HISTOIRE DU PAPE SAINT PIE V
BE l'ordre D£8 FRERES PRÊCHEURS.
Par m. le vicomte de FALLOUX
€*e$t un grand nom et une grande époque que le nom et Tépoque de saint Pie Y. Ce simple religieux, élevé au trône pontifical après les Médicis et les Borgia, commence cette seconde phase du 16^ siècle pendant laquelle TEglise se relève des cruels revers qu'elle a éprouvés pendant la première. Après les désordres du grand schisme et les innovations païennes delà renaissance» qui avaient ouvert la route au protestantisme et facilité ses désastreuses victoires , Pie V entreprend de relever et de réformer TÉglise; il la défend au dehors à travers les luttes les plus violentes et les plus diverses, celles qui rappellent à notre souvenir les noms d'Elisabeth, de Marie Stuart, de Maximilien-, de Charles IX, de Philippe II, de Sigismond ; il la défend en ralliant sans cesse contre les infidèles FEurope divisée par la politique et par l'hérésie, et en la menant à cet admirable fait d'armes de Lépante, où revécut l'esprit des croisades, et après lequel la décadence du mahométisme a commencé. Il épure l'Eglise et la réforme au dedans, en réalisant tout ce que le concile de Trente avait décrété, en partie d'après ses propres conseils; en ramenant aux traditions antiques la discipline du clergé, la liturgie de l'Eglise, le gouvernement des états pontificaux. Dès avant lui et surtout avec lui, le sentiment chrétien se développe dans la catholicité avec une profondeur et une gravité qui rappellent les plus beaux tems du christianisme. Les héros
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naissent eh foule, les vertus se multiplient, la charité, h piété, l'austérité deviennent plus vives et plus fécondes. Ce tems peut s'appeler l'époque des saints. Saint Charles Boromée,qui fit monter Pie V sur le trône pontifical, saint Philippe de Néri son conseiller et son ami, sainte Thérèse, saint Jean de Dieu, saint Pierre d'Alcantara, saint Ignace, saint Jean de la Croix, contemporains de sou règne ou de sa vie, forment un digne cortège au dernier pape que TÉglise ait canonisé.
Nous concevons facilement qu'un tel sujet ait tenté un écrivain catholique, et cependant il présentait de graves difficultés. Saint Pic Y n'a régné que six ans ; pendant ces six années, les plus ardentes querelles du 16" siècle ont frappé ses regards et occupé son zèle; présent partout par le cœur et la pensée, il a combattu en Angleterre contre les persécutions d'Elisabeth, en Ecosse contre les ennemis de Marie Stuart, en France contre la ligue des grands seigneurs huguenots qui fut si près en renversant l'Église d'asservir l'état, en Allemagne contre les intrigues des princes luthériens et les irrésolutions de l'empereur Maxim ilien, en Pologne contre les efforts du socinianisme et les caprices adultères de Sigismond : en un mot, il a pris part à chacune des luttes qui remplissent le lô** siècle; mais toutes étaient commencées avant lui, presque toutes n'ont fini qu'après sa mort. L'auteur se trouve donc obligé de grouper dans cet espace de six ans une foule de débats, dont ces six années n'ont vu ni l'origine, ni le dénouement, et de nous promener par toute l'Europe avec la pensée de Pie V, pour nous faire assister dans chaque pays à quelques scènes d'un drame dont le début et le terme peuvent être à peine indiqués. Il y a bien quelque grandeur dans cette revue du monde Chrétien faite du haut du trône de saint Pierre , dans cette identification de notre pensée à la pensée pontificale, partout présente, partout active; mais il y a là aussi une sérieuse difficulté. L'ordre chronologique, cette sauve-garde de l'historien s'en échappe forcément ; l'intérêt du drame lui manque; c'est un coup d'œil plutôt qu'un récit, une. description plus qu'une histoire.
Et cette difficulté se complique par le caractère problématique que garde encore, plus que toute autre, l'histoire du 16*^ siècle ; par cela même que les passions, au 1 6' siècle, ont été violentes et qu'elles sont aujourd'hui loin d'être assoupies , les faits sont demeurés plus obscurs,
tvi