III. La langue MÉDIQUË, laquelle était écrite avec
Le XXX% le Peklviy leiqiiel est dérivé ,
Du XXXP, le Ze/irf.
lY. Lalaogue AEABIQUE, laquelle est écrite avec
Le XXXIP, dit V Arabe littéral , et
Le XXXIIP, dit le Cmphique.
y. La langue ABYSSINIQUE ou ÉTHIOPIQUE, laquelle comprend : 1° YAxumite on Gheez ancien; 2^* le Tigré ou. Gheez moderne ^
3*" V^hmarigue, lesquelles langues s'écrivent, toutes avec
Le XXXIV», alphabet, VAbyssinique^ Ethiopigue, Gheez. Enfin vient le Copte^ que Balbi ne lait pas entrer dans les langues sémitiques, mais qui cependant doit y trouver place , et qui est ^crit avec .
Le XXXV? alphabet , le Copte.
Formation et âge des difTérens Ë (P/atwhe 30).
VE fut quelque fois arrondi £ , et quelque fois quarré E< L'C rond (/%. 1) se volt chez les Grecs plus de 800 ans. avant J.-C. dans les inscriptions; car on ne connaît point de manuscrits grecs où ilsoit quarré E. Les Tables Eugubines en montrent de même forme; ce qui prouve son antiquité. Il ne fut admis sur les médaillés latines qu'au 3« siècle. Il est ordinaire dans les manuscrits en lettres onciales des 4^ et 5*" siècles , pour ne rien dire de quelques autres qu'on pourrait faire remonter plus haut.
£ majuscule (/^/anf. 30).
Ve rond en forme de notre E majuscule cursif [fig. 2), ou composé de deux c {figS)^ est remarquable dans les inscriptions des 2« et 3* siècles '.
Ve rond fermé (Jig. -U) est d'une antiquité bien constatée ^ et qui ne peut être postérieure au 5« siècle. On le voit de plus dans le manuscrit 255 de St-Germain-des-Prés, qui est du V siècle. Cet e fut depuis appelé jgothigue , parce qu'il fut d'un usage ordinaire dans
* ^nltqtdté expliquée, t. ni» part. 3, pL 128.
• Palao^aph, p. 170. — Antiquité expliq*^ t. yi, part. 3^ pi. 136.
290 COURS DE PHIUIUIGI£ BT D* ARCHÉOLOGIE.
cette écriture vulgaire au ll« siècle , et qa'aU 8tdTitnt on n'en Voyait presque point d*autris 4 si ce n'est sur des momiaies; encore cette exception n'arriva-t-elle que rarement* Sn Espagne, au V i^iècle» il se liait par la traverse avec le caractère suivant
Ve droit fut divers^onent figuré. Lorsqu^au lieu des tro» lignes horizontales on ne voit que trois points accolés i la perpendieolaire (fig. 5), ou que les trois lignes horizontales travwsent lé baste autant à gauchequlà droite (/g. 6) « c'est un signe antérieur au 9' siè^ cle, dans lequel ils ont cessé : ils sont communs aux manuscrits en capitales» antérieurs au 6* siècle. Les manuscrits du 12'' abondent en e de la /g. 7 « dont les formes varient sans cesse , quoique ces derniers traita y dominent En Espagne» dans les inscriptions du ? siède, to hâste surpassait la ligne horizontale supérieure.
€ minuscule latin ( Plane, 30}.
Ve minuscule (/%. 8) se forme de Ye rond oncial : il peut bien remonter jusqu'au tems de la république romaine. Quand il se rencontre fréquemment dans del^ manuscrits totalement écrits en lettres encialeSi c'est une preuve de rantiquité la plus reculée.
U faut distinguer trois choses dans Ve minuscule : le tour, la tête et la traverse^ Le tour presque en demi-cercle forme le corps on le dos de Ve. La tête est l'arc élevé aU-dessus de la traverse ; elle petd peu à peu sa rondeur exacte , et tend à former une ogive, et même, dès le 1 S* siècle , un angle rectiligne. La trai^erse est censée la corde de l'arc ci-- dessus, quoique quelquefois elle en soit détachée.
Le petit e minuscule tout simple, ou avec une pointe légère qui le
liait ordinairement avec la lettre suivante, prit cours « en France et
ailleurs, au 9^ siècle, dans les diplômes, et surtout dans la formaiedes
dates diplomatiques. Il parut de plus en plus commun « qooiqa'avec
quelques mélanges des anciennes figures de Ve cursif. Au 11'' âècle,
ces figures devinrent fort rares, si ce n'est dans l'écriture alIoDgée,
où elles tombèrent aussi bientôt On n'en voit presque plus après le
milieu du même siècle : mais en Espagne elles dominaient eacore
au 12% Quand cet e minuscule (fig^ 8) est bien arrondi, et que sa traverse
horizontale ne dépasse point sa tôte , c'est la marque, éua «b tut-
riancheil.
.i"S«d.^ï: MINUSCULE lATm
GyiftA^ny. }
6véÂig^uéy\
, vSièseE CÏ^WF DES DIPLOMES
A-mats i, fkito. Ihrrt. i' WJ- hï. IW. IXf aje ggf
EGUBSIP. 291
niucnty i*me antiquité supérieure an 8« siècle. Lorsque oette firarerse est prokmgée en pointe un peu rdevée par k bout* elle kdique ua tenu antérieur au 10^ Elle devient obliqiie aux lO^'et ll'sièclest anguleuse vers le 12'' et tout-à-fait tortue dans les derniers temsi qui 'sont le règne du bas gothique.
Dès 1340, on trouve en Fraûcé des e {fig, 9) d*iin grand osagâ en Angleterre et en écossè^ au 14« siècle. An \^% on en vit de tontel les laçons» dont on ne dent pas bien les ra{^rts.
n.en est de même de ces trois fausses parallties (fi^. 10)* repré-^ sentatives de IV entier, qui s'est cependant soutenu jusqu'à nos jottrs dans les bulles des papes.
E curaf {Plane. 3Ô). -
Ve curslf s^est montré sous différentes figures , surtout à cause de ses liaisons avec les lettres voisines. Dans les écritures, romaine;^ mé' rovingiennes et carolines , il a une très grande ressemblance avec le c cursif, et tient beaucoup de notre grand B; cursif (y^g. 2 ), soit qu'il soit plus tortueux , ou que sa tête soit bouclée , ou relevée Ou rentrante, ou contournée de droite à gauche.
Lé caractère distinctif le plus commun de l'écriture franco-galli^ que , depuis le milieu du 7^ siècle jusqu'à la fin du 8% est que la tourbe supérieure s'approche rarement du montant jusqu'à le toucher.
Dans les diplômes carlonngiens ^ les e des fig. 11 et 12 sont, ou peu s'en faut, les caractères dominans de 1'^ cursif. Le règne du dernier commence avant le milieu du 8^ siècle, et ne se termine que sur la fin du 9\ Si on le trouve un peu moins exact, il remonte plus haut et descend plus bas. Le même e fat en vogue en Espagne aux IC et 11" siècles; et en ItaUe depuis le 7^ jusqu'au 10% où cependant il eut des concurrens dans l'intervalle.
L'écriture papale des 11® et 12° siècles éleva cet ^, comme la fig^r^ 13 , sur une base sinueuse horizontale i et il est familier dans l'écriture romaine : de là ces e {fig» 14) qui sont de singuliers restes expirans de l'ancienne cursive, et propres à l'écriture des 11^ ^et 12* siè* clés , vudgsûrement dite lomhardique ^ (b^ qu'on peut encore oueiix appeler hulUuiqm ou papale*
Ve romain {fig. 15) montait souvent au dessus de la ligne, soit de toute la ligne > soit de toute la courbe supérieure : néanmoins la lombardique papale des derniers tems n'y paraît pas toujours astreinte^
Dans la romaine antique, la tête de Ve était une boucle, lorsque la liaison avec la lettre suivante se faisait au moyen de la traverse : mais lorsque le caractère suivant tirait son origine de la tête de Ve, on k terminait en pointe. Lorsque la liaison avait lieu avec la lettre précédente, alors cette tête de Ve et la traverse étaient posées sur cette même liaison, qui servait de base, étant en forme d*s couchée, comme hfig. 16.
Les écritures saxonnes et mérovingiennes eurent ; vers les S*" et 9' siècles, 4^ e fermés comme h^g. 17. Aux 8% 9'' et 10* siècles, quelques écrivains, principalement en France et en Italie , les transformèrent en espèce d'5 avec une saillie à leur tête du côté droit, comme h fis* ^^* ^^ ^0* siècle , ils l'emportaient » dans certains diplômes, sur toutes les autres figures de la même lettre.
Vers le 10* siècle , les Espagnols avaient des e dont la traverse, attachée à la pointe de la courbure supérieure, remontait perpendiculairement, -comme la Jig. 19; mais l'usage le plus conuuun était que Ve rond majuscule {fig. 1) fût traversé par un trait oblique, comme la fig, 20, ou horizontal, pour servir de liaison.
Lèse -composés d'un double c l'un sur l'autre n'ont, pour ainsi dire, jamais lieu dans aucune espèce d'écriture saxonne : les e,Jig. 21 et 22 , y sont plus d'usage , et tous les autres en dérivent à peu près, ou de Ve des diplômes caroUns.
£ allongé (Z'^nr. 30).
Ve de l'écriture allongée s'élève rarement au-dessus de la ligne, excepté dans la mérovingienne et dans la plus ancienne caroUne : encore, dès le commencement du 9* siècle , cet e suréminent ne se trouve que lorsqu'il est initial d'un mot.
Dans cette écriture, une petite tête peu proportionnée à la hauteur de Ve, une tête repliée en arrière, et un corps tortueux, caractérisent particulièrement le 10« siècle , surtout en Allemagne. Jamais on n'éleva plus souvent une espèce d*s sur Ve pour lui servir de liaison avec
£ D£S IJNSCRIPTIONS. 293
les lettres voisines, que depuis le déclin du 10e siècle jusqu'à la fin du lie; jamais on ne le vit trembler avec tant d'excès ; jamais il ne fut élevé si haut, ni plié et replié en tant de façons. La suppression des traits superflus et des tremblemens est remarquable au 12' siècle.
£ simple.
Ve simple fut souvent employé pour la diphthongue œ dans des manuscrits et des inscriptions très anciennes. Dans l'écriture cou* rante, cette mode fut très-commune aux 12 , 13 , ik et 15* siècles. Voyez iE.
E capital latin des ÎDScriptions {Plane. 30).
La littérature latine n'a rien de plus ancien que les E de la I""^ division : il en faut cependant excepter plusieurs figures de la ô"" subdivision, caractérisée par les prolongations supérieures et inférieures de la haste, toutes fort en usage chez les Espagnols aux 7*^ et S^* siècles.
Les E de la IP division, tranchés en talus , ou par des sommets et des bases, ou irréguliers, sont presque tous anciens. Ceux qui sont à la tête des 2e et 3*" subdivisions passent le 2^ siècle ; les suivans sont plus modernes, presque à raison de leur rang.
Toute la Iir division remonte au moins jusqu'au moyen-âge , excepté les dernières figures de la 1^ subdivision et de la 4', qui sont fort récentes.
La IV* division comprend les E du caractère oncial. Les deux premières subdivisions sont de l'ancien tems ; les figures de la 3^ persévèrent jusqu'au 12*" siècle; et la &* représente les e minuscules et cursifs avant le gothique.
La y*" division n'admet que des E dans le goût de nos j& majuscules cursifs ; ce sont deux c l'un sur l'autre.
La YI^" division est toute gothique ; ses formes extraordinaires le 'démontrent assez. Plusieurs des caractères de la h* subdivision appartiennent au 11* siècle. La 6*^ et la V sont propres à l'Espagne.
La YIP division nous fournit un léger échantillon des e minuscules gothiques des 1/i* et 15« siècles.
Iir SÉBIE. TOME Vk. — N* 52. 18W. 19
2^ COURS DE PBILOfiOSlB ET Ô'AiCHÉOU)GIE.
E e9piig\ latin de» mannserits (Piane. 30 J.
Qfianf ft rÉ Capital des manuscrits, on observe (jûe les sept prcirièf es dîTisions sont des capitales pnres ; la VHP, des gothiques ; les IX** «t Xs àcÈ ôndales; et que daûs cette dernière on voit quelques minuscules et cursives.
E minnscule latin et E carsif des diplômes ( P^ane. M ). Nous croyons inutile de nous étendre sur rexplication de cette planche ? elle est dans son texte même , où se trouvent de très nombreux exemples , avec l'indication des peuples auxquels appartiennent ces écritures. Nous avons de plus marqué par des chiffres romains les différens siècles auxquels elles correspondent.
Changement de TE en d'antres lettres.
Les anciens grecs ne connaissaient pas yj et le remplaçaient par Te t fis prononçaient ce dernier par et '. Les terminaisons grecques .êfi ai oôt été rendues en latin par ae ou œ. Dans les composés et dérivés £ se change dans le latin en a, en i, en aet en u, et dans fe frâttÇaii^ en a, tti^ ei, i, o, o/, u et ui \
t€OLE , licti public oti Ton enseigné les Sciences. Il y aVàit , dâiis lês^ pfèmierS siècles de TÉglise , des écoles où Ton etpliqaait l*Ecriture-Sainte. La plus famense était alors celle d'Alexandrie , dans làqtiefie Ofigènc enseignait rjBcriture-Sainte, les mathématiques et fe philosophie. En Afrique, c'était TArchidiacre que Ton chargeait du som d'instruire les élèves. 11 y avait des écoles dans les paroisses, dans les mohastères et dans les maisons des évêques t on y apprenait le Psautier, la note^ le chant, le Compiit et V orthographe. Lorsque Ton eut fondé les universités et les collèges , on donna le nom de petites écoles à celles où Ton n'enseignait que les premiers principes des let-
fres.
Par la déclaration du U mai 1704 , le roi voulait qu'il fut établi des maftres et des maîtresses d'école dans toutes les paroisses où il n'y, éîl a poifit , pour instruire les ènfans de l'un et de l'autre sexe , des princîpatîi mystères et des devoirs de la religion catholique, Aposto-
* Platon, Cratyle, p. 426, c.
• ¥Mlr VMroduction d (a Im^tte ioUhe, par M.fecft. BùMii^ p* SOI.
lique 6t rotilaitie » etc. » tonformémem à l'art. 25 de fédit de 1695« Que, dans ks lienx où il n'y aura pas de foncb , oà pût Mpimt sur tous les habitans la somme qui manquait podr rétablissemeht desdits midtres et maltresses, josqu'à celle de iSd Hvri^ par aft pour les maîtres , et de 100 lÎTres pour les maîtresses : et qo» les lettres sut* ce nécessaires fussent expédiées sans frais , etc. Que les pères et mères » et antres personnes chargées de Tédiacation des eihfans , et nommément de ceux qui seront nés dans la religion préteil-' due réformée , les envoient aut écoles et aux catéchismes jusqu'à l'âge de 1/i ans , et que ceux qui sont au-dessus de cet âge jo^n'ft celui de 20 ans soient enroyés aux instructions qui se font les dimanches et fêtes, à moins que ce ne soient des personnes de telle éonditîén qu'elles puissent , et qu'elles doivent les faire instruire ché^ eUes, of les envoyer au Collège, ou bien les mettre dans des monastères Ou des communautés.
Les ordonnances et les arrêts avaient donné aux évéqùes, aitfieurés et autres personnes ecclésiastiques , la Connaissan(ie de là discipline des écoles. Un arrêt dd conseil d'état du 8 tnars 1695, maintint l'évêque de îSsterott dans lé droit d'approuver et même d'avoir le choix libre decr régens des cdléges des villes de son dioÇèse , et d'en étaMlr de il jugersl ft pmpos; et cet arrêt fut confirmé pat rxtx autre du 25 jatitîet i'6%.
t'édit de 1606 , art. ik , portait que les régens, précepteilt^ otf msfitres d'école des petites villes ou villages, seraient approuvés pâi* féS curés des paroisses, ou personnes ecclésiastiques qui oht droit d^ nommer; et où il y aura plainte desdits maîtres; d'école , il y sera piûiiirtu par les évéques.
Par la déclaration de février 1657 , art. 21 , nul ne pouvait tenir éct>le qu'il ne fût examiné par l'évêque ou par ses grands- vicaires , et qn^H n'eût fait entre leurs mains sa profession de foi. la déclàratioii dtf niois de m^rs 1660 y était conforme.
Paf l'article 25 de Tédit du mois dVril 1625, les évêqùés ou leurs ar^^diacfes pouvaient interroger les maîtres et maîtresses d'écdté dans le cours de leurs visites , et ordonner que l'on en mît d'autres en leur placé , lorsquUls n'étaient pas contents de (eur doctrine et de leurs mœurs , et même dans d'autres tems que dans le cours des vî-
sites. La jurisprudence des arrêts était conforme à ces dispositions. Il résultait de là que la police des écoles ii*était point séculière '.
Suivant la disposition de l'arrêt du 23 jani^ier 1680, les curés pouvaient, par le droit positif, canonique et civil de France, tenir et eu- * blirdes écoles de charité dans leurs paroisses, et en nommer les maîtres, sans êtne obligés de prendre des lettres d'attache des écolâtres, chantres , etc. II y avait d'autres arrêts qui autorisaient par provision les curés de Paris et de la banlieue, à nommer les maîtres et maîtresses our les écoles de charité de leurs paroisses , sans lettres d'attache du chantre, mais pour les pauvres seulement, et sans aucune rétribulion.
Les Sœurs de la Croix et les Ursulines étaient établies par lettrespatentes du roi sous l'autorité des évêques , pour enseigner gratuitement la jeunesse.
L'article 7 du règlement pour les réguliers, défendait aux reVigieui de tenir des écoles pour les séculiers dans leurs couvens; celte défense fut renouvelée dans le premier capiiulaire de Louis le Débonnaire, mais on en exceptait ceux à qui leur règle permet de le faire.
Tel était l'état légal de l'enseignement en France , mais en établissant Y Université en 1806, INapoiéon fit passer toute ladispensation de la science entre les mains de l'état, et en donna le monopole à un corps séculier. Depuis lors la charte de 1830, dans sou article 67, a solennellement promis la liberté d'ehseignement. Mais les universitaires arrivés au pouvoir refusent d'exécuter cette [»romesse de la charte. C'est en ce moment la question débattue entre les catholiques et l'état. Il faudra bien que celui-ci accorde quelque chose de ses promesses.
ÉCOLES de Théolog'e, 11 y avait dans l'université de Paris, outre les écoles des Réguliers qui étaient du corps de la faculté de théologie, deux écoles célèbres , celle de Sorhonne et celle de Navarre, Les Professeurs y enseignaient des traités qu'ils dictaient et qu'ils expliquaient à leurs auditeurs , et sur lesquels ils les interroge»ent ouïes fesaient argumenter. Ces traités roulaient sur l'écriture, la morale, la controverse; et il y avait des chaires affectées pour ces différens objets.
' Voir les Memotres du cierge, t. t, p, 1009, tOlO, I0i?8 et suiv.
(Sitsctgnrmrnt (!ratl)oliquc.
PAK LE It. P. DE RAVieMAW*
Les droits et les devoirs de la mison objet des conférences de cette station. — 1. Quels sont les droits de la raison, et son étendue.— 2. Devoirs de la raison sous le double point de vue philosophique et religieux. ~ 3. La philosophie en présence de Fautorité catholique ou de TEglise. — 4. Si Tautorite de l'Eglise en matière de foi est certaine pour la raison. — 5. Ce que c'est que le catholique soun^is à l'Eglise. — 6. La religion du cœur.
Avant de parler des conférences du R. P. de Ravignan , nous devons dire pourquoi nous n'avons pas inséré l'analyse de celles du R. P. Lacordairc que nous avions promise dans le dernier compterendu. La f aison , c'est que le R. P. lui-même a désiré qu'elles ne fussent reproduites que dans un seul journal, Y Univers^ et nous avons dû nous conformer à ce désir. Et cependant nous ne pouvons nous empêcher de manifester le'regret que cette décision nous a laissé. Nous savons les inconvéniens attachés à ces reproductions ou à ces analyses : elles n'offrent pas toujours le vrai sens de l'orateur , elles mettent dans le domaine public un travail qui lui appartient en propre. Mais aussi nous dirons que quand on fait de la propagande , quand on veut répandre ses doctrines , quand on les croit utiles aux hommes, utiles à la patrie, utiles à l'Église, alors on ne peut désirer qu'une chose, les voir répandre au loin, partout, n'importe par quelle voie... Or, c'est parce que nous trouvons la parole du P. Lacordaire infiniment utile , attaquant des préjugés nombreux et enracinés ,
' Voir Tanalyse des conférences de TaiiBée dernière dans notre tome vu ,
399 COIIf£BENCE« M KOflŒ-DAME I>£ PiAI5,
offrant une forme nouvelle et bonne » à la défense du Catholicisme, parce qu'elle a une grande influence sur l'esprit des hommes du siècle et sur celui des prêtres, ses frères dans le sacerdoce, que nous r^;rettons qu'il en ait arrêté la libre et universelle manifestation. On nous dira que c'est son œuvre, et qu'il doit s'en réserver la publication,... nous ne pensons pas tont-à-fait ainsi. Aucun prédicateur à notre avis, ne peut moins dire que le R. P. Lacordaire que son œuvre lui appartienne; c'est en lui ime ^Saëoq toute oatyrelle d'idées» de mots; à peine peut-il fixer d'avance les principaux points de ses discours ; tous ces développemens si heureux , tour-à-tonr profonds , larges , touchant toutes les fibres de l'esprit humain, tout cela Dieu le lui donne sur rheure, an moment où il parle; tous ces grands effets de peqsée et do parole, il nous l'a dit lui-même, n'ont jamais été préparés ; c'est une JafuiH^ instantanée et gratuite. Voilà pourquoi nous auriops d«^é voir les cent voix de la presse porter ces bonnes nûnYelles dans le monde entier. Nous concevons que les prédicateurs ordinaires tiennent à conserver le monopolç de leurs discours : ils leur appartiennent en propre , personne ne les leur conteste et ils font bien d'en garder la propriété. IVIais nous l'ayons dit, Içs discours du P, I.acordaire ne lui appartiennent pas ; ils appartiennent à toute cette jeunesse pour laquelle ils sont faits ; et ceux qui ne peuvent pas les çntendre à Paris dans toute leur plénitude ne doivent point en être entièrement frustrés. Aussi espérons-nous qu*une,autre année il ue mettra aucune restriction à leur publication. Qu'il choisisse seulement un journal dans lequel il en surveille jusqu'à un certain point la rédaction afin qu^elle soit , sinon complète^ au moins conforme à son esprit, et puis que chacun puisse y puiser et porter au loin ces paroles de Dieu.
C'ejt précisément ce que fait son frère en talent et en mérite, le R. P, de Ravignan, et ce dont tous les catholiques doivent lui témoi- ^cr un gré infini et une sincèrje reconnaissance.
Nous n'avons pas besoin de parler de l'auditoire si choisi et si nombreux qui se pressait au pied de la chaire de ces deux orateurs catholiques. On sait qu'aux plus beaux siècles de l'Église, il n'y a jamais eu un auditoire plus choisi, plus empressé , plus sympathique autour des prédicateurs de TÉvangiie. A«ssi les fruits n'ont pas masqué à cette prédication providentielle. Les hommes les plus distingués de la
PAE LE B. P« M RA^ineNAN. 929
{Mtrfe, fMff ieiir vie, par iears pandes, piff leurs actkms, tmt protêt par ia solennelle et publique participation, le jour de Pâques , à h cène de lésus-dnist , contre les attaques récentes parties de différentes cbaires contre FÉglîse.
Le R» P. de Ravignan a traité cette année à Notre-I>aine nu «ijet c;pii inténesse tout le monde» et qui fait depuis si fongtems IV^et de toutes les disputes : les droits et les devoirs de la raison. Le R. P. de Ravignan n'a adopté exciusiveinent aucun système, mais il Vtist servi de tous ceux qui sont adnûs , et en a tiré un grand parti pour montrer que la rèl^on catholique , n'ost ni opposée à la raison , ni au-dessous &^e. On sait queiles sont sor cet objet i'q>inkMi des An^ nalesf dans la grande question des droits et des forces de (a raison de l'homme nous croyons bien qu'elle peut bearacoup , mais à condition qii'(m la conserve eUe-méme dans son état naturel, à concKtion qu'elle ne soit pas isolée, mise dans un état de nature qui n'«xiste pas , qui ne peut pas «sster pour eli«, pas plus que pour le corps. Nous ne tranchons pas la question de savoir si les premiers princ^ies ou les premières idées sont innées ou viennent ^es seus : ees questions iiKîmes et constitutives ne seront jamais résolues, parce<[ue Dieu ne nous* en a rien dit de précis. Mais que l'on admette le système des idées innées, ou celui des idées vi^iues des <sens« il y a un fait qu'il faut reconsidtre, c'est que cesidées ne se dévelo]^nt, ne grandissent, n'arri* Tent i l'état de raison qu'autant que rbomme t été 4ïons«^é par k société, iiv^truit par la parole, doté d'abord fior elle 4e toutes les véHn tés opie4)ossède cette société. Yoifii l^faii , tel qi/M se présente dans ie développement de l'homme.
H suit de là une conséquence ImmeAse dans la question iflpii «ma occupe, c'est que, à aucune époque de la rie, l'homme ne trou?e «eui et solitairement la vérité, c'est qu'il niest pas vrai que Dieu lui com-* munique la vérité sans secours extérieur et sans témoins; c'est qu^ii n'est pas vrai que le <verbe s^incnrne dirôdement dans la rai^ son fuimaine ; c'est qu'il n'est pas vrai que l'homme n'ait «u èesein que de regarder en lui-même pour y lire ce qu'il doit croire ou ce qu'il doit pratiquer; supposé que son ame soit un livre, elle est efmuneles autres livres, il a besoin qu'on lui apprenne à y lire. Commfe le disait
3(H) CONFÉREiyrES DE NOTRE-DAME DE PARIS ^
récemment un de nos principaux collaborateurs , « Il en est de lalu- » mière intelligible , comme de ce fhiide lumineux qui est répandu » partout à Tétat latent ; pour que nous puissions la percevoir , il faut » rintervention d*un agent extérieur. Dans le . monde phy»que cet » agent c*est le soleil ; dans le monde intellectuel et moral, c'est la » réTélation faite par la parole ou par TÉglise '. »
On Toh par ce que nous disons ici ce qu'il y a de vrai et de faux dans les systèmes philosophiques en vogue dans nos écoles , et principalement dans celui de Descartes. Selon nous, cette distinction est essentielle si Ton veut répondre aux personnes qui prétendent trouver en elles-mêmes des révélations nouvelles , et aussi les catholiques, unanimement et sans exception, devraient adopter ces principes, et ne jamais accorder à leurs adversaires , que Dieu communique la vérité à Tesprit de rhonune sans témoins, sans preuves extérieures et que l'homme n'a qu'à descendre en lui-même pour y trouver toujours la voix de Dieu.
Après avoir exposé ces principes qui sont au fond ceux de tous les catholiques , nous allons offrir à nos lecteurs la suite et l'ordre des leçons ou du cours que le R. P. de Ravignan a fait pendant ce carême. L'orateur n'a pas cru devoir traiter les premières bases de la raison humaine , il a argumenté constamment d'après les croyances admises par ses auditeurs , et nous le dirons avec vérité, jamais [dus merveilleux parti n'a été tiré des principes .philosophiques; jamais n'ont été précisés d'une main plus ferme les droits et les devoirs de la raison humaine. Tantôt on a cru entendre Platon et quelquefois Aristote ; ou plutôt on pouvait admirer en même tems la facile et douce métaphysique de Fénelon , alliée à la profonde pensée et à la baute expression de Malebranche. C'est un titre de plus à ajouter à tous ceux qu'il a déjà à la reconnaissance de tous les cathoUques; pour nous, nous nous estimons heui^ux de pouvoir répandre au loin ce umin eux enseignement.
i*"* Conférence, Nous avons dit qu'en commençant pour la 8* fob le cours de ses conférences , le R. P. de Ravignan avait pris pour
' M. Tabbé de Yalroger : Examen des doctrines de M, Coasm, Dans notre tomevui, p. 13f».
PAR LE n. P. DE RAVIGftAN. 301
Stget de ses discours les droits et les devoirs de la. raison humaine. Laissons-le exposer lui-même les raisons qui l'ont déterminé à choisir ces questions et exposer le plan entier de son œuYre.
Au milieu des traraux et des efforts perpétuels de Tesprit hamain pour conquérir ies grandes solutions philosophiques et religieuses dont ii a besoin ; parmi ces routes divergentes, suivies trop souvent avec Tentrainement d'illusions déplorables; quand on entend le gémissement de coeurs oppressés sous le poids de leqrs incertitudes, comme si rien n'avait encore été réglé ni fixé pour eux depuis 60 siècles; dans ce débat toujours subsistant où l'on reclame si ardemment en présence de la foi de FEglise les libres droits de la raison, il me parait convenable d'écouter ces plaintes et de rechercher ce qu'elles peuvent avoir de légitime. Pour mieux répondre à ce besoin, il faut se demander sérieusement ce que c'est donc en soi que la ration de l'homme et quelle est sa nature véritable. Car, le croirait-on ? cette question est encore douteuse pour plusieurs. Que faut-il donc penser, Messieurs, de Tinteltigencc humaine? Est-elle une lumière sans nuages, un pouvoir sans limites , une faculté sans lois et sans devoirs? Seule a-t-elle reçu la mission de tout connaître , de tout déterminer entre la créature et son auteur', sans aucune voie tracée, sans aucune autorité régulatrice? L'indépendance de la raison humaine est-elle absolue, égale en tout à celle de la sagesse infinie? La raison de Thomme est-elle infinie elle-même, comme on a semblé Tinsinuer de nos jours? Vous ne pouvez le penser.
Au contraire, la raison n*a-t'elle ici bas ni force ^ ni étendue ^ ni droits ? Est-elle un jeu inutile ou funeste d'abstractions et de chimèVes? Poursuit-elle toujours la vérité comme un fantôme, incapable de la'saisir et de Tembrasser jamais? Est-elle un flambeau tristement éteint, n'exhalant que des fumées vaines, et n'a-t-elle plus, n'eut-elle à aucune époque les flammes célestes du vrai pour héritage? Est-ce que par sa nature notre intelligence ne possède pas du moins un domaine propre où elle vit et règne en maîtresse ? Ou doit-elle au pied d'une barrière de ténèbres éternelles s'incliner pour mourir en silence, sans action, sans énergie, sans liberté? Non, non, il n'en est pas ainsi. Messieurs; la raison est quelque chose de grand et de réel dans V homme.
Que faut-il donc penser à la vue de ces luttes pénibles , où l'esprit humain s'épuise en vains efforts pour se connaître et se définir lui-même, n'y parvient pas, ce semble, et néanmoins, afin de s'affranchir de la foi révélée, s'arme des doutes vieillis du tems passé ou des songes aventureux du présent?
Messieurs, en reprenant le cours de nos conférences , pour la huitième fois, permettez-moi de poser ainsi la question et de choisir pour objet de nos travaux', durant la carrière accoutumée, les droits et les devoirs de la raison
SOI CONFÊRfiKGBft BB NOTRE-DAMC Dfi PARIS,
fnmaiué. TouteCois, vous ie sarez à Tavaiice» quel€|[iie belle et quelque iie|sle qu0 mil la piiilo^bi6y ses grave» médita^iMis 9w la «atore de Tàioe el jdt la pensée ne pf\^irdx^t i^ous ferm ^ue daos le &^p^ la^ pour un ^kt vriûi^e^ 4$* tholiqucs.
Âujeurdliul donc, pour vous rappeler ce que e^est que la -raisoB de rbemme, créé par Dieu et racheté par Jésus-Christ ; pour mieux comprendre «usai nos devoirs h Tégàrd de !( foi de l'Eglise , je voudrais exposer d'abord les droits naturels et vrais de notre intelligence. Ces droits sont marqués par retendue même et par la force de la raison. Les droits de la raison et son élendae véritable, telle est donc ta matière soumise à vos réflexions. Ainsi peut-être arriverons-nous à des notions justes et saines sur la nature int^ligente de l'homme, placé en présence des enseignemens de la foi du Sauveur, et e*est là tout le dessein de cetle première conférence sur la raison humaine.
1'* -partie. Exposé et histoire des systèmes qui se sont occupés de l^origine de nos connaissances y V empirisme et V idéalisme^ c*est'àir dire, V expérience et Vidée.
Quand on veut lire avec maturité et résumer attentivement les données philosophiques sur l'objet qui nous occupe, sur la puissance et les droits de la raison, on trouve deux systèmes principaux en présence. Les uns], frappés des impressions£xtérieures et sensibles qui accueillent l'homme au berceau, Tenvironnent, le suivent et raccompagnent dans toutes les phases de Texistence, frappés des relations en (retenues sans cesse par Faction nécessaire des organes et des sens, ont cru que le fondement de nos connaissances, la puissance réelle de la raison et son empire devaient surtout être placés dans f expérience. C'est ce qu'on a nommé ï empirisme, et par ce mot je n'entends pas ici exprimer seulement l'abus, mais aussi l'usage de l'observa tiop et de la sensibilité^ copsidéréas, suivant quelques-uns, comme la source de nos connaissances.
L'autre système, d'un spiritualisme plus noble et plus élevé, place le pouvoir premier de Came dans Vidée même purement intellepluclle. Âijisi, W moyen de l'idée pure, la raison conçoit et développe la vérité par son énergifs intime et propre. C'est l'idéalisme, qu'ici non plus je ne veux pas nommer seulement comme un excès. Vexp rience donc et Vidée, telles sont, je crois, les deux bannières distinctes sous lesquelles on peut ranger le plus grand nombre des théories, laborieusement enfantées sur le principe de nos connaissances et sur la force intellectuelle de Fànie. Les uns ont semblé tout rapporter à Xexpé' lience, les autres tout rapporter à Vidée.
L'éloquent orateur montre ensuite quels furent dans la philosophie ancienne ou moderne les créateurs ou les propagateurs du système 5^n-
fualiste/Ea traçj^t rapidement l'histoire de l'erapirisaie, il flétrit les folies de Démocrite et d'Epieure. Les matérialistes de nos jours et quelques {rfirénologistes les suivent de près. JLocke, par l'empire qu*îl donne à la sensation, va jusqu'à compromettre les notions les plus intellectuelles. Gondillac n'est que le disciple de Locke , qu'il traduit par la sensation transformée. Parmi tous ces philosophes, la part la plus lai^e et la plus belle appartient à Arjstote, qu'il m .&ut pas mettra au rang dea matérialistes. Telle est en quelques mots l'histoire de de l'empirisme, philosophie qui s'appuie à peu près exciusivemeiit sur Texpérience et les s^s, comme base et source de nos pensées. L'orateur passe ensuite à l'histoire de l'idéalisme :
Viçleali/mfi, Messieurs^ forma une philosophie plus élevée, Son histoire nouA Tsppelle de^ nom^ glorieux et de ))eaux génins. Ce ne fut paf assuré» ment un génie médiocre que tdui qui présida à ]a formation du système idéaliste oriental . Mais aussi il semble qu'il prit à lâche de dépasser Lputcs les bornes et d'épuiser , pour ainsi dire, toutes les puissances de 1 Vreur. Auprès de Tidéalisme indien et du panthéisme mystique des Védas, qui en Ukii partie^ TAHemagne elle-même ne nous offre qxie de pauvres ei pâles remets, in^gré toutes ses rêveries transcendantaie^. M disciple de pr^hma s'isole de toute la nature sensible, qui n'est que Fillusion ou Maïa ; il se perd Ixù-même de vue, retranche toutes les fonetions at tous les signes de la vie propre, s'apéai^tit poyr n'êtr^e plus que Tidée, respxit de Jirahma ; q^ que nous sommes dispensés de vérifier, en observant toujours que les extravagances les plus excessives de la spéculation humaine ne sjpnt qu'un abus de la vérité. L'union jnystique eil intime de Fâme ^vec Di^u par Ja contemplation intellectuelle et pure est un état rare, mais possible et vrai durant la vie. Heureux celui qui est appelé à le connaître et à le goûter ! On en a fait le panthéisme idéaliste des parfaits de F Inde et d'autres systèmes analogues.
Suivant la chaîne des tems, le R. P. de Ravignan rencontre sur son passage l'école italique avec ses nombres ou formes intellectuelles; l'école méthaphysique d'Elée avec sa substance éternelle, infinie, comprise par la seule pensée, objet unique de la science, et réalité unique, tandis que tout le reste n'est qu'illusion ; puis enfin le monde intelligible de Platon.
Platon, loutefois, admettait le monde extérieur et le témoignage que les sens en rendent à l'àme ; mais il n'y voyait guère l'objet ni le moyen de la gcience certaine et véritable. Encore aujourd'hui , convenons-en, malgré un mélange
50Â CONFÉRËiNCES DE NOTRE-DAME DE PARIS,
d'errears graves et déplorables, on ne saurait lire ics ouvrages de ce philosophe sans admirer la hauteur de son génie et la dignité avec laquelle il conçut ou exprima la nature spirituelle et immortelle de Tâme humaine. On y reconnaît aussi non moins que dans Pythagore les traces palpables des traditions primitives et mosaïques ^ conservées dans cet Orient que Fun et Tautre avalent visité.
Dans Platon s'était personniGé Vide'alisme, \empirisme dans Aristole. 11 fut jionné à ces deux philosopbies païennes, qui du reste résument toutes les autres philosophies, de régner encore' longtems dans les écoles à côté du dogme ehrétten, mais sans aucun danger pour la foi. Les Pères de rEglise, sur les matières philosophiques, adoptèrent volontiers un platonisme épuré. Aristote fut le philosophe préféré de la scholaslique. Peu importe après tout : on peut choisir entre Tun et Tautre. Et remarquez ici , Messieurs, je vous prie, Tinjusticc ou la préoccupation habituelle de ceux qui reprochent au Catholicisme d'ap< pesantir un joug tyrannique sur les intelligences. L'Eglise , qui est la véritable patrie de la liberté, a toujours laissé le champ ouvert pour les investigations et les systèmes de Tesprit humain^ pourvu qu'ils ne touchassent point au dogme défini, et les deux plus grands noms du Paganisme ont pu régner en paix dans les écoles chrétiennes.
Descartes parut, génie entreprenant et hardie mais sincèrement croyant. Il arbora le drapeau de Tidée. Malebranche le déploya noblement après lui. Tous deux exagérèrent, il est vrai , la portée de leurs principes ; ils crurent arriver à des conséquences que leur philosophie elle-même ne renfermait pas. Descartes^ païen , fût tombé dans des abîmes ; Malebranche eût partagé son sort : catholiques , malgré quelques erreurs , ils sont demeurés en possession d'une gloire méritée. 11 doit leur suffire d'avoir rétabli dans la philosophie le règne de cet idéalisme religieux et vrai que Platon avait trouvé dans les traditions orientales.
L'orateur venge ensuite d'un injurieux oubli la philosophie catliolique, représentée par les Augustin, les Anselme, les Bossuet, les Fénelon, les Leibnilz, qui sans négliger la méthode expérimentale à laquelle une part doit toujours être faite, constituèrent la nature , la dignité et la vie même de Tâme dans l'idée ou dans la vue intime du vrai, qui est en nous l'image et la participation de l'intelligence divine ; de ce Verbe divin, type infini de l'idée pure, et principe générateur de la vie immatérielle des esprits. Il achève ensuite sa première partie par cette savante appréciation de la philosophie allemande :
On eût donc pu s'arrêter là, Messieurs, et poser des bornes. Des spéculateurs
PAR LE R. P. DE RAVIGNAN. â05
ardens et inquiets ne le voulurent pas. L'idéalisme allemand naquit. II se nomma d'abord la raison pure, puis li^ philosophie de la nature, puis le moi^ Tabsolu^ct enfin Tidentité. Sous ce terme, Hégel est arrivé au dernier degré de ridéalisme oriental , le panthéisme de Tidée ou k*identification même du sujet pensant avec tout ce qu'il conçoit. Plus d'autre réalité ! plus d'homme ni de Dieu, sinon l'idée concevant tout, créant tout, et devenant ainsi la seule chose existante, si même elle existe.
Platon, Descartes, Alalebranche avaient du moins profondément respecté la . réalité objective des choses et reconnu aussi formellement l'existence du monde extérieur et sensible, tout en replaçant au sein même de l'idée le siège des premières vérités. Kanl refusa toute réalité objective aux conceptions de la raison pure. Pour arriver à leffrayant et absurde idéalisme de Hégel , qui absorbe tout, anéantit tout, l'idée même nécessairement et la raison comme le reste, que fallait-il? Tirer quelques conséquences. Tel est. Messieurs , le dernier fruit de la licence effrénée des opinions philosophiques : on a peine à imaginer qu'elle puisse aller au-delà.
Des hommes qui ne manquèrent certainement ni de force ni d'étendue dans l'intelligence , se sont précipités à travers de ténébreuses abstractions. Méprisant les enseignemens de la tradition, les travaux des vrais sages, et toutes les données du sens commun, ils se soat enivrés de leurs propres pensées. L'orgueil de l'esprit et ses illusions qu'ils se dissimulaient, les ont entraînés bien loin, bien loin du. but; tout a vacillé devant eux, tout est devenu mouvant à leurs regards ; leur vue troublée n*a rien aperçu de stable et de certain. Il n'est plus demeuré pour eux que la pensée, seule réalité, seul Dieu créateur et'seul monde habitable, nuit profonde où n'apparaissent plus que les sombres lueurs d'un rêve. Ah ! Messieurs, vous le sentez bien, n^est-ce pas? la foi , la foi était la terre de refuge, de salut ; ces hommes n'avaient plus la foi ; la pierre angulaire, le Christ, permanent dans l'Eglise, s'était transformé pour eux en vague phénomène, en évolution nécessaire de l'idée. Mais alors la vie véritable a fui de ces âmes qui sont comme des spectres errans dans l'immensité, et sans aucun lien avec les êtres. La fin de ces inquaiitiabUs chimères ne saurait être que le désespoir dans une négation universelle et absolue. Qu'il est donc nécessaire. Messieurs, de demeurer soigneusement en son bon sens, d'éviter les extrêmes, de ne pas ébranler toutes les bases, de chercher un lieu pour s'asseoir , et de fixer ainsi dans de justes bornes la nature^ les droits et l'action de la raison humaine !
2* partie. Trois choses constituent la raison de Vhomme ou du moins en déterminent les droits : Vidée, V expérience^ le besoin d'aU' torité. C'est ce que Torateur développe en ces termes :
9M CONFÊRBNGES DE NOTRE-DAME tfE PARIS ,
Si l'on ne Teiit reeoimtitre que les droits de fMée f ov nique de te perdre dans le gouffre des abstoadions ; si Ton se borne à Feipérience, on courbe bi dignité de Fesprit som le jou^ des têtu : si l'on Teut en tout Tantorité et b loi , on rend raulorité et la foi impossibles pour la raison. CTest ce cpi'il hui en« tendre. Trop généralement les philosophes scindent Tbomme et le divisent riolemment. Qtt*on Taccepte tout entier avec sa me intellectoelle, 9^ force expérimentale, ainsi que son besoin des vérités divines et révélées, on aura la raison tout entière et tonte la philosophie ; car c'est ainsi seulement que les desseins du Créateur sont remplis et la haute économie de nos facultés satis* faite. Un exemple illustre va rétablir. Lorsque Deseartes voulut se ren^ compte de la nature intime de Tintelligence et prétendit recommencer méthodiquement toute la chaîne des connaissances humaines, il prononça le mot devenu si célèbre : Je pense, donc je suis. Il semble qu^il aurait pu dire : Je pense et je suis, ou bien : J'existe et je pense; car nous trouvons également au-dedans de nous la conscience de notre pensée et de notre propre existence. Ces deux vérités sont simultanées^ évidentes au même degré pour la raison ; c'est par une seule et même perception de notre àme que nous avons connaissance de notre pensée et de notre existence
Ces deux élémens.l'zVifévff et \ expérience , constituent donc, à proprement parler, tout le règne inteUigent de rame, sa nature intime et le fonds même dt notre raifùn»
L'orateur expose en ces termes ici ce qu'il croit que rhomine trouve dan» son propre fond.
Aussi, quand, dépouillés de toat pré|ugé, libre! de toute préoccupation et de tout système, dans le calme et le silence, nous nous hiterrogeons nousmêmes; quand nous voulons contempler U fond 4néme le plus intime de notre nature spirituelle, et retrouver ainsi comme la base et la raison cons* tittttive de la raison même, nous rencontrons Vidée , Vidée indépendante des sent, et qui n'a pu en venir. Telles sont les notions premières de Vétrcy du vrai, du Son, da juste, auxquelles on peut joindre Vamoar nécessaire de la bëatilude etle besoin d'agir pour une fin qui soit complète et dernière. Notions plus on moins précises, plus ou moins aperçues dans Tenfant et dans Thomme, mais qui dans tous constituent le fonds naturel et premier d'intelligence !
L'homme en ce sens est une idée créée, de même que Dieu est Tidée incréée ; et la preuve en est facile. On n'apprend rien à qui ne sait rien. Comment apprendre ce qu'on ne sait pas encore, disait l'illustre de Maistre, sinon eii vertu de ce qu'on sait déjà ? Il faut nécessairement une idée pour acquérir une autre Idée. Remontez , êri effet, remontez encore ! que! sera le poinl d'arrêt, la raison première de notre raison , $inon Dieu même , intelligence
éternelle et infinie, qui éclaire tout homme venant en ce mondcy suivant là parole de saint Jean, en lui donnant les idées premières ? Ou bien vous n^aU" rez que des effets sans cause , des résultats sans principe et sans point de dér part. Ure en soi-même ^ ou comprendre, c'est donc, Messieurs, à vrai dire, fetrouver Fintelligence et Taction divine qui se manifeste par les idées. Saint Augustin, dans son livre de Magistro, le pense ainsi. Hors de là , point de vraie philosophie.
L'orateur examine ensuite d*où vient que Thomme qui a la vérité en soi se trompe si souvent, et il résout la question en ces termes :
L'âme est un port d*où sortent et où rentrent raille vaisseaux explorateurs des terres inconnues. Il faut un môle et un rivage d'où ils se dirigent au dehors, auquel ils reviennent et se rattachent. Sans quoi ce serait un voyage sans patrie, une fluctuation sans repos, ou plutôt ce serait le naufrage et la mort. Tel est le douter voyage de Tàme dans Tocéan des connaissances humaines, sans lieu de départ ni de retour ! Et cela, parce qu'on a rejeté les principes certains et premiers, les vérités premières et évidentes, qui sont le fonds même de Tàme, son port et son rivage fixes, au milieu du mouvement incessant et périlleux des recherches intellectuelles. Sans ces bases , il est impossible de rien admettre de certain dans sa raison ; elle serait alors Tœil qui n'a point la faculté de voir ; elle ne tiendrait jamais non plus le premier anneau de la chaîne qui doit s'unir aux autres anneaux. La raison alors ne pourrait pas même une première fois procéder du connu à l'inconnu ; elle ne pourrait point apprendre ce qu'elle ignore au moyen de ce qu'elle sait déjà ; ce qui est cependant l'unique voie, la voie logiquement nécessaire pour arriver à la possession de toute la vérité.
Ainsi pensèrent, Messieurs, Platon, saint Augustin, saint -Anselme, saint Thomas, Descartes, Malebranche, Fénelon, Bossuet, Leibnitz. Mais, direzvous, on regarde comme évident ce qui ne Vest pas \ on se trompe sans cesse à cet égard. Ah I Messieurs, il n'est que trop vrai , nous sommes souvent trompés, mais parce que /^r^j^u^ toujours nous nous trompons nous-mêmes. D'où viennent nos erreurs, demandait Fénelon ? 11 répondait : De la précipitation de nos jugemens. Saint Augustin et saint Thomas avaient reconnu aussi la même cause de nos tristes erreurs ;^mais ils en ajoutaient une autre que l'âme de Fénelon avait peut-être plus de peine à énoncer : « Les péchés trompent > nos esprits ipeccaiaanimos/aliunt, • s^écriait le grand évêque d'Hippone. • Peut-être que tout homme qui erre pèche ;/or/^ omnis qui errât peccat, » disait saint Thomas. Us ne supposaient donc guère tous deux que l'erreur pût être entièrement exempte de culpabilité. Mais pourquoi cela, Messieurs, pourquoi surtout ? C^// qu'on affirme là où U fallait éabslenir et é arrêter^
^usqu'à ce que la vérité, mûrement cherchée, nous apparût manifeste ou décidément obscure el inconnue. C'est ce que font très peu d'hommes, et voilà d'où viennent tant d'erreurs.
L*orateur, après avoir exposé par quelle voie prudente doit marcher le raisonnement pour ne pas se tromper, fait Téloge de la raison» en fait voir la portée et les prérogatives, et en même tems TinsufiSsance qui a besoin d*clre aidée par la foi.
Honneur, s'écrie l'orateur sacré, honneur à la raison quand elle sait chaque jour ajouter à ses conquêtes ! £l!e remplit la mission que le ciel lui donna sur la terre. Elle use ainsi légitimement de son droit de raisonner et de déduire. Mais qu*arrive*t-il ? La raison cherche, elle avance^ elle franchit les espaces. Tout à coup sa vue s'obscurcit, sa vigueur s'arrête ; elle chancelle comme un homme ivre, et se débat en Vain dans les ténèbres. Messieurs, loin de Toeil intelligent de Tâme, hors de la limite de ses idées et de son expérience natuelles, s'étendent encore les immenses régions de la vérité. Car il y a par-delà encore l'invisible ; il y a l'incompréhensible , et nous n'en pouvons douter. Dieu, avec son essence intime, habite la lumière inaccessible, et il faut bien connaître Dieu. Il y a aussi loin de nous dans un ordre tout humain, les lieux et les faits, ainsi que les tems écoulés.
Mais, pour nous en tenir ù la connaissance de Dieu, après certaines notions rationnelles sur la divinité, ni l'intuition , ni la déduction ne peuvent plus nous éclairer, ni nous servir, quand il s'agit de pénétrer les profondeurs de l'infini et de mesurer Téternité. Car nous ne comprenons pas, nous ne voyons pas. Nous n'avons plus le secours immédiat de Tidée et de l'expérience. Qui viendra donc à notre aide ? Messieurs, nous avons alors la foi , pour avancer encore. La foi, don du Seigneur, glorieuse extension de la raison, source abondante de connaissances assurées, et dont la sublime prérogative est de rendre certain l'incompréhensible et l'invisible, argumentum non apparenlium. Sachez-le donc ! la foi ajoute à la raison, bien loin de la restreindre ; elle donne à la raison ce que la raison n'a pas, ne peut point avoir par elle-même. L'évidence et le raisonnement ont rencontré leurs limites, la foi commence ! Oui, elle est un besoin placé dans le fond même de la nature intelligente par son auteur. Devant la pensée de Dieu et des choses divines, en présence de Pinfini, que la raison recule, c'est faiblesse ; qu'elle avance, elle s'égare. Mais si elle saisit l'autorité, l'autorité divine elle-même qui s'est démontrée à l'homme, et qui fonda la foi, Thomme alors marche d'un pas assuré à la conquête et parcourt en vainqueur les régions invisibles.
Vous ne croyez pas^ et peut-être que vous avez en pitié de ceux qui croient. Franez garde ! Croyans , nous admettons comme vous la raison ; comme vous