‹ Annales de philosophie chrétienne (volume 5)Chapitre 119 sur 135 · VV SÉRIE. TOME IIL — N · texte numérisé non relu

VV SÉRIE. TOME IIL — N

BéiMMff cité {lar Josèphe ' et par Ënsèbe ', nous apprend que Natmchodotios^r lit éleveur ce jardin lout près du palais qu'avait fait «mstnére son père Nabopoiassar ; or, on conçoit facilement qtieNabochodonosor, ayant le premier fait euTiromier de murs la partie oc» eidenlak de cette ville, dut s'attacher de préférence à embellir par diBS édifices somptueux ce nouveau «{uartier, qui lui devait son eiîstence et qui offrait d'ailleurs un vaste terrain, susceptible de recevoir lOQtfa aortes de constructions, au lieu que la rive opposée était encombrée d'édifices publics et particuliers. D'ailleurs, ee palus qui existait •après des jardins suspendus avait été élevé par ordre de Nabc^o* hasar, père de Nabnchodonosor ; atk*, on peut croire que ee prince chai* déen, voslant se construire une demeure digne du souverain d'un grand empire, s'attacha à lui donner des dimensions et à le décorer avec une sompluosifté qtii le missent hors de proportion avec le palais des anciens nns de Babylofte ; et ce raisonnement, coinme Ton voit, confirme pMaement le récit de Cïésias. O^était sans doute ce palais que Naba* ebodonoeor avait choisi pour le lieu de sa résidence, et sur la terrasse duquel tl se promenait» en s'applaudissent àm monumens somptiiei» dont ii atait embelli Babylone, au moment où une voix dime lui si^ foifia l'infirmité terrible et dégradante qm allait punir 'son orgoeiL En effet nous apprenons.d^Ctésias que de l'un ^ de l'autre des dent palais, l'œil pouvait embrasser à la fois la vHle entière; ce fut aussidans b même lieu que Balihàsar^ dernier roi chaldéen de Babylone S célébra cette iorgie scandaleuse, au milieu de laquelle il vit avec Unt téSni une main qui traçait sur la muraille ces carai^ères mystérieux, par lesqu^ un arrêt de mort fut prononcé contre cet orgudllaxx monmiBa Ge fnt là que* la nuit suivante, ce prince fut surpris et ^orgé ipr ks troupes des Perses et des Mèdes.

Hon iom de )èi sans doute se trouvait cette foin^naise où furent pré^ eipbéa les trois compagnons de Daniel. En e&t, Nabochodonom,

Ni que je l'ai déjà ïait observer, ayant exécuté sur la rive droke de

• AiUiquilatJadaïc, lib, x^ t, i, p. 537, 5SS*— Co»/#« Âppidn, t. it, p.46i.

• Chroniean, 1. 1, p. 68.

> Voir la DisseHalion sur Balthasar que M. Quatremèf^ a déj^i ioséréf dans nof ArmaUs, t. ti, p. 317 (3* série).

SUA LA iAUPUNfflB AMIBfmti «F MODERNE. 4^)

i'ettpëntte une gnmde partk des travaux qu'il avait consacrés à l'embdliss^nent de Babyloue, il est Uen prc^Me que les briques employées à la coofitrucdoii de ces édifiées, se cuisaient sur le tiett mtee où elles devaient trouver leur place.

Enfin, nous lisons dans Ârrien * qu'Alexandre le Grande déj% attaqué do la maladie dont il mourut, eut la fantaisie Calier habitei* momomentanément le jardin des rois de Babylone; ce prince qui était alors sur la me gauche de l'Euphrate, monta dans une barque et se se fit transporter sur le bord o{^M)sé. Or, dMis ce passage, Thistofieft grec emploie le mot icftpaSsi^o^ qui est précisément cdui dont se servent Hérodote, Cléâas et Bérose, pour désigner le âimeux jardin suspendu. Il est donc clair qu*il s*agit ici du même monument ; et que, par conséquent, les jardins suspendus «t le palais auquel ^ étaient joints se trouvai^t situés sur la rive occidentaie de l'Euphrate.

M. Rich, voulant appuyer TopinioB émise par lui, savoir que Timmense amas de briques, désigné sous le nom de Kasr ^e palais) nous représente, en effet, le vaste et pompeux édifice près duquel s'âe-* valent, en terrrasses, les jardins suspendus , cite un arbre gigantesque et portant les caractères d'une extrême vétusté, qui reste encore planté sur le somoMt de ces ruines. Il ajoute que cet arbre, qui est de Tespèce appelée ^tkl, ne se trouve, au rapport des Arabes, dans aucun lieu du territoire de Babylone, ni des provinces voisines ; il en conclut que cet arbre respectable, qui a survécu à tant de révolutions, nous ofre le reste des magnifiques plantations qui décoraient ces prodi-» gîeux jardins. €e raq)pro€hement est, à coup sûr, extrêmement ingénieux, et la conjecture qu'on en a tirée présente de grands caractères de vraisemblance; toutefois j'ai cru ne pas devoir Tadopter, et je viens d'exposer les raisons qui m'on t conduit à admette une opinion contraire. Quant hee qui concerne l'existence de l'arbre appelé ^^rAZ ou Athlah, la prenne que Ton en tire ne me semble pas décisive ; il ne me paraît pas démontré que cet arbre soit réellement le seul de son espèce qui se trouve, même dans la contrée où s'élèvent les ruines de Babylone. La chose pourrait être vraie, dans la situation actuelle du pays, au milieu de la dévastation à laquelle est vouée, depuis longtemis^ cette contréQ

' Lib. Tii, cap. 35, p. 537.

célèbre, sans qo*oii ea pût rien conclure, pour des époques plus anciennes. Nous apprenons de Wâhedi, dans son Commentaire sur les poésies de Motanebbi ' , qu'une maison appelée Dar-alaihlah, Jikj^\j\^, était située en dehors de la ville de Aoi^^A; or, cette maison tirait, à coup sûr, son nom d'un arbre de la même espèce; de plus, on lit dans la relation de M. Raiï' que le voyageur rencontra sur le bord du Digéil, entre Suméichah et Uarbah^ un bouquet de l'espèce d'arbre dip^\é& Scheàjerat-^tl-asl (l'arbre du miel), et il ajoute : « Suivant les Arabes, cet arbre porte de larges fleurs, de cou- » leur jaune, qui renferment une matière visqueuse et sucrée, sem- » blable à du miel; ce sont les seuls arbres de cette espèce que Vm » connaisse. » Mais, dans mon opinion, le judicieux voyageur s'est laissé tromper par le son équivoque des lettres arabes : au Ueu de Schedjerai-al-asl (Farbre du miel) il faut lire, je crois, Schedjeraial-athl (l'arbre d'athl); au reste, cet arbre n'a nullement été inconnu aux Arabes, et n'a jamais passé, chez eux, pour un arbre d'une espèce rare. On lit dans le Commentaire manuscrit sur les poésies d'£bn-Fared ^* « Le mot Athlahy 'A^\ , désigne un arbre qui res- » semble au tamarisque, mais qui est plus grand. » Sonniol^ assure, en effet, que Yathle est le même arbre que le tamarisque. M. Tamisier s'est trompé, je crois, lorsqu'il assure que le mot Etel désigne un arbre de la famille des pins ^

Dans tous les cas, je serais bien peu tenté d'admetU'e que l'arbre planté au milieu des décombres de Babylone rempnte jusqu'au règne de NabuchodoQosor. Un pareil exemple de longévité serait vraiment extraordinaire, et, j'ose le dire, peu probable; mais, d'ailleurs, quand on supposerait que ce végétal, qui présente, en effet, les caractères d'une extrême vétusté, a pu être planté par les ordres de Nabuchodonosor, ce fait serait loin d'être décisif pour appuyer l'opinion dont je parle. En effet, il est bien vraisemblable que les jardins sus^ndus

' De inoD manuscrit, p. 24.

■ Journal ofthe geogtaphieal Society, t. ix, p. 445.

* Manuscril, fol. 276.

' Voyages en Egypte, t. u, p. 4.

* Voyage en ArMc, 1. 1, p. 257.

SUR LA BABYLONIE ANCIENNE Et MODERNR. ^25

n'étaient pas les setiles plantations qui décoraient la ville deBabylone, et que chaque palais était accompagné d'un enclos, plus ou moins vaste, rempli d'arbres et de végétaux de tout genre. On pourrait donc croire que l'arbre en question, en supposant (ce qui est douteux) qu'il date de l'existence du royaume de Babylone, faisait partie non pas des jardins suspendus, mais du vaste verger qui accompagnait l'ancien palais des souverains de cette ville.

Mais, dira-t-on, comment peut-il se faire qu'un palais gigantesque, comme celui qui nous est décrit par les écrivains grecs, ait disparu complètement, de manière n'offrir que peu de vestiges, tandis que les édifices de la rive opposée ont laissé des ruines dont les dimensions colossales frappent d'étonnement les voyageurs?

Je ne répondrai point, avec un géographe célèbre, que l'Ëuphrate a changé son cours, car le fait n'est nulleiQent probable; je crois qu'il Taut mieux franchement avouer son ignorance. On peut toutefois ha* sarder avec timidité quelques conjectures, qui ne sont pas, je crois, sans vraisemblance. D'abord, il est facile de croire que le palais qui était la résidence du successeur de Nabuchodonosor, dut, au moment du sac de Babylone, ressentir la première furie du vainqueur et éprouver des dégradations assez considérables; elles durent augmenter par le laps du tems, le défaut d'entretien et par l'effet des mesures sévères que prit Darius après la révolte des Babyloniens; 2" on peut croire que la partie occidentale de Babylone, ayant été abandonnée avant celle/de la rive opposée» fut aussi la première dont les' ruines furent exploitées et offrirent des matériaux pour la construction des villes voisines.

Enfin, si l'assertion de Bérose est véritable, les jardins suspendus de Nabuchodonosor, malgré leur masse colossale, furent élevés dans l'espace de quinze jours. Quoiqu'on puisse supposer que le monarque babylonien employa à ce travail un gracd nombre d'ouvriers et entre autres les captifs qu'il avait amenés de la Palestine, la Phénicie et rÉgypte , cependant le laps de tems, tel que nous l'indique l'auteur chaldéen, est si peu en {u-oportion avec les vastes proportions du monument, que l'on peut difficilement se défendre de croire que ces constructions furent exécutées un peu à la hâte et que la solidité fut sacrifiée au grandiose et à l'élégance des formes. Il est probable que

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rempheiiiient de ce palais et des jardins qui l'entiroiiiilâeitt Aotts est retHrésenté par ces deux moDceanx de mines, qui» iuifafit k carié de M. Kerr*-P(Hter, se voient encore sor la rive droite de TEo^rate.

Au reste, cette destruction si complète doit moms surfireiidre, lorsque Ton fait réfleiion que les trois enceintes qui renfermaient Ba^ bylone ont disparu sans laisser le moindre vestige, et qne des vojfa-» geurs habiles qui ont parcouru dans tous les sens, et à dé grandes distances, le soi que couvrait cette capitale, n'ont pu, malgré les recherches les plus minutieuses, reconnaître la trace de ces remparts si remarquables par leur masse et leur élévation démesurées. Mais je re^ viendrai plus bas sur ce qui concerne les murs de Babylofi^.

Sur la rive gauche de TEuphrate, était situé un autre palais, plos anden que l'autre et d'une moindre étendue ; ce fut dans cet édffîce qu'Alexandre le grand établit sa résidence, et que ce conquérant célèbre termina sa courte mais glorieuse carrière.

On peut assurer avec une vraisemblance parfaite que les ruiner de ce monument subsistent encore aujourd'hui dans cette prodigieuse masse de décombres qui porte le nom de Kasr, c'est-à-dire palais.

Cette ville , au rapport des écrivains de l'antiquité , était défendue par deut forteresses, et nous lisons dans Diodore que Démétrius PtJliorcètes, à son entrée dans Babylone, prit d'emblée l'une des citad^tes, et assiégea sans succès la seconde *.

Comme le même historien atteste ailleurs que les deux palais formaient les citadelles de Babylone, on pourrait facilement croire que ce fût Tun des deux qui résista aux armes de Démétrius. Mais ufl passage semble contredire cette opinion. Xénophon rapporte • que, lors du sac de Babylone , les vainqueurs se portèrent avant tout vers le palais, où ils surprirent et égorgèrent le roi. Puis il ajoute que, yers le matin , les troupes qui gardaient les forteresses , ayant su la prise de cette ville, se rendirent sans coup férir. Voilà donc les citadelles expressément distinguées du palais ; mais la contradiction , ce me semble , n'est ici qu'apparente , car nous apprenons de Ctésias que chacun des palais, quoique environné de murailles aussi fortifiées que

* Lib. tu, cap. \0Q, t. vin, pp. 434» 43&.

* Ctfropredia, lib, tu, c. 5« p. 46â.

SUR LÀ BABYLOHIK AKCIENW ET MODERNE.

tan

vastes , renfermait dans son intérieur une tour appelée proprement la citadelle, et qui, par conséquent,- n'avait rien de commun avec les batimens occupés par le raonaniiie et sa suite. On pourrait croire avec M. Kerr-Porter, que le monceau de ruines appelé aujourd'hui Moud* jelibé ou Moukallabé , nous offre remplacement sur lequel s'élevait jadis uine des deux citadelles.

Un auteur Chaldéen ■ fait mention d'un temple élevé dans la ville de Babylone, en l'honneur de Douiahi^ surnommé le prince des philosophes, et dans lequel on célébrait une fête solennelle, en mémoire die cet homme célèlnre cbes les Chaldéensi.

Le même écrivain "^ parle anssi de deux temfriesty dontTutt éllil omsacré au soleil, l'autre à la planète de mars , et qui étaient «m» doute renfermés dans l'enceinte de Babylone.

QUATR^aiERE, de racadémif des Inscri^iioDt d BeONKL^Unsi

' Manuicrit ffvah y 906, fol. 194, v*.

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