Profession de foi politique de M. Tahbé Gioberti
M. Gioberti consacre encore ici plusieurs pages à donner des conseils aux prêtres français et espagnols sur la conduite politique qu'ib doivent tenir. Ces conseils aboutissent à ces deux professions de foi :
^ i"* k tout prendre , je tiens pour certain que le plus grand mad- » heur qui puisse arriver à la Religion en France, et dans la pénia- » suie espagnole , serait la restauration des dynasties déchues ; et » cela, non pas à cause du caractère personnel des princes, que je » n'examine pas, mais parce que le parti qui dominerait alon » ferait exécrer la religion dont il revêt k manteau.
» 2* Oui , louons cette portion du clergé français qui, sans péril » pour la foi et pour son propre honneur, je dis plus, avec profit pour » l'une et pour l'autre, rend hommage au gouvernement actuel: » ce qu'elle ne pourrait pas faire à T^ard d'un autre gouvernement » sans s'avilir et sans soulever contre elle d'amères calomnies ' >
Il nous suffit de ces deux citations pour montrer quel est l'esprit politique de M. Gioberti.
13. De ropinion de M. Gioberti sur la plupart des écrivains qu! parlent it
théologie.
Le progrès de rinstruction solide et yariée parmi le clergé français délinen encore la religion d'un autre ver qui la ronge. Je veux parler de Vinsoleneeéi cet écrivaiUeurs (dont la France est si riche), qui osent raisonner et déni- tt sonner sur les choses sacrées sans en savoir le moindre mot. Depuis que U |^ secte des incrédules furieux est morte, il s'en est levé une autre : nnefeil^ ' de théologiens de gazettes ont envahi la littérature sacrée ; et c^est i qai tnitcra le plus mal les questions les plus redoutables et les plus délicates. Ujitèrcs chrétiens, morale, Bible, tradition , conciles , pères de r£gliie, histoire
Ibid, t. i,p. 101, 105.
DE LA PHUjOSOPHIE DE M. L'ABBÊ GIORERTl. 265
eedésiistiqne, hiérarchie, coite, diicipline, tout ressort de leur tribanal ; et Diea sait comme ils traitent ces objets Ténérables , qu'an savoir puissant et mûr peut seul aborber. Loin de blâmer les laïques d*enlrer daps l'étude de la religion^ je reconnais que c*est chose très-utile, et Je tiens que la modestie de René Descartes sur ce point sent fort Thypocrisie. Quand des hommes de mérite tels que Manzoni, Pellico» Balbo, Montalembert, Tammaseo, qui ont à la fois le génie, une science solide et une intention droite, traitent des choses sacrées, certes il ne peuvent que faire du bien, et leur parole est d*aatant plus digne d*étre appréciée, qu ils ne peuvent être accusés d'en faire un métier, comme il plaît k quelques hommes polis de le dire des prêtres. Mais que d'autres, avec un esprit médiocre et une science qui ne Test pas même, s'avisent de pénétrer dans le sanctuaire et de traiter les mystères religieux, c^est ce qui ne peut se supporter. Les gardiens du sanctuaire doivent les en punir, non par Tanathème. mais par le mépris. Si le clergé comptait dans ses rangs un certain nombre d*écrivains ingénieux et vigilants , qui sussent, tantôt avec les armes de la logique, tantôt avec celles du ridicule, faire bonne justice de ces profanes corrupteurs de la théologie, croit-on que leur babil serait aussi incessant , aussi importun , et leur nombre aussi considérable ! Certes, si Bossnet, Fénelon, Arnaud, ou quelque autre de ces hommes éminents vivait encore, la France aurait de moins quelques centaines de théologiens , mais la religion et la littérature s*en trouveraient beaucoup mieux.
Nous croyons devoir faire quelques observatioùs , non pas seulem^t sur la forme, mais encore sur le fond de cette admonition donnée anx écrivains qni parlent de théologie , c'est-à-dire de dogme ou de morale. Â entendre M. Fabbé Gioberti^ on voit qu*il ne demanderait pas mieux que d'imposer silence à tous les écrivailleurs qui parlent dogme dans les journaux. Ceci est déjà surprenant dans un homme qui reconnaît pour catholique toute la science qui est enseignée de Philadelphie à Calcutta ; mais leur imposer silence étant chose impossible, il les menace du fouet d'un magister vigilant : tout cela nous semble bien peu raisonné.
Le droit de parler et d'écrire sur les croyances et les préceptes , c'est-à-dire de parler théologie, est un droit, j'ai presque voulu dire un devoir. Nous ne sommes plus en Egypte ou dans l'Inde, où une caste de prêtres avait seule le droit de connaître et d'enseigner les choses religieuses, et où aussi elle les a faussées et corrompues. Grâces en soient rendues au Christ et à son Église, tous les hommes ont droit à la c(mnaissance de nos dogmes et de nos mystères. Ce n'eist pas pour rien que la loi du Christ s'appelle révélation et testament; c'est-à*
dire, loi destinée à tous. Le précepte est formel : m Ce que je vous dis » en cachette, répétez-le an grand joar ; et ce qoe vous avez reçu à » Toreilte, répétez-le sur les toits ' . » Or , si tous ont drcrit de connaître une chose aussi essentielle que la parole de Dien, comment leur refuser le droit, le devoir d'en parler ? Est-ce que tout flb ne parle pas du testament de son père ? tout disciple de renseignement du maître?.». Mais anssii c'est un devoir de ne pas dénaturer ce testament , cette parole; et c'est ici que, sans excuser tant d'écrivains qui exposent si mal cette parole^ sans leur imposer silence on 1m menacer du mépris, comme le fait M. Gioberti^ nous nous permet-^ trons de dire quelques-unes des causes de ce déplorable abus.
Nous dirons donc aux prêtres, et à. M. Gioberti en particulier : Voici à peu près 300 ans que vous enseignez à la jeunesse :
1^ Qu'elle a en elle une lumière innée j émanée de Dieu^ laquelle révèle tout ;
2° Qu'elle a une intuition directe de la vérité^ de Vin/ini , de Vabsotu ;
3» Qu'elle possède en elle Vidée du bien et du beau , du vrai et dn juste;
Zjo Qu'elle n'a qu^à descendre au fond de sa conscience pour trouver tout ce qu'il faut croire^ et tout ce qu'il faut faire ;
5** Que sa raison est une participation de la raison de Dien môme, et qu'elle ne subsiste que par une union immédiate, né' cessaire , réeZ/e, avec celle de Dleii méme^ etc., etc., etc.
Voilà èe que vous enseignez, et quand ces pauvres intelligences, à la grande sueur de leur front, veulent dire ce qu'elles voient, ce qu'elles sentent, ce qu'elles ont trouvé au fond de leur conscience, vous voulez leur imposer silence ? En vérité je ne vous comprends plus , ou plutôt je vous comprends bien ; vous gardez pour vous seul le droit de voir l'infini , de contempler dans l'tefce, et le droit de dire ce que vous avez vu, et contemplé. Non , non! Cela n'est pas juste.
Essayons de rétablir les vrais principes.
■ Quod dico vobisin tenebris, dicite in lumine, et qaod in aare aadistl; pr.Tdicato super tccta. Math., x, 27; Luc.> xit, 3.
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Le prdtre en tant que philoêopkê ^ en tant qn*Aommede génie^ qa*il se nomme Bossuet ou Lamennais» Arnaud ou l'abbé Gioberti, n*a ancnn droite enteddez-le, aucun droit, de nous imposer, de nous donner sa pensée. Depuis trop longtems on entend bourdonner à nos oreilles la religionde Boisuei^ la religion de Paîcal, comme d'autres disent la religion de Rousseau, la religion de Foliaire ; Bossuet et Pascal n^ont pas plus à'auiorili en iàit de dogme et de morale, que les derniers venus. Le dogme et la morale doivent nous venir de Dieu , et de Dieu parlant, non pas par le génie de tel ou tel bomme» mais de Dieu, parlant par une révélation extérieure eipositive^ comme l'histoire nous dit qu'il a en effet parlé ; parole conservée par la tradition, et spécialement par l'Église. Les prêtres n'ont d'autorité qu'en tant qu'ils sont les conservateurs de cette tradition, et qu'ils nous enseignent ce dépôt confié par le Christ à son Église.
An lieu donc d'enseigner à cette jeunesse à scruter Fidée, à exafflmer ce qu'elle a à^nné, à contempler Vabsotu^ enseignez-lui cette doctrine de tradition j doctrine positive ^ fixe et déterminée^ et alors vous pourrez lui demander de ne pas divaguer quand elle parlera de religion. Car pour le présent, quand elle nous donne ses idées, le résultat de ses propres intuitions , le produit de cette raison que rous dites un écoulement de la raison divine, elle ne fait que mettre sn pratique ce que vous lui avez enseigné.
Dans un prochain article, nous entrerons dans l'examen plus précis des principes philosophiques de M. l'abbé Gioberti. A. B.
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