ABBÉ DU MONT-GÂSSIN
it , nous l'espérons , on anra tu se dissiper au soleil de la vérité lUB les préjugés et toutes les erreurs qui avaient cours sur cette partie e notre histoire. Mais en honorant ces illustres pontifes , il est juste e payer aussi un tribut d'hommage et de reconnaissance à quelqueshb de ces hommes du cloître, qui les soutmrent souvent par leurs •rôles, leurs écrits ou leurs actes, et contribuèrent de tout leur nuvoir au succès de leurs pénibles efforts. Au premier rang d'entre mi vient se placer le noble Gis des princes de Bénévent , Didier, ibbé du Mont-Cassin , cardinal , et enfin Pape lui-même sous le nom de Victor III. Quand donc la gloire^ longicms méconnue du grand poniife saint Grégoire VU , brille enfin d'un vif éclat dans les annales de rhistoire plus approfondie et mieux conprise ; n'oublions pas que quelques rayons doivent en rejaillir sur celui qui fut en des tems orageux son ambassadeur, son conseil, son appui lutélaire, et son plus fidèle ami. Les faits et gestes de ce solitaire, l'un des plus beaux ornemens de l'ordre de saint Benoit , nous ont paru dignement retracés dans le récent et important ouvrage de D. Tosti. Ou pourra ^ juger par les deux fragmens que nous allons mettre sous les yeux de nos lecteurs.
« —- En commençant la narration de ce livre ' il est à propos de détourner notre esprit vers l'Église universelle et de voir comment stu milieu des douleurs de sa condition , naissait dans son sein une certaine force qui , donnant plus de vigueur d'abord à son chef, ensuite à tous ses membres , non-seulement la ramena vers son antique honneur , mais encore la releva à cette hauteur d'où elle put veiller <H régner en même tems sur l'assemblée religieuse des fidèles et sur* tonte la société civile. Ce fut une force vitale que Dieu suscita dans ks cloîtres de saint Benoit , et qui de là rejaillit sur toute l'Église. Je dirai brièvement les maux du clergé dans le 11* siècle et quelles en furent les raisons.
» Les donations de biens temporels , faites par les princes à TÉgUse, m plaçant les évêques dans l'état de seigneurs feudataires dépendans le l'empire , mirent à ras de sol ces barrières qui > jusqu'alors s'él^*
' y oit Storia dcUa Badia di monte Catsino, liv. m, 1. 1, p. 307.
valent entre les deux puissances , et empêchaient le mélange de iei juridiction. Or, comme par le vice de leur nature les hommes s'alliei plutôt à ceux dont ils attendent ies biens de ce monde qu'à ceux qi leur promettent les biens du ciel ; on vit par degrés les évêques < les clercs se soumettre aux princes, dispensateurs des fiefs incorpoh à rÉgUse. Alors commencèrent ces monstrueuses investitures d'évj chés et d'abbayes qui , bouleversant l'ordre apostolique ', firent qu'e plusieurs royaumes l'Église ne fut plus maîtresse, mais devint esdaïc et que les princes régnaient seuls sur les affaires humaines et divines Les donations faites à l'Église de Rome , par les rois Pépin et Char lemagne, et, placées dans les mains des pontifes comme une aroH matérielle pour repousser la fureur des barbares, inspirèrent e» core d'iniques pensées à l'esprit des empereurs .; c'est à savoir que les pontifes romains dépendant en quelque sorte de l'empire , comme seigneurs laïques , de l'empire aussi devaient dépendre le choix et Télection du suprême pasteur. Ces pensées désordonnées détruisaol la liberté de l'Église , énervaient son autorité pour maintenir danslfl devoir les ministres de l'autel , et pour secourir les peuples , qui nV vaient point d'autre refuge que le siège de Rome. Il s'en suivit qac le bras des pontifes n'étant plus libre , devint débile , soit pour Tadministration temporelle, soit pour le gouvernement de l'Église ; qiK les clercs s'avilirent par un honteux concubinage ; et que les princei étant les dispensateurs des offices sacrés , sans excepter celui du soa* verain pontificat, on commença à trafiquer dans les cours des chM saintes comme de marchandises ordinaires. Sans la vérité de e^ promesse de Jésus-Christ , que son Église était bâtie sur une pierfi inébranlable et que les portes de l'enfer ne sauraient prévaloir cootn elle, il est certain que le tems était arrivé où l'assemblée des fidèle devait se dissoudre. Beaucoup de gens de bien voyaient et déploraieft ces abominations ; mais l'abus, en vieillissant acquiert une telle force qu'il enchaîne et entraine la volonté , quoique droite et ennemi du mal
» Maisce mal était vu plus clairement, et plus vivement déploré pi ceux qui, renfermés dans les cloîtres, et soumis à une sévère dii cipline, n'étaient point amollis par l'ambition des charges et rei taient séparés de la corruption humaine. Parmi eux se trouvaient c
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ermite austère et un ardent oénobite qui , press^^s plus que les antres ^ par l'esprit de Dieu, furent les premiers à élever la voix pour réformer le clergé et pour affranchir l'Église d'un indigne servage ; je veux parler de saint Pierre Damien et d* ffildebrand qui fut depuis Grégoire VIL L'un vivant dans le désert , loin du commerce des hommes , qu'il ne connaissait point , armé d'une chaude et nerveuse éloquence, ne s'attaquait qu'au vice seul , qu'il combattait et pousui- Yaitavec la liberté d'un prophète, comme le prouvent ses lettres fou* droyantes, jusque dans la cour des pontifes ; l'autre, élevé à l'Abbaye de Glony, qui possédait une seigneurie laïque, était plus habitué aux affaires humaines et à la connaissance des hommes; d'un esprit vif, fécond en conseils, d'une habileté extrême pour pénétrer dans les esprits et leur commander, il s'attaque plus aux personnes qu'aux vices; ^ sorte que pendant que saint Pierre Damien puriGait et guérissait ks cœurs, Hildebrand pliait efficacement les volontés. Hommes dignes d'une éternelle gloire, ils suffirent seuls pour opérer une grande réforme : l'un en ramenant dans le cœur de l'Église la sainteté des coQtomes, l'autre en soutenant son esprit par la vigeur de ses conseils. » Quand Brunon, évéque de Toul , créé pape dans une diète ou as* semblée de prélats et de princes, tenue à Worms ', eut prit le nom de I^n IX , et qu'il se présenta aux portes de l'abbaye de Gluny, revêtu des insignes pontificaux qu'il avait reçus de l'empereur Henri IV, Hildebrand révéla alors, pour la première fois, la mission divine qu'il sentait dans son âme. Hildebrand conseilla à Léon de quitter les vétemens pontificaux, de se rendre à Rome sous l'habit d'un homme privé et de faire renouveler par le clergé son élection , comme pour manifester l'invalidité de celle qu'avait faite un prince laïque. Le saint pape Léon, doué d'une très-grande humilité, accueillit favorablement le conseil du religieux et se conforma à ses désirs. Apprenant alors à connaître la trempe de l'esprit et du cœur d'Hildebrand, il l'emmena avec lui. Tels furent les premiers pas vers la grande entreprise. Depuis ce jour, Hildebrand ne s'éloigna plus d'auprès des pontifes, et le regard toujours élevé vers le but , il ne cessait de les fortifier de ses conseils et de ses énergiques travaux.
• Wlbert, Fila s, Leonis IX, I. ii, c. l.
» S*atlacbant à relever relise audoasus de Tempire , il prtpiitit par avance des instrumens propices à ses desseins , et recherditit surtout l'aide de quelque puissant prince du voisinage , qui pat| dans l'occasion, soutenir les pontifes romains , prêts à livrer do diflSdks combats pour défendre les droits de TJ^lise. Ce prince fut tout d'abord Godefroi , duc de Lorraine , ennemi de l'empire, et devenu puisitiit par les états de Béatrix , duchesse de Toscane , qu'il prit pour épouse.
» C'est pourquoi Hildebrand, après avoir déposé l'abbé PUm^ dont nous avons parlé dans le livre précédent, créa Frédéric , frère de Godefroi f abbé de Mont-Cassin. Cette déposition , où le chroniqueur de l'abbaye semble voir une coupable intention du pontife de la soumettre violemment sous sa loi , n'était donc qu'un acte de prévoyance en faveur de l'Église , et une préparation aux moyens d'atteindre un magnifique but. Tel était l'éiat de l'Église ; tels étaient Ifls secours apprêtés pour les pontifes , rendus plus forts par la sageneet le courage d'Hiidebrand, lorsque Didier M éleyé au siège abbatial du Mont-Cassin (1058).
» Didier, issu de la race des princes de Bénévent, était, selon l'opinion dePellegriU) fils de LandulpheY ■• Tout petit enfant encore, il faint déjà paraître tant de piélé dans ses paroles et ses actions, que tout en ini semblait être l'œuvre de Dieu. Ses parens, qui l'aimaient d'un amoor extrême, voulurent lui donner pour épouse une noble jeune fille; mais lui , déjà tout embrasé du feu de Tamour divin et du désir de quitter le monde pour se vouer entièrement au Seigneur^ ne goilu point leur dessein. Or, il advint que le père do Didier fut massacré par les Normands ; devenu plus libre dôs lors, et toujours ferme dam son projet d'embrasser la vie religieuse, le jeune homme se retira aa jour en secret auprès d'un moine nommé Giacinto : il lui ouvrit soo cœur et le supplia de vouloir bien le conduire dans une solitude profonde pour y revêtir l'habit monastique. Celui-ci promit, de réaliser sa sainte résolution ; le départ étant arrêté, un jour, à l'entrée de la nuit^ tous deux sortirent de la ville chevauchant comme pour se divertir, et suivis de quelques jeunes cavaliers^ils s'en vinrent à rÉgliw
*Sfem. Pn'nr. Tienev. 292. — Léo Oit — Amat. Nist, Xorman,