PAR L£ K. P. DE RAVIGNAN
et avec elle, nous allons jusqu'à ses limites ; nous admettons tout ce qu'elle admet. Mais là où vous vous arrêtez, nous avanCbns ; là où vous vous épuisez en vain , nous poursuivons nos conquêtes ; là où vous balbutiez , nous affirmons; là où vous doutez, nous croyons ; là où vous languissez incertains, malheureux, nous triomphons et nous régnons heureux.
Ensuite, Toi'ateur résume en quelques mots la seconde partie de cette conférence. Trois états ou trois espèces de connaissance et d'affirmation : Vévidence, le raisonnement, la fol; trois voies ou moyens qui nous conduisent à la connaissance certaine : Tidée, rexpérience, rautorité ; et c'est là tout l'homme inteUigent. Ce discours, écouté avec un profond recueiUement, s'est terminé par la péroraison $uivante :
Il y a donc véritablement en Thomme de nobles et grandes facultés que la main libérale du Créateur lui départit, et qu'il ne voulut jamais retirer ou enchaîner, après les avoir données. Aussi> la religion divine apportée à la terre par Jésus-Christ, se réjouit-elle des glorieux efforts du génie et de la science humaine qui, toujours, quand ils s'exercent dans un ordre légitime et naturel, assurent le triomphe des vérités révélées , science de Dieu même et couronnement de l'intelligence de Thomme.
La foi qui nous soumet à la parole divine ne fait que nous délivrer de ténèbres et d'incertitudes infranchissables à toutes les forces de la raison ; et quand Dieu, sa nature et ses décrets éternels sont ainsi fixés par la vérité' suprême et infaillible ; quand la foi est en possession paisible de son domaine, alors notre intelligence peut sûrement parcourir , sonder, mesurer ce monde imiuense> généreusement laissé à ses libres investigations. Soit que recueillie en elle-même elle contemple profondément sa vie intime et le fonds précieux de vérités spirituelles et pures qu'elle nourrit, cherchant ainsi à pénétrer les principes premiers et l'essence même des choses ; soit que reportant ses regards sur l'Univers visible, la raison en étudie les phénomènes^ en découvre les lois et saisisse au milieu du torrent des faits la haute économie du gouvernement du monde, l'honmie inteUigent et libre est grand à côté de la foi ou plutôt sous ses induences tutélaires* Ce sont des rayons partis du même foyer qui réclairent toujours. Mais qu'arrivée aux mystères divins, domaine ei^clusif de de la foi, la raison sache les respecter pour ne point tomber dans les abîmes. Ainsi ses droits demeurent et ses devoirs sont remplis i ainsi elle règne par ^on obéissance même aux lois de sa nature; elle grandk et s'élève dans la science véritable, parce qu'au développement de toutes ses forces, elle sait joindre le respect de ses limites, méritant ainsi de s'unir à la lumière et à la gloire divines.
Iir SÉRIE. TOMfi IX. — • M"" 52. 18ft4. 20
aïO CONFÉR£MGË{i D£ NOTRE-DAME W PARIS ,
Dans la i^ conférence, le R. P. de Ravignan se propose d'examiner quels sont les devoirs de la raison sous le point de vue philosophique et religieux. Cette question est celle, en effet, qui préoccupe le plus les esprits en ce moment, et qui aussi a le plus besoin d'éclaircissement. Dans la l'« partie de ce discours, Torateur veut montrer que le 1*' devoir de ceux qui cherchent la vérité est V étude , mais une étude s'appuyant sur Texpérience et accompagnée l^d^une saine confiance; 2"» d'une prudente défiance : 3* d'un grand respect àans la recherche de sa vertu.
> Tout pouvoir , Messieurs , a des devoirs k remplir : la raison est un pouvoir. Lé pouvoir sans devoirs n'est que despotisme et tyrannie , et toute tyrannie finit par Tabjeclion et la servitude. Il en est ainsi de la raison : sans 4ovoirs reconnus et remplis, elle est un tyran insupportable, et devient bientôt un esclave abject. Ses devoirs seuls sauvent ses droits, ion honneur, sa liberté : quels sont ces devoirs?
» Le premier devoir de la raison est \ étude» Malheureusement, U y a dans le monde très peu d'esprits studieusement attentirs. Une incroyable légèreté, âne indéfinissable nonchalance arrête et paralyse trop souvent la sève des talens les plus généreux. La vérité souffre alors; la raison déchoit et s'affoiblil; la religion eUe-même 'anguit ou s'eiile- Fénelon a prononcé un mot d un mus profond : « On manque encore plus de raison sur la terre que de religion , > dit-il. > Très peu d'hommes peuvent suivre leur raison jusqu^au bout; de là tant d'erreurs et de maux.
* Mais une double et importante qualité est requise dans Fétude appliquée à la philosophie et à la religion. Elle doit surtout joindre à Vidée pure les donnée$ positives de \ expérience. Il faut que, fortement appuyée sur cette dernière, au lieu de marcher dans un monde complètement idéal, elle chemine à travers les enseignemens et les faits du monde extérieur ou sensible , etvec confiance à la fois et défiance.
Avec une saine confiance^ pour ressaisir d'une main ferme rexpérience, surtout quand il s'agit de la manifestation des vérités religieuses.
L'action courageuse de Tétude doit se reporter ici sur les inébranlables bases des faits sensibles. Autrement tout périt, même le sens commun. Ainsi, pour chouir un grave exemple de la confiance forte et saine qui doit caractériser une élude vraiment philosophique de la religion^ comment faut-il juger dtla nature des faits évangélii^uesP Je ne parle pas ici de l'autorité du témoignage qui transmet ces faits ; je parle d'un autre df^vuir de Téiude sérieuse qui consiste certaipement à se former d'abord une notion juste des faits évangéliques^ tels qu'ils sont proposés , sauf à constater ensuite leur indestruelible
t>À& L£ a. p. D£ RAVX<31\Ax\. 311
authenticité. Or ces faits se présentent à nous comme exclusivement placés dans le domaine de rexpcrience. Us y sont, si vous voulez, comme le champ dudéhai; et pour s*en convaincre, il suffit d*ouvrir FEvangile. Les témoins de ces faits existent-ils? Leur téiiioignnge est-it certain et certainement innsmis jusqu'à nous? Cest une question à part que je ne traite pas en ce momenf. Mais ce que je veux dire, c'est que tous les faits évangéliques, par leur simple • énoncé, par leur nature même, s'ils se sont passés réellement^ sont du domaine propre de Texpérience^ non de l'idée ou de la théorie pure. C'est qu'ils ont dû frapper nécessairement tous les sens de ceux qui en furent les témoins; c'est que ces faits, par tous leurs élémens constitutifs, appelèrent une constatation facile, répétée^ commune et tout expérimentale. Leur condition de faits^ et la nature de l'âme qui perçoit le fait par une expérience sensible ^ journalière^ irréfragable, commandent donc impérieusement d'en asseoir avant tout l'étude» sur les données les plus assurées de Vobservalion et de la tensibiliU'.
Jvec une prudente défiance, qui écarte les préjugés , les habitudes , les préoccupations, les intérêts, les illusions de toute nature* les impressions abusives de nos premières années , les erreurs qui nous assiègent de toute part, et l'affligeante tyrannie de nos passions. Sans les chaînes pesantes et volontaires de nos préjugés, ainsi que de nos passions^ nous connattrions la sainte liberté des enfans de Dieu et de FËglise. Le grand jour de la vérité se lèverait pour toutes les intelligences.
L'orateur veut ensuite qu'à cette juste et sage défiance dans Tétode, se joigne un autre grave devoir de Fesprit humain, le respect dans la recherche de la vérité.
On a exprime , dit-il, noblement une admirable loi quand on a dit : u L*£- > glise catholique est la plus grande école de respect. > On n*en pourrait pas dire autant de la philosophie anti-chrétienne : elle ne sait pas le respect. Un orgueil intolérable, une inqualifiable présomption ta poussent quelquefois jusqu'à penser que tout est encore à créer; tout en philosophie et en religion, et c'est un langage hautement avoué de nos jours. Pygmée aux plus petites proportions, l'homme semble vouloir recommencer te monde, le monde même religieux quêtant d'intelligences puissantes, tant de génies merveilleux, il y a déjà longtems, se sont accordés à respecter, à reconnaître consommé pour jamais.
Mais devant cette majestueuse chjatne de siècles et de témoins, devant cette glorieuse nuée de héros, de bienfaiteurs des peuples qui environnent TEglise de tant d'éclat , il faudrait au moins le respect pour l'action d'une Providence Attentive qui dut aussi, dans les siècles écoulés, enseigner l*hwminlté.
Le Ri P. de Ravignan explique à qui doit se rapporter ce respect :
1° respect pour Dieu qui veut et peut apparemment régner sur rhomme ; 2° respect pour nos semblables qui ont Içurs droits, leui* langage, et possèdent avec nous Théritage de la vérité ; S"" respect pour soi-même et pour la dignité personnelle que rabaissent étrangement les folles présomptions , Teialtation de Torgueil et le délire des sens.
Dans la 2'"* partie, le philosophe chrétien pose comme le second devoir de la raison la prière, c'est-à-dire l'obligation de remonter à notre dirin principe et de nous mettre en rapport avec la vertu souveraine et infinie.
Si notre esprit est trop souvent assailli de pensées vaines, troublé par mille distractions, agité par les passions du cœur; si la plupart des hommes éprouvent une si grande difiiculté pour se fixer et se rendre attentifs, si les préjugés, si Tignorance et la mollesse semblent imposés comme un joug pesant à notre pauvre nature , comment ne pas songer que la pensée de Dieu replacée dans notre intelligence, et la parole, humblement adressée à ce Verbe divin, source et type de toute science et de toute sagesse, sont le plus sûr moyen de rccueillir notre âme^ de Tapaiser, de la fixer et de rafTranchir ? Pour entrer dans la région de la vérité et habiter au sein de sa pure lumière, pour y ramener et y maintenir fidèlement la raison ^ il est hors de doute qu'un secours puissant nous est nécessaire. Et à qui donc le demander, sinon à celui qui nous créa pour le vrai en même tems que pour le bien ? Dans cet humble et ardent amour de la vérité, amour qui invoque et prie, nous nous élevons, enfans des deux, au-dessus des entraves et du bruit de cette terre; nous saisissons avec la conscience de nos immenses besoins Toccupation la plus pure, la plus grave et la plus féconde.
Il est bien triste. Messieurs^ d'avoir à le dire en présence de la philosophie moderne ; la philosophie païenne, au milieu de ses folles déviations , savait retrouver, quelquefois du moins, CinsUncl religieux de sa mision, et ce qu'on pourrait appeler le devoir logique de l'invocation et du désir de Tàme qui soupire après la vérité. La philosophie orientale le proclama bien haut, tout en abusant étrangement de ces rapports à maintenir et à perfectionner entre Tàme et Dieu. Platon emploie un de ses dialogues, le Deuxième Àlcibiade tout entier, à recommander la prière comme le moyen philosophiquement nécessaire pour arriver à la posse5sion de la vérité non moins qu'à la possession de la vertu. Et dans un autre dialogue, intitulé Théœtèle, le portrait religieux qu'il trace du philosophe doit nous faire rougir^ si nous ne savons nous-mèmet» nous unir à Dieu par une religion sincère.
* PAR LE R. P. UK RAVIGNAN. 'Mi"»
L'orateur développe ici la haute doclrine de saint Augustin qui sut allier un esprit éminemment philosophique au cœur le plus tendre et le plus religieux. Sur les traces de rillustre évéquc d'Hippone, vient saint Thomas, génie si juste, si calme, si profond. Il déclare que la prière est nécessaire pour la connaissance de la vérité ; y4d cognitior nem veritatis necessaria est oratio.
Quand j'ai nommé cette admirable gloire de Tordre illustre de saint Dominique, s'interrompt ici le R. P. de RavignanJ'ai nommé celui qui me fut donné pour maître et pour guide. Et mon cœur retrouve avec bonheur dans celte grande et religieuse famille un illustre ami^ un frère véritable^ celui qui me précéda dans cette chaire, et auquel j'associerai toujours avec joie ma parole et mes travaux.
Tous les auditeurs duR. P. de Ravignan, ont vivement sympathisé avec ces nobles et touchantes paroles, et se sont souvenus que dans une autre réunion, au Cercle catholique, le P. Lacordaire, après avoir parlé des services rendus à la jeunesse par le P. de Ravignan, avait, comme O'Connel le fait en Irlande, demandé trois salves d'applaudis^ semens pour le conférencier de Notre-Dame. — L'orateur prémunit ensuite contre cette fausse attention qui même au panthéistne.
JI y a une sorte d'attention fausse, compagne d'une imagination abusée^ qui, négligeant le positif des choses, s'applique à de vaines illusions, aime à ser bercer de chimères^ et semble se créer un monde fantastique. On pourrait donner à cette disposition le nom de maladie du rêve. En philosophie, par exemple, on parlera une langue vraiment inconcevable. On se nourrlta de spéculations exagérées ;t)n produira un ordre d'idées forcées, inintelligibles. Ou si Ton s'entend encore soi-même, si Ton exprime ainsi une doctrine, ce sera celle de l'absolu, substance unique et dont les diverses pensées des hommes ne sont que des formes passagères ; ce sera donc le panthéisme deTidée, affreux chaos et désorganisation la plus avancée qui fut jamais. Si> pour se préparer aux conceptions réglées et sages, on daignait se tourner vers Dieu, l'invoquer comme la nature même linspire à tous les hommes, je ne sais trop si Ton rencontrerait encore la théorie de l'absoluj ou de l'identité, ou du moi. Je crois plutôt qu*on recueillerait un avertissement salutaire et qu'on trouverait un guide intérieur qui nous ramènerait aux vérités premières et simples autant qu'essentielles.
Puis l'orateur résume ainsi les différents poins établis dans cette conférence.
Nul d'entre nous ne saurait repousser le sens lég'rtime et la religieuse né-
'i\U CONFÉRENCES DE NOTRE-DAME DE PARIS,
cessité de ces trois conditions, Tamour da Trai> Tétude et le respect. Piiiftioiisuous les réduire en pratique !
Messieurs , nous nous aimons et nous nous recherchons mMis->méim« sans cesse, (et amour bien entendu aurait dû établir autour de la Térité dans nos cœurs la triple garde du dévouement , de Tétude et du respect. Mais béias! nous prenons aisément le change. Nous nous aimons bien plus dans les plaisirs des sens et dans Purgueil de nos profères pensées , que dans le culte généreux et pur de la vérité. Nous nous élevons au-dessus de ce que nous regardons comme des précautions gênantes et puériles. Nous oublions la fidélité que doivent garder à Dieu toutes les facultés, tous les pouvoirs de notre âme : car ce sont des puissances qui doivent reconnaître un roi. Son culte et son amour sont délaissés ; les éludes religieuses profondément dédaignées ou dirigées loin du but et de la voie. On s'autorise soi-même à suivre toutes les idées, sans frein, sans mesure, sans égard pour les générations qui furent avant nous, ni pour Dieu qui les enseigna. On trouve devant soi la descente ouverte et facile ; les pencha ns entraînent ; on les relève à ses propres yeux ; on les absout complètement pour qu'ils n'humilient plus; on se déguise à soi -même* on glorifie ses tristes illusions et les instincts qui dégradent. Par orgueil rbonime tonabe, tombe bien bas; et la vérité, placée au-dessus et en dehors de cette intelligence abaissée, ressemble au rayon lointain qui pa>se et qui s'enfuit. Messieurs , il faut alors, suivant la leçon évangclique, pour ressaisir la vie, Thonneur de la raison comme delà vertu, il faut le baptême laborieux des humbles désirs, il faut le travail des généreux efforts, il faut une confiante soumission envers Dieu* afin qu'il nous montre encore la vertu dans sa lumière céleste et pure.
3® Conjérence, Dans ce discours Torateur mettra la philo.top/iie en présence de Vautorilé catholique ou de l'Église ^ et il va s*attachei* à prouver que la philosophie en acceptant cette autorité, en se soumettant à TÉglise, ne se dégrade pas, mais qu*au contraire cUe obtient tout ce qu'elle a le droit de réclamer ; ce qu'elle n'obtient })a6, elle n'a pas le droit de le réclamer.
1" partie. La raison a le droit de réclamer pour l'homme quatre choses :
1» Droit des idées et des vérités premières, c'est-à-dire que, dans • l'analyse de la certitude , on doit se reposer en dernier lieu sur les premiers principes et sur les premières vérités.
Aussi, dit l'orateur , l'Eglise catholique a-t-elle toujours entendu être acceptée raisonnablement , avoir toujours un lien dans rintime raison de l'homme. L'Eglise n'a jamais prétendu faire admettre son autorité même ia-
PAft LE R. P. t>B ftÂYK^NAN. 315
fiiOlMtel dfvine» 6«A9qti*ene se rattachât^ arec la grâce; h un principe intéiéflênr dé eontiction personnelle. Voilà ce qu'il faut savoir.
Eli bieni Messieurs, au fond de l'âme rit et demeure un intime besoin d*au* tdrlté, il est Impossible d*en disconvenir ; il forme comme la conscience universelle du genre humain ; besoin d'autorité pour les masses, même en des choses accessibles à Inintelligence, mais qui eiigeraient des efforts burS de proportion avec Tétat de la multitude ; besoin d'autorité pour les esprits plus cultivés et pour le génie lui-même, en présence de Tinvisible, de Tincompréhensible, de Pinfini, qui se rencontre sans cesse au-devant des pensées de tous les hommes. Aussi voyez de toute part cette étonnante propension k croire le merveilleux et Tinconnu, propension qui existe dans la nature et qui n'est pas en soi un instinct de crédulité aveugle^ mais bien plutôt la conscience d'un grand devoir et d'un grand besotft, du besoin de l'infini, qui manque à Thonmia, que rhomme cherche et qu'il doit trouver. L'autorité de l'Eglise, enseignant et définissant les choses divines et inconnues, est donc> sous ce rapport, en parfaite harmonie avec ce besoin immense et universel de la raison humaine, avec le besoin d'autorité, avec le besoin du merveilleux et du mystère. Et n'est-ce pas déjà se rattacher à un principe intérieur ?
2« Droit de r expérience et des faits ^ c'est-à-dire qti*il fâUt quôœ qa'on lui propose & croire soit basé sur des faits réels et non sur d^ théories arbitraires.
Quant à Tacceptation certaine des faits , il n'y a rien dans l'âme qui soit exigé, si ce n'est un témoignage qu'on ne puisse soilpçonner ni d*illusion , ni d'imposture. Mais en vérité, nous prend-on pour des insensés? et conmiettt donc croyons-nous ? Les apôtres, les martyrs, les pères, les premiers chrétiens sont des témoins de faits contemporains ou peu éloignés. Leurs vertus, leur émiiiente sainteté, leur constance, leurs sacrifices, leur nombre, leur caractère et la haute science de plusieurs é artent à jamais du témoignage rendu par eux eux faits divins la possibilité même de l'erreur et du mensonge.
Et que voulezi-vous donc? qu'exigez-vous pour des faits? Sincèrement, une tradition historique peut-elle être plus grave, plus imposante, plus suivie, plus sacrée que cette tradition catholique sur les faits mêmes qui ont fondé l'Eglise et son indestructible autorité ? Qu'y a-t-il ici de vraiment raisonnable et philosophique devant des faits immobiles et certains comme un rocP Après tout, nous croyons sur un témoignage primitif et irrécusable. Que peut deixuinder de plus une philosophie saine et éclairée ? Elle cesse de l'être quand elle cesse de croire.
Donc, Messieurs, si nous croyons, c'est autant pour servir les droits dç la raison que pour en remplir les devoirs. La foi toute seule peut conserver ici la
vérité des idées et la force de l'expérience, en consacrant et les premiers principes de rintelligence et la certitude des faits. Or^ tous les faits du Christianisme sont liés à l'institution de FEglise et de son autorité ; un même apostolat, un même témoignage, une même origine, une même foi reproduisent les uns, établissent Tautre. Nous possédons ainsi une logique invincible ; nous vivons par la force d'un syllogisme tout divin, type suprême de philosophie véritaUe. £ntendez-le ! Ce que Dieu même garantit et affirme est incontestable et certain. Or, Dieu, par les faits avérés de sa toute-puissance, garantit et prouve rinstitution de Fautorité catholique annoncée, établie, exercée en son nom. Donc cette autorité est divinement certaine.
La conclusion serait-elle trop simple et trop évidente ainsi ? Peut-être. Messieurs, c'est fâcheux; car c'est la vérité; mais certes, la philosophie n'est pas seulement ce qui est obscur, incohérent et insaisissable. Vous le voyez, la philosophie pouvait légitimement réclamer les droits des idées ou vérités premières, les droits de l'expérience ou des faits. L'autorité catholique les sauve tous et les consacre par sa démonstration même.
3** Droits de solution fixe sur les grandes questions religieuses. Ici l'orateur nous montre avec la même clarté et la même vigueur, rÉglise donnant de hautes et positives solutions sur la nature de Dieu, de Tâme et de ses destinées, sur le culte vrai à décerner au Créateur, sur les conditions de réconciliation et d'union avec lui, tandis que la philosophie se tourmente, se fatigue, et ne balbutie que des chimères ou des erreurs. Seule, TEglise affirme et définit tout sur ces points entres les académies flottantes, entre les philosophies divergentes et incertaines, entre toutes les ignominies de la pensée. Qu'on ne dise pas que dans ces solutions il se rencontre des mystères. Comment n'y en aurait-il point puisqu'il s'agit de l'infini? Les mystères sont un nouveau bienfait : ils fixent à jamais l'esprit en présence des profondeurs divines, et ils sont les flambeaux du monde ; car la foi ne se borne pas à rallumer les flambeaux de la raison que nous avions éteints» elle y ajoute de nouvelles et célestes clartés.
U* Droit d'un principe fécond de science^ de cit^ilisation. Le principe de science , l'orateur le trouve dans le point de départ et les données fixes que l'Église fournit en définissant d'une manière cer^ taine. Dieu, la création, l'âme humaine, son immortalité, sa liberté , sa fin dernière.
Quant 8 !i principe de civilisation el deprogrés^ la logique du libre examen.