À32 ENCYCLOPÉDIE
ses aliînens à de certains jours, pour donner une marque de sa dépendance à Tauiorité établie par Dieu même. — Qu'y a-t-il de si intolérable dans tous ces préceptes pour en avoir fait le sujet de sarcasmes et de railleries? quelle est donc cette prétendue philosophie qui intime ses ordres aru nom des passions ignobles qu'elle appelle raison ? £h, quoi, sans mission vous voulez donner des ordres à vos semblables ! et TOUS ne voulez pas que Dieu ait le droit de faire des commandemens pour éprouver l'homme ! or, cette épreuve, c^est la vie, avec les appétits des sens et les passions qu'elle suppose. 11 a donc fallu des commandemens qu'il fut libre d'enfreindre ou de suivre ; à cet effet, il a fallu que la vie ne fût pas improvisée, mais successive, afin que l'humanité pût associer à l'autorité de la révélation celle de l'expérience, fonr mériter dans sa soumission envers l'auteur de son existence. »
Un autre médecin, M. le docteur Teste, secrétaire général de l'Encyclopédie, a traité le mot Besoins, dans le même esprit que le précédent, et ce n'est pas un des moins remarquables articles de l'ouvrage entre tant d'autres si remarquables. Nous allons en donner une idée.
« Le lien primitif et indossoluble de toute société humaine, consiste indubitablement dans la dépendance réciproque où la sagesse inûnîe du Créateur a placé tous les hommes. Cette dépendance qui nous impose envers Dieu et nos semblables, dont nous invoquons l'appui, des devoirs sacrés à remplir, et sert de base au Code de l'humanité tout entière, cette dépendance éipane à la fois et de la débilité de notre organisation physique et de certaines propensions morales dont la Providence a déposé le germe dans nos âmes : élémens complexes dont la combinaison produit l'ensemble des phénomènes de la vie intellectuelle comme de la vie animale, et qui nous laissent, pour dernière analvse l'histoire et la définition de nos besoins. »
M. Teste examine d'abord la raison et la nature des besoins physiques, tels que h faim, la soif, le sommeil, etc., puis il arrive aux besoins moraux qu'il apprécie avec une merveilleuse sagacité :
« Le besoin d'aimer, chez l'homme chrétien, loin d'évoquer de coupables mystères, résume avec la vertu tous les élémens de bonheur; et, s'il ne nous est pas permis d'en suivre ici les effets et les transformations, disons du moins que dans cette belle prér(^ative de l'humanité réside le véritable contre-poids de l'égoîsme et même de la sen-
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sualité. L'homme seul, en effet, a compris la famille où s'élaborent et se pratiquent ces principes de haute morale qui font un devoir de l'abnégation, et métamorphosent ainsi en vertus tous les penchans
de nos âmes , le besoin d'aimer Dieu, enfin, besoin sublime
qui, dans les âmes d'élite, absorbe tous les autres, remplit dans toutes ses phases la chaste vie des saints, et constitue dans l'éternité le bonheur des élus. Mais qu'on ne s'y trompe pas, cet amour dont je parle n'a plus rien qui se rattache à la vie des organes, et les ultras du matérialisme chercheraient vainement à découvrir quelque trace d'instigation sensuelle dans les séraphiques extases de sainte Thérèse ou dans la brûlante ferveur du célèbre évêque d'Hippone. »
L'article action ^ par M. l'abbé Receveur, professeur de doffne à la Sorbonne et rédacteur en chef de l'Encyclopédie du XIX' siècle, mérite aussi, sous tous les rapports, une mention particulière, d'autant que l'ordre d'idées dont il se compose semblent appartenir, par voie d'analogie , à celles des fragmens qui viennent d'être reproduits. Après avoir établi et prouvé la liberté morale de l'homme et déterminé les circonstances générales qui rendent une action bonne ou mauvaise, M. Receveur poursuit en ces termes : « L'bonune ayant été créé pour une fin comme tout ce qui existe, et jouissant de la Uberté d'agir conformément à sa destination , il s'ensuit que les actions humaines doivent natureUement se rapporter à une fin, et que, pour être dans l'ordre, elles doivent être constamment rapportées à cette fin véritable. Or, comme Dieu est le principe de tout, que c'est de lui que tout dépend et à lui que tout appartient, il suit de là aussi qu*il doit être la fin de tout, que tout doit remonter vers lui, et que toutes nos actions doivent lui être rapportées comme à leur fin dernière ; on doit conclure de là qu'il n'y a point d'actions indifférentes, c'est-à-àire qui ne soient moralement ni bonnes ni mauvaises.
» Parmi les actions bonnes et louables, il en est qui sont appelées naturelles, parce qu'elles tiennent uniquement à des motifs inspirés par la nature et saisissables à la raison; il en est d'autres qui sont surnaiurelleSy parce que leur motif est puisé dans la révélation, et qu^elles ont leur principe dans la grâce. Un païen, qui donne l'aumône à un pauvre par compassion fait une œuvre naturellement bonne ; il n'est pas besoin de la révélation pour sentir qu'il est louable de se<
oonrfr w» «emUiMe quand tb ionifreBt ; b nature setrie nous in^ire de II pitié pour eui, et la grâce, n^est pas nécessaire pour obéir % cette inclhialioB. — Un chrétien qui porte des secours à un malheiireux, fût-ii son ennemi, pour oinenir ie pardon de ses fautes ou la récompense que Dieu lui promet dans l'autre Tie, lait une bonne œuvre surnaturelle; car c*est la réTélatîon qui lui suggère ces matins, et dans cette tue, il ne peut agir, sans ie secours de la grâce ; les actions surnaturelles sont les seules qui soient méritoires dans l'ordre du saint. »
Nous terminerons nos extraits par une citation de Tartide témoin gnage de M. Tabbé Flottes, chanoine et vicaire général du diocèse de Montpdlier,à qui l'Encyclopédie du XIX* siècle- doit plusieurs articles d'un talent trè^ distingué sous le rapport du style et sous celui de Vëévation des pensées. M . Flottes définit le témoignage, dans son acception générale, la déclaration d'une ou de plusieurs personnes qui affirment qu'une chose est, et la fol (fait psycologlque) l'adhésion an témoignage. Un célèbre théologien, Estius, d'après saint Paul, dit que c'est la preuve des choses qu'on ne voit pas, et Fénelon, que c'est l'Évangile en aetîott, l'incarnation de la parole divine. Le sens de tontes ces formules est également juste. L'auteur de l'article témoignage développe la sienne avec beaucoup de netteté : « La foi, dit-il, est déterminée par la persuasion que le témoignage est exempt d*erreùr ; cette persuasion prend sa source dans les lumières de l'esprit et dans les sentimens du cœur. La foi est spontanée lorsque l'esprit ne se rend pas compte des raisons qui déterminent son adhésion ; eHe est réfléchie dans le cas contraire La foi n'est pas seulement un supplément nécessaire aux sens et à la conscience pour tous les faits dont nous ne sommes ni les témoins ni les sujets ; elle est encore gavent notre guide lors même qu'il est question des faits qui auraient pu être soumis au témoignage de nos sens : enlevez la foi ou l'adhésion au témoignage, l'histoire n'a point d'autorité pour nous, et le lien entre le passé et le présent est brisé, nos connaissances en physique sont enfermées dans le cercle étroit de notre expérience personneUe, l'éducatlon est impossible, les nœuds de la famille sont rompus, les fon-
demens de la société sont renversés mais la Providence a
voulu aussi nous épargner les anxiétés de rincertttude quand 9 s*dgi^
D9 i9« faifi>h%^ 4S5
notre boaheiir, de notre eoQsmatjoii ei qu'il ealiirgeiit de cendre im parti Elle nous a coostitués de telle aorte que le foi du tewr« qne la foispoatanée noue; deyienueiit alorci plu^ faciles» et ami ausâ fermes que sourdes aux scrupules 4e la raison; elieis ue eoèMisseat ni ie
doute ni la crainte de Terreur »
A ces citations qui suffisent pour faire apprécier à nos lecteurs Tesprit de V Encyclopédie duXJX^ siècle ^om pourrait ajouter uae multitude d'ariicles qui font bonnenr tout k la fois aux iMMBmes éOMsens qui les ont écrits, et à Tadministration ioteliigentequl a su les réunir. Mais Tespace nous manque pour rendre justice à tous, et nous ne pouvons que mentionner quelques-uns des travaux que nous considérons comme des traités complets, originaux et dignes de Tattention des hommes éclairés. Tels sont les articles : ^me, par M. Tabbé Receveur ; Anglicanisme et Àrianisme , par M. Tabbé Blanc ; Art^ Barbares^ Tiers-État^ par M. Bûchez; Angleterre ^ Allemagne et Voltaire^ par M. Philarète-Chasles; Bibld^ Talmud^ par M. Drach ; Foj-ages^ par M. F. Denis; Folcans, par M. Dufresnoy; Fégétationy par M. Dunal; Aubigné, Balzac^ par J\L Géruzès; Académie , Alcnran^ par M. le baron Guiraud; Agriculture^ Agronomie, par M. Hueme de Pommeuse et baron de JVIorogue ; Amour, Athéisme, Amitié, par M. Laurentie; Archéologie, Beau, par m. Lenormant; Algèbre, par M. Liouville*, Aliénation, par M. le docteur £squirol; Terrain, par M, C. Prévost; Fapeur (bateau etma- , machines à) , par MM. Thomas et Laurens ; et d'autres travaux de J>1M. de Feletz, Charles Nodier, Briffault, Artaud, Champollion et de M. Louis Dubeux.
Nous bornerons donc là nos remarques sur une œuvre qui répond à i*un des besoins les plus réels de notre époque, celui d'une bonne encyclopédie. £lle se recommande à la fois par sa valeur propre, qui est incontestable, et par sa valeur comparative que nous n'avons pas eu beaucoup de peine à faire ressortir. C'est donc en parfaite connaissance de cause que nous la signalons, comme digne des sympathies des amis de la science et des amis de la religion.
Sous ce dernier rapport aucun ouvrage ne sauriit offrir de garanties plus complètes ; nous nous rappelons une lettre publiée par la Gazette de France^ par laquelle M. Tahbé Receveur faisai connaître qu'ayant
ENCTCXOPÊIHE DU 19« SIÈCLE.
accepté, sur l'invitation de fen Mgr l'archevêque de Paris, les fonctions de rédacteur en chef de VEncjrclopédie du XIX^ siècle ^ son concours lui était acquis jusqu'à la fin de la publication et que jamais il n'avait été publiée, ni ne serait publiée une seule page sans son visa. Nous avons lu une autre lettre, insérée dans VAmi de la religion, où M. le curé dé Notre-Dame, dont l'excellent article Bossuet figure parmi ceux que nous avons omis de citer, recommandait VEneychh pédie du AIX"" siècle à tous les catholiques, cotnme un ouvrage très utile pour combattre l'erreur et pour faire triompher la vérité.
Deï.
COURS DE PHILOLOGIE ET D* ARCHÉOLOGIE. ÉCRITURE. UZl
DICTIONNAIRE DE DIPLOMATIQUE
ou courts PHILOLOGIQUE ET HISTORIQUE
d'antiquités civiles et ecglésasi tiques %
ÉCRITURE. L'Écriture est à la parole, ce que la mémoire est à la pensée. Sans la mémoire Thomme n'existerait que Tinstant inappréciable qui forme son présent. Tout son passé serait perdu : sa raison même, qui n'est presque qu'une suite de déductions, s'évanouirait; aussi le même créateur qui lui donna la pensée lui donna la mémoire. Or, l'Écriture est le complément de la parole et de la mémoire. Sans l'écriture, sans la connaissance du passé, s||5 cette parole incarnée, corporisée, prolongée, la grande société humaine et universelle serait impossible. L'homme ne formerait qu'une infinité de sociétés restreintes , isolées, inconnues les unes aux autres. La société n'aurait valu en durée que la mémoire d'un homme ou de quelques hommes : dès-lors il devenait impossible à l'homme de se souvenic de son origine, de connaître ses filiations , de conserver ses traditions, de profiler des pensées, des sciences , des découvertes des autres hommes. Dieu donc qui a créé l'homme en société et pour la société, lui a donné non seulement la pensée , la mémoire et la parole , mais encore a dû lui donner l'Écriture. Il importe peu que l'on ne sache pas avec certitude quelle fut cette écriture, comme Ton ne sait pas quelle fut la langue qui la première lui fut donnée ; ce qui est certain, c'est que l'homme connut dès le commencement tout ce qui était; nécessaire à son état de société, et par conséquent le moyen de fixer par des ' signes les sons fugitifs de la parole. L'esprit de l'homme a pu mo- * difier, perfectionner ces moyens, mais comme ils font partie essentielle
* Voir le précédent article au n<»52 ci-d»8sa8, p. 286.
lir SÈR1£. TOMfi U. — N** 5k. 18(|/i. 28
tiê COm M raU4M4MUB Kl B'i
de rétat oatord de rbomme, c'est-à-dire de son état de société, ila dû les posséda tout d'abopd. La logique nous amène à cale condofion et nous ferrons bîentdt «pw les SMnrenirs des peuples y sont conformes ; et en effet , tons les andens peiqiles attribœnt à on Dieu* on à un homme instruit directement de Dieu, l'inTcntion de récritwe,
]1 n*y a qae peu d'années encore, la croyance commune était que le phénicien Gadmus a? ait inventé l'éciitiire d'aptes ces vers classiques :
Cest de lui que nous Tient cet art ingénieux De peindre la parole et décrier aux yeux.
Et par les traits divers des figures tracées Donner de la codeiir et du corps aux pensées.
Biais depuis Igrs des regards bien plus larges» bien plus profonds, ont été jetés jasqu*au fond des traditions les plus antiques. Depuis lors trois des plus antiques peuples , les Chinois, les Égyptiens* les Hin- 4ous ont été révélés pour ainsi dire; ils ont parlé de nouveau et ap^ porté leur témoignage sur rorîgiue de Tbomme. Il s*en faut de beau* coup que Ton connaisse tfflt ce que ces peuples conservent de traditioas et de documeos sur les premiers tems de l'homme. A peine commeace-t-on k les étudier. Mais une voie sûre est ouverte pour pénétrer dans leur histoire. Quelques savans les tiennent, pour ainsi dire, sous leurs piùssaos regards. Nul doute que des découvertes nombreu* ses ne se tassent encore. Nous allons, en attendant, recueillir ce que nou» disent ces découvertes sur Toriginede récriture. Nous allons en outre consigner ici les différentes traditions retrouvées chez les plus anciens peuples. Nous savons bien qu*un grand nombre sont peu sû-^ reSi entremêlées de fables; mais aussi nous ne les donnons pas pour des documens historiques , mais comme des souvenirs confus , des voix lointaines dont Us accens ne parviennent pas distinctement jusffi'k nous. De toutes ces traditions résultera pourtant un bk certain, c*est qp» les anciens peuples n*ont jamais cru que l'homme eût cornagencé par Tétat de nature » par la condition de sauvage , comme to«liaiU le faùre çroit*e les partisans de l'école humanitaire actuelle. Its comprenaient un peu mieux la dignité de ta race humaine; sans hésiter ils l'établissaient dès le çommdHoemeiit en sociécè «Hc ks Migts
ÉChlîURE. hi%
€1 àreê Dîctt. Bien fotû d'enlever à teiirt ptemrèfs pèïôs tei tûlittafe-^ sfthc<Eià qu*ife elîtehi en effet, Us letft- en attribuèrent qui n'ont jamaK appartenu qu'à [leurs fils. N'ont-ils pas mieux que nons tùmpris tes dévoila de fils? qtie tous en semble?
traditions sur rorîgine de rÉcriture.
El d'àbotd c*est une chose assez curieuse que de voir deux autëtirs, vivant dans deux mondes séparés, et aux deux extrémités de la terre, soutenir l'origine éternelle de l'écriture , dans des termes presque identiques : « Il paraît , nous dit Plinti , que l'Usage des lettres edt » éternel '. » Et un très ancien auteur Chinois s'exprime ainsi : «Les » hommes disent que les caractères sfont de tt)Ute antiquité K » Cette ooiÉcidence est assea remarquable; mais écoat<Kis Àes técits plus tir-^ coBstavciéSw
Témoignages de la Bible.
Coi6me de la société, comme de ta parole -, la Bible ne parle point dé l'origine de l'écriture , mais il est certains témoignages qui doivent être cité^ dans cette question ; et d'abord elle nous dit :
« Le Seigneur Dieu ayant formé de la terre tout ànîmâl des » champs, et tout oiseau des cieux, les Conduisit devant Adam pour n quMl vît à tes nommer, et ainsi qu'Adam â nommé une créature » vivante , tel est en effet son nom ; et ainsi Adam nomma de leurs » noms toutes les créatures animées, les volatiles du ciel, les animaux n des champs'.^
n est difficile de penser que tous tes noms , que toute là science qu'ils supposent aient pu se conserver à l'aide de la mémoire seule. -^ L'Écriture parte ensuite du Lwre des générations tVAdam ^; du Lipfe de Jéhovah ' ; du Liçre des guêtres du Seigneur^ ^ puîâ il faut descendre jusqu'aux Tables de la Loi, que Dieu écrintâesa maîh^ dit l'Écriture 7 \ puis à Josué qui parlant delà viSe de bàUr, dit « qu'au-
• Hist. nalur,, 1. vu, c. 57, n. 3.
• Dans le Sing-ly-ta-tstuen ; voir les Mémoires chinois j t. ix^ j).!iîî2. » (7<rntf/r, 11; 19,20.
• îd„y. i.
« Exode, XXXII, %% 3â.
6 Nombres, xxi, l4.
^ Bxodcjin/S,
likO COURS DE PHILOLOGIE ET D' ARCHÉOLOGIE.
paravant elle s'appelait KanatSepher^ c'est-à-dire la Fille des Lettres \ et que les commentateurs croient avoir été conome le liea où les Phéniciens avaient leur principal collège. Enfin Job parle d'une plume on st/le de fer pour écrire, et d'un poinçon ou d'un ciseau pour gratter sur le plomb ou la pierre \ Conmie on le voit, la BiMe ne parle ici de l'écriture qu'en passant , et la suppose existant déjà. Nous avons dû faire mention de ces notions qui sont certaines, quelque peu explicites qu'elles soient Voici des notions {4us détaOlées quoique bien moins certaines.
Traditions des peuples orientaux sur rEcritore. £t d'abord les Rabbins sont remplis de récits merveilleux sur la science d'Adam : D'après Abarhanel « le corps d'Adam était conune » un petit monde qui exprimait toutes les merveilles du grand ; son » âme était comme le miroir de la divinité , pleine de sagesse et de » science. » R, Ger.von l'appelle « le disciple immédiat de Dieu, con- » naissant les qualités des animaux , des herbes, des bois, les vertus » des plantes, les influences des astres; c'est de lui que tous les ai'ls » et toutes les sciences sont venus '. »
D'autres rabbins disent que ce furent les anges qui apprirent \ Adam et «i ses fils toutes ces sciences , ^i donnent même le nom de celui qui instruisit Adam, et l'appellent Raziel K
Le R, TanakuS'Bar-Haia dit « qu'il y avait un livre où étaient expliquées toutes les choses depuis le commencement du monde jusqu'à la fin ; et que c'est par lui qu'Adam, Seth et £noch avaient prévu le déluge; et que le Roi -Messie ne devait venir (ou peutêtre que le Messie ne devait venir comme Roi) que lorsque toutes les âmes , qui étaient montées dans la pensée de Dieu comme devant être créées, l'auraient été en effet, et que c'est ce qu'il faut entendre par ces mots de la Genèse : et voici le Livre des générations d'Adam '. »
' Joaué, ZY, 15.
■ Job, xix> 23.
* Voir les textes de toutes ces citations la plupart puisées dans des menascrits inédits, dans Kircher, OEdipus Aigyptiacui, t ii^ p. 44. 4 Ibid , p. 45. — Keuchlin, Cabala, dans P. Ga]aUnUs> p. 737. ' Tanakus-bar-haU dêûêRabéothi voir aussi kZohamUtiêOULpantpb,, p. i.
ÊCRITL'RE. 441
Les traditions des Arabes sont plus explicites encore. Mahomet dans son Corim dit qu^ « Q*cst Diea qui apprit de bouche à Adam le nom » de chaque animal, et que les noms donnés par Adam correspon* » daient à leurs qualités et propriétés '. »
D*après Abul^-hassen « Dieu lîTra à Adam un livre de 21 pages » tracées et gravées avec ses lettres; ce fut là le 1*' livre et la 1'* lan- » gue écrite ; il contenait les préceptes et les traditions pour les gé- » nérations futures ; il fesait connaître Tinterprétation des lettres, les » pactes, statuts et promesses, et histoires du monde entier. Le Dieu » très haut avait représenté dans ces pages, toutes les générations des » hommes, leurs figures et leurs actions avec leurs chefs, ainsi que » toutes les choses qui devaient se passer sur la terre ; même il y » avait indiqué ce qu'ils devaient manger et boire. Adam y ayant vu » ce qui devait arriver à ses enfans, versa d'abondantes larmes. Alors M Dieu lui ordonna d'écrire ces livres lui-même; c'est pourquoi ayant » pris des peaux de ses troupeaux, il les prépara jusqu'à ce qu'elles » devinssent blanches, et il y écrivit 29 lettres ou images *. »
Suidas qui a recueilli toutes les traditions qui avaient cours à son époque, nous parle au long « de la science d'Adam, et lui attribue » l'enseignement des canons et des règles, des arts et des lettres, des » sciences Ic^ques et non logiques, des lois écrites et non écrites, en » un mot de toutes les choses nécessaires à la vie matérielle et intel- » lectuelle '. «
D'Adam la tradition, et l'enseignement de l'art d'écrire, c'est-à-dire la science, passa à son fils Seth, et les auteurs orientaux sont encore remplis de détails sur cette transmission. « Adam, dit l'arabe Gélal- » dinus *, instruisit son fils Seth^ et la prophétie fut en lui et dans ses » fils, et Dieu fit descendre sur lui 29 pages, et son fils Kalnan lui sucù céda, et à Kainan^ Mahaliel^ et à celui-ci Jared^ son fils ; et il reçut » de lui l'instruction, et il en apprit toutes les sciences et les histoires
• Coran, 1. 1, v. 29.
• Voir le texte dans Obeliseas pamphilias de Kircher> p. 3.
• Article Adam de son Dictionnaire,
^ Au commencement de son hisloire\ dansKircher, OEdip, jEgypt,, t. n part. 2% p. 142, cl dans Obelis, pamph.y p. 5.
» qui devaient advenir dans le monde» et il exerça rastraoomie ^*il » airaît afuprise des livres que son père Àdwj^ ly^ avait traosmia. »
<i J'ai eatendu parler, dit un ancien commentateur s d*im certain li- » vre, qui, quoique non authentique, cependant ne détrait pas la foi, » mais plutôt la rétieuit, dans lequel on racontait qu'il existait une nk nation située près, de TOcéan dans l'Orient extrême, et qu'on y cbn- » servait certaine écriture sous le nom de Seth^ touchant FètoUe qui ir devait parakre à la naissance du M^ne et sur les présens qu'on de- » vait lui offrir; lequel Hvre passtttponr avoir ^é conspiré à travers 9 les générations deshomme» studieux^ par les pères qui le transmet- » talent à leurs fila. Ib avaient choisi à cet effet 12 des ptan savans » d'entre eux et des plus amateurs des mystères eâestes, eT ils les a oenalitiièrent p<Hir examiner l'arrivée de cette èto3e« Qsant Fun « mourût, son fiky ou qaelqu^un de ses proches, animé du même ft d^ir, ^tait mis à sa {diace ; ik étaient appelés Mages ^ en leur ki^e, » pavçe quila glorifiaient pieu en silence on par des prières secrètes. » Chaque amiée donc, aprèis la moisson, ces mages montaient sur une a montagne appelée, en leur langue, Jtfo»eagR« dt ta Fèctoire, cou- »> verte d*arbres et de fontakMs, et offi-aot une eaveme cpoùsèe dans » le roc. Us y montaient donc, et après s*^ être lavés, il» priaîem là (eu faisaient mie offirande ou sacrifice) et louaient Dieu «a sdence A pendant trois jours; et ils faisaieat ainsi de génévetioa en généra- » tion , attendant toujours si durant leur vie cette étwle de booheur » ne se lèveraift pas ; jusqu'à ce qu'enfin eHe leor apponrut descen- .» dant sur- le mont de la Victoire, ayant comme la ferme à^m^ pe^ » enfant, et offrant la ressemblance d'une oroix, et elle leur parla, les )^ instruisit et leur prescrivit de partir pour la Judée. Fendant deux » VÛ& elle kft précéda dans feur voyage, et ni le manger m le boire ne s» leur mûiiqnèrrat pendant ce tems. Le reste de ce qui leur arm» est ^ vaeenté cfais FÉvangik. ».
Gassien, après avoir dit que iSe^^ avait reçu d'Adam la connaissance de toutes les sciences naturelles, accuse la race de Càin de fes avbir
» L^auteur de VOpus imperfectum in Mathœumx expliquant les paroles vidimus HeUam\ à Ta fin du t. vi.. c. 637, édit. d^ Aligne, 4^5 OKuvres d^ «|int Jean Ghrysostome.
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^oAd <{86* iS^A avak tciçmfs â^ son pèr9, <fBil coiiQgii#éiB# ilnrUvr^ et qwTI Hfrâ'S ses êfiftttiaf* — ISiiiit ^pif4lMMi0BéQ0' pârifr oiÉHft fc 7 Hyres qfne te^^ Mri^tm âe «>» tm» amibciai«Hl i «^4*, «t tfnti ikr pcRisKssettt âTO^ cn^iniiité kw fntiûp9SÊÊs Bolioa» intiP écflfviiii orkiïiftfft. «^ Enâii JGsèpbe résoiae ^«t«»*ee» tra#ii0iift Amkt «è»p^
i> nommé Seth. Il fut ^f é «rpr(»èe m» pire «t s» poitip mt^ 9Êée^ » tiofi à b T«ri». Il taisBa de» ettfm» msuUikks h M tpà âettle^rè- » relit en leur pays^, oà il? TÀ^wéitt tr€s hsmeascmmtét é$m «ne « parlsiète xmion* Od éoîl ^ le«r esprit et à leur traçait ki mkn^ des » (iboflei eéleaiediet d» leurs orweoieiis: elpireequliii tvafeitl ifiprii » <f Adaift qm le mondepériràrit parl'esa ee pat k fen, la ertiiite ifolfii » eurent (jne- cette scieiiGe né se pett^ a? ant qt^ k» hoMHnei^ eift fti»sent iiiseririt9/le9pofeali^rTer âmrscoloii*(»,roMdeM^^ » raiftm de pierre^ sûr Icsqfndles il& gravèreftt les €oiioalssiHi«#s * qct% ataieikt aeqfniscsy afin (fiie l'tt arrhraiiqiiN[iB é^ÈagerokiSî II ,» colonne de briques, eeW» de fuerre detneurlt poiir coiserfer 2k h » postérîFé fa iBémoIre de ce qnlt»; y svMeat écrit. Levr prévoyance » rétMfît $ et ô» assure que cett^edodiie de pierre sefeittneot^ an-
Après 5&(A, les auteurs mm9 oltent son M» J^/hv eoraiBteayitnt eon-
' Conférence viiit C 22.
■ \q\x Obelis, pamph,,^, 6.
* ^Hœres, conlm SeéMetonr, H* 5, t. r, p. 3êl^, é^, êe Tetaet, ôit îï parte aussi d*an livre de la Révélation d'Adam, fferW, n. 8.
* Antîq,jnctatqvcef, I. r, dl. !l. — ^ Ur eettaA» Tbemail T^f^tt^ifittif^r dMs son Htxameron, dit avoir lu un livre d^Abel, fils d^Adaoi, qui, eoiliiff^ilt ravénement au. déftrgc, caeba ce Hvre daiMune pierre trè^sofij^ettsement fermée. Ifennès après le déluge trouva cette pierre, la brfea, et y déeotivrft ce livre où se trouvafent les rignes Ûes sept pfanètes, avec le nom de» fntefl^eaee» ((tii leur donnaient fe mouvement, et dam leqfvtel il apprit dhrer» «ecrets^ cérame de fkire de Tor, etc.; et fl ^î avoir tiré toutes ces choses d'un ofnumie de safit Thomas, de Ente et Essentcâ, lequef it> jèmaîs exista. Vèi# Oèe^&.pamp^.,^ p. 5 et tout le passage dans OEdip,MgypU,, 2* part., t. ii> p. 143.
UkU COIRS DE PHILOLOGIE RT D^ABCHÊOrjOGIF.
tiDiié rcDseî^oiiientde 500 père. La Bible nous dît d'abord €[a*Enos commença à invoquer le nom de Dieu.* Gela ne saorait s'entendre à la lettre ; car on sait bioi qne Dien atait été invoqué aapsffaTant Aussi le R» Onkelos dit qn'il s'ajgit du nom de Dieu /Pguré par les quatres lettres S et on antear syriaque assure plos positiTement encore : « que par ce texte il £iut entendre que les hommes commencè- » roit à écrire et à lire le nom de Dieu V • En sorte quece serait là le commencement de cette inscription du nom de Dieu mise sur des tablettes qui, étaient ensuite placées dans les temples et dans les familles, et dont l'usage est immémorial en Chine. . A la suite d'Enos les auteurs orientaux nous parlent d'Enoch le 7* patriarche après Adam. Or, qu'un livre ayant Enoch pour auteur existât encore au tems db Chrisit, nous en avons le témoignée irréfragable de saint Jude, qui en cite une prophétie ayant rapport à la fin des tems. « Voilà le Seigneur qui vient avec des milliers de ses » saints, pour entrer en jugement contre tous les hommes, etc. *. > Tertullien nous dit que ce livre fut conservé dans l'arche par Noé «. Saint Augustin, Athénagore, Clément d'Alexandrie, Lactapce l'ont cité; mais il parait qu'il fut corrompu de bonne heure ; aussi la synagogue ni l'Eglise ne l'ont mis dans leur canon.
Les Arabes donnent à Enoch le nom d'Êdris, et disent qu'il fut le
premier qui après Seth écrivit des livres. « Dieu le fit prophète, il
» composa 30 livres et hérita de ceux qui avaient été composés par » Seth et des autres connaissances d'^i/om'. »
Mais nous avons assez parlé de l'existence de l'écriture et des livres
' Dapfl le Taimud.'y voir 06el. pam., p. 6.
* Cioi/irjr syriaque de la Biblioth. Vatican.^ iV/.« ilid,
* Epit, de saint Jude^ y. H et 15.
^ De Cul tu fœminarum, I, i, c. Sj 1. 11, c, 10. — De Idohlatriâ, c. iv et xv. •— Apolt ch. XXII.
* Voir Chronique d'Abul-bâssen dans Rireher, 1. 11, U< part. p. 76. — L*article Edris et Tarticle Moussa dans d*Herbelot.^Voir en outre un grand nombre d'autres témoignages sur Enoch que nous avons cités, d'après M. de Saey, dans notre tome xvii^ p. 161 et 401, où nous avons donné la traduction de la plus grande partie de ce livra retrouvé récemment en Abyssinie et publié en Abyssinien et en anglais par sir Laurence.