqueront également à la chronologie païenne et chrétienne', ecclésiastique et civile. Aussi, ses calculs ingénieux et solides restituent, rectifient, éclaircissent nonseulement les épîtres pontificales, les actes des conciles œcuméniques et provinciaux, l'histoire littéraire des docteurs et les passions des martyrs, mais en outre la souscription. Tédiction, la promulgation d'une foule de lois des codes théodosien et justinien, et presque tous les consulats du 4' au 6* siècle.
Pour comprendre quelles difficultés il a vaincues, il faut se rendre compte de tout ce confus problème des Dates consulaires, qui a désespéré les plus habiles chronologistes. L'embarras vient d'abord des perturbations arbitraires que les Empereurs multiplient, comme pour user une institution qui les.choque. Ils substituent aux Consuls en fonctions des favoris qui, trois ou quatre fois dans une année, prennent et déposent les faisceaux. L'illustre Borghesi dut convenir, après avoir passé sa vie à classer ces insaisissables suffecti, qu'il restait plus de 500 consuls subrogés dont il ne pouvait déterminer au juste ni l'époque ni la place. L'Empire ne put se diviser sans que chaque empereur ne se réservât une part dans l'élection et la promulgation des Consuls, par un échange que les guerres interrompaient sans cesse. Dès qu'ils étaient