‹ Annales de philosophie chrétienne (volume 3)Chapitre 55 sur 103 · DU RATIONALISME ALLEMAND · texte numérisé non relu

DU RATIONALISME ALLEMAND

iea ne toi a manqué*. Les joninanx de nos provinces les plos éloinées Font signalé comme une cenvre des plus remarquables*, et des HTofesseurs de Facultés dont l'hostilité persévérante au Christianisme ^t connue, sont allés jusqu'à déclarer qu'il ne faudrait pas bien des ivres comme celui-là pour compromettre mortellement la cause du Nationalisme en France'. M. l'abbé Ghassay est donc désormais un de :e$ écrivains dont on épie , comme une bonne fortune , la moindre )Qblication. Il eidste à présent, entre lui et ses lecteurs, comme un )acte implicite, en vertu duquel il s'engage à écrire le plus possible, !t eux , à toujours lire avec le même empressement. C'est indiquer issez que le savant apologiste ne s'imagine pas avoir conquis , par le uccès, le droit d'en abuser. Il a compris comme un écrivain devrait oujours le comprendre^ la gloire et les applaudissemens; et il y a répondu en s'imposant des devoirs plus rigoureux. Lors même que la !au8e sacrée qu'il défendue le lui rappellerait pas sans cesse, il n'oublirait jamais, on le sent, que, comme la noblesse, le talent oblige. Personne ne sera donc surpris d'entendre dire que ce deuxième volume est égal au premier sinon supérieur. Toujours est-il que l'on y suit la Intte avec un intérêt plus vif encore. On n'aura pas de peine à le croire, si Ton songe que le théâtre de cette lutte est V Allemagne , la patrie du Rationalisme moderne. Le sujet devient de plus en plus âpre et épineux.

Nos philosophes ne nous ont-ils pas présenté les compatriotes de Luther et de Kant comme possédant le dernier mot de la science et <Ie la raison ? Lé Rationalisme français du 19* siècle n'a-t-il pas répété sor tous les tons et à propos à tout, que l'Allemagne est le pays des Séants de la dialectique et de la pensée ? qu'il y a là des hommes qui ont formulé, d'une manière aussi scientifique qu'inattaquable, l'explication de toute chose? N'a-t-il pas déclaré assez haut que le Christianisme, et surtout son auteur, y ont été enfin ramenés à des proportions admissibles? N*a-t-il pas affecté cette conviction, qu'on nous

' Voir la fln de la préface qui est en tête du volume dont U est ici question.

*Par exemple les excellenU articles publiés par ï Espérance, de Nancy^ et *^r le Spectateur, de Dijon.

3 L'aveu auquel il est fait allusion, n*a été que verbal ; mais nous en garanissons Tauthenticité.

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y aurait irrétocabiement prouvé que tout cda doit ae réduire I da symboles dont la signification est aujourd'hui perdue et à des formules à jamais impuissantes 7 N'a*-t-il pas, en uH mot, treasailli d'une joie cruellement hypocrite , pour induire à penser que VJHégélianim» tramcendani nous a enfermés dans nos dogmes, comme dans une prison ténébreuse, et qu*il ne faut plus voir dans notre culte que Ici pratiques aveugles d'une magie stérile 7

Or, de toutes ces prétentions, celle-là seule serait vraie, que h Protestantisme a fini sa carrière : il vient d'exhaler son dernier soofle sous les coups du Rationalisme. Le Fils et le Père ont offert au monda dans leur duel lugubre, le scandale d'une haine invétérée. Le Urre dont nous parlons rend la chose palpable. Bossuet écrivit jadis, conmie une prophétie funèbre, les rariatiom de la dogmatique protestanta M. Ghassay vient de rédiger, à l'usage de la France^ l'acte authentique et circonstancié de la mort de la grande hérésie luthérienne : il fait connaître quelle main ingrate et glacée lui a fermé les yeox. ïà Providence a usé de terribles représailles. Luther, un fils de TÉglin romaine, voulut autrefois anéantir sa mère. À cet effet, il provoqua la fougue et les colères de la raison de l'homme. Or^ c'est par la fongue et les colères de la raison de Thomme que le Protestantisme vmt sa destinée finir. Raconter cette fin et cette agonie, puis prouver par d'irrésistibles arguments, que, seul, le principe protestant^ et nulle* ment le dogme chrétien , succombe sous les coups meurtriers de Sirauu, telle est la double pensée qui nous semble résumer le fo* lume que M. l'abbé Ghassay publie aujourd'hui.

Ge n'est plus seulement M. Pierre Uroux faisant à Jésus une sorte de procès juridique et voulant obstinément saisir les élémens cooHi" tutifs du Ghristianisme dans les phiiosophies et les cultes antérieui G'est l'es^position instructive et piquante et la réfutation originale et victorieuse de ce système inoui, que le Christ tel que nous l'adomii que le Ghristianisme tel que nous le pratiquons, sont le produit dHn rêve humanitaire. G'est le paroxysme de la fureur ou de la folie, en prisence duquel il n'y aurait plus, ce semble, qu'à se laver les mains et à se déclarer innocent du sang du Juste. Mais Paudace des blasphémateurs et les obstacles qu'ils soulèvent, multiplient en quelque sorte les forces de l'apologiste, et M. Ghassay est un jeune et valeureu

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crolsft , Voulant expaber à Jàmaii des lieux saints les impieB qui les entahissent et les profanent^ Le combot fpt beau quand il montra H. Leroux s'épnisant en tentatives déloyales pour enioTer an Christ n révélation et son évangile ; il devient magnifique aujourd'hui qu'il combat la théorie qui prétend arracher au Fils de Dieu son existence, telle qu'elle est racontée dans le Nouveau-Testament » et telle que TÉglise catholique la prouve, l'enseigne et la croit

On a beau faire et beau prendre les plus longs détoi^rs, c'était là» que^ dès son début, devait aboutir, en y expirant > la méthode pro* testante.

Est^^il donc vraiT se peut«-il qu'elle ait si vite achevé sa course, cette vigoureuse hérésie qui s'annonçait comme devant émanciper jusqu'à la Bn des siècles, la raison delà vieille tutelle de l'Église ! Trois cents ans auront suffi h l'évolution complète de la plus audacieuse et de la plus frénétique révolte de l'esprit humain I Redoutable fatalité de la logi<« qne de l'erreur, rien ne peut donc vous conjurer! 11 faut que, tantôt poDssée par une force inexorable, tantôt marchant d'elle-même, elle «rrive toojours h grands pas au néant ! Tout était dans les [promesses de la Réforme, progrès, bonheur et liberté ; et elle ne contenait en réalité que les conclusions du docteur Strauss, ou autres équival«iitesl

Les premiers réformateurs n'aperçurent , sous aucun rapport , les conséquences suprêmes de leur révolte passionnée autant qu'impie. Si Mélanchthon avait eu seulement Tombre adoucie du specucle auquel aotu assistons en ce siècle, on l'aurait vu sécher comme sécheront les kommes à l'approche du dernier jour. Comme l'habitude de leur ancienne soumission à l'autorité de l'Église n'était pas tout-à-fait anéan* tîe, ces profonds esprits, qui prétendaient ne point se trouver à Taise dans la foi catholique, s'abritaient dans la plus palpable inconséquence. Car, pendant quelque tems , les protestants roulèrent aveuglément lans l'orbite que leur avait tracé Luther, qui s'était mis par là même în contradiction avec le principe auquel son symbole devait l'exisience. Une lutte mtestine se déclara bientôt, il est vrai, au sem de l'E- Slise luthérienne, mais ce n'était alors qu'une querelle en famille. La X)ssibilité de s'entendre n'était pas encore démontrée chimérique aux lisciples du novateur. Elle le leur fut, le jour où le rationalisme mo-

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derne sortit da milieu d'eux, le joor où le partisan le plus frénétique de la liberté illimitée de penser, le plus impudent sceptique vint revendiquer logiquement le titre et la qualité de protestant

iUalgré les supplicationB de son vieux père, la philosophie rationilistea préféré à l'inconséquence et à la déraison, l'anéantissement de toute vérité. Avaient-ils bien le droit de l'excommunier, ceux qui »couaient naguère le joug du pape et des conciles? Ne voulaient-ils pis lui placer surlesépaules un fardeau qu'ilsavaient cru devoir neplusporter eux-mêmes? Fallait-il, en un mot, se soumettre à l'autorité d'hommes qui avaient récusé l'autorité de Dieu ? La philosophie rationaliste ne le pensa pas, et se mit en route pour accomplir sa destinée. Elle commença par montrer que le Protestantisme s'entourait jainemeot ^de précautions et d'intolérance; qu'il n'était et ne devait être que • h » porte du ciel ouverte à tout le monde '.» Puis, elle se chargea de jouer ce rôle , qu'il ne se sentit pas le cœur de remplir. Les plus obstinés purent comprendre alors qu'il était possible d'être protestant longtems après qu'on avait cessé d'être chrétien. Un tumulte horrible se fit au sein du Protestantisme : ses propres en&ns le détruisirent pièce à pièce avec le principe de Luther , kistmment fatal , dont, sans se l'avouer, il avait toujours horreur de se çervir.

Lorsque ses défenseurs mesurèrent l'étendue du mal, ils s'aperçarcnt que l'édifice , lézardé de toutes parts , allait tomber de fond ca comble. £n effet, le Protestantisme, ayant répudié la tradition et Fiii* torité, il ne lui restait que l'Écriture-Sainte pour' tout champ de bataille. Mais, abstraction faite de la tradition et de l'autorité, rÉcritun Sainte est le livre scellé sept fois, que nul ne peut Ure; ou du moiaii c'est une source intarissable de di£Bcultés ;

« L*homme n'enseigne pas ce qulnspire le ciel. >

L'incrédulité se mit donc en devoir d'interpréter à son tour U Bible et l'Évangile. Son commentaire commençait à peine, qu'une terreur inexprimable s'empara des docteurs protestans. Après y avoir mûrement réfléchi , ils ne virent de salut que dans une transactk», marché honteux, d'où est sorti le Rationalisme ex^étique. Ils firent donc entrer de nouveaux principes dans leur système d'intcrprétatioa,

' Cette perfide définition du protestantisme est de Bayle.

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