SUR LE SYSTÈME DES ANGLICANS APPELÉS PUSÉYSTES
Notre divin Sauveur , avant d6 souffrir pour la rédemption de rbomme, ayant prié le Père Ét^nel pour ses apôtres, pria aussi pour tous les fidèles : « Je ne prie pas pour eux seuls , mais a^ssi » pour ceux qui , par leur parole , croiront en moi , afin qiie tous » ne soient qu'un , comme vous , ô mon père , êtes en moi et moi » en vous : qu'ils soient de même un en nous , afin que le monde » croie que vous m*avez envoyé '.» L'unité des disciples de Jésus doit donc être intime y afin de ressembler à l'unité du Père céleste et du divin Fils, qui ont Ja même pensée divine et la même volonté éternelle. Il faut aussi que cette unité soit extérieure, afin d'être pour le monde une preuve de la divine mission du Christ, afin que le monde croie que vous m'avez envoyé; car cette intime et parfaite
unité de tant de peuples divers, ne peut être l'oeuvre d'une force humaine , mais seulement du bras tout-puissant d'un Dieu. Cette prière solennelle , à laquelle l'Homme-Dieu n'attacha pas de condition , a été exaucée par le Père étemel : après dix-huit siècles passés, on voit encore subsister en deux cents milli(ms de fidèles de toute nation , qui appartiennent \ l'église catholique , l'unité de pensée ou de foi , l'unité de volonté ou de charité ou de communion ; puis aussi l'unité extérieure , toujours conservée au moyen de la suprême autorité de Pierre établie par Jésus-Christ , et dont l'invariable persévérance et la salutaire efficacité à cimserver l'unité est une preuve
' Mgr Baggs avertit, dans le courant de Tartiele, que sMl se sert du mot puttystes^ bien qa'il soit rejeté par ceux auxquels il Tapplicpie, ce n*est ni par mépris, ni par aucun autre sentiment qui j^ourrait leur être désagréable; au contraire^ dit-ilj je désire les traiter avec toute sorte de charité et de respect; mais il remploie parce que ce terme est plus connu, erqu*îl est déjà adopté dans toute la presse et dans le monde littéraire. — Nous] nous unissons à cette déclaration de Mgr Baggs. {Note du Directeur),
* Saint Jean, XVII, 20, 21 : iNon pro eis rogo tantum,sed et pro eis qni credituri sunt per verbum eorum in me : ut omnes unum sint sicut tu, Pater« in me et ego in te, ut et ipsi in nobis unum sint : ut credat mundus, quia tu me misisti. ■
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éclatante de la mission di\ine de celui qui l*a posée comme la pierre angulaire , comme le perpétuel et inébranlable fondement de son église.
Oui , telle est Téglise catholique. Mais , hélas ! que différente a toujours été la condition de ceux qui sont séparés de ce centre d*unité, qui ne se soumettent point à l'autorité établie par le Sauveur dans la sainte église ! Jamais il ne s*est trouvé chez eux d'unité qui ressemble à Tunité du Père avec le Fils, d'unité qui puisse persuader au monde que le Christ a été envoyé par le Père !
Afin de constater, avec toute l'évidence de la réalité , Tabsence de cette marque caractéristique dans V anglicanisme , nous citerons ici les propres paroles du professeur Pusey, qui a donné son nom aux anglicans dont le système fait le sujet de ce travail. Ecrivant , en 18/i2, à l'archevêque anglican de Gantorbéry, il s'exprime en ces termes : « Nous sommes, par rapport à la communion actuelle , se- » parés du reste de la famille chrétienne '. » Et ensuite : « Ces » nombreuses divisions entre nous, ces contentions sur les points » que ceux d'un parti prétendent fondamentaux, bien que nous » espérions qu'ils croient' mieux que ce qu'ils professent, cette » tache d'hérésie si souvent appliquée même au don du Seigneur » dans le baptême, cette proscription des noms de frères propre » aux méchants , cette impossibilité de nous comprendre les uns les » autres ou de nous faire comprendre. Ciel ! comme tout cela » ressemble bien plus à la confusion de Babel, lorsque Dieu em- » pécha les hommes de construire leur édifice géant , qu'à cette cité » merveilleusement unie en soi et à laquelle il fut promis qu'il n'y » aurait dans son sein qu'une voix et qu'un langage I » Autre aveu plus frappant encore du même auteur : « Nos séculiers jusqu'ici » n'ont pas un seul guide vivant : les lèvres du prêtre n'enseignent » pas jusqu'ici la science pour eux ; des personnes qu'ils respectent » au même degré leur exposent un enseignement divers , et l'une 9 des deux grandes classes des maîtres leur crie souvent que l'autre » est dans une erreur fatale. Sera-t-on surpris que le peuple trouve » mal aisé de i'econnaitre comme représentant de cette église qui
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ou StBTiMB DIS AIIGUGANS,
» «it te doloafie et h fômàtiûmt de la vérité , une é|^ «i dîrnée? » li esMôe d'échapper k ees débats et Ya trouver qttdqa'mi qui se » charge de lui montrer la voie. » C'est encore le docteur Puse^, ^ai^ écrivant, ^ iSa9, à i'érêqae an^îcaii d'Oxfotd, disait: « Nos schismes méiiaceiit de fidre <te noas uue pnc^ de dâimm et » de mépris pour tout le monde : nous pcHrions la honte avec nous • pMtout od nous allons et nous sommes mi d«iger àe éemér » me tache flétrissante pour le nom chrétien > an lieu d'être (comme » nous pouvions avoir été ) une des |^ns grandes communions et «» des plus florissantes de toutes ks (^lisesw La nation «niaise est « près de devenir te type même da schisme, h à S(m tour , le réfé* rend ff^ttrd , également attaché à cette école, vient nous dire qae « l'éj^se anglicane > dans laquelle se trouvent ttmt de (Kvisioos, » n'est qu'une église putement localâ, séparée de la plus graaée n partie, sans comparaison, du christianisme V *
A coup sâr, on "serait longtems à nombrer toutes les nuances diverses qui se présentent quand on observe l'église anglicane : mais â vaut mieux se borner aux variations les plus prononoées. ËcoatAns un intelligent séculier an^ican, encore de l'école de M. Pusey : dans on opuscule intitulé Un Traité de plus , voici comment it s'exprime t « Il y a trois aspects tout-ln-fait distincte sous tesquels FJ^lise an-
^icane se montre à diflférrats esprits : VÉvéngéUtfue ou la basse
Église , ("Église èi l'État ^ la liaute Église , le Puséj-ste ou Cû-
tholi^ue. •»
L'auteur définit la sêcHtin. é^^ngéUtfuè en disant ijBtè « la doctrine piincipale sur laquelle insistent les évangéliques est la justificatioû par la foi , et qu'ils jugent de la pureté ^ de la corruplion de l'Église suivant que cette doctrine est relativement manifestée ou négligée. Le mtnistèi^ et les sacremens de TÉgiîse sont à peine nécessaires pour compiét«r ce système religieux , et comme il s'y agît principalement de sentimens spirituels , les liens de communion extérieure entre les membres de l'Ég&e ne peuvent être bien forts. Plus la réforme s'éloigne de la hiérarchie de Rome , plus ils i'admir^t, jusqu'à «e qu'elle ae compito dans le Galvinisma
Ward /ew more words.
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» Ponr eux, continue toujours l'auteur Puséysle , l'Église an^icane » est utile simplement comme une profession publique de foi ctiré- » tienne, qui règle et facilite les devoirs publics du Christianisme. »
Il d^nit la seconde section en disant que « le parti de la haute » Église en Angleterre a toujours réuni deux élémens bien divers î » Ton séculier et politique , Tautre philosophique et religieux. Le » pofitique de ta haute Église regarde TËtat, représenté soit par le » roi, soit par le parlement, comme la seule source légitime du pou- » voir : il pense que toute résistance à TÉtat de la part de PÉglise » est une usurpation des prêtres. Il regarde Dunstan et Thomas » Becket comme d'ambitieux agitateurs; pour lui, la réforme est » Tépoque de rétablissement des pleins et justes droits de TÉtat sur ^ rÉgiise, et partant de l'établissement de TÉglise anglicane, de ses » pouvoirs et privilèges, d'après les lois et mœurs de la nation. Les * partisans de cette idée pensent donc que l'Anglais est membre de » l'Église comme il est membre de l'État; qu*il assiste au culte pu- » bKc pour professer la morale civile autant que le tievoîr religieux, » et que l'Église et PÉtat , ou l'Église et le souverain ont des droits au moins égaux à sa dévotion. L'athéisme pratique , qui peut se » concilier avec ce système (et la conciliation s'est réellement effectuée » ^ l'endroit de Hobbes ) a fort embarrassé beaucoup de personnes » religieuses, qui ont imaginé l'existence d'une conscience de l'État, » supposant qu'il y a dans l'État je ne sais quelle responsabilité re- » ligieose.
» La doctrine catholique, dit*il , c'est-à-dire Puséyste^ admet que » l'Église catholique est une institution spéciale fondée par Jésus- » Christ et par ses apôtres, et transmise de génération en génération » au moyen de certaines règles; qu'étant universelle, elle est en dehors » des lois de l'espace et du tems; qu'elle se peut unir, mais par > pur accident seulement, à un État politique quelconque. C'est à » c^te institution politique quelconque que Dieu a confié la conser- 9 Tation de la vérité religieuse, le soin et le gouvernement des choses » spirituelles de tous les hommes baptisés dans l'Église de Jésus- » Christ; tout exeixice de cette juridiction de la j^rt du pouvoir » séculier est une usurpation contre laquelle on doit protester comme » «ettlre «ne injustice , et il faut résister par les moyens qui ne sont
» pas incompatibles avec la nature spirituelle de cette autorité. À ce » point de vue , l'Église anglicane n*a pas son origine dans les sales M passions d*Heari YIII et dans le scepticisme de son miaistre » Cromwell, mais elle devient celte portion de TÉglise du Christ, qui 9 fut établie en Angleterre soit sous Tautorité du patriarchat romain, 9 soit avec quelque constitution, indépendante plus ancienne. »
Voilà ce qu'on lit dans les ouvrages indiqués , tous d'auteurs Paséystes, et ce qui suffit pour donner une idée de Télat présent de l'Église anglicane. Mais afin de mieux éclaircir certaines expressions dont ils font usage, il faut ajouter quelques observations. Les Puséystes nient que la primauté de juridiction appartienne au pontife romain ; ils lui reconnaissent simplement une primauté de préséance ou d'honneur : ils réduisent son autorité à celle d'un patriarche , et son patriarchat (suivant la carte géographique qui accompagne V Abrégé de l'histoire ecclésiastique du D. Palmer) se bornait à Tltalie et aux îles voisines, en sorte que, dans ce système, TAngletene éuit indépendante du pape. Qn est allé jusqu'à prétendre, comme le B,Pal mer y que le pape n'exerça pas de juridiction spirituelle en Angleterre jusqu'au 7* siècle, et que, pendant quelques siècles encore, cette juridiction fut très bornée. Ce roman , car c'en .est un , a été pleinement réfuté par le savant Lingard , dans la Hei^ue de Dublin. Ecrivant contre l'évêque protestant Burgess, il a pareillement démontré la fausseté de l'autre assertion, encore mise en avant ])ar le D. Charion autres Puséysies, qu'antérieurement à saint Grégoire-le-Grand et à saint Augustin , il y avait en Angleterre une Église indépendante de Rome , fondée , selon quelques-uns, par saint Paul.
Il peut aussi paraître étrange que les partisans du professeur Piisey se nomment eux-mêmes catholiques, comme faisaient les Donalistes au tems de saint Augustin : c'est qu'ils soutiennent être une branche de l'Église catholique ou universelle , bien qu'ils ne puissent nier que cette branche ne soit détachée de son tronc. Malgré cela, ils s'appellent eux-mêmes les catholiques en Angleterre, ou les Jngtocatholiques , avec cette étrange idée que les Anglais unis avec Rome sont schismatlques, car, disent-ils, ce sont eux qui se sont retirés, ce n'est pas nous (autre proposition de M. Palmer réfutée par l'illustre Lingard). Ils nient donc qu'ils soient protestons» le protestantisme
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ét^nt» d'^prèsTâOteor d*un Traité de plus, « on tcime absohiBient » Dcgaiif qui ne suppose nécessairement aucune ombre de foi {nes^
» suna fede affa Ho) * . »
Or , que l'anglicanisme soit une espèce de pMestantisme, cela est clair d'après le serment que prêtent à leur couronnement les souverains britanniques , de maintenir la religion réformée protestante^ comme aussi d'après la loi que la couronne est héréditaire dans la li^ne protestmnte. Néanmoins , dans sa Lettre à Golightly, M. Palmer^ diacre et professeur au collège de la Madeleine à Oxford, va jusqu'à se proclamer catholique et jtisqu'à dire « anathême au pro- » leslantisme et à toutes ses formes , sectes et dénominations , et » spécialement à celles des luthériens et calvinistes et des dissidens » britanniques et américains; » comme aussi, dit-il, « à tous ceux » qui chercheix)nt à établir identité de communion entre eux et notre » église anglicane.. , à tous je dis anathême.. ; et si jamais l'église angli- » cane faisait profession d'être une forme du protestantisme , je re- » jetterais l'église anglicane , à l'instant je me séparerais d'elle , » comme d'une secte humaine , sans donner aux protestans la peine » de m'expulser. » Reste à voir s'il peut accomplir cette promesse solennelle ; car ces prétentions ont été victorieusement réfutées par la Revue de Dublin % qui prouve invinciblement le protestantisme de relise anglicane par le fait récent de l'union des anglicans avec les calvinistes et luthériens unis , ou plutôt avec les évangéiiques prussiens, dans l'envoi d'un évêque protestant à Jérusalem. Cet évêque a été consacré et envoyé par le primat de l'église anglicane, auquel il est soumis comme suiïragant, et c'est h lui d'ordonner non seulement les Anglicans, mais aussi les Prussiens; ceux-ci, après avoir souscrit les 39 articles anglicans , doivent encore souscrire à la confession contraire^ à la confessiop d'Augsbourg. (.'église anglicane s'est donc évidemment unie, non pas avec les catholiques, mais avec les luthériens et calvinistes ou avec les évangéiiques prussiens , qui , de l'aveu même des Pusé^stes^ sont protestans; elle s'est donc déclaré pro«
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* Cette réfutation se trouve dans le cahier de mai 1842.