‹ Annales de philosophie chrétienne (volume 4)Chapitre 30 sur 108 · PAR LES ANNALES · texte numérisé non relu

PAR LES ANNALES

Nos lecteurs connaissent déjà de quoi il est ici question. Le Correspondant publia, dans son cahier du 10 juillet dernier^ une longue lettre (14 pages) de M. l'abbé Maret contre certaines doctrines des Annales; il nous disait à la fin de ce travail: « J'attends de votre justice Finsertion de cette lettre dans vo- 9tre prochain numéro ^ » Répondant à cette attente , et ne croyant faire en cela qu'un acte de pure justice, nous insérâmes cette lettre dans notre cahier de juillet , avec une réponse que nous priâmes, par réciprocité, le Correspondant d'insérer dans ses pages. Après bien des retards, le comité de rédaction décida que notre réponse serait insérée. Nous en corrigeâmes les épreuves, et le Correspondant en annonça lui-même la publication pour son numéro du 10 février dernier ^. Mais puis voilà qu'une nouvelle direction arrive, et celle-ci, après quelques pourparlers, refuse de tenir la parole donnée, d'user de réciprocité et de rectifier les paroles incorrectes publiées contre fes Annales.

Nous pourrions forcer le Correspondant à cette rectification ; notre droit est certain. Mais comme, dès le commencement, nous avons annoncé que nous renoncions à user de moyens légaux, nous ne changerons rien à notre parole.

Mais puisque nous avons fait connaître cette haute désapprobation donnée à notre ligne de conduite, il nous sera bien permis

* Voir le Correspondant du 10 juillet dernier, t. xi, p. 70.

* Voir le N° du 25 janvier dernier, p. 384) où il était dit : c L^abondance des > matières nous oblige à renvoyer au N^ prochain une lettre de M. Bounetty, «adressée à M. Tabbé Maret. »

fii REFUS DC CORRESPONDANT

de publier quelques-uns des suffrages et des eBCouragefflens qui nous ont été donnés et que nous n'avions pas cru devoir faire connaître.

Voici d'abord ce que nous écrivait un professeur de théologie^ déjà connu par plusieurs importantes publications.

Au séminaire de **% 30 septembre i8A5.

Monsieur le directeur^

»Je crois que le système des idées innées peut être soutenu^ nnon pas dans le sens de M. Mareî, que vous combaitez avec au- » tant de sagacité et de justesse que de raison y mais comme l'ex- » plique AI. Ubagbs dans sa psycbologie. Il serait trop loi^ de » rapporter ici les preuves sur lesquelles il appuie son senlimefit: » si vous désirez les connaître ^ vous vous procurerez facilement »cet ouvrage. Je crois qu'il se trouve à la librairie de M. Wallle.

» Mais un autre point qui jette beaucoup d'obscurité sur les dis- «eussions pbilosopbiques et tbéologiques* c'est le manque d'une » séparation distincte^ nette et bien tranchée entre l'ordre itaftire/ » et Tordre surnaturel,

» Voici quelques-unes de mes idées : le mot ordre Impiifpgte trois » termes, nature, moyen, fin. Dieu ne saurait créer un être sans 9 lui donner une ncuure, une fin^et ûes moyens pour atteindre « cette fin. £t quand ces trois choses sont en rapport> il y a ordre ; » et il y a ordre naturel, quand l'être n'a rien que ce qu'il a reçu »en vertu de sa création.

» Mais depuis le plus bas degré de Tordre naturel jusqu'au plus » élevée il y a une étendue indéfinie ; car on conçoit très-bien que » Dieu pût créer des êtres plus ou moins parfaits dans le même or- »dre. Ainsi, la nature angéliqne est beaucoup {dus parfaite que la » nature humaine. Or, de la nature d'un être la plus parfaite Jus- B qu'à Tordre surnaturel proprement dit^ il y a encore une dis- » tance infinie. En effet , Tordre surnaturel consiste à voir Dieu » comme il se voit, à le connaître comme il se connaît, à Taimer » comme il s'aime. Or^ Dieu par sa nature se voit, se connaît et » s'aime d'une manière qui lui est propre et qui n'est propre qu'à »lui ; et par conséquent, Dieu ne saurait créer un être qui, par \>sa nature, puisse voir Dieu comme il se voit. Ainsi Tordre surna-

i^turel n'est pas seulement au-dessus de toute nature créée^ mais » encore de toute nature ctéabie, comme le dit Toumély, que » vous citez*.

> Les anges ont été établis dans les deux ordres, et Adam aussi :

»par conséquent; il y a eu dès le commencement une double ré-

» vélation ou une révélation qui a eu un double objets révélation

» de Tordre naturel, nécessaire , dans l'hypothèse de la création , et

» révélation de Tordre surnature/, purement gratuit ^ de la part de

H Dieu. £t les hommes, dans tous les tems^ ont été sous Tinfiuence

>de cette double révélation. Et quand on parle de la loi de nature

»sous laquelle ont vécu les patriarches^ c'est par opposition à la

»loi écrite; car dès lors qu'ils ont pu arriver au salut éternel^ ils

»0Bt eu besoin de la grâce, puisqu'Adam en a eu besoin avant

»son pécbé : donc ils ont été sous la révélation proprement dite.

» Âinsi^ Tordre surnaturel consiste à rendre la nature humaine

^participante de la nature divine, non pas que la nature humaine

»soit une émanation de la nature divine, mais parce qu'elle est pé-

»nétrée de cette nature divine. Saint Thomas se sert d'une belle

» comparaison pour faire comprendre cet ordre de choses. Un fer

9 jeté au feu conserve sa nature et acquiert les propriétés du feu.

» Ainsi, la nature humaine, divinisée en quelque sorte par la grâce,

»ne perd pas sa nature, n'est pas annihilée ni convertie en la na-

9 ture divine, mais elle devient participante de cette nature, elle en

9 acquiert les propriétés, autant qu'il peut être donné à un être con-

itîngent; en sorte que par la grâce, Thomme n'a plus seulement

» une vie humaine, ni Tange une vie aogélique, mais une vie divine.

»0r, ilf. Maret me semble confondre ces deux ordres y et voilà

» pourquoi les témoignages des saints pères le trompent. —Il s'agit

»là de la vie de la grâce ou de la vie divine, — et il veut en faire

»rapplication à la vie humaine, ou à la raison humaine dans Tor-

»dre naturel, puisqu'il s'agit de philosophie. £t une chose assez

» curieuse , c'est que ce soit vous, laïque , qui rappeliez à un pjo-

^fesseur de théologie à la Sorbonne, cette distinction qu'il mécon-

snatt ou qu'il ignore.

p J'ose espérer, monsieur le directeur, que vous me pardonnerez »la liberté que j'ai prise de ra'expliquer avec vous avec autant de

*■ Voir dans Texamen critique de M. Maret, ce passage, tome xii, page 67.

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