ERREURS DU RATIONALISME
bilité, de succession ; il se dégage de Téteiidae et de la matière , de l*espace et du tems, du monde des corps et du monde des esprits '.» Néanmoins, quelque sublime que soit la vue simple, raffirmation de Texistence et de Tinûaké de Dieu, l*iateUigence aspire à une connaissance plus distincte; elle voudrait surprendre, dans son essence , le mystère de la vie divine. £h bien ! Dieu a daigné nous le dévoiler; nous savons que son unité est une trinité. Nous catholiques , nous attribuons à la révélation l'origine de ce dogme , base fondamentale du Christianisme » complément nécessaire de Tidée de rÊtre suprême. Le rationalisme moderne, au contraire , nous le présente comme une conception purement humaine. Il ne parle pas , il est vrai, de ce mystère auguste avec le cynisme éhonté du 18*" siècle. L*école de Voltaire , dans aa langue impie , l'appelait, comme on le sait, une bagatelle ; ses disciples tiennent un langage plus modéré, plus respectueux en apparence : il est devenu pour eux la loi fondamentale de la vie. Aussi, quel empressement , quel zèle pour découvrir et constater cette loi I Les vingt dernières années ont vu éclore une demi-douzaine de trinités ; qui n'a pas entendu parler de la trinité hégélienne , de la trinité saint-simonienne , des deux ou trois trinités progressistes, de la trinité de M. Cousin....? Toutes ces théories sont , pour l'école rationaliste , des perceptions plus ou mràis complètes de la loi fondamentale de la vie. Le sentiment de cette loi, s'il faut Ten croire, est inhérent à l'esprit humain. Aussi la notion de la trinité est un développement naturel de ses pensées. On soutient donc qu'elle se trouve au fond des religions et des philosophies de Tancien monde ; on ajoute que la conception chrétienne est une transformation des dogmes antiques^ une forme passagère que la pensée humaine a revêtue : un jour , elle l'échangera contre une forme nouvelle plus parfaite.
Avant d'examiner la valeur de ces assertions, faisons une remarque importante : nous ne sommes pas forcés dé soutenir que le dogme de la Trinité ait été complètement inconnu avant notre ère. Si l'on en découvre des traces dans les livres sacrés de Tlnde, de la Chine , de la Grèce, etc. , dans les écrits de leurs poètes et de leurs
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phikxM^bes, ces traees ne prouvent pas qu'il soit le pipoduit naturel de Tesprit humain; elles confirment» au contraire, un des princi^ peux enseignemens du Christianisme. li nous apprend , en effet , qu'une révélation primitive a éclairé le berceau du genre humain ; que Dieu , pendant le cours des siècles, n'a pas cessé de faire luire le flambeau de cette révélation sur les saints patriarches. Leurs descen< dans, en se dispersant par le monde , ont emporté et répandu sur> leurs pas ces vérités ainsi dévoilées. Sans doute» ils n'ont pas su cou-server intact le précieux dépôt qui leur était confié ; ils ont altéré les traditions divines, ils les ont enveloppées de mensonges et de ténèbres; cependant, ils ne les ont pas entièrement étouffées, elles percent encore à travers les erreurs populaires et les fausses théories des philosophes. Nous pouvons donc soutenir qu'une notion plus ou moins explicite de la Trinité faisait partie de cette révélation primitive : la croyance de la Synagogue ne laisse aucun doute sur ce point '.Ainsi tombée dans le domaine de la tradition , elle a dû pénétrer dans les spéculations théologiques et philosophiques de l'ancien monde. Il serait donc tout naturel de rencontrer des traces de ce dogme au sein du Paganisme ; mais quand on les examine attentivement , on les trouve si obscures, si éloignées du dogme catholique, qu'il est impossible de le considérer comme leur développement.
Cela posé, voici la question qui se présente : le dogme chrétien de la Trinité est-il une transformation des doctrines du polythéisme ? Pour la résoudre, il est nécessaire de connaître ces doctrines. Mais , comme une étude générale serait immense , il faut s'attacher aux principales. En Orient, nous interrogerons donc un seul peuple , le peuple hindou ; en Grèce, un seul philosophe , Platon. Les doctrines
' Saint Jérôme , explicpiant les différences qui existent entre le texte hébreu et la version des Septante , atteste la croyance des Juifs à la Trinité i • Denique ubicumque sacratum aliquid scriptura testatur de Pâtre et FUio et » Spiritu 8ancto« aut aliter interpretati sunt, aut omnino tacuerunt, ut et régi. » satisfacerent, et arcanum fidei non vulgarent.» Prœfœtio in penlatkefxchfim ad Desiderium* — Nous reviendrons sur la croyance de k Synagogue en rendant compte de Touvrage de M. Drach : De l'harmonie mUre 'fEgUse #/ la synagogue.
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de ce peuple nous donneront Tesprit de toutes les traditions ibéologiques du pd} théisme , et les théories de ce philosophe nous feront connaître les plus hautes spéculations de la pensée humaine.
Stuhr distingue deux éiK)ques dans la religion des Hindous. La partie la plus ancienne des Védas et le code de Manon sont les monumens de Tépoque védique ou primitive ; les Pouranas , a*nx de l'époque héroïque ou mytholc^ique. Une seule question doit nous occuper ici : la notion de la Trinité se tix)UTe-t-elle da!)s la religion hindoue? Quelle est cette notion? Étudions d'abord l'époque primitive.
D'après le Rig-Véda, avant toutes choses existait un premier principe, espèce de dcialité composée de lui et d'elle. Pendant son sommeil, un désir se forma dans son Intelligence : il voulut se produire au dehors ; de ce premier désir procédèrent d'abord la multitude infinie des divers pouvoirs créateurs • et ensuite la diversité non moins grande des phénomènes de l'univers '.
Un autre récit nous prés^te la création comme un vaste sacrifice, la divinité comme la substance universelle, comme la victime qui s'immole pour donner naissance au monde ; elle devient ainsi successivement tous les élémens et tous les êtres : de là leur personnification et leur panthéification *. Aussi, les divinités secondaires pullulent
' « Alors il n'y avait ni être, ni non -être ; ni monde, ni ciel , ni rien au-dessus ni eau, chose profonde et redoutable {ou plutôt i mais quelque chose
de sombre et de terrible, comme le r,eaitt)\ la mort n'existait point encore, ni Timmortalitc^ ni la distinction du jour et de la nuit. Mais IL [TaeTj respira sans souffler, seul avec ELLE {SwadhaAdi même que Maya) qui habitait en lui. Autre que lui , rien n'existait qui depuis ait existé. Il n'y aviit que ténèbres (tama) ; tout était enveloppé de ténèbres , tout était confondu comme dans les eaux. Mais cette masse couverte d'une écorce (ou coquille) fut créée par le pouvoir de la contemplation. Le désir {cama, l'amour) fut d'abord formé dilns son esprit, et il devint la semence primitive de la génération.... Cette éémence productive devint autrefois providence ou âmes sensibles, et matière ou élémèns; elle, qui est soutenue par lai dans son sein, fat la partie inférieure; et /«i, qui observe, fut la partie, supérieure. » Rig^f^eda, cité par Colebrooke, Notice sur le4 Vèdas, elpar Guigmaut> Notes sur Creuzer, 1. 1, 2* part., p. 606, note 6.
' « Cette victime était liée avec des liens de chaque cété, et étendue par leé
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dans tes Védas ; leur nombre égale celui des phénomènes naturels. On les a réduites à trois classes , représentées par le feu (.^g»Oi l'air {P^d/ou) et le soleil {Aditjra)\ ces trois dieux ne forment qu'une seule dkinité, la grande âme, Makdn-aima.
« Si donc on s*en rapporte aux gloses jointes aux textes des Yédas, il y aurait, dans ces livres sacrés, un Ternaire de forces divines, le feu , l'air et le soleil ; et ces trois divinités se confondraient dans une •unité commune, le grand Tout , la substance universelle '.
Nous retrouvons la même doctrine dans le code de Manon : un principe suprême qui s*émane en des productions toujours décroisr santés, et une mythologie composée de dieux, de demi-'dieux, de génies, de géans, etc. Tous ces êtres apparaissent comme des person*nificatioifs des attributs divins et des élémens terrestres s « On v
efforts de cent et un dîeux> qui lièrent, façonnèrent et placèrent la chaîne et là trame. ~ Le premier mâle étendit et enroula cette toile , et- la déploya dans le monde et dans le ciel.... Quelle était la dimension de cette victime que tous les dieux sacrifièrent: quelle était sa forme? quel était le motif, la mesure, Toblation et la prière? D'abord fut produite Gayâbri , accompagnée du feu; ensuite le soleil, Savîln accompagné (XOachnih; ensuite la lune splendide^ avec ^nonchlubh et avec les prières.... Tous les élémens, les sages et Ica hommes furent formés par ce sacrilice universel. » Notice sur les Féda^, par Colebrooke.
> Theod,chr„i^.'ïn,
^ Voici la cosmogonie du code de Manou : » Avant toutes choses était FÊtre des. êtres, Brahm, Brahm-Mala. Alors il ny avait ni être, ni non«être, ni monde, ni ciel, ni terre, ni la vie^ ni la mort : il n'y avait que ténèbres profondes.. . Soudain parut FÊtre subsistant par lui-même {swayambouva) ^ le même que Brahms Fauteur et le principe de tous les êtres, éternel, invisible „ încompréheDsible , et il dissipa les ténèbres. Ayant lesolu de tirer toutes choses de sa propre substance , il creusa d'abord Us eaux et il y déposa une semence féconde, un œuf d'or resplendissant comme le soleil, dans lequel Brahmâ, le premier des trois principaux pouvoirs créateurs , prit naissance par sa propre énergie. — Ces eaux ont été appelées Ndrâs parce qu'elles étaient la- production de Nara (Fesprit divin}; et parce qu'elles ont été le premier lliéâtre. du mouvement {ayana) de Nara , ou esprit divin , celui-ci a été surnommé Namyana, esprit divin qui se meut sur les eaux.... Ce dieu étant demeuré une année de Brahmâ dans Fœuf divin qui flottait sur les eaux, à la