‹ Annales de philosophie chrétienne (volume 5)Chapitre 19 sur 135 · FAR M. SERRES · texte numérisé non relu

FAR M. SERRES

Voilà plus- d*Bii. an que les deux corvettes V Astrolabe et la Z^lée sont renirées dans le port de Toujon , après, une absence de trentehuit mois. On a peine à se Ggurer quelle abondante quoisson de faits scie9(liA/iuc'« et d'objete d'histoige naturelle, combien dçdocmmiis relatifs à la physique du globe, à U géographie, ont été recueillis peB« d^nt celte longue et périlleuse campagne. Ces faits et ces collections ayant été soumis à l'examen de TAcadémie des sciences, ell^ a entendu des rapports distincts sur Venâemble de ces travaux. Or , » cnlre les ri^isuUats scieatiûques qbtenus pendant cette expédition , ceux concernant l'antkmpoloffie présentent un intérêt tout particulier, et doivent, h raison de leur importance, trouver place dans les //n/ifflcs. Kij efjçi^, contrairement à l'opinion émise par les demisavnns du siècle dernier, qui , pour mettre en défaut Tauteur delà G^nise^ vouliaieui uoug faire croire que les peuples étaient étranger^ les uns aux autres, ifs concourent à conformer, par d^ nouveaux arguntens, Toriginç unique des n^a lions répandues à la surface du globe. Ce ci^qviièm,e mo^de cjm les découvertes de& ua^vigateurs modernes ^t ()mué cl l'bujiiaaité ; ces. peuplades de TOcéanie qui ont pris rang au banquet de la grande famille, n'ont pas exigé la création d'une classe nouvelle en ethnographie, mais sont allés se fondre dans celles déjà formées. Cette conclusion découle évidenpiient du rapport de M. Serres sur la collection d'aixtbiopologie recueillie pendant l'expédition de l'Astrolabe et de la Zélée, Nous aimons à croire que nos lecteurs verront avec plaisir ce beau travail ; aussi le reproduironsnous presqu'en entier.

PAB M. ÏÏIMBM. i%

A toutes les: époques des scieuces naturdlç&» fait obsenrer TiUiiatre raj[q;»ûrteui',rhi6toire du genre humain a été pour les physiologistes et les philosophe^ Tobjet d'une attention spéciale. Tous ont compris que l'anthropologie devait tenir le premier rang, et personne n'igaore queKe marche progressive lui ont imprimée, dans ces derniers tems surtout, les travaux de Camper, de Bu£E6», de Sœmmeriiig , de Blameat>a€b> de Pallas, de Cuvier, de Dumoulin et des navigateurs modernes.

Tandis qu'ils travaillaient à rassembler ainsi les faits destinés k lui servir de base, des faits d'une autre nature venaient se grouper autour des premiers et corroborer leurs inductions. Epris d'une passion nouvelle, inconnue jusqu'alors, certains hommes s'attachaient à suivre, avec une sagacité surprenante / et une persévérance vraiment digne d'admiration , la filiation des races humaines, les migrations, l^ raé^ langes et le sort des peuples dans les traces que leurs langues ont laissées, et, par leurs recherches, jetaient de vives lumières sur les combinaisons physiques et morales qui en ont été le résultat

Toutefois, malgré la multitude de ces observateurs et de ces travaux , et bien que les nations qui peuplent la surface du glpbe soient à peu près toutes connues, l'anthropologie est encore bien incomplète et bien inexacte; il s'en faut même beaucoup que ses progrès soient aussi grands que ceux des autres parties de la zoologie. ^ Cette im- » perfection, reconnue de tout le monde, tient , dit M. Serres, à des » causes qui arrêtent à chaque pas l'observateur, et le détournent de » sa route en l'empêchant d'attaquer de front les obstacles qu'il ren- » contre. » L'absence d'un musée spécialement destiné à rantbjfopor logie explique, selon lui , les progrès lents et tardifs de cette science. Il remarque ensuite que ceux de la zoologie datent de l'étabUssemeat des musées , et il attribue à la lacune qui existe, sous ce rapport, en anthropologie, la divergence des savans sur l'unité ou la pluratité des types auxquels peuvent être ramenées les variétés du genre bumain. — a On conçoit cependant , contiaue-t-il , que la déteffmiuj^ » tion de ces types est la clef de l'anthropologie; car, avant de recher- » cher comment ces races se combinent par l'effet des croisemens, il » est nécessaire de préciser leurs traits. Sans cela, commet séparer » ce qui s'entremêle sans cesse, comment distinguer ce qui, sans cesse, » tend h se confondre? »

60 RAPPORT 'SIÎR 1/ ANTHROPOLOGIE

Ça donc été pour raitthropologic un grand pas vers le progt*ès, un véritable élément de succès, d'avoir rapporté les variétés de l'espèce humaine à trois types primordiaux : la race blanche, on caucasique ; la jaune, ou mongolique; la noire, ou éthiopienne ■• — Quant auic méthodes diverses employées pour arriver à cette elassificatien , elles méritent de fixer Fattention. M. de Walkenaer y aété conduit par ses recherches approfondies sur la géographie et l'histoire des peuples ; M. Cuvier, par ses études comparatives sur le règne animal, et M. le contre-amiral Dumont-d'Unfille, ainsi que {dusieurs autres voyageurs, par l'observation directe de l'ensemble des traits et des habitudes des peuples divers qu'ils ont visités. On n'attribuera pas, sans doute, à un pur effet du hasard ce même résultat qu'ils ont obtenu en marchant par des voies divei*ses. Reste à savoir maintenant si la comparaison des langues, des traditions et des monumens le confirmera.

« Quoi qu'il en soit, l'anthropologie peut, dés ce moment, le prendre pour base de ses études, afin de se rendre raison, d'une paît, des caractères propres à chacune de ces races ; et de rechercher, de l'autre, les lois selon lesquelles s'opère le mélange et la combinaison de ces caractères par l'effet de leur croisement. On arrivera, par cette méthode , à reconnaître et à retrouver encore l'empreinte de cos caractères chez les peuples les plus civilisés de la race caucasique, et à expliquer comment il se fait que, dans cette race, certains individus rappellent la race mongolique, d'autres la race éthiopique, chez laquelle on les remarque souvent à des degrés très-marqués. En un mot, on aura la clef des diversités des tempéramens. »

Une fois en possession de ces notions physiques , la science doit s'en servir pour s'élever li des recherches morales qui en. sont les conséquences. Dans tous les tems , les physiologistes ont été frappés des rapports du physique et du moral de l'homme. Mais, pour les voir se dessinei* clairement et dans toute leur étendue , il faut prendre les races humaines en masse ; alors seulement on peut sans peine découvrir leurs effets , soit dans l'aptitude comparée de ces races pour

f On sait que les trois races de Cuvier, Link, etc., la blanche» la jaane et la nègre sont également regardées comme descendant de JapheC, de Sem et Cham. Voir les ligures des races d'anrés Blumembach^ dan^ notre t. ix. p. 444.

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