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et 86 troQTèrent ayant aux mains nne sorte de talisman fatal an con* tact duquel diaqae page des Ecritares perdait successivement sa signification et sa valeur. Le Protestantisme entra pour lors en agonie , ^ c'est cette phase de son histoire, dans sa marche générale, que le livre de BL Ghassay présente avec autant d'habileté et de savoir que dépiquant et d'intérêt, depuis Semler jusqu'à Strauss. • Ceux qut ont étudié ces sujets pour leur usage personnel seront surpris de Tordre, de la clarté, de la brièveté même» que le jeune auteur asu mettre dans ce chaos ténébreux. Ceux qui sont étrangers à ces études, mais qui tiennent à savoir où en sont le Christianisme et la science vis-À-vis Tun de Tautre, sont maintenant en demeure de satisfaire cette curiosité légitime avec autant et plus de plaisir qu'en lisant un livre frivole. H y a dans ces pages une vigueur qui entraîne , et une ins(Mration qui se communique à vous. On est généralement persuadé qu'avec leur inébranlable solidité, nos anciens apologistes n'ont aucune des qualités qui charment. Cette accusation est aussi injuste que préjugée. Mais, une chose certaine, c'est que l'ouvrage de M. Chassay prouverait au besoin Tunion intime, profonde, nécessaire , de la foi cttholique et de Tart, et que toutes nos facultés ont leur déploiement naturel complet et le plus légitime, en méditant nos dogmes ou en travaillant à les défendre. Le style , cette partie essentielle à toute œuvre humaine , plus essentielle qu'on ne le pense communément peut-être, y est aussi remarquable et plus homogène que dans le précédent volume. Le style de M. Chassay, n'est pas, comme on sait, ce ttfle laborieux, résultat de combinaisons savantes et compliquées, où l'expression devient incolore pour être trop mûrie ; c'est, comme cela doit être, la parole, le reflet de l'âme ; c'est le style où chaque faculté a simultanément part^ où l'image est la couleur de la pensée, et où le cœur puise toujours une impression qui ferait monter le sourire ou les larmes..
Ce livre est indispensable à quiconque veut mesurer les forces de nos ennemis etles nôtres. Mais ce doit être un manuel pour tous les catholiques de France. Jusqu'à présent, nous n'avions rien de complet, d'irrévocable, sur cette Allemagne mystérieuse dont l'incrédulité et le rationalisme nous ont tant menacé. Maintenant, il n'y a plus qu'à lire, et Ton ne saurait conseiller une lectiurc plus douce pour une
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» d'une Babylone condamnée le sinistre présage de la raine et de la » mort. Le mal était fait ; et, comme on parle bas dans la chambre » d'un malade qui va mourir, tous gardaient au fond de leurs poitrines n ce secret qui devait désespérer tant d'âmes. ... Si l'œuvre de Straoss H eût été une œuvre originale, une œuvre d'un génie égaré, mais d'oa M génie puissant, ce n'eut été qu^un flot isolé'. Mais , il a fait bien » plus qu'une œuvre de génie, il a résumé toute une époque ^ il i » été le Voltaire du protestantisme allemand j moins le talent et l'a- M mère ironie*. «
Avant la publication du livre de Strauss, le Rationalisme alleoiind avait donc successivement arraché à la théologie protestante ï pev près tous les articles de son symbole. De Jésus comme Fils de Dieu , il ne restait plus qu'une ombre. Mais cette ombre obsédait encore les docteurs de l'exégèse incrédule. Ils étaient bien certains d'avoir enseveli le Christ dans les formules de leurs théories ; mais ils n'étaient point aussi sûrs qu'il n'en sortirait pas vainqueur et ressuscité. Gelai qu'ils pensaient avoir insulté assez pour prouver qu'il n'était qu'on homme, ne se représenterait-il pas quelque jour avec l'auréole de la divinité autour du front comme autrefois? Cette possibilité troublait la paix de leurs méditations et empoisonnait le bonheur de leur victoire. Il fallait doue quelqu'un pour réaliser de nouveau l'antique prophétie, et remettre Jésus dans un état tel, que ses amis les plus dévoués ne pussent le reconnaître ^ L'homme dont le crayon de M. Chassay vient de nous reproduire si nettement la physionomie et le caractère , Strauss , se chargea de cette tâche. Il avait raison de s'en sentir le cœur. Pendant près de deux mille pages qu'il a cooncrées à cette œuvre de ténèbres , chaque page , chaque mot a l'intention d'enlever quelque chose à Notre Sauveur, soit de sa divinité, soit de son humanité, et Strauss n'a pas un sanglot, ne laisse pas ooo- 1er une larme ! Pour lui , celui que nous adorons comme le Fib de Dien a véritablement existé en Judée. Homme d'un génie supérieor, dévoué au bien et à ses semblables, il attire naturellement les regards
' C^est l'expression même de Strauss.
*Le Christel CÉvangUcy ii« partie, rÂllemagne, p. 130 et suiv.
' Isaïc, un.
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de plnsiears. Son amour pour la vérité , la pureté simple et austère
de sa Yie prédisposèrent eu sa faveur. A peine mort , il en arriva de
lai C(Mnme de presque tous les grands hommes : sa gloire ne fit que
s'accroître, et, la légende embellissant toujours l'idéal qui l'avait déjs^
remplacé, la divinité finit par se trouver attachée à la couronne
étrange que le tems et les générations lui façonnaient. Désireux de
^oiJr les autres partager leur croyance, les disciples y travaillèrent : de
là l'apostolat. L'histoire de Jésus se trouva graduellement composée
par les idées et l'imagination de tous : de là l'Évangile avec ses récits
merveilleux et ses miracles. Le mythe^ tel est donc le fondement de
h théorie de Strauss. Or, le mythe est un récit qui, propagé d'abord
(Nralement, s'embellit de plus en plus par la tradition avec les années,
de telle sorte que la vérité finit par se trouver enveloppée sous le voile
des fictions au point qu'il devint à peu près impossible de la saisir.
Tel est le dangereux système dont Strauss a voulu faire l'application
à l'histoire de Jésus , et que M. Ghassay réfute avec vigueur, avec
édat , avec une dignité calme et toujours en rapport avec la cause
pour laquelle il combat. Après les détails les plus piquants, après les
pages les plus spirituelles, vous arrivez souvent à des morceaux pleins
d'éloquence.
Mais ce n'est pas seulement le sujet de ce livre d'apologie , c'est aussi la manière dont ce sujet y est traité, qui fait que sa portée est immense. Nous ne balancerons pas à dire que souvent; dans la seconde partie, c'est une récréation véritable.. Vous le lisez trop vite à votre gré ; mais, arrivé à la dernière page, vous vous apercevez que tout on monde, pour ainsi dire, a passé devant vous. Chaque pas vous ouvre de nouveaux et magnifiques horizons, et chaque argument vous fût penser longtems. Mais ce qu'on éprouve le plus souvent peut-être, en le lisant, c'est le besoin de méditer avec plus d^amour sur cette Église catholique, en face de laquelle on se représente l'hérésie, ses excès et ses morcellements innombrables. On comprend plus clairement que son autorité est non-seulement nécessaire, mais encore trèsnaturelle à l'honmie. A ce point de vue, le livre de M. Ghassay acquiert une double importance. En^aisant l'apologie de Jésus^ il fait aussi Tapologie de l'Élise.
N'est-ce pas un spectacle unique dans l'histoire de tous les siècles,
U!« SÉRIE. TOME XVL — W 94; 1847. 18
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que celui d'une société captivant, sans violence, sous son antorilc, plus de 150,000,000 d'intelligences? Les hommes s^enlendent par les sentiments, par les passions : c'est le cœur-qui les coalise; mais ils se coml)attent par les idées, par les théories : c'est la pensée qui les sépare. La fusion parfaite des idées- dans quelques individus seulement n'est-elle pas un phénomèue presque introuvable? Et au fond, quoi de plus irascible, de plus indépendant, de plus irréductible, de plus égoïste que rintelligencc ? C'est là qu'est le mot, bien plus que dans le cœur. Car le cœur aspire à la dualité : tout homme a besoin de s'épancher dans un autre être ; quiconque veut vivre de soi-mêine, se dessèche et s'atrophie. £n nous enseignant que la perfection saprôme est de n'associer personne à notre destinée et de porter solitairement le fardeau de la vie ', le Christianisme ne prétend pas C(mtredirc l'antique parole : « Il n'est pas bon que l'homme soit seul \ • Il la couûrme d'une manière sublime ; parce qu'il veut qu'alors doqs ayons Dieu pour compagnon et pour ami ^ — L'intelligence tend i ne rien emprunter, à ne rien devoir, ù ne relever que d'elle-même. Essayez d'arriver à quelqu^un par le cœur : pourvu que vous le touchiez, il est à vous, vous vous l'ideutiliez. Au contraire , essayez d'asservir son intelligence, de vous emparer de sa pensée, la InUc est infaillible. Le génie lui-même n'est pas nécessairement efficace à cette œuvre : s^il fascine presque toujours, il est assez rare qu'il subjugue. Les plus beaux taleus ont-ils jamais su former une école homogène quant aux principes et quant aux dogmes? Socrate se plaignait de n'être pas Hdèlement interprêté par Platon, et Platon fot réfute par Aristote. L'hérésie, avec plus de moyens de discipliner les âmes, puisqu'elle conserve des élémens surnaturels, l'hérésie s'etf toujours morcelée à riufini. Les hérétiques ne s'entendent que sur un point, un seul : la révolte. Les grands cultes du Haut-Orient, qoe les rationalistes aiment tant à glorifier du nom de catholicisme de l'Asie , ne rassemblent des sectateurs qu'à la condition de fournir les dogmes les plus élasti(iues, et assez de dieux pour 35,000,000
' Qui matrimoniu jungil virgiocni suam bonè facit, et qui non JungK melià facit. 1 Cor . Yii, 38.--D1CO non nupiis... boAim est iliis si sic permaneui 1 Cor, VII, 8.
■ Genèse, n, 18,
' Virgo coKÎtat qua.* Uoniioi lunl. 1 Cor, vu â\,^ Alattb, \ix, 13,29. •
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d*honimc$ ayant tous un même amour, l'amour de la patrie : comp^ toz i;i vous pouvez , les opinions i>olitiqueSy les divisions, les subdivisions et les uuances !
Or, c'est au milieu de cette anarchie universelle, qu*il existe une société dont les mcml)rcS) répandus sous toutes les latitudes, appartcfiant à tous les peuples, parlant des langues dilTorentes, divi>i*s d'habitudes, de gôuverncmcns et de passions ; adoptent, croient, défendent les mêmes idées; 150,000,000 d'hommes n*nyant qu'un cœur et qu'une âme ! Une société où l*on récite le même symbole, les mêmes prières; presque aut.mêmes heures, et où toutes les intelligences se soumettent aux mêmes dogmes et aux mêmes mystères. Ceux même qui , sans la renier, sont demeures h son égard dans une longue indif* férence , ne veulent pas mourir sans être venus, pleins de repentir, lui dire à deux genoux : «• Mhrc ! j'ai péché contre le ciel et contre » vous. » Ajoutez que celle ideniilé de croyance et de pensées n'est pas h l'état d*abstraction. mais devient la source de la plus active fratcrnilé qne Ton ait vue ici bas , et dites , si vous l'osez , que l'Église n'est pas une œuvre divine !
Et c'est contre celte Église que le l'rolestantisme et le Tlationalisme ont voulu lutter I et c^est mieux qu^'Iie qu'ils ont prétendu faire ! Voyez dans le Chrisl et VÉvangile , les échantillons de leurs œuvres et le résultat de leurs travaux. Le Protestantisme fut pourtant la plus puissante et ta plus redoutable dos hérésies ! Le Rationalisme dîsi)osc pourtant de tous les moyens humains , de toutes les influences du pouvoir et des passions ! Avec tout cela , qu*ont-ilsfait? Osera- 1 on soutenir encore qu'ils ont donné des ailes h la pensée ? Nous savons^ ot nous en avons maintenant les preuves, que, sous leur direction^ la pensée a toujours haleté dans le vide. Il ont voulu réformer, expli" quer le Christianisme , et ils n'ont pu conserver une seule ligne des saiôta Livres, un seul cheveu de la tête divine de Jésus ! lisse gloriflckltd'avoir beaucoup fait pour le bien-être du peuple ? Regardez-donc tai Angleterre, et voyez ce qui s'y passe ; étudiez l'Allemagne, et jugez si Henri Heine n'a pas eu raison de prédire à ce pays une révo- Itltion dont la notre ne seraii qu'un préliminaire assez pâle! Ecoutez le Canon de la Suisse \ et applaudissez , si vous en avez le courage !
' Au moment où nous écrivons, les cantons proteslans marchent contre le Sunderbunii.