DU PAPK SAINT PIE V
encore à des époques différeûtes ; une vis-à-vis de la diversité des natious et des contrées ; une autre vis-à-vis de la diversité des générations et des tems.
Par là aussi prendraient un intérêt plus vif certaines parties de l'ouvrage qui , par suite de la difiSculté -principale du sujet, apparaissent un peu comme des hors-d'œuvres , par ce que les faits qui les remplissent ne se montrent pas assez avec leur principe et leurs conséquences. La digression est chose douce à l'écrivain , souvent même elle est douce au lecteur ; et cependant le lecteur , et le lecteur français surtout , la pardonne peu. Nous sommes à cet égard d'une sévérité qui n'est pas toujours juste , mais à laquelle l'écrivain doit bien un peu se plier.
Je n'ai pas, on le voit, épargné les critiques à M. de Falloux. C'est à mon sens, et avec la banalité des louanges qui courent , le meilleur hommage qu'on puisse rendre au talent d'un auteur. L'écrivain distingué est seul digne d'une critique consciencieuse et détaillée. Mais au moins eu critiquant le talent faiit-il le recounaîtrc , et je crains que le tems ne me manque pour le faire. Disons au moins que ce livre, entre plusieurs mérites , en a un incontestable, c'est qu'il est neuf ; en fait d'histoire , et même d'histoire moderne , ce mot est bien véritablement un éloge. Ce livre est un pas et un bon pas fait hors des voies historiques du 18*^ siècle. Il fallait une ccrtame indépendance d'esprit pour faire ce pas ; il fallait du talent et du savoir pour le faire comme la fait M. de Falloux. La science du 18* siècle est pour nous le vieil homme ; nous sommes lents à nous en dépouiller, et nous n'entrevoyons pas la vérité sur un point quelconque sans rester d'abord comme ébahis de notre découverte. Le livre de Ranke a étonné bien des gens; le livre de M. de Falloux en étonnera bien d'autres encore , jusqu'à ce qu'il soit accepté, comme le sont aujourd'hui les rectifications historiques du docte allemand. Et c'est ainsi que pas à pas, un à un, notre siècle abjurera les préjugés du voltairianisme pour en venir à brûler ce qu'il adorait, et à adorer ce qu'il brûlait.
Notons le livre de M. de Falloux comme un des meilleurs, des plus instructifs, des plus agréables à lire, des plus féconds en souvenirs qui aient été écrits dans ce but.
F. de CUAMPAGJNY.