‹ Annales de philosophie chrétienne (volume 5)Chapitre 10 sur 135 · TRADUCTION · texte numérisé non relu

TRADUCTION

« C'est sur vos instantes prières, Héloïse , ma sœur, qui me fû(es chère autrefois dans k siècle et qui aujourd'hui m'êtes plus chère en Jésus-Christ, que j'ai composé ces chants nommés hymnes par les Grecs, et par les hébreux tehillim. Lorsque vous me pressiez de les écrire, vous et les saintes femmes qui habitent avec vous, j'ai voulu connaître les motifs de votre demande; car il me semblait superflu de vous composer de nouvelles hymnes , quand vous en possédiez tant d'anciennes ; je regardais d'ailleurs comme un sacrilège de préférer ou seulement d'égaler aux chants antiques des saints, les chants nouveaux d'un pécheur.

I» Parmi les diverses réponses que j'ai reçues de plusieurs d'entre vous, je me ra{^lle que vous particulièrement, vous mettiez en avant ces raisons :

» Nous savons, me disiez-vous, que pour le choix des psaumes et des hymnes , l'Église latine et surtout l'Église gallicane , obéissent à l'empire de l'habitude plutôt qu'à celui de l'autorité ; car nous ignorons encore de quel auteur est la traduction du psautier adopté par rÉgUse gallicane; et même, s'il faut en croire sur ce point ceux qui nous ont fait connaître la diversité des traductions , celle-ci s'éloigne de toutes les autres, et ne mérite nullement, ce me semble, de faire autorité ; mais telle est la force de la coutume , que , tandis que pour les autres livres de la Bible nous suivons la traduction correcte de saint Jérôme, pour le psautier, qui est de tous les livres le plus fréquemment lu, nous nous contentons d'une traduction apocryphe. Quant aux hymnes dont nous nous servons aujourd'hui, il y règne un tel désordre , que jamais , ou du moins bien rarement , l'intitulé ne nous apprend quelles elles sont, ni qui les a composées ; et si nous croyons connaître les auteurs de quelques-unes , comme Hilaire et Ambroise, les premiers compositeurs de ce genre de poème, et après eux. Prudence et d'autres encore, toutefois la mesme des syllabes y est souvent si mal observée que les paroles sont rebelles à la mesure du chant, sans laquelle il n'y a point d'hymne ; car la défifiiUon de l'hymne est Vélof^e chanté de la Divinité,

a quibus dccautantur, inentiri ncccssc sit, tum vidclicct pro tcmfx)ris necessitate, lum pro falsilalis inserlione. Casu quippe aliquo vel dispcDsalionc, eo modo sœpius prœpcditi fidclcs constituta Lorarumtempora vel praeveniunt , vel ab ipsis praeveniunlur , at de ipso saltem tempore mentiii compellantur , dum videlicet aat noctumos die, aut diurnos nocte hymnos décantant. Constat quippe, secundum propheticam auctoritatem et ecclcsiasticam institutionem , nec a laude Dei noctem ipsam vacare , sicut scriptum est « Memor fui nocte n. t. <1. 'n etiterum « Media nocte s. ad. c. t.* » hoc est ad laudandum te ; nec septeni reliquas laudes de quibus idem memiuit propheta « Septies iu die 1. d. t. ^ » nisi in die persolvendas esse , quarum quidem prima quae raatulinae laudes appellantur, de qua in eodem scriptum est propheta « ]n matutinis d. m. in te* «> ia ipso statim diei iuitio , illucescente aurora seu lucifero , praemittenda est. Quod etiam io plerisque distinguitur hymnis. Cum enim dicit « Nocte surgentes v. o. ' » et iterum « Noctem canendo r. ^ vel « Àd coufiteudum surgimus morasque n. r.7 » et alibi « Nox atra rerum contegit t. c. o.* » vel r Nam lectulo consurgimus n. q. t.î> » et rursum « Ut quique horas noctium ne. c. r.'*» et similia, ipsi sibi hymni quod nocturni sunt testimonium praebent. Sic et matutini seu reliqui hymni proprii temporis quo dicendi sunt , institutionem nonnunquam profitentur. Yerbi gratia cum dicitur « £cce jam n. t. u.^' » et iterum « Lux ecce s. a.'* » vel « Aurora jam s. polum*^ seu « Aurora iucis r.'< » et alibi « Aies diei nuntius J.

' Nomtnis tui Domine (Psaume 118, T. 55,)

* iModia nocle surgebam ad conjitendum tibi, (Psaume 118, v. 62.) ' Laudem dixi tihi, (Psaume 118, Y. 1 04.)

* In malutÎDis Domine mcdilabor in le» (Psaume 62, v. 7.)

' Nocte surgentes vigiUmus omnes, (Hymn. sancti Giregorii pape ad galli

cantum posi squinoctium vemale.) ^ Noctem canendo rumpimus, (Hymn. sancti Àrabrosii.) ^ Ad confitendam surgimus morasque noctit rumpimus. (Hymn. lancti Ani-

brosii.)

* l'errœ coiorti omifam (Hymn. sancti Ambrosii ad galli cantum). ^ Noctis quieCo tempore. (Hymn. sancti Ambrosii.)

S une eoncinendo ruff^imu/. (Hymn. fancti Ambrofii.)]

4 Vous ajoutiez que nous manquions (Uliymnes spéciales pour le plus grand nombre des fêtes, telles que celles des Innocens, desÉvangéiistes et de ces saintes qui ne furent ni vierges, ni martyres. Enfin disiez vous , il y a plusieurs de ces hymnes qui font mentir ceux qui les chantent, ou parce qu'elles ne s'appliquent pas au tems, ou parce que leurs termes sont peu conformes à la vérité. Ainsi , il arrive souvent que les fidèles , empêchés , soit par quelque circonstance fortuite, soit par la manière dont les ofiicessont distribués, devancent ou laissent passer Theure prescrite : si bien qulls sont forcés de mentir, au moins en ce qui concerne le tems, chantant le jour les hymnes de la nuit, ou la nuit les hymnes du jour.

» 11 est certain, en effet, d'après l'autorité des prophètes et les institutions de rÉglise, que la nuit même doit avoir des chants pour la Divinité , ainsi qu'il est écrit : menur fui nocte , eic, ; et encore : meclid noctd surgebam ad confilendum tibi , c'est-à-dire -, pour te louer. Et les sept autres louanges dont parle le même prophète , seplies in die^ etc,^ ne peuvent se chanter que le jour; car la première, qui est appelée maiulinœ laudes et dont il est dit dans le même pro* phète : in matuiinis, etc. , doit se chanter au point du jour, quand l'aurore ou Lucifer commence à luire. Cette distinction est observée dans la plupart des hymnes ; et par exemple, quand le poète dit : nocie surgenleSy etc. , et encore : noctem canendo^ elc. , ou ad confilendum surgimus morasque, etc, et ailleurs : nox alra, etc, ou : nam lectulo consurgimusy etc. ; et encore : ut quique horas noctium , etc., et autres paroles semblables : ces hymnes témoignent assez d'elles-mêmes qu'on doit les chanter pendant la nuit. Et de même les hymnes du matin et les autres indiquent souvent 5 quelle heure du jour on les doit chanter ; par exemple, quand il est dit : ecccjam noctis tenuaiur um-

" Eccejam nocUs Unualur umbra, (Hymn. sancli Gregorii pap« matuti.

die dom. post aeqiiin. vernale.)

"' Lux ecce surgit aurea, (Hymn. Prudenlii.)

"Aurora jam spargit polum. (Hymne «ans désignation d'auteur.)

>^ Aurora lucis rutilât, (Hymne sans désignation d'auteur.)

Nota. Nous doutons que M. E. Gachcl ait été bien autorisé à attribuer ces

de jx dernières bynineg à saint Ambroi«e , malgré les indications auxquelles

il a pu se fier.

p. ' precinit, » vel « Ortum refulget l."» » et si quae siiiit fanjnsinodi, ipsi nos iiistruunt faymni qoo tempore sint cantaDdi, ut, si eis YÎdelîcet sua tcmpora non observemus , in ipst eorum [M'olatione meadaces in^eniamur. Hanc tamen d)serYantiam non tam negligentia plerum* que toliit qaam nécessitas aliqua vel diftpensatio |»*aepedit; quoi maxime in parochialibus seu minoribns ecclesiis ^ propter ipsas }4ebium occupationes quotidie fieri necesse est, in quibus omnia et fcre continue peraguntar in die. Nec solum tempora non obseryatt mendacium ingenint, verum etiam quorumdam hymnorum compost* tores, velex proprii animi compunctione alienos pensantes, vel improvidae studio pietatis extoiiere sanctos cupientes , in aliquibus ita modûm exccssermit ut, contra ipsam nostram conscientiam , aliqua in ipsis saepius proferamus tanquam auctoritate prorsas aliéna. Pancissimi quippe sunt qui contemplationis ardore vel pcccatonim suorum compunctione flentes acgementes, illa digne valeant decaniare « Preces gementes f. d. q. p.'i ;»> et itenim, « Nostros pius cum canticis f. b. s.'' « et similia quae sicut electis ita paucis conveniunt. Qua etiam praesumptione singulis annis decantare non vereamur « Maitine par apostolis,» vel singulos confessores immoderate de miraculis glorificantes dicamus « Ad sacrum cujus tumulum fréquenter niembra languenlum modo sanitati etc. » discretio vcstra dijiulicet. His vel consimilibus vestrarum persuasionibus rationum, ad scribendos per totum aiini circulum bymnos animum nostnim vestrae revcrentia sanctltatis compulit. In hoc itaqne mihi vobis supplicantibus, sponsae Chrisii vel ancillae , et nos e converso vobis supplicamus, ut quod nostris onus imposuistis humeris , vestrarum oralionum manibus sublevetis , ut qui seminat et qui metit simul opérantes congaudeant''. (Suivent les hj-^nes de la 1'" catégorie J

' Aies diei nuntius lucem propinquam pn^cinit. (Hymn. Prudentii.)

' Orlum refulget lurifer. (Hymn. sancti Ambrosii )

3 II importe de remarquer qu'Abeilard distingue ici les églises paroissiales ou mineures des églises cathédrales ou majeures.

^ Preces %tmeiiies fundimusj dimiftequod peccavnnus. (Hymn. sancti Ambrosii )

"^ Fiftns henigve siiscipe, (Hymn. sancti Ambros»i.j

^ O'est ici que finit la partie de cette lettre déjà publiée par nous.

bray etc. ; et encore : lux ecce, etc. ; ou aurora spargit polum, ou aurora lucis, etc. ; et ailleurs : aies diei nuntius, etc ; ou ortum refulget lucifer, etc. ; ces passages, et d'autres semblables, nous apprennent à quelles heures ces hymnes se doivent chanter. Or ne pas observer ces heures , c'est faire mentir les chants qui s'y rapportent. Et pourtant, ce qui le plus souvent nous empêche de non? confonner au tems précis, c'est moins la négligence que la nécessité ou la distribution des offices , comme cela, se pratiqae journellement dans les églises paroissiales ou mineures 7, les occupations du peuple forçant de faire tous les offices de jour etpresqu'à la suite l'un de l'autre.

» Et ce n'est pas seulement l'inobservation des heures qui nous fait mentir, mais encore quelcpies auteurs d'hymnes, lesquels, soit qu'ils aient jugé des autres cœurs par la perfection du leur , soit que , par un zèle d'imprévoyante piété , ils aient voulu exalter les saints , ont tellement dépassé les bornes, qu'ils nous font chanter dans ces hymnes contre notre conscience et comme sous l'empîre d'une autorité toui à fait étrangère •. Il y a en effet bien peu de gens qui, pleurant ei gémissant dans l'ardeur de la contemplation ou dans la componction de leurs péchés , puissent véritablement dire : preces gemenies , etc. ; et encore : nostros pius^ etc. , et de tels autres passages qui ne conviennent qu'à des élus , c'est-à-dire, au petit nombre. N'y a-t-il pas présomption à chanter chaque année Martine par apostoUs, etc.. ou à glorifier immodérément de leurs miracles quelques confesseurs , en chantant : ad sacrum ciijits tumnlwn, etc. Votre sagesse en décidera.

« Ce sont ces raisons et d'autres semblables, ainsi que le respect dû à votre sainteté , qui m'ont décidé à écrire des hymnes pour tout le cours de l'année; vous m'avez prié sur cet objet, épouses et servantes du Christ, et moi je vous prie à mon tour de soulever par l'effort de vos prières le fardeau que vous avez mis sur nos épaules, afin que, travaillant ensemble, celui qui sème et celui qui moissonne puissent ensemble se réjouir.

^ Voyez la note que nous avons ajoutée à ce sujet au texte latin.

^ Nous pensons avoir bien traduit ce passage , où il nous parait évident qu'Abailard doit vouloir parler d'une autorité différente de celle que reconnaît la véritable orthodoxie chrétienne. Ce passage répond à celui de la leltrt d'Héloïse auquel il est fait allusion au commencement de la présente lettre.

Tripartituin est divini cultus officium. Doctor gentium in cpîstola ad Epheslos ' ordiiiavit diccns : «Et nolite inebriari in vino^ in quo est luxuria, sed implemini spiritu', loquentes vobismetipsis in psalmis et bymnis et canticis spiritualibus , cantantes et psallentes in cordibus vestris domino ; » et rursus ad Colossenses* inquit : « Verbum Christi

babitet in vobis abundanter, iu omni sapientia, doceutes et commonentes ' vosmetipsos psalmis , bymnis et canticis spiritualibus , in gratia cantantes in cordibus vestris domino ^ »

Psalmi Ycro et cantica , quum ex canonicis antiquiius praeparata sunt scripturis, nec noslro necalicujus egent studio ut modo comj)onanlur.

De bymnis Tero cuni nibil insuper positis distinctum habeatur scripturis, quamvis et nonnulli psalmi nomen bymnornm sive canticorum sanctorum inscriptum titulum habeant, passim a patribus postea scriptum est et pro temporum , aut borarum , seu festivitatum varielate quibusque proprii bymni sunt constituti ; et bos nunc proprie bymnos appeliamus quamvis antiquitus indifferenter nonnulli tam bymnos quam psalmot dixerint et quaelibèt divinae laudis cantica rithmo vel métro composita. Unde Eusebius caesariensis ecciesiasticae bistoriae libri secundi capitulo XVII disertissimi judaei Philonis laudes erga Alexandrinam sub Marco ecclesiam commemorans inter caetera adjecit 7. Post pauca rursus et de eo quod psaimos faciant

1 Epitro de saint Paul aax Ëphésiens. Cap. v, 18, 19.

^ De tous les pères que nous avons été à même de consulter, saint Hilaire est le seul qui dise comme Abailard inebriari in vino. Les autres et la Vulgate y ovitïii inebriari vino.

^ La Vulgate, saint Ambroise, saint Jérôme dans son commentaire, TAmbrosiaster, Gildas le sage et un grand nombre de manuscrits grecs ajoutent sancto. Le manuscrit latin des Epilres^ connu sous le nom de Saint-Germain lit comme Abailard : il en est de même de la plupart des manuscrits.

^Epitre de saint Paul aux Colosses. Cap. m, 16.

^ La Vulgate et le scholiastede saint Jérôme portent c^o;??^^?!^»^^/ comme Abailard, TArabrosiaster ynonentes et le manuscrit de Saint-Germain corripi entes.

INÉDITES D*ABAILAttD. 29

« L'office du cuUe divin se compose de trois élémeiis. Le docteur des Gentils, dans Tépître aux Ephésiens , l'établit ainsi quand il dit :

Cl Ne vous enivrez pas dans le vin , qui renferme la luxure ; mais « remplissez-vous de l'esprit, vous entretenant de psaumes, d'hymnes « et de cantiques spirituels, chantant et psalmodiant le nom du Sei- « gneur dans vos cœurs. »

Et encore dans Tcpître aux Colosses il dit : « Que la parole du « Christ habite en vous abondamment et en toute sagesse ; inslruisez- « vous et exhortez-vous les uns les autres par des psaumes , des « hymnes et des cantiques spirituels, chantant de cœur et avec édlfi- « cation les louanges du Seigneur. •

> Les psaumes et les cantiques ayant été fournis de toute antiquité par des livres canoniques, n'ont besoin ni de nos efforts, ni des travaux de personne pour être composés aujourd'hui

» Quant aux hymnes , comme elles ne tiennent pas une place distincte dans les saintes écritures, quoique certains psaumes portent le nom d'hymnes ou de saints cantiques, ce furent les Pères qui s'en occupèrent en divers passages de leurs écrits ; on fit des hymnes parliculières appropriées aux tems, aux heures, aux fêtes diverses ; et c'est ce qu'aujourd'hui nous nommons hymnes, dans le sens propre du mot. quoique anciennement on nonunât indifféremment hymnes ou psaumes tous les cantiques sacrés com|)Osés suivant un rhythme ou un mètre

^ C'est ainsi que lisent TAmbrosiaster et le scholiasie de saint Jérôme avec la plus grande partie des manuscrits grecs. La Yulgate et plusieurs manuscrits grecs Usent Dec (Oeû).

^ Le copiste a passé les paroles d*Easèbei et rien dans le texte n^indique cette lacune. Abaifard citait probablement le passage du chapitre xvii, que traduit ainsi le président Cousin, dans sa traduction des historiens de l^ Eglise, tom. 1' pag. 69, in*4, Paris, 1675. « H y a dans chaque habitation (des thérapeutes), un monastère où ils célèbrent seuls les saints mystères, sans y rien porter pour Iroire, pour manger , ni pour les autres nécessités du corps, mais seulement les livres de la loi, des prophètes et des hymnes propres à entretenir et à acoroilre la science et la piété.

novos ita scripsit : « Itaque non solam subtiiium intelligant hymnos velerum , sed ipsi faciunt novos in Deum , omnibus eos et jnetris et sonis honesta satîs et suavi compage modulantes. » Haud fortassis incongruum est omnes psalmos heforaice métro vel ritbmo compositoset mellica dulcedioe conditos appellari etiam hymnos juxta ipsam videlicet hymnorum defmitionem qnam in praefatione prima posuimus >. At cum jam psalmi ex hebraeo in aliam linguam translati a rithmi vel metri lege solutî suntbene adEphesios,qui graeci sunt, apostolus scribens separatim a psalmis hymnos distinxit sicut et cantica. De his itaque quum nostrum saepe ingeniolum, dileclissimae Christi filiae, maltis precibus pulsavistis, addentes insuper quibus de causis id necessarium vobis videatur , vestrae jam petitioni , prout dominus annuerit, ex parte paruimus. Superiori namque libello quotidianos feriarum hymnos qui toti sufficere possint hebdomadae comprehendimus, quos ita composites esse cognoscatis ut bipartitus sit eorum cantus sicut et rithmus. Et sit una omnibus nocturnis melodia communis, atque altéra diurnis sic et rithmus. Hymnum etiam gratiarum post epulas exsolvendum non prœtermisimus secundum quod in Evangelio scriptum est. « Hymno dicto exierunt*. » Cœteros vero supra posilos hymnos hac considerationç digessimus ut qui nocturni ' sunt suarum opéra feriarum contineant ; diurni < autem ipsorum operum alegoricain seu moralem expositionem tradant. Atque ita factum est ut obscuritas historiae nocti , lux vero expositionis reservetur diei. Suporest de caetero vestris me orationibus adjuvari ut optatum vobis munusculum transmittam. {Suivent les hymnes de la 2* catégorie).

' Voyez ce que nous avons dit pp. 19 et 20 au sujet de cette première prë* face.

'Saint Matthieu, cap. xxvi, 30. — Saint Marc, eap. xiv, |^. 26.

' Celles qu'on chantait dans C/Ctte partie de Toffioe qu'on appelle maintenaat matines et laude;. Voyez troisiènie préface, e*^ laudibus insuper malulinis,

* Celles qu'on chante à prime, tierce, sexte, noue, vêpres et compiles.

* Voyez la note 7 de la p. 28.

^ Voyez la note du passage latin correspondant.

mÊDITES D*ABAILAHD. 91

régulier. G*est ainsi qu'Ëusèbe deCésarée, au chap. 17 du livre IPde son histoire ecclésiastique^ rappelant l'éloge gue le savant juif Philon faisait de TÉglise d'Alexandrie à l'époque de saint Marc, ajoute eiitre autres choses ^ Et un peu plus loin au sujet des psaumes nouveaux qu'ils composent, il ajoute : « Et ainsi non seulement ils cx)mprennent « les hymnes subtiles des anciens , mais ils en composent de nouvelles <( à la louange de Dieu, les modulant sur tous les mètres et sur tous « les tons, avec une harmonie pure et suave. »

» Sans doute il est permis de donner le nom d'hymnes à tous les psaumes composés en hébreu suivant certain rhytbme et certaine mesure et avec une douceur qui tient du miel. Ce nom rentre même dans la définition de l'hymne telle que nous l'avons donnée dans notre première préface ®. Mais comme les psaumes, en passant de l'hébreu dans une autre langue, ont perdu leur rh^thme et leur mesure^ c'est avec raison que l'apôtre, écrivant aux Éphé siens, qui sont des grecs, a séparé des psaumes les hynmes et les cantiques.

k C'est au sujet de ces hynmes, chères filles en Jésus-Christ , que vous avez souvent sollicité notre faible génie par vos prières, en ajoutant les causes qui nécessitaieat voire demande, et nous avec la grâce de Dieu , nous nous sommes rendus en partie à cette demande. En effet, dans le livre précédent, nous avons renfermé des hymnes quotidiennes de fériés qui puissent suffire à toute la semaine.

» Nous les avons composées, pour que vous le sachiez , de telle sorte qu'il y a double chant et double rhythme, une mélodie commune pour tous les nocturnes et une autre pour les chants diurnes.

» Nous n'avons pas omis non plus l'hymne de grâces après le repas, suivant qu'il est écrit dans l'évangile : « Et ils sortirent après l'hymne » récitée. »

» Et quant aux hymnes qui précèdent, en les composant nous avons été dirigés par cette pensée que les nocturnes doivent contenir les œuvres de leurs fériés, et que les diurnes doivent contenir l'exposition allégorique ou morale de ces œuvres ; si bien que l'obscurité de l'histoire soit réservée pour la nuit, et la lumière de l'exposition pour le jour.

» Il vous reste maintenant à m'aider de vos prières , pour que je puisse vous transmettre le petit présent que vous désirez.

iir.

Superioribusduobuslibellisquotidianos feriarum hymnos et solemnitaium divinarum proprios digessimus : nunc vero superest ad caelcstis gloriam régis et communcm fidelium exhortatioiiem , ipsam quoque superni curiain palalii debitis hymnoruin, prout possumus , efferre praeconiis. Iq quo quideni opère ipsi me precipue adjuveiil meritis quorum gloriosae memoriœ qualiumcumquc laudum munuscula cupio persolvere, juxta quod scriptum est: « Memoria jusli cura laude s » et iterum: « Laudemus viros gloriosos etc \ » Vos quoque obsecro, sorores carissimœ Cliristoque dicatae, quarum maxime precibus hoc opus agressus sum vestrarum adjungite devotioiiem orationum illius memores beatissimi legislaloris qui plus oraado quam populus potuit dimicando '. Et ut caritatem vestram in orationum copia largam inveniam , pensate diligenter quam' prodigam vestra petitio nostram habuit facultatem. Dum enim divinae gratiae laudes pro nostri îngenioli ^ prosequi studeremus ,* quid de ornatu deest eloquenliae recompcnsavimus hymnorum multitudine , singulis videlicet singularum soleninitatum nocturnis proprior componentes hymnos cùm unus solummodo * hucusque hymnus infestis quoque sicut in feriis® ad nocturnos precineretur. Quatuor itaque hymnos singulis festivitatibus ea ratione decrevimus ut in uno quoque trium nocturnonim prius decantetur hymnus et laudibus insuper matutinis non desit suus 7. Ex quibus rursus quatuor instituimus » ut duo in vigilia pro uno conjungantur hymno et duo reliqui similîter ad vesperas ipso die solemni recitentur, aul ita bini et bini in singulis vesperis dîvidantur ut cum duobus prioribus psalmis unus et cum duobus reliquis alius decantetur ^ Decruce autemmemini quinque conscripti sunt hymni, quorum primus singuhs preponatur horis invitans diaconem crucem de altari tôlière et in medio chori afferre atque ibidem eam quasi adorandam ac salutandam statuere ut in ejus quoque presentia tota persingulashorasperagatursolemnitas. {Suw.les hym.dela^^ catég,)

« Proverbe x, 7. La Vulgate et presque tous les anciens lisent cum laudibus,

* Ecclesiasti»y cap. xliv, v. 1.

^ Allusion à ce qui est rapporté dans les Nombres, chap. xvii, y. 8-13.

Ii\ ÉDITES D'ABAILAUD. 33

« Dans les deux livres précédens j'ai réuui les hymnes quotidiennes des fériés et celles qui sont particulières aux solennités diverses ; reste maintenant pour la gloire du Roi céleste et pour Tcncouragement des fidèles à exalter dans des hymnes suivant la mesure de nos forces , par de justes louanges , h cour du suprême palais. Dans cette œuvre, mon principal soutien sera le mérite de ceux dont je célébrerai la glorieuse mémoire , suivant ce qui est écrit : « La mé- » moire du juste sera louée » et encore : « Louons les hommes glorieux, etc. » Et vous , mes très chères sœurs , vouées à Jésus-Christ , vous dont les sollicitations m*ont fait entreprendre cette œuvre , joignez à mes efforts la dévotion de vos prières , vous souvenant de ce bienheureux législateur qui a fait plus en priant qu'un peuple entier en combattant. Et pour que votre charité ne m'épargne pas vos prières, songez avec quelle prodigalité nous avons exaucé vos demandes. En essayant de louer la grâce divine suivant notre faible génie , nous avons compensé par la multitude des hymnes, ce qui pouvait nous manquer du côté de l'éloquence , composant des hymnes particulières pour chaque nocturne de chaque solennité, tandis que jusqu'à ce jour on ne chantait qu'une hymne aux nocturnes des fêtes et des fériés. Nous avons fait quatre hymnes pour chaque fête , afin qu'on

4 Le copiste a évidemment passé ici ud mot tel que virlule ou Téquivalent.

5 Aujourd'hui comme du tems d'Ahailard on ne dit qu'une hymne aux nocturnes, immédiatement après le psaume veniie et VinvUatoire.

^ Dans les. fêtés il y a trois nocturnes et dans les fériés un seul. Il paraissait à Âbailard contraire à ia raison que de ces trois nocturnes !e premier eût seul une hymne.

' Cette manière de parler jointe à ce qu*un peu plus bas Abailard ne met que quatre psaumes à vêpres, donne à penser qu'à cette époque , dans la circonscription ecclésiastique où était située la prieurée du Paraclet» on suivait i*oiB :c analogue à celui de Saint-Benoit, dans lequel les laudes sont sans hymnes et les vêpres n'ont que quatre psaumes.

^ Nous ferons, relativement à ce paragraphe, une observation qui nous parait indispensable pour expliquer un passage que son extrême concision rend peut-être plus obscur que nous ne Tavions pensé d'abord. Cette observation

H DEUX PRÉFACES INÉDITES lyABAIIABD.

puisse chanter une hyome à chaque nocturne, et qu'il y en ait encore une pour les laudes. Et pour ces quatre hymnes nous avons établi que pour la vigile on prendrait deux hymnes en une, et que les deux autres seraient également réunies pour être chantées à vêpres au jour de la solennité, ou bien qu'en les conservant ainsi deux à deux pour chaque vêpres on chante une de ces hymnes doubles avec les deux premiers psaumes, et l'autre avec les deux derniers. J'ai composé également, il m'en souvient, cinq hymnes pour la croix, dont la première convient à chaque heure, incitant le diacre à enlever la croix de l'autel et à l'apporter au milieu du chœur pour l'offrir à l'adoration et au salut , afin que la solennité puisse à chaque heure du jour, se passer en présence de la croix. »

Alexandre le NOBLE.

vous est suggérée p»r le même et savant ecclésiastique dont nous avions déjà

eu lieu de signaler les utiles conseils précédemment, M* Tabbé Sionnet du clergé

de Saint-François, et Tun des rédacteurs ordinaires de ce recueil. Abailard

voulait sans doute que les quatre hymnes composées povyr les nocturnes et

laudes se récitassent encore à la vigile de la fête, c'est-à-dire en nocturne de cette vigile, et aussi aux vêpres de la solennité ; mais comme il ne fallait

qu'une hymne pour chacune de ces parties de Toffice, il propose de réduire ces quatre' hymnes à deux , en n'en faisant qu'une des deux premières cl une des deux dernières. Dans la crainte que cette combinaison ne satisfasse pas les religieuses du Paraclet, il leur propose de laisser ces quntre hymnes telles qu'il les a composées, mais d'en réciter deux aux premières vêpres de chaque solennité, et deux aux secondes en divisant l'office d'une manière nouvelle. D'après ce plan, les deux premiers psaumes de chacune des vêpres auraient été suivis du chant d'une autre hymne, et ainsi les quatre hymnes auraient été employées deux fois dans le corps de l'office.

Noie du Directeur des Annales, — Nous n'avons cas besoin de faire remarquer qu Abailard n'avait pas connu l'fsprit de TÉglise, lorsqu'elle conserve des hymnes qui ne se rapportent ni aux heures ni au tems où on les récite. L'Eglise, essentiellement conservatrice de la tradition, n'a rien changé à ces hymnes, parcequ'elles nous conservent la forme de la prière antique depuis David, et probablement plus anciennement encore. D'ailleurs il est bien des priants dan« TËglise qui gardent encore oei ordre; ces reproches sont donc sans portée et surtout faits sans inteiiigence.

PRONONCIATION DU TÉTRAtJRAMMATON. 35

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Philologie Itaaée.

m L\ PRONONCIATION DU TÉTBÂGRAMIIATON

A M. A. Bonnetty, membre del'Académie pontiGcale de la religion catholique, rédacteur des Annale s de philosophie chrétienne.

Monsieur kt savant ami,

Dans votre journal , si précieux pour tous ceux qui cultivent les sciences religieuses , vous avez publié une suite crarticles sur la sjnglosse du nom de Dieu, Permettez que je vous adresse une dissertation sur la vraie prononciation du nom divin tétragrammatique , en lui assignant les points-voyelles qui lui sont propres en hébreu.

L'étude la plus intéressante, la plus importante , sur le nom Jéhoi^a, celle vraiment digne de fixer l'attention la plus sérieuse de tout bébraïsant chrétien , c'est au point de vue de l'importance théosopkique qu'il paraît avoir eu dans la synagogue ancienne. Les savaus et religieux orientalistes, à la vigoureuse érudition, des derniers siècles, à la tête desquels marchent l'auteur de l'immortel ouvrage Pugio Fidei, et Joseph de Voisin, ont reconnu toute l'importance du nom ineffable sous Ce rapport, et y ont consacré de longues recherches , de profondes méditations.

En effet, la synagogue ancienne déposait , en quelque sorte , dans le Tetragrammaton les vérités qui servent de base à la rédemption qu'elle attendait d'un Messie à venir. Ces vérités comprennent nécessairement la doctrine de la iriniic du Dieu essentiellement un. J'ose espérer d'avoir démontré ce point d'une manière incontestable dans mon ouvrage : De l'harmonie entre V Église et la synagogue. Les monumens les plus authentiques de cette synagogue, non encore abâtardie, nous apprennent que le peuple de Dieu était dans l'expectation plus ou moins prochaine de l'avènement d'un Messie, Sauveur,

36 PRONONCIATION DU TÉTRAGRAMMATON

Réparateur, Réconciliateur, Personne divine ^ engendrée du divin principe premier^ et devenue homme par Fopération d'une troisième personne divine^ celle-ci procédant des deux premières. Génération et procession éternelles, Incarnation temporelle : telle était la foi du père des crofans , Abraham , Tancre de salut des justes de rAncienïestament. Aussi ne voyons-nous nulle part dans TÉvangile que Jésus- Christ ait révélé aux juifs le dogme de la T. S. Trinité : le divin docteur n'eut qu'à le confirmer par son autorité.

Mais qu'on ne s'y trompe pas, ces deux grandes vérités, la trinité de Dieu et l'incarnalion , fondement de notre sainte religion caihollque, qui remonte, sans interruption , jusqu'au berceau du monde, la synagogue ancienne ne les trouvait pas dans l'analyse grammaticale du nom ineffable^ et encore moins dans la subtile appréciation, ou dans la configuration des lettres et des points-voyelles qui le composent. Ces sublimes connaissances lui venaient d'une source plus pure : de la révélation. Elles étaient conservées dans la nation par une tradition constante que les générations se transmettaient de main en main, et dont le premier anneau se rattachait au jour où la promesse d'un Réparateur, fils de la fcmme^ vint adoucii' Timmense douleur de nos premiers parens, exilés du lieu de délices où l'innocence seule pouvait habiter.

Cette promesse d'un Messie désormais unique intermédiaire de la réconciliation de la créature révoltée avec le Créateur offensé par un péché dont l'esprit humain n'arrive pas à estimer l'énormité, cette promesse , dis-je, était d'une telle importance , d'une telle nécessité pour le salut des âmes, que le Seigneur jugea digne de son infiuie miséricorde de la renouveler plusieurs fois aux patriarches de la nation qu'il avait décidé de choisir entre toutes les familles de la terre pour la constituer en peuple saint \ Car, au mjlieu d( s ténèbres qui couvraient ce monde et corrompaient la voie des enfans d'Adam , Israël , dépositaire de la vraie foi , devait élever le flambeau céleste , c^mme un fanal, pour guider les autres nations vers le port du salut. Les hommes inspirés par l'Esprit d'en haut préparaient le peuple hé-

' Deut, VII, 6, XIV, 2. 21.xxvi, 19.

breu au grand événement de la conversion des Gentils, et lui apprcnakntque la parole de vie, la loi sainte, devait déborder du pays de Juda, et se répandre, comme ic. fleuve qui apporte le limon fécondant, sur toutes les régions habitées.

« Voici ce qui arrivera dans les derniers jours , dit le prophète de la » race royale , évangéliste avant TÉvangile : la montagne de Jéliova » sera élevée au-dessus des collines sur le sommet des autres mouta- » gnes. Toutes les nations y viendront en foule. Et les peuples .iront » et diront : Venez et montons à la montagne de Jéhova, et au temple » du Dieu de Jacob, et nous marcherons dans ses sentiers ; car la loi n sortira de Sion, et la parole de Jéhova, de Jérusalem'. »

Le Messie, personne divine revêtue de notre nature, vrai homme, sans cesser d*être vrai Dieu , suppose nécessairement une trinité de personnes dans l'essence divine une et indivisible. C'est pourquoi j'ai dit, au commencement de cette dissertation, que la synagogue déposait^ dans l'adorable nom Jéhova, la doctrine messianique. Par là, il faut entendi^e seulement qu'en enseignant ces grandes vérités, qu'elle possédait par tradition, elle leur donnait pour appui, comme pour aider à la mémoire, les signes matériels, les caractères écrits, du nom ineffable.

Les Pères de la synagogue, du reste, observaient, en général , la même méthode, qu'ils appelaient simple appui y \ii^y:i NnDDDK » à r^ard de toutes les traditions qui constituaient le corps de la loi orale. Je citerai en preuve un passage de l'introduction qu'/fn/ic Ahuhah, rabbin espagnol du 15* siècle, a placé en tête de son Menorat Hammaor, un des livres les plus populaires et les plus estimés parmi les juifs.

Après avoir expliqué l'origine et le mode de transmission de la tradition sacrée % il ajoute :

« £t les anciens, bien qu'ils connussent, par la tradition , la ma- » nière d'observer les prescriptions et les ordonnances de la loi écrite.

» Isaïe, II. 2, 3.

* Voyez concernant ces doux points , mon Harmonie entre CEglise el la

Synagogue, ton)* t. P» î'^'* et sw»*'

IU« SÉRIE. TOMB IX. — N' 49, i844. 3

38 PRONONCIATION PU TÉTBAGRAMMATON

» s'appliquaient cependant à prouver ce qu'en^eigDaieBt cea interr » prétations orales, soit pajr la lettre du textie, ^it parTun des trma » raisonnem^ns % ou en disant : Le texte est un simple appui. »

Maïmonides, dans son livre Moré-Nebuhhim^ partie III, chap. uv, e^ indiquant la gradation à suivre dans Tétude 4JLe la loi de Dieu, met au premier rang celle-ci : « £n acquérir la vraie connaissance par la tradition, »

Tels sont, ce mis semble, les grauds enseignemens ^i doivent résulter d'une étude consciencieuse sur le Tétragrammatpa hébrai, étude dont j'ai développé ^m long les résultats dans pion Harmonie entre l'Église et la sprnagogue^ à Tendroit déjà cité. Qu'importe , au reste « conunent il se prononçait autrefois? comment il se doit prononcer maintenant? Convient-il au philologue chrétien de perdre

Qon tems, de se consumer eiji recherches, pour arriver à savoir laquelle des deux lectures est la véritable , de Yehova ou d'Jdonaï ou même de toute autre lecture sortie du cerveau des faiseurs de systèmes?

Cette question, si oiseuse, si futile en elle-même « est pourtant cejle qui a donné lieu à une controverse fort animée entre les bébraïsans hérétiques des deux derniers siècles. Plusieurs d'enfire eux oat écrit des tftàiés eutjers siv* la manièyre de lire la Tétr^graounatoa : Buxtorf, Drusius, FuUer^ (.eusden, L. Cappel, Gataker, et tant d'aatres que je poi'sibstieps 4e AQXomer, parce que la liste m serait trop longue.

Les combattons ^es deux partis ne se contentaienl pas d'aUéguer de bonnes raisops : ils en venaient aux injures. Ainsi Drusûis , champion de la lecture Adonài , se fâchait tout rouge contre les bébraïs^ns qui ne se rangeant pas sous sa bannière, et les traitait de rien, moins que d'impies et de Jéhovistes. Ceux-ci, qui témoignaient une répugnance invincible pour le système du professeur hollandais , lui tenaient tête, et ne ;se gênaient pas de le quali^er de drôle d"A^ don.

• On argwnens, Voyei dans le tom. l*' de mon ffatyn<mi€^Mc. Tartide : l4fg^ue ff» jT^lp^ad^ ^ ^ ir§izem^des iFétrgwmtmlaUon de JB. Ismmél^ p. 174 et suiv.

Puift imt «qpiei^te question a purtagé to sitabs du 17^ etidii 4^ fikok en deux coff» ^BeaaesBJs , £C que le«rs raisons se retr4)uveR|; «Miy^y;« 4mame las fkamtê di^ ^a^a, sur la parure d^em^^at des gims «od^Bflsd«b IkcéraH^e b^i^îG^, je dirai ici ce qui me pa>^ ra!t la vérité à cet égard.

trggr^mfmioff, l§î il^'tf ^ ^éerît, ies juib askyeot eepciidant, par me màUm mmMf» » q«0 h f/^rii^bte pr^m»»jciatiQii est Y^bo^'o. ^

lpa( Iflpis^ s% $'pi)>step9if^9t d^ }e pr^^dre sur hs Uvr^s habitueUeT gientr, ib h prai^onç^ybeiil offiendaiit« et le prmiOBCfiat encore qneif ggy^ÎQJ^ fsx m^n^re d'e^eipier. kmh \^ sscerdotes le prononçai^i àam ^ céréçQcaijes d^ cube m jtemple de Jéruaaleni, et ils devaient le i»pféfp? distiQCt^neQi; quand iJa renseignaient à ceux qu*Ms vûSlt IJUiant Ji.laJnipièFe de Tépetor \ Aa joiir des expiations, k grand^sar cerdote le faisait entendre à l^ut Iç peuple « i bante et inteBîgiUe VHpÎ¥i ii(>i^ pas um /<H^» #« bénissnn$ U p^if^ple, comme dit Fauteur de U S^^it^U ^1 lASÉl «st/^ifr jfi^V ; savoir, iroiê fois dans chaeuae des

* Voyez </tf P Harmonie, etc., p. 550 et suiy.

* Leusden raconte qu'un jour il ofîrit de Targent à un juif très pauvne |i Amsterdam, s'il youiait seulement une fois prononcer le nom Jéhova^en qp- |Miyaii( «ur diaqae «ySabe. Le juif reAisa, assurant qu'il se rendrait coupable d'un péché. Leusd. de Nom, Deihebr,, Dissert, xxtiii, n. 17.

"^ Voyez De l* Harmonie, etc. p. 370 et suiv.

^ L'astMiff de la Synglosse dit : « Le grand prêtre seul le prononçait (le nom ¥ÀoTa} ; iMCorc ne le fesak^ f^ une fois tan, le jour de l'expiation, lorsque entfé dans le saint des saints, il bénissait solenneMemeni le peuple. » l"Le graed-prétre n'était pe^le seul qui prononçât le nom Jéhora, puisque desimpies prêtres rexprimaient tous les jours en bénissantle peuple après Toffrande de tholoeauste perpétuel, CBiie pratique s^est conservée jusç^u*a près la naissance de Notre-Seigneur, et cessa seulement à la mort de Siméon-le-Jusle (saint Siméon) (/r<ir/n,,p. 377). 2**. Une/bis, c'est-à-dire dix fois. 3°. Lorsqu! entré dans le saint des sainU, La bénédiction sacerdotale ne se donnait pas au peuple du fond du MiBt des saints, caché par un rideau très épais, mais bien du f^aut d*une estrade élevée dans le /»art>{> extérieur, A^./lèénissail.he cérémonial du jour des

40 PRONONCIATION DU TÉTRAGRAMMATON

trois confessions qu'il faisait ce jour à hante Toix, et une dixième fois, en consacrant le bouc expiatoii*e, par cette formule : ^ Jéltarm^ sacrifice expiatoire. Tout le peuple qui assistait à la cérémonie , dès qu'il entendait le nom inénarrable, -s^ prosternait m terre, et louait Dieu.

Les juifs chinois se font scrupule , autant que leurs coreligionnaires des autres pays, d'articuler le nom tétragranunatique ; cela ne les a pas empêchés d'apprendre aux missionnaires jésuites que , cftez eux, son épellation est Hotoi ; cette épellation est conforme à la manière d'articuler des Chinois : on y trouve les trois voyelles de Ye^ hoya, ainsi que je vais l'expliquer. La pregiière syllabe, ^e, peut se lire i, à la manière des Syriens. Les juifs chinois prononcent la kametz [t] non a, mais o, «comme ceux d une grande partie de l'Europe, et comme les Syriens de la Syrie orientale ; ceux même de nos {>ays substituent quelquefois d ^ v dans la lecture du Tétragrammatou ; c'est-à-dire, au lieu de Yehova, ils lisent Yehod ; or, dans la langue chinoise, le d prend toujours le son fort du f.

Rosenmuller réfute donc aVec beaucoup de raison la lecture iéhi^é^ eu disant : « Ceci est contre toute vraisemblance, puisqu'il existe des » preuves que, même plusieurs siècles avant l'invention des caractères ./) pour figurer les voyelles, nirr' se prononçait Yehova '. »

Il y a des vérités universellement admises, confirmées par une tra* dition de la plus haute antiquité, et que notre propre éducation nous a habitués à regarder comme aussi constantes que le plus évident

cxpialioDs est décrit minutieusement dans le Talmud , traité loma , chapitres 1, 3, 4, 5, C), 1, et répété dans roffice du jour qui est récité publiquement dans toutes les synagogues. Faute d'entendre le texte de Tun ou de l'autre, l'auteur de la Synglosse pourra consulter le livre d'Hottinger : Minislerium solemnis expiationumdiei, U se convaincra qu*on n'y voit pas une seule fois sa prétendue bénédiction du grand-prêtre donnée au peuple. Et si le grandprêtre Favait donnée, il aurait prononcé le nom Jéhova plus de dix fois. Cependant il est certain qu'il ne dépassait pas ce nombre.

* Qaod tamen non verisimile est, quum vesUgia extent, muitis jamssculis ante puncta massoretica, XV\iV Jéhova appellatum fuisse. Scholia in Exod. m,

DES HÊKREUX. ^1

axiome de mathématiques. Lorsque, pour la première fois , on les entend mettre en doute , on reste boocbe béante, et comme frappé de âupenr.

C'est ce qui est arrivé un jour à deux rabbins fort versés dans les sciences hébraïques , mais ignorans sur toute autre connaissance. Qmmd je leur dis que des go^im lettrés prétendent que la véritable lecture duTétragrammatoi|iii*est point Yehova^ mais toute différente, comme Yahvé ou •Yéhvé^ etc. , ils ne surent que répéter à plusieurs r^rises : Cela est-il possible l Us n'auraient pas été plus étonnés si on leur avait soutenu que la nation juiTe a une origine assez moderne, puisqu'elle descend d'un Boyard du Nord.

Yoici maintenant la proposition que j'établis :

Il est certain que les points voyelles qui accompagnent le têtragrammaton représentent les voyelles qui ont toujours été propres a ce nom adorable , et qu'ils ne sont point empruntés du nom adonai.

J'apporterai à l'appui de cette proposition quelques preuves qui, je l'espère, convaincront pleinement le lecteur judicieux.

Première preus^e. La tradition ancienne et constante du peuple qui conserve comme un dépôt sacré l'hébreu, autrefois sa langue vulgaire nationale , et de tout tems la langue de son code religieux , de son culte, de sa liturgie. Les juifs n'ont jamais reconnu d'autre lecture que Yehova. Pour mieux caractériser cette lecture véritable du Tetragrammaton, il l'appellent inS^nSD» conformément à son orthographe. Or , les voyelles dont ce nom est accompagné , forment précisément Yehpva.

Deuxième preuve. Toute l'antiquité, non seulement hébraïque et chrétienne, mais aussi païenne , reconnaissait que le nom propre de Dieu, le Tétragrammaton, renferme l^s trois tems du verbe par excellence, du verbe être : il fut, il est, il sera. Or, le nom ineffable ne renferme ces trois tems qu'autant que nous le lisons avec les voyelles qu'il a maintenant, voyelles qui seules servent à former ces tems.

Rosenmuller dit également, dans ses schoUes sur V Exode III ^ qu le seul verset de l'Apocalypse, où saint Jean rend le Tétragrammaton

' Voyez ^/^ r Harmonie, etc., depuis la page 319 jusqu'à la page 333.

k2 PRONOISCIÂTICMK DU TÊTIAGRAMMATON

eé sêmà Tcrwt, 4it-fl» sofinôt j^mnt yMro«f«r que k Bont dMn ésil m prononcer Yehova, Mais il tire aussi la même preuve des iiilh|wlrfi

Troùième preuve. €elte preuve renort é'uB grand Danfare Ar mÊÊA propte» imposé» à desindrrîdsf kâwreux d»» Its tems les phii aaeâenst. Ces non» comneûeent oà âûsa^ pir me partie noodite du TétragramiKiaioD « partie remplacée cpielquefois dans les mêmcsf noms d'hommes par nn antre Tocabie divin, surtout par celai EL^ Syt^ Cea n<»Bs propres sont natordlement le gvide le plus sûr dans la recherche de la véritable ponctuation do Tétn^rammatoD.

En effet, on sait qae dans un grand nombre de noms que fes Hébreux imposaôent k levrs enfans , il entrait tme partie de Vxm des f ocaUes divins^ ou le vocable entier. Ils espéraient que ces noms divins porteraient bonheur^ C^ ^ fréquemment ces noms qai sost en nsa^e encore parmi les juifs d'aujourd'hui, commencent par Yehù^ VT* qni comprend non seulement les trois quarts do Tétr9grammaam , mais toutes les lettres dont il se forme i peiiqfie la quatrième kttre n'est que là répétition delà deuxième **

Ce Yeho^ m'^» a été constamment conndéré comme représentant le nom Yehoi^a entier, non seulement par les juifs, mais aussi par kn homnsei des autres nations^ les plosMivans^ les plus jndi^nx desprs' mters siècles du christianisme, qoi possédarent rMbreii* Us rexpHquaient en ce lens^ ainsi qn'on le voit tm grand noffilR*e de fois dans le livre De nominibus hehraku de saint Jérôme, dans le glossaire d'Hésychius, et dans les autres livres anciens qui expliquent ces s^ies de noms hébreux. C'est pour cette raison que l'on appelle ces noms tétragrammntûphores^ d'an terme grec qui signifie, portant, renfermant le Tétragrammatùn,

Pnis donc que dans ces noms propres on a de tout tems prononcé nn% Yehc , il est évident que les points êche^a^ scholem , kamets « dont le nom de quatre lettres fut toujours marqué ^ sont ses voyelles propres et naturelles.

• Voyez mon Harmonie^ p. 325 et Apocalypse^ i, 4 . " Voyez de tHûrmonie » eft., p. 9§5*

DES RËBREUX. li%

Pensettês, Moiisiefir, qm je wm mette ^ons tes yetit qtielqaes eiemito àt ces non», avec h tradcrctioû de la vuîgate et l'expKcatioa àe sirfnt JérOme ;

1. Yehoézer, iT^in^ Vulg. Joezer; S. Jér. DoMiNt auxiUum, Z.YAozabadyinnrr'* — Jotabaà; — YHMTUndùs.

3, Yehohhanan, pHliT» — Joannes; — Domvi gratta. /i. Yehonathan, |n:iiT — Jonathan^ — ÏXmiai dêmmi^ 5. Yehotzadak , pns^m — Josedec; — Dowmi juâtuéi.

Les lettres serriles 2, v 3, V> etc. « qai se trouvent comme prêfixef^ devant ces noms propres, sont ponctuées de la voyelle i {hhirik) conformément aux règles de la grammaire :

Bîhoseph, r|Din'»3 Ps. txxxi, 6.

Vîhoschna, :^mn^^ Exod. xxiv, 13. Num. xir, 30, 38. Vîhonatan, n:inM Jud. xvm, 30.

Lihoschua, yt2;in'»'? Jos. I, 17.

SouTent le ^eiba/ im necontracteen^a, r :

i. Yoéier. lî^r

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