‹ Annales de philosophie chrétienne (volume 5)Chapitre 94 sur 135 · ERREURS DU RATIONALISME · texte numérisé non relu

ERREURS DU RATIONALISME

>» reconnaît, dit M. Maret, les créations fantastiqQes d'une inMgtea- ■» xkm déréglée. »

Tel est le dogme fendainemal de la religion hindoiie à «a première époque , d'après ses monumens sacrés. Au m8ieu de cet amas incohérent de vérités et de fables ; au milieu de la divergence des interprétations qu'on a essayées , une chose est certaine : la doctrine de l'émanation forme le fond de ce système. On y voit la confusion de Dieu avec le monde. L'univers n'est pas tiré du néant par une puissance inGnie , qui reste toujours au-dessus de ses productions et distincte de son œuvre. Brahma fait émaner le monde de sa propre substance, il passe dans le monde et dans tous les êtres. Il se perd dans cette multiplicité infinie pour se retrouver ensuite et rentrer en Inimêmc par l'absorption finale de tout ce qui est émané de lui. Trts conséquemment à cette vue , la nature est divinisée et adorée dans toutes ses parties.

Gomment trouver dans ce système la vraie notion de la Trinité? L'on cherche en vain ; l'on voit bien , il est vrai, une distinction &kVrt Brahm^ Télre latent, l'être caché dans ses ténèbres divines, et Brahma^ l'être actif et producteur du monde ; l'on voit bien que Brahma devient créateur par l'intelligence et la pensée ; mais cette distinction n'implique pas deux personnalités dans l'Être divin ; ce sont deux aspçcts divers, deux étals dilîérens, et voilà tout. N'est-il pas évident

fin le pouvoir suprême le divisa, par sa seule pensée, eu deux parties dont il fît le ciel et la terre, et plaça au milieu d'eux Tatmosphère et le réservoir perouk nent des eaux. — Après cette première création, Brahma exprima de l'àme suprême (Paramâtmâ , /*<zmd de t univers) sous la forme de la lumière élhérée, rintelligence instinctive ou le sentiment (manas, vitmis) qui existe et n'existe pas par elle-même^ et de cotte intelligence (il fit sortir) la conscience ou sentiment du moi (ahankârà), qui conseille intérieurement et qui gouverne> le ^rand principe intellectuel (makal), toutes les autres formes vitales revêtues des trois qualités (la bonté, la passion, robscurité) et les cinq organes des senSj. destines à percevoir les objets extérieurs et sensibles.

» Ensuite Brahma créa les cinq particules subtiles de cinq élémens, réther« rair, le feu, Teau, la terre ; enfin, avec ces principes et ces élémens , il forma tous les êtres. » Mânava-dharma-sâstra ou Lois de Manou, traduites |i«r M. Lolseieur-Deslongchamps, liv. i,c. !•'.

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m«Bffi que os» ianombrableiB émsuiatioBs de Tesseace 4iidQe rendes toute Traie Trinité iHi{X)ssil>le ? £t luême, quand ou admettrait des ésiawktioas plu» parfaites les unes que les autres , quand on placerait ^ la ^lête de tontes les éoianations secondaires ce Ternaire de forces ovines que nous avons signalé, d'après les gloses,, et d*où tout le i!este dériverait, on n*aura^ rien gj^gné ; car dès qu*on divise l'Être divin , 4ès qu'on fait partager l'essence divine par la multiplicité créée , on rend impossible toute vraie Trinité '/»

Si nous étudions la religion des Hindous pendant la s^X)nde épo- 4 fle« Aous voyons se dessiner d'une manière plus tranchée la réduction des émanaticms principales à un Ternaire primitif. On connaît leur Trimaurii , composée de Bralmia , de Vichnou et de Siva ; on sait que son introduction dans leur religion est relativement moderne. Yidmou et Siva ne jouent, en dOfet, presque aucun rôle dans les Yédas et le code de Manon ; on fait à peine allusion à leurs cullies qui j^us tard sont devenus dominans dans l'Inde. Quant à l'origine de celle Trimourti, voici comment on l'explique : les tustoriens modernes la regardent comme une invention philosophique et politique des Brahmanes; ils l'auraient imaginée comme un moyen de transaction et de tolérance entre trois cuites rivaux. Quoi qu'il en soii, une a[^réciation rapide de la Trimourti suffira pour le but que nous nous proposons.

a 3Nous avons vu que Brahm , lorsqu'il devient créateur, prend le Aom 4e Brahma. Brakma est l'énei^îe créatrice , la première force, et, en même tems, la chose créée elle-même. Pour durer « oette création de Brahma demande une action conservatrice et protectrice; de là une seconde énergie, qui conserve et perpétue les formes produites par l'acte créateur. Cette seconde énergie est personnifiée dans FichtiQtL Gep^idant tout naît pour mourir ; la vie n'eat qu'une jiuil»

' p. 223-39. -> • Dans cet exposé, dit M. Maret, nous avons adiirîs arec la généralité des interprètes que le tond des doctrines védiques était un syst^ne unitaire. Mais peut-être pourraitH)n soutenir avec autant 4e raisoB que le duadisme.en était i!e«fence. £b effet, powquoi £jui et El/e dau la Dwaie^mie du Rig-Yéda? Pourquoi ^m^ma et ^tma dans celle de Manou? Y aurait-il là quelque trace d'une matière nécessaire et éternefie? " IHd.

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de chaiigemens et de transformations. Il y a donc une troisième énergie qui détruit pour renouveler; il y a le terrible Sit'a , dieti dé la mort et de la destruction. Chacune de ces trois énergies personnifiées et déifiées a aufH'ès d'elle une compagne, une déesse, qui reproduit des qualités analogues à celles du dieu ; et de leur union proviennent des générations infinies de dieux secondaires. On reste confondu devant la quantité de fables que Timagination des Hindous a enfantées sur ces trois divinités et leur progéniture. Dans ces récits, elles paraissent absolument distinctes entre elles, puisqu'elles se font des guerres cruelles et cherchent à se détruire. Apfès avoir poursuivi longtems le vieux Brahma, couimeun être dégradé, comme un scélérat, les dieux plus nouveaux, Yichnou et Siva, sont même parvenus à le chasser de son trône , et son culte est presque entièrement aboli dans l'Inde. Du reste, ces trois divinités paraissent toujours subordonnées au dieu suprême, et sous sa dépendance absolue.

» N'est-il pas évident que cette Trimourti inférieure au dieu suprême; cetle Trimourti, simple personnification des trois attributs de production , de conservation et de destruction , rapportés à la cause suprême confondue avec le monde et la vie universelle^ n'a aucun rapport avec la Trinité véritable?... Aussi, qu'est-il sorti de cette théologie hindoue ? le panthéisme le plus absolu qui jamais ait paru, le panthéisme védantiste; et ce panthéisme est la doctrine orthodoxe de l'Inde. — Quand donc on répète avec tant d'assurance, que le dogme du Verbe et de la Trinité est l'essence de la religion des hindous, ne mérite-t-on pas des reproches d'ignorance , de légèreté ou de mauvaise foi? Si l'on découvre çà et là , dans leurs traditions, quelques traces de vérités plus hautes , quelques rapports avec des mystères plus saints , ces restes sont là comme des idées étrangères qui ne se lient pas , qui ne se marient pas avec le s^^stème prédominant , et ne peuvent se foudre aveclui; lisseraient tout-à-fait méconnaissables, si on n'empruntait pas ailleurs la lumière qui peut les faire reconnaître '• »

L'étude des religions de l'^^te , de la Perse , de la Grèce , etc. , nous conduirait au même résultat; partout se présente un même

« Theod. chr,, p. 231-33.

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thêmo, diversement niodiftcy mais identique quant au fond... La philosoplûe antique n*e$t pas moins impuissante que la théoic^ie à donner une vraie notion de la Trinité.

Interrogeons son représentant le plus illustre, Platon. Le disciple de Socrate a reproduit , comme on le sait, les doctrines d'Orphée et de Pythagore; nous trouverons donc dans ses ouvrages la philosophie .théol(^ique la plus élevée de Tantiquité.

£t d*abord, s'il y a une Trinité dans le platonisme, quand Ta-t-on découverte? c'est après la diffusion du christianisme et du d(^me de la Trinité dans le monde, au second siècle de Fère chrétienne , cinq cents ans après Platon. — £n second lieu, quelle est-elle ? car autant d'interprètes , autant de Trinités. « Ainsi , au 2^ siècle de notre ère, Alcinous prétendit trouver dans Platon une sorte de trinité, dont les trois personnes sont : i° Tintelkct suprême, père du monde; 2<' rintellect de Fâme, auteur du monde; 3** Tâme du monde ellemême. Seulement, il n'est pas clair qu'Alcinoûs considère ces trois personnes comme un seul dieu. Remarquons que les deux premières sont ce que les Néoplatoniciens postérieurs ont nommé voîlç ÔTcepxofffjLioç, et voîî; &yxo9(xioç.

» Numénius d'Apamée , au commencement du 3* siècle , distinguait trois personnes divines , savoir : l*" le père du monde, c'est-àdire sans doute le premier principe , l'unité , le souverain bien ; 2^ l'auteur du monde, c'est-à-dire le Sr,fAioupYixo(;vou(;; 3^ le monde luimême. Mais Proclus nous dit qqe Numénius considérait ces trois personnes comme trois dieux. Le même Numénius, et Amélius GentiUanus après lui, divisaient la seconde personne en trois vooi o7)fAioup- Ytxot, savoir: !<> l'animal en soi, aÙ7o^o)ov, roi, qui veut; 2'' celui qui contient les idées , aixhitecte , qui ordonne ; 3"" celui qui voit les idées, ouvrier , qui exécute ' ).

» Plotin, au milieu du 3*' siècle, admettait, comme Alcinous, l'existence du vouç syxocyjxtoç et de la ^'j/j\ Iyxo(j[aioç, c'est-à-dire de l'âme du monde et de son intellect ; mais il ne les considérait pas comme faisant partie de la Trinité divine , dont lés trois personnes étaient, suivant lui, 1° l'unité absolue to ^v ^tcXmç ; 2° l'intellect. supé-

• V. Proclus, sar le Timee, p. 93, 1 10, 121 , 268.

tth EBRETJB8 DU RATIONALISIfE

rienf au inonde, vouç &irspxo<T[xtoc; S"* l*Sime nniverscfleda monde in* telligible, ^^^ toiv JXcuv '. Evidemment les denz premières personnes de la Trinité de Plotin sont le résultat d'une distinction étabKedans la première personne de celle d'Âlcinoûs. La troisième est de Tinvention de Plotin : il la considère spécialement comme étant l'auteur et le père du monde, le $7i(xioupY<><: ; et il la subdivise eUe-même en trois personnes, savoir l'être, la pensée et la puissance, n siâ>divise aussi le vouç ÔTrep^coVfxioç, en deux personnes, l'être et la pensée.

» Suivant Proclus, la première hypostase est l'unité, to Iv ; c'est elle qui produit la matière première \ La seconde hypostase est l'essence intelligible, qui est elle-même une triade composée de l'être en soi, de ]a vie et de l'intellect supérieur du monde , vouç ÔTrepxo<r[xtoç '; c'est cet intellect qui est l'auteur et le père du monde , le Srjaioupyoç 4; et le SrjfxtoupYoç lui-même se décompose en trois Syijaioupyoi ^ Mais ce n'est pas tout: parallèlement à l'ordre intellectuel, vospov, auquel le STjfAtoupyoç appartient, il faut considérer l'ordre intelligible, voTiTov. Le premier de ces deux ordres dérive de l'être en tant qu'intelligent; le second, de l'être en tant qu'intelligible. Le second ordre est supérieur au premier. Or , le modèle du monde, TcapaSçtyîxa , y tient le même rang que le SrifxioupYo; dans l'autre ; donc le modèle est supérieur au père du monde. Enfin, il y a un ordre intermédiaire, qui dérive de l'être en tant que vivant, et dans lequel ranimai en soi, oLM^om, tient le même rang que le père et le modèle dans les deux autres ^. Tant s'en faut que là s'arrêtent les subdivisions de la se-

» V. Plotin, Ennéades, iii,l. v, c. 2; v, 1. i, c. 6; Des trois hypostases, dans Easébe, Pre'par. ev,, ki, 17, p. %5*856; Paiite, 1638, et Prodos, tar U Timée, p 9 ), 94 , 98.

» Sur le 7>'m., p. 117.

» V. ^id., p. 267 ; Thfi^.jmv. Plal^h iii, c. 9 ; ^ iv, p. h Cf. la dissertation 4e M. fierger, intitulée : Prodas, cxpofilion de sa doctrine \ Paris, 1940» V. surtout p. 46 6151.

* Sur le Tim,,p, 22 et p. 91-93.

'V. Proclus, rJie'oL suiv. Piat.jh v, c. 16.

« Sur le Tini., p. 22, 24, 95-99, 102, 103, 120, 136, etc.; sur le Parm , t. it, p. 115; The'ol. suiv. Plat.,\. m, c. 15; 1. iv, c. 15; Élem. de ihe'ol., prop.

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