Chani lamentable de Sémnm aar la erolz
Ici nous devons mentionner un admirable chant, rempli d'aniour et de tristesse, que l'Eglise, empruntant les paroles de TAncien Testament, met, le vendredi saint, dans la bouche de Jésus :
a Mon peuple, que t'ai-je fait, ou en quoi fai-je contristét » Est-ce parce que je t'ai tiré de la terre d'Egypte que tu as » dressé une Croix à ton Sauveur? »
Popule meus, quid feci tibi, aut in qao contristavi te ? Qaia oduxi te de terra iEgypti, parasti cnicem Salvatori tuo.
a Parce que durant 40 ans je tai guidé dans le désert, je » t'ai nourri de la manne, et t'ai introduit dans une terre » excellente, tu as dressé une Croix à ton Sauveur. »
Quda eduxi te per desertum 40 annis et manna cibavi te, et infrodaxi te in terrain satis boiiam, parasti crucem Salvatori tuo ?
« Ou'ai-je dû faire de plus pour toi que je ne Taie fait? Je
^ Jean, Xix, 25-'27.
* Voir Annales, t. xx, p. 44 {S^ série).
33 ans après J.-G. MORT DE JÉSUS. 393
> t'ai plantée ma vigne très-belle^ et tu es devenue très-amère » pour moi ; tu as apaisé ma soif avec dû vinaigre et tu as » percé d'une lance le côté de Ion Sauveur. »
Quid ultra debni facere tibi et non feel P Ego quidem plantavi te vineam speciosissimam, et tu facta es mihi nimls amara; aceto namque sitim meam potasti, et lancea perforasti latus Salvatorituo^
S7. Benitèrea paroles de Jéaa*. — il aaeari.
Suite du vendredi 3 avril. — De midi à 3 heures.
Cependant Theure suprême, Theure providentielle, la 9* heure, approche. La nature devait à^son Créateur un témoignage de douleur. Son plus bel ouvrage, « le Soleil, s'obscurcit » et les ténèbres se répandirent sur toute la terre, jusqu'à la 9« heure (3 heures). »
Alors au milieu de la nature qui avait voilé sa face, « Jésus ^ » s*écria, avec une grande voix :
» Elij JEliy lamina sabactfiani ?
» C'est-à-dire : Mon Dieu, Mon Dieu, pourquoi m'avez-vous » abandonné ^. »
C'est la 4« parole de Jésus en croix, la seule qui lui soit personnelle. Il remprunte à Fancien Testament, pour montrer que sa mort avait été prédite, et pour lier, de nouveau, Tancienne et la nouvelle loi.
Ces mots sont syriaques, et sont les quelques paroles autheu* tiques de la langue que Jésus parlait.
Les soldats romains <\u\ n'entendaient pas le syriaque, trompés par la consonnance de Eli (EL, un des noms de Dieu) et £Ite, crurent qu'il s'agissait de ce prophète.
d Et quelques-uns des assistants disaient : 11 appelle Elie,
» Alors Jésus sachant que tout est consommé, afin d'accom- » plir jusqu'à la fin l'Ecriture dit :
J> JTai soif^,
^ Hymne du vendredi saint.
2 Fsavumey xxi, 1 .
^ Psaumey Lxviil, ^.
394 TRADITIONS El SUPERSTITIONS ROMAINES. 785 de Romô»
» U y avait là un vase plein de vinaigre, l'un des assistants ï» accourut, prit une éponge, il l'emplit de vinaigre S et la pla- » çant au bout d'un roseau , il la lui présenta à boiie , » disant : Attendez, voyons si Elie viendra le délivrer et le yt descendre de la croix.
» Jésus ayant goûté le vinaigre dit :
» Tcmt est œnsommé»
» Et émettant de nouveau une grande voix, il dit: 3> Père^ je remets mon âms entre tes mains.
» Et en disant cela, il inclina la tête et rendit l'esprit 2. » Et c'est ainsi que le grand sacrifice fut accompli. L'Agneau, qui efface les péchés du monde, dont parlait Jean-Baptisle, fut sacrifié , et la terre fut réconciliée avecleciel.
Notons celte parole divine ; Je remets, elle est Taccomplissement de celle que Jésus avait dite : « Mon Père m'aime, parce- » que je remets mon àme, pour la reprendre de nouveau; * personne ne me l'ôte ; mais je la dépose de moi-même; et D j'ai le pouvoir de la déposer, etj'ai le pouvoir de la reprendre
» de nouveau ^. »
Oui, tout est consommé ; tout ce que les Prophètes avaient prédit ; tout ce que Jésus avait dit de lui-même, paroles incroyables, impossibles, qui scandalisaient les apôtres euxmêmes, et qui avaient fait dire à Pierre lui donnant un démenti : « Loin de toi cela, Maître, non, il n'en sera pas ainsi » de toi *. » Tout cela s'était accompli à la lettre.
N'est-ce pas là, depuis le commencement jusqu'à la fin, la vie et la mort d'un Dieu ? On peut s'étonner à bon droit que l'on cherche d'autres preuves,
i Et in sili mea potaverunt me aceto {Psal. lxviiï, 22).
s Jean, xix, 28 ; Matth. xxvii, 48 ; Marc, xv, 36 ; Luc, xxiii, 36.
s Jean, x, 17, 18.
4 Matth. XVI, 22.
33 ans après J.-G. LES TÉNÈBRES ENVELOPPENT LA TERRE. 395