‹ Annales de philosophie chrétienne (volume 3)Chapitre 40 sur 103 · PairiarcUe« et patriarehcii · texte numérisé non relu

PairiarcUe« et patriarehcii

ÏFourier nt)us avertit que cette classification par les âges n'est qoe de parade.

Les séries en eAremce sont déterminées par les attractions; hi personnes qui ont du goût pour une occupatiou usuelle se réunisKit pour li'y livrer eh conimun. Les travaux agricoles» industriels, cuK- DAired) domestiques^ sont ainsi exécutés par les hommes et les femmes qui sont attirés par ces travaux. Chacun peut s'y livrer pendant an court espace de tems et passer d'une occupation à une autre « sdoa ses dispositions, trouvant en même tems dans l'engrenage des caractcrcs et dans les passions sensitives , affectives et mécanisanieî^ des satisfactions suffisantes pour tous les besoins de l'âme. Gliacmi devant céder à toutes les attractions, Fourrier croit que l'ensemble de ces attractions empêchera l'immodéraiion et les excès^ ces passions

DttVANT L£ BIÈCLÊ. 167

6 UttiiuiK IvB ulm pir les iititm et Ibnnank cdntro-poidi ditts ta hh

L*ordré le plus parftiit AtAi rémlter» sohm lâi , de cette Uberté» Il firoti qm len groypes d'amiieura de talipes et les gitMipes d*aitiàteiitii 4i {«cyndieB entNroAt deiw une riyilité qui fera foutre-^poids iiveo les psBitoQs que nous urouTons moins innocentes i il pense que les tabèies en faveur en p^ire^ dir heurté griê contre les p9ir%ê de hmré Mmnt suffiront è l'acUvité des esprits disposés à rinurigne et lu empêcheront de troubler la paix du {dialansière.

Cette théorie de la liberté des passions conduit n^eMiremeni Foarier et son école à des conséquences dont la bliarrerie n'est que te moindre défont. Obligé, non-seuicment d*autoriser l'inconstance des goûts et des affections , mais de légitimer cette maladie de Tâuic qui est une des notes de son clavier social , il la préconise dans ses <Bfets les plus clioqiHins pour la dignité humalttCi La famille n'étant poht la bWMde k société qu'il teut établir^ onjpMKolt que le mariage ^ soit ponr Inl ni tin lien Higieux, ni même un contrat titil : mais H tatorte^ dans les rapports des femmes et des hommes, une liberté ^ btease les aentimens intimes dont ces rapports sont la source. Il JMik lès inûdélitée dans les unions formées sur la foi d'engagemcne isatoeiS) détruisant ainsi l'identité de la parole et des actions» Au <^Bitev cette identité ne saurait exister, puisque des êtres tpil obéissent )i k«n passiotts fté s'appatHentaent pas et ne peUTent par tonséqnent %oser «l^snt-mêmes.

Meurte plume se refuse è analyse ï^ sôlotiofts du FotiHérismedans Mmy» (ful tient H ces Sortes de relations $ bomons^not» à dire que Mte partie ei déKcate de Texisience Sociale m, traitée dans les écrits Ha uMltre avec un cynisme qui révolte non-seulement la morale ttrétienne, mais Jttaqn'^è la pudeur naturtstle.

Dans le système de laurier, la pureté et l'impureté ne ^SôUt qUç ths noies tle musique ; il approuve i'one comme l'autre. H oiganise in tKOrps «le v^t€lm et àtve^U ))our saiisTaire les idées de chasteté, et M corps de haiji^dêre^ et de bûctkanteè pour répondre aut tentbaiCes «OtttnairiM, plaçait au mifieu dé tout cda (tes séries tie télâdan% ¥t Abs rMTs ifètûf^^.

nresne I sayuir coattttent les idées de dMsteté pourmient édoine a>i

milien d'nne société où les bayadères et les bacclianlcs sont en hon« nenr, et surtout comment l'harmonie pourrait exister entre des aérki si contraires. Il est évident que les Testâtes mépriseraient les bacchantes et que les bacchantes détesteraient les vestales ; le législateur qui se serait montré indifférent pour la chasteté et rimpodicité n'aarait sans donte ni Festime ni la vénération des unes et des autres.

Au reste, l'amour de la chasteté n'est pas le seul mobile donné par Fourier à ce corps de vestales ; il leur offre la perspective d'être choisies pour épouses par les rois et les empereurs. Cette chance sera plus favorable qu'on ne croit; car, en cas de stérilité, la première vestale n'aurait que le titre de vice-épouse , et le souverain s'adresserait à d'autres vestales jusqu'à ce qu'il eu trouvât une qui lui doDoit un héritier et piît porter le tilrc iV épouse, titre purement honorifique, comme on le pense bien.

C'est ainsi que Fourier et ses disciples croient résoudre la queslioi de la liberté des passions dans les rapports des hommes et des feoune; mais il y a une autre difficulté qui ne lient pas moins au fond da système. Les séries libres peuvent suffire aux genres de travaux qiiî sont appelés attrayans ; mais il y en a d'autres qu'il appeUe avec raison répugnanSy et qui, dans nos cités, ne s'exécutent que par l'appâtdn salaire. Rien n'est plus surprenant que la manière dont Fourior croit avoir surmonte cette difficulté. Il charge de ces travaux une oorpi^ ration d'enfans de neuf à quinze ans, qu'il nomme les petites koriety et il leur assigne pour mobile un sentiment d'honneur^ exalté joaqa'ai délire, et les plus grandes prérogatives sociales. Il leur donne dei chevaux nains, des costumes grotesques et étourdissans^ et il a l'idée singulière de leur imposer un argot et ce qu'il nomme le ton poî^. sard; il les divise en chenapans et clienapanes ^ en sacripoMifi sacripanesj et par une incohérence d'idées difficile à comprendre,! les entoure du respect et de la déférence des autres séries.

Remarquons en passant que toutes ces inventions pour attirer dans ces fonctions utiles des êtres qui en seraient repoussés par la répagnance qu'elles inspirent est un démenti donné au principe d'attraction naturelle qui est la base du système ; car ici l'homme est obligi d'intervenir et de créer des attractions arlificieires. Fourier n'est donc pas fondé à dire que l'ensemble de nos penchans doit suffire à tous les besoins sociaux quand ou les laisse à leur libre essor.

DRVAMT LE SIÈCLE. 169

Pour compléter cet aperçu de la êociété harmaniennet bous dirons que les enfans sont élevés en commun aux frais de la phalange, et qu'il y a pour les poupoM et le$ pouponnes des séries de bonnef et de berceuies où passent les personnes qui ont cette vocation.

Tout ce travail sériaire est, comme on le pense bien, accompagné de chants et de danses, de décorations brillantes^ de parfums et d'images variées, car il y a dans la phalange des ministres pour chacun des cinq sens ; on y voit même des cérémonies religieuses qui consistent à chanter des hymnes devant des autels élevés à des fondateurs de la société harmonienue» dont les bustes sont encensés.

La sollicitude du Fouriérisme pour les plaisirs sensuels s'étend jusque sur les animaux ; les petites hordes sont chargées de veiller à leur bien-être^ et les troupeaux doivent être gardés par des bergers à cheval , aidés par des chiens de tête et des chiens de police ayant des grelots accordés en tierce.

L'hérédité des propriétés est conservée en principe dans le phalanstère ; mais comme il n'y a pas de mariage véritable, et par coAiséquent pas de famille, il est douteux que ce principe pût s'y conserver* L'organisation politique est laissée dans une assez grande obscurité par Fourier et par son école. Il y est fait mention de hiérarchies aristocratiques et monarchiques très-étendues , mais nous n*avons rien trouvé qui nous expliquât la nature et les atlribulfons de ces titulaires . et les rapports où on a entendu les placer. Ainsi , nous voyons qu'il y a sor le globe harmonisé un omniarque^ 3 douzarqwSt 12 onzarqueSf 48 décarques ou césars , ihk empereurs , 576 califes , 1728 rois, 6900 grands ducs, 20,000 ducs, 80,000 marquis, 250,000 comtes » i million de Ticomtes et 3 millions de barons ; mais quelle autorité (meuvent avoir ces dignitaires dans un état social où personne n'a d'autorité que sur soi-même 7 Voilà ce qu'on ne nous dit pas.

VL l'industrie d'apbès foubier.

Aifociatlon du capitaL du travail et du talent. — Avantages de la vie en commun. —Tous ces principes n'appartiennent pas 4 Fourrier.

La parité industrielle du Fouriérisme se confond avec la partie socialiste ; car la société harmonienne est un vaste atelier ; produire

ilO LB FOURlfiRliMK

eit le bofde la mMblM pbabiistériemie et de tooi ke ronagai «h gcetktê dont elle m eompote. Fônrier a mis en a? ant une fonmh économique qui parait fondamentale dans aen éeole, et qa*oa a ad« mirée comme un principe nouveau et fécond C'est ranoelatkHi di eapllai » du travail et du talent Cette formule n'est an fond que n qd ae pratique dans toute» les Industries qui sont fondées sur l'associa* tion du ê^pUal et du travail ; quant ou tmlenê que f^iurler y Ut entrer, eW une Innovatiop plus brillante que réelle « ear le tahnt . n'est autre chose que le travail s

L'idée des avantages de la vie en commun, sous le rapport de l'écs* Domie et.du bien-être matériel , n^est pas non plus une découverte. Les communautés religieuses et les pensionnats sont fondés sur cetts donnée. Mais la question était de savoir si on pourrait joindre aax avantages matériels de la vie en commun les satisftictlons de la vie de famille, et si la paix, l'ordre et Tharmonie pourraient s'établir, bon de la pensée religieuse, dans une communauté d^hommes et de femmes. Le Fouriérisme a cru résoudre affirmativement cette question en laiS' sant un libre et plein essor à toutes les passions des associés. Les laventeurs de cette solution seraient trop cruellement punis des atteintes quelle porte h la morale^ si ou les condamnait à vivre dans la société qu*iis ont rêvée.

VIL LA CRITIQUE DE {.K SOCIÉTÉ ACTUELLE PAR FOURtER.

Il généialiic les eriroes et défauti partlenliarf. ~ Il y snbitltoe i|na théarls ^i on n^ JamiU; vu la pratiqua. — C'est le Omlaitiqua qu'il donne fm «m mU — Krreor sur la priacipe de Tordra locial aelue(. -^ U roligioa H supprime pai \^ palpons, elle les Oirige. — Paw^o» omltef par FoiirieVi*^

De la repreisioQ, — Th^e chrf Ueane,

Le partie critiqua dtt Fouriérisme eonaiste k eugéi^r et à généraliser les crimes et les vices de la civilisation , et à les présenter

' Il n*7 a de travail inintelligent que celui des machines, et ringénieor, qui Tait construire et qui dirige ces machines, travaille comme roovritTf quoiqu'il eiercc d'antres talens. De tous tems on a tenu compte , diot Ici nations, des kirrareliies inlelleftuelles.

DBfAirr U SlfeGLB. 171

oonme des oeBséqoeMes de la morale et des fautitotioni ea vigiieor ; tandis qa*ils ne sont en réalité qné des infractions h la morale et des abns de ces institutions. Ainsi , selon Foorier, toutes les femmes et tons les hommes se livrent aux déréglemens de leurs sens, et l'honnêteté n^t qn\in masque ; la religion, Thonneor, le respect humain, ne sont des freins pour personne et ne font qu'ajouter Thypocrisie à tontes les turpitudes dont la société est souillée. Au lieu d'attribuer à rinflrmité de la nature humaine ces fautes exceptionnelles. Fonder les attribue aux moralistes, qui, dit-il, ont créé le mal par leurs interdictions, et en comprimant les passions les forcent d'exercer leurs ravages dans les profondeprs du corps social. Selon lui, toutes les flmcs sont en souffrance par suite de cette compression impuissante ; les faibles snccombent sons le poids de ces chaînes, les forts se révoltent et les brisent.

A ces faits particuliers qu'il lui convient d'universaliser, il propose des hypothèses sur les heureux effets de son système , et comme ses idées n'ont pas eu d'application , il fait à la civilisation une guerre qu'elle ne peut lui faire. Dans ce combat de la théorie contre la pratique, on conçoit qu'il se donne facilement les avantages de la victoirOt

Par une tactique aussi peu légitime , il suppose que l'état social fondé sur la famille est, comme celui qu'il rêve, le résultat d'un système d'invention humaine, et qui aurait été conçu a priori. Il nomme cet état social le iysième morcelé par opposition au syifème soctVtaire. Il feint d'oublier que la civilisation est le résultat du travail processif du genre hnmin, le produit de sa sagesse collective, éclairée par la révélation divine et par l'expérience, tandis que ta société iiarinonienne est sortie tout entière de son cerveau, l'an du monde 5800, et n*a d'existence que dans l'imagination de ses adeptes.

H est vrai que cette imagination si vive, donne des traits de réalité aux tableaux qu'elle nous présente, qu'elle peint les lieux, les habitans, les menumens de ce nouveau monde , comme si d\e les voyait en effet ; qu'eHe donne des noms propres aux harmoniens mis en scène dans les tatiieaux, et qu'il ne tient qu'à nous de partager ies illuapns que se font probablement les auteurs ; mais il est \yevmk de crdre que si cette société existait en chair et en os comme la société dviifséé , nous y trouverions bien aussi quelques «bus^ quelques soiif-

172 tE FOURIÊRISMR

frances ; que les désordres , les conflits, les mécomptes ifihérens k toQtes les iusUiutions humaioes n*y seraient pas moins nombreux que dans le monde où nous vivons.

Le Fouriérisme n*a sans doute pas le privilège d'éviter dans ses œuvres ces erreurs législatives, qui dans l'application se traduisent ta vices, en crimes et en scandades, et n'aurait-il à subir que cette ki de rhumauilé qui veut que la ihéorie soit toujours plus belle qae II pratique, c'en serait assez pour qu'il eût une part quelconque dans les illusions des novateurs^ nous croyons que cette part serait immense; car dans un système fondé sur le libre essor de toutes les passions, b moindre faute de calcul entraînerait un désordre universel, et probibicment la ruine de tout Tédifice social.

Continuons l'examen de la critique de Fourier ; il prétend que Tordre social actuel est fondé sur la compression des passions. C'est une erreur : la religion chrétienne ne détruit pas les mouvemens de l'âme, mais elle les subordonne à la raison; elle n'interdit pas les affections, mais elle les règle; elle ne condamne aucune de nosfacullÀ sensitives ou affectives , mais elle les dirige et les limite pour le plus grand bien de l'âme et du corps ; elle n'interdit que les excès et les écarts nuisibles en eux-mêmes qui dégradent Tintelligence en faisant d'elle l'instrument des sens, tandis qu'elle doit gouverner en reine le corps où elle est placée. Sans doute le mal s'introduit dans les sociétés les mieux policées, mais il vient précisément de ce qu'il y a des êtres trop (aibles pour exercer ce gouvernement de la raison. Ces natures d'esprits se rencontreraient probablement dans les phalanstères. comme dans nos cités, et elles y produiraient les mêmes désordres. Il se trouverait évidenunent des hommes pour lesquels aucun genre de travail ne serait attrayant, et qui placeraient leurs délices dans le ftt niente des lazaroni; d'autres caractères apporteraient dans la /himio> eabaliste l'impétuosité du sang et l'irascibilité des méridionaux. TM les esprits ne s*arrêteraient pas à l'émulation pour faire prévaloir les produits de leur industrie sur ceux de leurs rivaux; il y aurait bien aussi de la déloyauté dans les cabales, de l'insolence dans les soccis, de la rancune dans les défaites.

Outre ces vices inhérens à la nature humaine et qui seraient rebelles •k toute espèce de règle, il y en aurait d'autres qui ne pourraient aiaiiqiNr

DEYAIfT LR SIÈCLE. 173

de mitre dans rœuvre du Fonriérismc , parce que le mattrc n'a pas tenu compte des passions qui les produisent. Nous avons tq qne la colère, Tavarice, Tenfie ne ûguraicnt pas dans sa psychologie. U prétend qu'elles sont propres à tordre iubversif, qui lui-même est le résuluit de la civilisation ; mais ce n'est là qu'une assertion » et la réflexion nous conduit à reconnaître qu'elles ont leur source dans la Bitnre même de l'homme.

S*il y a des passions omises par Fourier, il en est d'autres dont il a méconnu les véritables effets. Il paraît s'ôire mépris sur l'objet des pasions affectives. Il croit que les hommes, attirés par leur penchant vers les relations amoureuses , pourront se livrer à cet attrait sans se trouver jamais en conflit. Mais l'objet de ces penchans ne sera pas la femme en général , ce sera telle femme qui pourra ne pas éprouver d'atiraction pour son poursuivant et donner la préférence à un autre amant. Croit- on que celte préférence n'excilcra ni jalousie, ni injus* tice, et qu'on ne verra pas, par 15, entrer dans le monde harmonien les tourmens , les contentions, les violences, les crimes qui, dans la sodété actuelle, sont pour Fourier des argumens si terribles contre la civilisation.

Ce qui autorise à croire que l'harmonie ne naîtra pas dans le phalanstère par la seule force des gammes passionnelles et des accords deiériest c'est qu'on trouve dans les ouvrages de Tourier quelques blasions à des délits qui seraient commis, à des jugemens rendus contre les délinquans, ce qui suppose des interdictions et des lois pénales. Ainsi, il nous dit que les personnes « qui se rendraient cou^

* pables de mauvais traitemens contre les animaux, se verraient tra-

* duites devant un tribunal d'enfans comme inférieurs en raison Hux

* enfans mêmes. » Il y a donc des attractions qui échappent aux claviers passionnels, et auxquelles on ne doit pas céder? Gela va loin, et ^m pouvons vohr apparaître dans la société nouvelle les juges, les Ivocats, les prisons et même les bourreaux, car s'il y a place pour le ^ dans le système, il y a place pour la répression.

La partie critique du Fouriérisme tire donc son principal avantage In défaut d'application de la théorie sociétaire ; si cette théorie était êalisée, elle serait bien vite ruinée par ses effets, et s'il était possible 'exposer dans un grand ouvrage la théorie de la civilisation chrétienne,

i7ft LB FOURIËBISIIB

Mlle do l^éoole sodétaire n'en supporterait pu la pinUèto. Biei ifi serait plus magnifique, en effet, que cet ordre aeoial oA tout M r^ÉM pour que Tbomme puisse se développer dans le bien jusqu'à a'appvi> cher de l*étre infini , qui est ia perfection mémo , où tonl est ealfiilié pour la plus grande dignité de notre espèce; où tontes noa fienhél sont en exercice et en équilibre; où les innombraUee rapports dis membres du corps social sont déterminés avec des garanties pour hs faibles; où les droits et les devoirs de toutes les classes soiit eom* binés avec tant de sagesse ; où le génie et le talent peuvent enCnlar tant de merveilles! Cette théorie^ disons-nous, exciterait ooe adsri» ration enthousiaste si on cachait les vices et les abus qu'elle eenbit sans pouvoir les détruire. Arguer de ces vices pour la condamner aa nom d'une autre théorie qui n'a pas d'application , c'eat un svsIèoN de critique trop commode pour être fort.

Yin. OBJECTIONS CONTRE LES BASES MÊMES DU STSTËME DE fOUBlEi.

Il tst fondé sur ans analogie mal eomprise. ^ L'attraetion niait pas la loi ài monde moral. — Point d'analogie entre les passions et la muil^a» -^fv^ seté bistorkiae de i'élat sauvage, premier dépari da système dsFovfiv. — Ce n*est pas loi qui a découvert la science «ocialet -^ Le (ouriérima B*Cit qu'une erreur d'imagination

Nous avons analysé le Fouriérisme dans ses six parties prittei|Ndei| il nous reste à présenter des objections qui i élèvent tontre leihatii mêmes du système.

2(ous parlerons d*abord de Fidée ff analogie qui Jone un si gitad rMe dans la coordination du mécanisme sociétaire. Cette idée d'aaa* logie est elle-même basée sur le principe de Tunlté de Dieu, e'est-l* dire que selon Fourier, Dieu étant UN, il doit n'avoir qn*nne loi poor régir le monde maiériei et le monde des intelligences, en sorte qol suffit à la science humaine de connaître ia loi du monde spirituel, fit non-seulement cette loi, mais ses effets, qui doivent Ôtre les méoMi dans les deux applications.

D'abord nous dirons que, selon Fourier, Dieu n*est plus DN Uot trois. Car sa Trinité ne saurait se réduire à l'unité. Mais paaaoïtf ^ cette Inconséc|nence que nous avons signalée plus hatrt.

DiTâinr ti iiËOLe. tTS

Qaant à l^màiè da la loi« nooi diront qu'elle nVnM nnlleaieiu dédaitQ da rnnité de Dieu» car, de oe que Dieu est un, il ne l'enanit pas qjafià n'anrait pas des lois diverses poor des ordres divers de pliénomènes. Si le raisonnement de Fourier était juste, il n'y aurait pas plnsieors phtoomônes i il n'y en aurait qu'on seul.

L'onité n'exelut pas la diversité, elle la suppose, au contraire; et b diversité n'existant que par des différenoes, les dlfférenees que BOBS remarquons entre les phénomènes physiques et les phénomènes piycolegiques doivent se retrouver dans les lois qui les régissent, oar rien ne se manifeste dans l'effet qui ne soit dans la cause.

Ainsi, l'analogie, comme principe certain de connaissance, est dé-» truite daps sa base , puisqu'elle repose sur une erreur de logique et de fait. Qn ne peut donc, par analogie, conclure, de ce que Vatirae^ Non est la loi du monde physique , que cette loi régit également la monde moral. Il est bien vrai qu'il y a certains mouvemens de nos Imes produits par raltraolion ; mais il y en a d'autres, tels que la oo* 1ère, le désespoir, la jalousie, qui appartiennent à une autre cause, et h loi d^atlraction seralt«elie la seule, il faudrait encore tenir compte , penr apprécier ses effets, de la différence du sujet qui la subit Ainsi, cette loi n*agit certainement pas sur les êtres intelligens de la même manière qu'elle agit sur les êtres matériels. Les corps bruts attirés su-* bissent cet attrait sans résistance, puisqu'ib sont à l'état passif; mais ksimes humaines qui sont k Pétat actif ont besoin d'une délibération et d'un acte de volonté pour passer à cet état passif à l'égard de co qd les attire* De plus, pour les corps matériels, l'attraction est toujours une causé simple, tandis que pour les êtres intelligens il peut y «voir plurieurs attractions en sens divers , et , par conséquent, des complications sans nombre. L'analogie n'existe donc pas dans les effets, et par conséquent, elle n'existe pas Identiquement dans la loi elle-même.

Suivons cette donnée dans son application à la musique, qui tient aussi une grande place dans le système fouriériste.

Et d'abord, il faut remarquer une dérogation fondamentale à celle de l'analogie que Fourier croit universelle, car la loi d*attraclion n'a pas de rapports reconnus , ni même supposables^ avec les sons qui sent le produit des vibrations des corps. Il y a deux clM)ses à distin-

176 LE POURIÊRISIIE

gucr dans la musique, les rapports mathémaliqacs des sons eatro eux , rapports déterminés» invariables , éternels (car les lois mathématiques sont éternelles quand on les examine indépendamment de leur appiicaliou), et Texéculion musicale, qui consiste dans l'application qu'un être libre fait de ces lois. Maintenant, qœ les panioBt soient placées dans des rapports pareils à ceux des sons, qu'elles pois* sent donner lieu aux mêmes accords , c'est une première question qui , dans les écrits de Fouricr, est restée à l'état d^bypothèse ; mail cette hypothèse serait- elle aussi Traie qu'elle nous parait fausse» il restera encore à savoir si dans l'application il y aurait une analogie possible entre les passions et la musique.

Fourier parle sans cesse d'un clavier passionnel. Mais qu'est-ce qu'un clavier ? C'est un ensemble de notes à l'état de puissance et non à l'état d'action. Un clavier d'orgues resterait muet s'il n'était touche par la main du musicien ; en est-il de même du clavier passionnel? Non, sans doute. Dans le système de Fourier, les passions, classées par séries , doivent agir d'elles-mêmes, entraînant les Tolontos qu'elles sollidient, et l'harmonie sociale doit résulter de leurs accords. Non-seolement nous ne voyons pas dans ce système le miui" cien exécutant , mais ce système exclut cette action d'un honune sur les passions d'une phalange; car -cet homme serait la seule intelligence libre, puisqu'elle serait la seule eu acte, tandis que toutes les autres seraient à l'état passif. Un clavier musical est un clavier qui. a besoin , pour rendre des sons , d'être touché ; un clavier passionnel doit se mouvoir de lui-même. U y a là une absence complète d'analogie.

Autre réflexion : les sons ne rendent des accords que parce qa'îb ne peuvent varier, étant tous simples et purs ; en est-il de même dei passions, qui dépendent plus ou moms d'une volonté libre et variablel Si donc nous supposions qu'un philosophe fouriérlste voulût exécuter une sym|)honie passionnelle sur le clavier d'une phalange» croîton que les notes vivantes touchées par lui rendraient avec une justesse parfaite les idée^ musicales de l'exécutant? Nous craignons fort qu't'iu lieu da la symphonie cherchée il n'obtint , malgré sa science) qu'une caco))honic véritable.

La main de l'accordeur est nécessaire dans le piano pour mainte-

DEVANT LE SIËCLE. 177

nir b justesse des sons. Dans le clavier passionnel , rcruTrc de Tac* cordeur mettrait sa patience à de grandes épreuves. Ou peut, en effet , modifier on son en allongeant ou en raccourcissant une cordemab quel moyen employer quand il s'agit des passions qui se présentent dans les individus avec des variétés d'énergie, avec une diversité d'actions et des caprices imprévus qui naissent de la liberté des intelligences et de la subtile mobilité de Tesprit ?

L'énergie des sons dépend de la volonté de l'exéculant ; celte volonté est le principe actif qui produit le phénomène de mélodie et d'harmonie; mais l'énergie de la passion est indépendante du |>hilosophe fouriériste, elle Test même de la volonté du sujet en qui cette passion se manifeste ; car la théorie de Fourier suppose lobéissance absolue du sujet au mouvement intérieur qui l'attire vers un objet. De plus, la nature ou la volonté de cet objet, quand c'est un être intelligent, influe toujours sur l'intensité de la passion qu'il excite; cela se trouve-t-ii dans le son I

Concluons donc, qu'autant il est facile à un musicien de connaître la valeur musicale d'un son et la note que rend chaque touche d'un clavier, autant il est difficile à un philosophe de connaître le caractère d'un homme et les bornes que la raison de cet homme mettra aux enlraînemens de son esprit, de son cœur et de ses sens. On Toit que l'analogie musicale de Fonrier'ne résiste pas à la réflexion.

Nous ne finirions pas si nous voulions examiner tous les autres principes de Fourier qui choquent la raison et la logique. Disons cependant quelque chose d'un autre point fondamental de son système. Pour lier autant que possible son invention à la tradition des progrès humanitaires, il admet trois états successifs par lesquels rhumanité a dû passer avant d'arriver à l'état d'harmonie, qui» selon lui, est sa destinée finale : Vét^t sauvage^ VéMbarbare et l'état civilisé. Alais il est impossible de ne pas voir que chacun de ces états est le développement du précédent ; l'état civilisé y est le perfectionnement de l'état sauvage.

On conçoit, en outre, que la civilisation actuelle peut se perfectionner indéfiniment sans sortir des principes qui l'ont produite ; mais l'état harmonieux du Fouriérisme appartient-il à cette tradition d'efforts et de progrès qui constitue l'unité de la destinée humaine ?

178 LE rOURlÊRlSME

)I ^l èvidisht, au boûttilte, 4a*il lést tmtfgitlé «h û^àn d« *» tiNI iÛlions; quMl àppàhieut & d'autres pridciped, et qu'il (ODbsUideMt lui autre brdre dâ f^it^ ëôèiâàx ^nâ Âtiebhé ^ïâtiôti fttëc te il^feMsnt^ dont 11 mpsrtàï lé d^trâttioA {^r&ilable; Or^ fadUll ï)ôpt)d!^ qué le ^feUM bIJlUiàiù eût attendil SSOO bt tèui d'iltlnëes pouf tbttitkienffter à M tttfettt^ èti hippck aft^ l»dis d^tinèés fi&àtes^? Si leë tértubleli priAtipes de son existence sociale iXtiMl éh gettie ^ilé l'huttKifiM, bbâi^ Jtténl ees germeii sbrâleAt-ÎU ihtoléH stériles jUsqiH'k répbt}\le tift nous \Mm ] et slls h'y tti3i!ëtit ^s, totâmèht y seralent-ite véttus de liDs Jbtirs? tGoiutlietit l}iè\i,qiii,sctôâ le principe de Lokè, n crééVht^tnïiU poûï- être 'u'àê tréûtùtt sodablt^ n'aurait il i)as làte eii lui dès fe i^ôhiMèncêmetit le principe de cette soelabllfté ! tA eivîKsailutt est 961-lie du fonds même de l^huù^anilé. Le sy^t^yme haritat)nieii est Sorti flé rihiàgihatiôn dé t\)tîrier : ce soûl Ih deux faits qùM f^iit maintenir.

iJn des àrgumcift favoris des fouriôristôs, 6*CSl dé hoU8 dire : Puisque les passions humaines ne vont pas y dans lelirs plus grands dé- UoWemens , jttstjli'à dèll-dlrè l'ordït universel, il fâUt bien îidmclu-c q^e Ciett les i eoMbiiVëes de telle st)rtë que leurs disî^iof danceis tont néhlHllîl^ce^... <2eiù i^i vral^ hiais l'a seule eoncl'usioû à.tirer de â: bit, t^eA que Dieu, dait^ sou infinie Sagesse, fait conconrit' à sèsdçtat!^ cachés ractioii libre de tioUs les esprit ; et si le mondé , tel qd^il est , présente TàtcofA bnpiSfieUr deâ passions humaines et tenir dmtfiiùri pouf produite Tordre universel, il h'y à nul beisoin d^nne nbuvelle ofganisàtton sociale ))ouf atteindre un but cj[u'on reconnahfiit i«alisé.

!l ne UôUs reste plus qu^à "faire ]usliêe de la prétenttidtt des ibttrif-

risles & p^teséder te sciéncd sotinte, décottVef te, dtseUt-lts , pif fciir tnahne, comme NeMix>n a détouVef t le système du moAde.

Toute scietace se 66mpttse de principes et de faics. Le i^ysl^é âc Fonficr U^â ni Tune ni Tauttie de r,eé tonditions \ ïiotïé croyons avoir (irouvé que "ses principes ^nl Taux ) quant aux faits, TI n^a pour lai ni les faits astronomiques ni les faits sociaux. Ainsi, pouf faire ddrer kiotre tourbillon plamôiaife avec â9on système d'analogie moacale, il Bât obligé de taAvè passer des planètes aux fbUclionis dé satellites; et iquand une iibte manque à son clavier sidéral , il hous dit que ta pbtiète qui doit liepffeenïef teiie ïiote tfcst pàïjenéofè découverte; mis

DEVàirr Lfe siègU. 119

mHàiè ^ indubitable, parte iWè \ m& Moi II ({MnMë ne à>tiit)lèié. « Si bélte gàtnme^ dit-il i h'M IMto teritlill^ e notre univers étàbt tt«ft-yëte(S i iM^itlÉ(MrAil^ il «ttfeUfu encore les hautes espèces nécessaires à compléter une ocdegrés pianétaifeSi • Ainsi, •« lien de 86 servir des faiis de astronomique ponr étayer le système fouriériste » on se stème fouriériste pour supposer des faits astronomiques 4'ùë e ne nous donne pas !

lux faits sociaux, ta preuve qu*on n*en possède pas se trouve Torts mêmes du Fouriérisme peur obtenir qu'on loi donne lune à organiser selon son système^ c'est-à-dire poHT obteits à l*appui des imaginations du mattre^ mim&nt supposer qu'un gouvernement quelconque livrert humaines à une secte de philosophes pour l'expérieneo d*uil ui «e repose que sur des iiypothèses ? Persbhnê au buMldé eil droit. Il ne faut que 610 personne pour créer éwt pht- >iein essor: ne se trouve-t-ii pas eiyourd'hui» après i'tc* ut que la secte parait avoir pris dans lés deux hétnispikères^ fines qui aieilt asses de foi dans les idées qu'elles défendent onimencer elles-mêmes Tapplicaiion 7 II nous Semble 4ué i le dernier et ie plus fort des arguinéns contre ce sj'slèlnei iriérisitaé n'est donc pas la $ckne€ ioeiak t te n'est pas ; science sociale* Qu'est-ce donc? Nousavdis peut être le e dire , après l'élude sérieuse et consciencieuse que nous e des écrits de Fourier et de ceux de ses disciples. Le fou* isX une wuvre d'imn§inatien enfantée par «a boBune d*e8» :omme il le dit lui-même, fut étranger k toutes les seiencest irre ne repose que sur de faux principes ei«ttr de folles hy- 8'ensuit-il que lout soit perdu pour la société dan» les e tant d'hommes de talent et de conscience qui se sont livrés igation et à la défense de ce oy&tème ? I^tt) sans doute : les as, les lois et les moeurs ont été Pol^et de beaueoup de m\ m la civilisation fera bien de profiter s et dans les efforts qui «tés pour organiser ie travail sociétaire^ beaucoup de )ques>es ont été posées, beaucoup de mystères jusqu'alors incoaniis Métrés. Il est arrivé , enfin ) ce qui arrive toujours qpMUid

I*esprit bnmaiu est vivemeut sollicité par de belles questions philosophiques et sociales : la lumière agitée sur Tuniversalité des destmées humaines en a éclairé toutes les profondeurs.

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