‹ Annales de philosophie chrétienne (volume 5)Chapitre 127 sur 135 · COMPTE-RENDU · texte numérisé non relu

COMPTE-RENDU

Au reste, la tournure qu'a prise en ces derniers tems la polémique religieuse fait une obligation aux défenseurs du catholicisme d'entrer dans cette unique Toie. D'un côté, dans cette raison humaine, on a prétendu, et avec une espèce de logique, que s'était incarné le Yerbe ^mn ; on a dit qu'il n'y avait pas d'autre révélation de Dieu que la révélation qu'il fait ntérieurement à chaque individu. — Les catholiques ont répondu, que si cela est ainsi, il s'en suit que Dieu change selon les raisons diverses. — Après avoir longtems hésité, les adversaires ont concédé cette conséquence ; et sur cela a été établi le Dieu panthée, le Dieu tout, le Dieu humanité des faiseurs de religions nouvelles. — Il faut de toute nécessité leur prouver que les caoyances ne se trouvent pas dans chaque individu, et qu'elles existent k l'état de révélations divines, extérieures, indépendantes tout à fait de ce que peut trouver ou ne pas trouver chaque homme dans sa raison perscmnelle.

Autre raison encore. Les modernes adversaires de TEgUse, après avoir trouvé leur croyance dans leur révélation perscmneUe, parcourant en jeunes touristes l'histoire du monde, ont cru faire une découverte réelle, en y trouvant certaines croyances se rapprochant plus ou moins des dogmes chrétiens. Or conune ils ont la persuasion que ces peuples avaient trouvé ces croyances en eux-mêmes, que leur raison les leur avait révélées, ils en ont conclu que le christianisme avait emprunté ses croyances ^ tous les peuples de l'antiquité; qu'en conséquence c'était une révélation naturelle, personnelle, procédant de la raison de chaque individu. Or c'est par l'étude de l'histoii-e des peuples, des traditions et des faits qu'il faut prouver à ces adversaires que ces croyances ne sont pas plus le produit naturel de la raison de ces peuples, que les croyances chrétiennes ne sont le produit de leur esprit particulier. Il faut prouver à ces panthéistes que, de même qu'eux mêmes n'ont trouvé les dogmes chrétiens, dans leur raison personnelle, que parce que la société qui les entoure les y avait déjà mis, ainsi les peuples anciens n'ont eu quelques croyantes semblables à nos dogmes que parce que ces dogmes existaient dès cette époque, avaient été révélés dès le commencement, que parce qu'ils ont été connus, conservés, transmis extérieurement, de père en fils, de nation à nation, de sacerdoce à sacerdoce.

Tel est le Térîtable état de la controverse entre les catholiques et les humanitaires. Toute autre voie estinuti^le, sinon fausse; tout autre chemin ne ferait que tourner et retourner sur lui-même, sans avancer jamais.

Nous savons fort bien qu'en formulant ces questions, c'est une autre base que nous donnons à la philosophie enseignée dans nos maisons d'éducation. Mais aussi nous croyons qu'il est urgent de se séparer, surtout par la base, de cette philosophie qui prend pour point de départ la révélation directe, faite par Dieu à chaque individu : philosophie des Cousin, des Mickiewicz, des Towianski, desQuinet, des Descartes, car Descartes aussi a prilendu que sa philosophie lui avait été directement révélée par Dieu ; philosophie qui depuis trois siècles a fait le malheur des états et des individus , a jeté les uns et les autres dans ces difiBcultés et dans ces questions sans fin et sans solution , qui font leur tourment et leur ruine. .

Nos lecteurs comprendront maintenant pourqtîoi , dans nos travaux , nous avons donné et nous donnons encore une si large part à l'étude de monumens, à l'étude des faits et des traditions qui ont précédé ou suivi la venue du Christ. L'église catholique chrétienne est autant à étudier avant le Christ qu'après sa venue. Car, le Christ n'est point venu détruire la religion , la révélation ancienne , primitive , il n'est venu que les perfectionner et les accomplir ; ce n'est point une chose nouvelle que nous disons ici, c'est la doctrine de l'église. « Cette » chose même , nous dit saint Augustin , que nous appelons main- » tenant Religion chrétienne, existait chez les anciens et n'a jamais » cessé d'exister depuis le commencement du genre humain , jusqu'au » moment où le Christ lui-même vint dans la chair ; ce qui fît que >» la vraie religion , qui déjà existait » commença à être appelée la » Religion chrétienne. ' » Au reste, maintenant plus que jamais, ces études sont devenues nécessaires.' La lutte est engagée mitre la croyance personnelle , ayant pour représentant la plupart des philo-

' Hesipsa quse nunc christlana rellgio nuncupatur erat apud antiques, nec déficit ab initio generis humani, quousque ipse Christus veniret in carne ; un de yera religio, que jam erat, caepit appell^ri christiana. Belractatlonum, 1. 1, ch. 13, n. 3; tit. i, p. 603, édition de Migne.

MB

GCMPTl-RrailNJ.

»phi» i» y »tt îfc f ril6 1 eltocroQ^ce traiMtiaaaBHe » qui a p»ur éiifittean le» écriYaiaa el les ereiyao» eathotique». CaUe lutte a dépi ■muttgraod déveleiqpeHMBt , eUea fait ^aiid bruit à la chaoïbre des pairs et dans la presse catholique et universitaire. Nous u'avom ffÊth BOUS glorifier de la manière dont la lutte a été soutenue par nos frères et nos amisir Et pourtant nous ne croyons pas que tout ait été éelairci» et netlenkf&t posé dans les débats; et pour n'en donner qu'un Mempk j les philosophes de l'empire n'ont-ik pas été sur le point de ▼oftioiy ri^ara&cba' de b philoM^hie l'étude de son histoire ? Or » s'il esl une LeçMi instraetÎTe » tme étude acquise è l'Esprit humain» noo chose qui lui appartienne de droit et de raison^ c'est l'étude dit m lôstoire^ c*est l'eiamen de ses propres erreurs» l'examen sortool»' des efforts qtt'il a lints pour atteindre la vérité , quand une fois ft s'^en est séparée Yenloir hû è(er l'étude de l'hifitoire de la philosophie^ c'est lui ôter la philosophie , la raison même.

Je sais bien que cette étude est faussée , parce qu'on n'y cherche , parce qu'on n'y voit que le résultat de la raison de l'honme , que la révéhnioii natarelle et personnelle de rbommew Mais que l'on y place Téléraent révélé, la révélation prlmitire» extérieure, divine, érrenue ensuite l'élément traditionnel; qu'on y s^ute Télément perftmnei , c'est-à-dire ce que chaque raison y a certainement introduit; que Ton y éiodie ce que cet élément personnel y a apporté ^dque^ fois de cherté, de louable développement, de vrai , et plus souvent de désordre, de oonfusion, de faux. Voilli la véritable philosophie, philosophie insuructive, nécessaire, et qu'on ne retrancbn pas par on vote des études de l'homoie ; car c'est son droit et soo devQcr.

Ce sont ces considérHioiis qui nous font poaser que nous faisons une chose utile à notre Eglise, utile à la raison humaine, que de eontinoer à édairdr dans nos Annmles ces grandes questions historiques, et que nous pouvons appeler philosophiques aussi, C'est au reste ce que nous avons fait et ce que nous ferons encore ; et pour montrer l'utilité et le fruit de ces connaissances et de ces principes , nous continuerons à en faire l'application aux principales erreurs qui sévissent autour de nous. Ainsi, rétablir les bases sur lesquells s'appuyent et doivent s'appuyer nos croyances » mQntrer que c'eât

A. NO» Âwm»i&. Ma

iwats ée doctriMs* e'esl le dosMe but (|i»*essayéiit 4e Fétliior h^jân"

eirtvéf ctoûe ee( Tobmxa.

A la première partie , c*est*àHttrer II édaîr«k yiHBteîift d& Vh»* inaftilé se vapporteat les travaa)i^0iH«aDs: i* Mémmr^ d» Al^. de Parmvey sw le Fou'Sang y eà Vwk pr&aie qo» Icb peuplefr de rAmérique ne sont pa»'aiiilioebtone» cdnitte 6tt le ereyaîl an aièc k éermer » mais que leg- peuples âescendeat les: uns de» autre»* fs'ils senc lié» par des eroyaBee»* des tradkioHS oMnoMnes « tcmiii eUee* nêmes d'un peuple uaiqiMt, d'm b^oiaie wjqneL

2"* G'^ à la Blême quesiien qtie se rapporte le Mémoire pttbUé «in* i« doctrine des Chinois. €et article , jeiftt à cekiî sur IVcrflurr., îftséré dai» ce eahier « nous semble proHf er d'ufte Bidoière évidente qu'il y a eacore chez ce peuj^ astique des vestes reoMmaissables des tradilk»» primtiTea,» restes que la civilisaliea chvétieutte^Y» yisitef, fonf les retremper à leur source, pouf le» reetîAer et eott^pléler^ c» prouvant qu'ils ont été déplorablemeat altévés, obscureist oiftUîé», el que ce peuple retrouvera purs, sau» tache, perfectioanég dan» les degr Bae» chrétieBS. Quoi que l'o» puisse penser de» livres- chinois^ tes notions que nous avons données sur les hiéroglyphes qui expriment iremperUf ^Periu^ barque^ etc^, sobMu moins très-curieuses^

^"^ €elHè de M« l'abbé Brunmi qui nous iait ceiiuattre par quelles voîe»t par quel» moyen» les crtyrétnces primitives se som rèpdfkdues chez tous les peuples avant Jésus-Christ « arrive aussi à la même cenclusloii. Nous «'avens publié qu'un article sur cette ques&io»; Biais en ce nK>ment toute la Iraduetion est dans no» mains et nou» en {HihlieroBs plusieurs dans le virfume suivante

W M. de Falroger, avec la science et la précision qui le disting<]4M« a commencé à nou» faire comiattre ce que c'est que te beuddhisme chinois; ce» détails complètent ceux que nou» avons àfèjjk donnés sur le bouddhisme des autres parties de l'Asiei

5*^ En nous apprenant quelle a été la vraie prononciation du nom saint de Jehovah^ M. Drach nous a prouvé que les anciens peuples avaient eu une connaissance du nom même du Dieu des JuiSi , leqael était aussi le Dieu de tout lofenre humain*

U6k COMPTE-RENMJ.

6« A récbirdffiement de l'histoire ancienne appartiennent les tra- Taux de M. Qoatremère , snr la Babylonie; plusieurs articles sont encore dans nos mains. Dans le prochain* le savant académicien édaircira plusieurs passages du livre de Daniel et de fdusiesrs autres points, jusqu'ici obscurs, de la Bible.

70 La dissertation de M. Gerbet^ sur la chaire de saint Pierre à Rome^ établit par des preuves incontestables une vérité que les écrivains protestans avaient cherché \ obscurcir.

8"* Enfin, dans l'artide sur ïHistoire de Dieu^ de M. Didron, un homme qui a vu de près les monumens chrétiens des catacombes, a signalé ce qu'il y avait de faux et de dangereux à vouloir s'éloiper de rinterprétation donnée à ces titres primitifs du christianisme, et a vouloir faire du nouveau sur des faits, sur des croyances , sur des interprétations qui nous sont attestés par des monumens qui subsistent encore , et expliqués par la tradition constante de 18 siècles. Noos avons reçu une lettre de M. Didron sur cet article. Nous la pnUiermis dans lé prochain cahier avec la réponse qu'elle nécessite. Nous dirons à l'avance que nous sommes fâchés que M. Didron n'ait pas cru devoir discuter les faits qu'on lui reproche d'avoir dénaturé, et d'y avoir répondu par des divagations qui ne touchent en rien à la question. Nos lecteurs en jugeront.

A la seconde partie de notrcfbut, c'est-à-dire à l'appUcatiou de nos principes, ou à la connaissance et à la réfutation des erreurs de notre époque , se rapportent : l** Les articles que nous avons publiés sor les ferbes noui^eaux, sur MM. Mickiewlcz, Towianski, QninettCt et sur ce pauvre M. Yintras, qui vient immédiatement après eux, nm à eux, comme pour dire à ces Messies : « mais voyez donc, mes- » sieurs , jusqu'où il vous faut descendre pour être conséquens avec » vos principes. »

2"* Les quatre articles de M. l'abbé Cauvigny, sur Vanthropcèo^ie de M. Serres, sur les théodicées antiques et nouvelles^ sur les erreurs du rationalisme moderne touchant la Trinité. Sans vouloir donner à nos travaux et à ceux de nos collaborateurs une imponance trop grande, il nous semble que savans et ignorans ont à apprendre datf CCS articles ; il nous semble qu'ils conviennent surtout à ces jeuos gens sérieux et studieux qui hésitent et se troublent devant les falla-

cieuses et spécieuses objections des humanitaires actuels ; c'est de la science et une science sûre et solide que nous offrons à ces esprits pour lesquels la vérité a encore quelque charme et quelque valeur.

3* Us la trouveront encore dans les excellentes conférences que le R. P. de Ravi^nan fait tous les ans à Notre-Dame. L'analyse que nous avons publiée, bien que écourtée et décolorée, fait pourtant ressortir, ce nous semble , les principales preuves de nos croyances , et Ton trouvera que cette année il a éclairci bien des points de cette fameuse question des droits et des devoirs de la raison.

Nous en avons assez dit, trop peut-être, pour faire sentir dans quel but et dans quel esprit nos Annales continueront à être rédigées; nous ne voulons pas énumérer ici tous les travaux qui sont dans nos mains ou qui sont en voie d'exécution. Qu'il nous suffise de dire qu'il u'est pas de question un peu importante que nous ne devions faire connaître à nos lecteurs! ; nos amis et nos collaborateurs ne nous feront pas défaut Nous ne visons ni à faire du bruit , ni à briller par des systèmes nouveaux, nous tachons ne nous tenir étroitement attachés aux traditions , aux croyances de notre Eglise , et d'être ainsi uliles à ceux qui sont ou qui veulent devenir ses enfans.

Le directeur*propriétaire, A. BONNETTY.

M6 MÊcit0LOGi«:.

.'«ak. '«■•'«Il» » '•kMS

ïiixxpiof^ l^i^ amnu'9 iru^rtisi pendant Vamie >i845,

Page 1