SUR LA BABYLONUS ANCIENNE ET MODERNE
Ce passage mérite d'être examiné a¥ec attention. Alexandre, comme nous Tavons vu, arrivait d*Ecbatane, Donc il se trouvait alors au nord de Babylone. Puisqu'il se décida à côtoyer TEuphrate, ayant ce fleuve à sa droite^ il était sur la rive orientale. Il est donc clair que, pour entrer dans Babylone, il chercha k pénétrer entre cette ville et le bord de l'Ëuphrate. Il en résulte que cette cité était à cette époque réduite à la partie orient|de. Car site quartier op})osé eût été alors existant, Alexandre aurait pu, sans de grands effwts, traverser r^uphrate, longer lesmurs occidentaux, pénétrer par une des portes qui conduisaient aux déserts de l'Arabie, et passer le pont, qui l'aurait introduit dans le cœur de la place. Puisque Alexandre ne put employer un moyen si simple, dans une circonstance où il avait si fort à cœur d'éluder les prédictions de l'oracle, il faut en conduis que la chose était impossible. £n effet, comme je l'ai insinué plus haut, la partie de Babylone qui regardait les déserts de l'Arabie n'existait plus à cette époque. Il en était probablement de même du pont, qui avait jadis ouvert mie communication entre les deux parties de la ville. £n effet, nous voyons qu'Alexandre , déj^ malade , voulant passer sur la rive droite du fleuve, fit ce trajet dans une barque. Il n'aurait point sans doute employé ce moyen qu'Hérodote regardait comme très-incommode, s'il avait eu la*facilité de traverser un pont large et magnifique. Au reste, il est probable que ce pont n'existait déjà plus à une époque bien antérieure. £n effet, Hérodote n'en parle qu'en employant le tems de l'imparfait. En outre, la description que cet écrivain en fait s'accorde peu avec celle de Ctésias; celui-ci nous représente ce pont comme couvert d'un plancher solide et à demeure , tandis que, si l'on en croit Hérodote, les poutres et les planches qui formaient ce plancher s'enlevaient chaque soir, ce qui peut faire croire que ces deux écrivains n'ont réellement pas vu ce pont , qui avait déjà été ruiné à dessein , et dont les débris avaient peut-être été entraînés par le courant du fleuve , et qu'ils n'en ont parlé que d'après les récits des Babyloniens. Enfin Ctésias, décrivant ce chemin pratiqué sous le lit de l'Ëuphrate, et dont Hérodote ne dit pas un mot , ajoute que cet ouvrage subsista jusque sous l'empire des Perses. Il ne S6 serait pas exprimé de la sorte si ce monument prodigieux avait existé à l'époque où il composait son histoire, et où il avait sans doute visité Babylone.
Bafiai bout )Mi«vong «mohtra dn itâi d'Ariifiri^tttef mf^ par Arma \ ^1 Tépi^ue oà Aleitttdit arriva I BabfkÉé , rEUpimie i Mie 4ae iôli eeord 6ë fit tia peil aéleiiilé ?erè Ik diDite ^ Mît q«us tl miàe ë*iM giteid iHHubrè ë'édîfioéa èdi fermé dMis ee lit du fl<Hiv« éM •««tTÎBSHiRîn plÉs en iiloikis cmlisiafiidik!» i ne baigntit pas Im- «Miateincnt les mars de M Tîliei pttisqil'Atetaiidr^ eftsiyà de paMièBM €01 et k rîTière i eë qii*& codp sir il t'aurait pas» tenté, à tiiiê époque plus andenoe, lorsqu'ua vasie t^uii, garni de pottes d*airairi \ fc'éteiidttt jusqu'au liord dé l'eau i el ne laissait pas de ee c^té le moindre intervalle qui pât offi^ir un passage à un homme isolé » H «more moins à une armée.
Me voici naturellement amené à disoiter ce qtd oenceme VéteH^ due dé Babflone^ Suivant Hérodote^ iurnt le nftclt a été cl^ par Philostrate \ cette ville formait un quarré parfait, dont chaque côté avait 190 suides de langueur ^ en sbrte que le circuit total présentait les dimensions gigantesques de ^80 stades. Strabon ^ donne la mesure de d8d stades, pour le cireuit de Bab^rtone. An rapport de Gtésias copié par 0iodere de Sicile, et d'Anien i, cette cireonférenoe éndt seuiemenl de d60 ou â65 stades. Bt cette estimation semUerait ochh firmée par on passage de Gtésias qui « décrivant k ville de NimTe , ddut le circuit embrassait une étendue de 480 stades , assure qu'il n'eiista juaais aucune ville dont les dimensions égalassent celles de k cité fondée par Ninus. On pourrait donc être tenté de croire qu'Hérodote, par une inadvertance bien pardonnable, avait oonfoiiâu la cir- Goniérence de Babylone avec celte de Ninive. D'un antre côtéi des savants modernes, dont l'autorité est du {dus ^and poids, DanviUe, M. Gosselin, le major Renneli, se sont attachés à concilier entre eux les récits d'ilérodote, de Gtésias, de Strabon, d'Arrien. Us ont sup-* posé que la contradiction qui existe entre ces diverses asBertions était seulement apparente , et tenait unlquem^t à la différence dn module du stade employé par ces écrivains; que celui dont Hérodote s'était servi pour son évaluation était d'im tiers (dus court que odul qui avait servi de base aux calculs des écrivains posiénecH-s; En oortè
SUB LA BàfiYtONdS ifltl£llNË Et ttODËRNE. ki%
que tes dem mesure» , si diverses ^tt premiéf sispett , doivent être l'egardées comme absolument identiques. Cette eiLplicâtion, appuyée de l^aûtorité imposante de savtns si respectables, semble pat^tetnent satisfitisânte, et de nature it faire di4>araltre tous les doutes , toutes les incertitudes. Mais ne pourrait-on pas , avec une égale vraisemblance, et en adoptant les détails que je viens de présenter, faire évanouir cette Contradiction un peu étrange qui se trouve dans la narration des divers écrirains grecs , auïqueb nous devons des détails topographiques sur Tantique fiabylone. Il s'agit seulement dé supposer que Babylone, dans son état primitif, formait une enceinte de 360 ôtt 365 stades, et qu'après avoir été augmentée parNabopoIassar et Nabuchodonosor de toute la partie située sur la rive drdte de l'Ëuphrate, son circuit total oSHt alors des dimensions énormes que Ton put ava-
luer à kBG stades.
Après ces observations générales sur la topographie de iBabyMe , il me reste maintenant à discuter la position des édifices les plus Célèbres , qui décoraient cette grande cité.
3* Position des principaax édifices. — Le Temple de Bêlas. ^ Jardiss
suspendus. ~ Palais. ^ citadelles.
Le premier qui se présente a nous est le fameux iëm^ de MiUu^
dont les écrivains de l'antiquité se sont plus k décrire rét«ndM «t la
magnificence. Ce vaste édifice étint-il situé sur la rive droite m la
rlTegancbe de rEuphrate? faut^il m recoUnattrerefflplao^aentdai»
le BirS'Nemrod , ou dans un de ces immenses monceaux â« mines
qui s'étendent à l'orient de l'Euphrate. Cette dernière opinion a été
adoptée par Banville, le major Re/mell, M. Raymond. Et^ qtHrfqu'cJlè
ait été combattue avec beaucoup de talent par MM. )lkh et Kerr**
Porter, j'a\oue que les ai^umens de ces derniers écrivains ne m'ont
pas convaincu, et que je partage à cet égard, le sentiment des pre-^
miers savans que je viens de nommer. EU efiet, ce temple suivant toute
apparence , dut sa première origine à cette fameuse tonr de Sabtil,
éleyée par les descendans de Noé. Or, ces hommes suivait le fétit de
la Genèse, v^aient de l'orient, c'est^à-^re du vc^sinage du muA Ar^
rat, «t flen n'tediqué qu'ils eUMent fnnèld TEtiplirute. iL'âcritttfè
noM M au contraire qifiisa'nrrêtèreiit ému M tMx%^4%(hnhmm*}Wi
420 MÊHOIUS GtOGBAPHIQCES
sans doote cette proTÎnce, ainsi qœ je l'ai dit pins haat,ii*éuitpas refermée entre le Tigre et FEaphrate, et s'étendait au-delà de ce dernier fleuTe dont la rive droite appartenait plos natorellanentàrArahie. Mais lesdescendansdeNoé, voulant constmire une tour qui pût leur servir de point de ralliement, et autour de laquelle ils pussent fixer leur résidence, devaient choisir naturellement les plaines fertiles de la Chaldée, et n'auraient point été assez aveugles pour établir leur séjour dans les solitudes brûlantes de l'Arabie déserte. D'un autre côté, nous apprenons des historiens d'Alexandre, que le temple de Bélus était situé aa milieu de Babylone. Or, si cette ville, ainsi que je crois l'avoir démontré, occupait primitivement la seule rive orientale du fleuve, on peut donc conclure que c'est sur ce bord qu'il faut chercher les ruines de ce vaste édifice, et les reconnaître, non pas dans l'édifice appelé Mudjelihé ou Moukallabé, mais dans un de ces vastes monticules, qui s'élèvent plus au midi, peut-être dans celui qui porte le nom HJmran. D'ailleurs, les détails que nous donnent les historiens d'Alexandre repoussent l'hypothèse de M. Kerr-Porter, et ne sauraient évidemment s'appliquer au Birs-Nemrod , puisque , en donnant au circuit de Babylone la plus vaste extension possible , on aurait bien de la peine à y renfermer le Birs-Nemrod, et on ne peut en aucune manière supposer que cet édifice fût situé au milieu de la ville.
Enfin, les circonstances de la prise de la ville de Babylone par Darius prouvent, ce me semble , que le temple de Bélus était placé sur la rive orientale. En effet , les habltans , surpris par les Perses, se hâtèrent de se jeter dans cet édifice, qui pouvait servir de citadelle. Or, dans une pareille catastrophe, lorsque l'ennemi, suivant toute apparence, avait pris ses mesures pour fermer aux assiégés toute issue, tout moyen de retraite, les Babyloniens ne purent pas songer à franchir le fleuve pour aller chercher un asyle dans un poste éloigné ; ils eurent sans doute à peine le tems de se réfugier dans l'édifice le plus proche, qui pouvait les mettre à couvert de la première furie^des vainqueurs. D'ailleurs , comme nous l'apprenons d'Hérodote, le pont placé sur l'Euphrate , n'était pas , comme les ponts modernes , une construction solide , offrant , pour tous les instans , un passage continu et facile; mais il présentait seulement de larges piles sur lesquelles on plaçait , au besoin , de forts madriers qu'on retirait à volonté. Or,
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au moment d'une invasion soudaine, on ne se donne guère le tems d'adapter les poutres qui devraient livrer le passive à la troupe des fuyards. £n outre , dans cette circonstance terrible^ lorsqu'une foule immense se préci(«tait pour chercher son salut contre la fureur d'un ennemi implacable, il eût été à craindre que cette masse énorme , se jetant à la fois sur ce point, ne fit écrouler le plancher peu solide qui formait la surface du pont.
Après le temple de Bélns, l'édifice le plus remarquable de Babylone était le palais célèbre , dans l'enceinte duquel étaient renfermés ces jardins suspendus^ comptés parmi les merveilles du monde. Je n'entrerai ici dans aucun détail sur cette construction gigantesque. Je me bornerai, comme je l'ai fait, à discuter sur quelle rive de i'Euphrate elle était située.
Banville et le major Rennell ont placé ce palais sur le bord occidental, tandis que MM. Rich, Raymond et Kerr-Porter s'efforcent de prou-, ver que c'est sur la rive opposée qu'il faut chercher les vestiges de cet immense édifice. De ces trois écrivains , les deux voyageurs angkiis sont parfaitement d'accord avec eux-mêmes , puisqu'ils placent le temple de Bélus sur la rive droite, au lieu que M. Raymond, qui suppose, et je crois avec raison , que ce dernier édifice était sur le bord oriental , n'est pas en droit de placer du même côté le palais qui contenait les jardins suspendus.
Car Hérodote atteste ■ expressément que le palais et le temple de Bélus étaient situés sur les deux rives opposées de I'Euphrate. Da'près ce témoignage formel, je crois pouvwr conclure que ce palais formait le principal ornement du quartier occidental de Babylone : et cette assertion est pleinement confiimée par l'autorité de Diodore de Sicile, ou plutôt de Gtésias *. Cet historien dit en propres termes que, des deux palais qui décoraient la ville de Babylone, le plus grand et le plus magnifique était situé sur la rivé occidentale ; puis il ajoute que le jardin suspendu était placé auprès de la citadelle. Or, il aflSrme que cette citadelle était renfermée dans l'enceinte du. palais occidental. L'identité, si je ne me trompe, est frappante.
■ Ltb. I, cap. 181.
* Ub. Il» cap. 8, p. 31; cap. 10, p. 35.