Premier effet de le Biert de Jéiia*. — I«e nature pleure
«m mert. — Elle me eenvre de deuil.
Saite du vendredi 3 avril. — De midi à 3 heures.
Nous avons cité ce que dit S. Matthieu « que de la 6« àla » 9* heure (de midi à 3 heures), des ténèbres s'étaient répan- » dues sur toute la terre ; le soleil fut obscurci, dit S. Luc^ » La Nature devait bien cela à son auteur. Or il s'agit de savoir si cette obscurité a laissé des traces dans les historiens.
Plusieurs auteurs ont cherché à faire concorder ces ténèbres avec une éclipse et n'ont pu y parvenir.
Les Evangélistes ne parlent pas d'éclipsé, mais seulement de ténèbres et d'obscurités. Or cela a pu arriver sans éclipse ; des nuages très-épais ont sufii.
^Commençons d'abord par dire que 7 siècles avant J.-C, ces ténèbres avaient été prédites par Amos :
« En ce jour, dit le Seigneur, le Soleil s'éteindra au milieu ^ du jour, et je ferai obscurcir la terre dans le jour de sa » lumière 2. »
C'est exactement ce que dit l'Evangile.
Cherchons maintenant quelle mention de ces ténèbres a été faite par les écrivains païens ou chrétiens, contemporains ou ayant vécu peu après.
Et d'abord constatons que S. Luc ne parle pas d'éclipsé niais de ténèbres (0x6x01); le soleil ne s'éclipsa pas, mais fut obscurci (Icncoriaôri) 3. Les auteurs qui ont voulu faire concorder ces ténèbres avec une éclipse ont jeté la confusion dans ce, récit.
Un des plus précieux témoignages est celui de ThalluSy conservé par Jules Africain, qui, au commencement du 3"
' Matth. XXVII, 45 ; Marc, xv, 33 ; Luc, xxui, 44.
^ Et erit in die illa, dicit Dominus Ueus, occidet sol in meridie, et tenebrescere faclam terrain in die iuminis (Amos, viii, 9).
^ Hv Se &9t\ Spot &T7) xal oxoroç éylveTo If '^tjv t9)v y^jv Îioç ôpac
^vv«T7)ç, xa\ IffxorCaÔTi 6 iiXtoç (Luc, xxiii, 44, 46).
396 TRADITIONS ET SUPERSTITIONS ROMAINES. 785 de Rome*
siècle, écrivit un livre de Chroniques^ et, arrivé à Tépoque de la mort du Christ, dit :
a Une horrible obscurité couvrit Tunivers entier. Par un Dtremblemeut de terre les rochers furent fendus, etplu- D sieurs villes de la Judée et du reste du monde furent boule- » versées. »
Et pour preuves de ce fait il ajoute :
ce Thallus , dans son 3« livre des Histoires , appelle ces » ténèbres éclipse de soleil, à tort selon moi ^ i>
Or ce Thallus était un affranchi de Tibère, contemporain par conséquent, très-riche, suivant Josèphe, puisquMl fit la fortune du roi Agrippa en lui prêtant un million ^, et 'qui, en sa qualité de Samaritain, dut faire une attention particulière à tout ce qui s'était passé en Judée. [1 ne reste plus que 8 trèscourts fragments de ses Histoires y qui arrivaient jusqu'à l'an 49 de J.-G. d'après Muller *.
Un autre historien contemporain, Denys l'aréopagitSy fait encore mention de ces ténèbres dans une lettre à S. Polycarpe, citée par Michel Syncelle. Denys y assure que c'est à Héliopolis que, de concert avec le philosophe ApoUophanes, ils avaient observé cette éclipsequi les étonna tant. ApoUophanes, ayant formé une secte, Denys écrit à Polycarpe pour lui suggérer le moyen de le confondre, et c'est dans celte lettre qu'il s'exprime ainsi :
a Telles sont les choses qui arrivèrent alors tout à fait auj> dessus de la nature et qui ne purent être effectuées que B par le Christ, maître de toutes choses... S'il le faut donc, » parlez-lui ainsi : Toi-même, ApoUophanes, nie si tu le peux » contre moi, qui étais alors présent avec toi, qui ai vu avec » toi, et jugé toutes choses^ et admiré. 11 me souvient aussi » d'une divination, provenant je ne sais d'où, et qu'Apollo-
^ TouTo TO ffxoTôç IxXecij/cv Tou '^X{ou 0àAXoc âicoxaXs? Iv TpCrri ^^^ Icrroptcov, «bç iy.oi SoxeT àXoYCdç (Julias African., Chronographia dam Pat. grec. t. x, p. 89» d'après le Syaeelle p. 322 ; et dans Frtig, hist, Gtw eorum de MuUer, t. m, p. 519).
s Josèphe, Hist. 1. xviii, c. 6, n. 4).
8 Mu 1er. Ibidp. 517.
33 ans après J.-G. PREUVES DES TÉNÈBRES GÉNÉRALES. 397
» phaneg prononça, s'adressant à moi comme témoin de tout » ce qui se passait ; C^s choses^ mon cherDenySy me dit-il, cona- D tituent le changement des cluoses divines^, 3)
S. Denys qui pensait que c'était une éclipse, donne des détails, qui ne sont soutenus par aucun calcul^.
Au témoignage de Thallus^ Jules Africain eq ajoute un autre plus détaillé, celui de Thistorien Phligon. Xpvès avoir prouvé que Tballus se trompe en appelant éclipse les ténèbres qui eurent lieu à cette époque, il ajoute :
a Certainement, en pleine lune, éclairant loutTunivers de- » puis la <>• jusqu'à la g® heure, Phlégon raconte qu'eut lieu » une éclipse sous l'empereur Tibère, celle-là même dont il » s'agit ici. Mais quel rapport peut avoir une éclipse avec le « tremblement de terre, les rochers fendus, la résurrection » des morts, et une si grande perturbation de toutes les oréa- » tures ? Certainement jamais rien n'est arrivé de semblable » dans les années antérieures. Ces ténèbres étaient donc une » œuvre nouvelle de Dieu, survenues quand le maître du » -monde souffrait ^. »
Eusèbe a conservé le texte même de Phlégon, écrit en ces termes :
a A la 202« olympiade, 4« année, eut. lieu une si grande dé- » fection du Soleil, comme personne n'en avait connu aupa- » ravant ^ car, à la 6® heure du jour (midi), la nuit devint si » sombre que les étoiles étaient vues dans le ciel. Il y eut aussi
^ ToaauTdt Icrci tou totê xaipou zk uic8p(pu9i xal fi^vco Xpiarw tS itavatt(({) Suvaxà.... TauTa, et ffci ôefjLiTov, slitè, xal el ôuvatov, 'AiroXXdcpavfç, è^ikef^t, xal Tupoç 8[xà tov tots xal (TujATcapt^yca aot, xal ouvewpaxoToe, xal ouvavaxpivavTa icdlvra, xal mjvaYafJievov. 'AfxéXet xal (jiavTeiaç Toxt oux oT8' ^66v, 6 *AicoXXoçdv7iç âicap/^etat xal itpbç è[kk, âairep xi y^Y^^"" fjieva (nj[x6dcXXb)v, I(p7|* Taura, ci> xaXà Aeovuate, 6e{a>v àfiioiêal icpaY^Adérctiv (S. Denys, Lettre VU à S. Polycarpcy dans Pat, grecque, t. m, p. 1081).
3 Voir la paraphrase de Pachymère sur cette lettre (,P(U, grecq. t. iv, p. 462) et les Scholies de S. Maxime (ibid, p. 542). -
3 Jul. Afr. tWd. p. 90.
398 TRADITIOISS ET SUPERSTITIONS ROMAINES. 785 de Rome,
D un grand tremblement de terre en Bithynie et une grande » partie de la ville de Nicée fut détruite ^ »
Phlégon était un affranchi d'Adrien (117-138), auteur des Olympiades, dus Macrobiens, des /^rodfgfes,dont-il reste 65fragments. C'était Tami d'Adrien, qui avait fait paraître sous ce nom sa vie qu'il avait lui-même écrite ^. On voit que Phlégon n'était pas un contemporain comme Thallus. Où avait-il donc pris ces détails si précis sur ces ténèbres? Sans aucun doute dans les Annales romaines. C'est ce que va nous apprendre Tertullien, qui vivait peu de temps après (185-220). Dans son célèbre Apologétique il dit à l'empereur Marc-Aurèle :
« Attaché à la croix, Jésus rendit spontanément son âme en D poussant un grand cri^ et prévint le ministère du bourreau » (qui rompit les jambes aux deux voleurs). A l'instant le jour » s'éteignit^ quoique le Soleil ne fût qu'au milieu de sa course; D ceux qui ne savaient pas que cela avait été prédit sur le jft Christ crurent que c'était une éclipse. N'en comprenant pas » la raison, ils nièrent, et cependant vous avez dans vos Archi- » ves la relation de ce fait ^. »
On voit que Tertullien fait allusion au récit de Thallus et de P/i%on, et d'autres probablement qui avaient appelé ces ténèbres du nom d'éclipsé. Puis il rend témoignage que ces ténèbres furent éprouvées en Afrique.
«c Dans la province d'Utique, le soleil ayant presque éteint sa » lumière, fut un prodige si grand qu'on ne put l'expliquer h par une éclipse ordinaire, puisque le Soleil était alors dans » son apogée et son domicile ^. >>
1 Eusèbe, Chron. Olymp, 203» dans Pat. grecq. t. xix, p. 535 ; SynoeUe, p. 324, et Huiler, ihid. p. 607.
' Spartianus, Adrien, c. 16.
3 Eodem momento dies, médium orbem signante sole, subducta est. Delî->
quiom utique putaYerunt, qui id qaoque super Ghristo prœdicataro, non
' sclerunt ; ratione non deprehensa, negaverunt, et tamen eum mundl casum
relatumin Arcanis véitris habetis (TertnlI. Apologétique, c. 21; Pat. lot,
^ Nam et sol ille in conventu Uticenci, ezUncto pêne lamine, adeo portentam fuit, ut non potuerit ex ordinario deliquio hoc pati, positus in suo hypsomate et domicilio (Tert. ad Scapulam, c. iii ; Pat. lat. 1. 1, p. 701).
33 ans après J.-O. PREUVES PES TÉNÈBBES GÉNÉRALES. 399
Nous ne savons si c'est à cette occasion que les Romains i> aux premières fériés de mai, établirent des prières, pour » conjurer les tremblements de terre, » comme le dit, le premier, Jean Lydus né en 490 *•
Environ 25 ans après TertuUien, Origène, mort vers 252,dit :
« Quant à Téclipse qui eut lieu sous Tibère César sous le x> règne de qui le Christ fut cruciQé, et les tremblements dont © la terre fut secouée, Phlégon en fait mention, je pense, dans » les livres 13 ou 14 de ses Chroniques^, o Et de plus : o Un y> grand nombre d'auteurs font mention de ces ténèbres. »
Ailleurs Origène traite fort au long cette question, nie que ce fut une éclipse et émet une opinion qui est tout à fait contraire au texte de Phlégon qu'il cite :
a Je pense que de même que lesautres signes qui ont eu lieu o dans la passion du Christ, sont arrivés seulement à Jérusa- » lem, ainsi ces ténèbres n'ont régné que sur toute la terre de » la Judée depuis la 3* heure jusqu'à la 9» ^. d
Environ 50 ans après Origène, le martyr S. Lucien, parlante l'empereur Maximin II (307-313) confirme les récits précédents et renvoie l'empereur àses Archives. Cette Apologie chrétienne est peu connue, Eusébe la passe sous silence; elle est citée seulement par Rufln qui a. traduit et amplifié l'histoire d'Eusèbe. Cette traduction a été beaucoup trop déprimée *. Rufin était (345-410) contemporain d'Eusèbe et a dû connaître aussi bien que lui les circonstances du martyre de Lucien. Nous voudrions pouvoir publier en entier cette Apologie; nous n'en citons que ce qui concerne les ténèbres de la mort du Christ.
Amené devant le président ( que nous croyons être Maximin qui était alors à Nicomédie), celui-ci lui reproche de ne pouvoir rendre un compte raisonnable de sa conduite. Lucien, ayan. obtenu la permission de parler, commence par lui dire que sa foi en Dieu vient de Dieu même qui s'est incarné dans le Christ, et est mort pour racheter les hommes, puis il continue :
' Jean L^dus, De mensibus^ p. 88, in-S^ Bonnie, 1837.
2 Origène, CorUre Celse, 1. ii, c. 33 ; PaU grecq. t. xj, p. 853.
3 Gomm. m Mattnœum, dans Pat. grecq, t. xiii, p. 1783.
*Voir Fabricius, Btbliotheca grœca, t. vu, p. 424, et la notice de Schsennemandans Pat. ktt, t. 21, p. 23.
400 TRADITIONS ET SUPERSTITIONS HOMAINES. 785 de Rome.
a Mais il ne nous trompa point par sa mort, puisque c'est » pour nous qu'il ressuscita le 3* jour. Ce n^est pas cette mort, » que contiennent les Actes de Pilote, qui en ce moment ra- » content des faussetés. Mais innocent, sans tâche et pur il » accepta la mort seulement pour la vaincre en ressuscilant. » Or les choses que je dis ne se sont pas passées dans des lieux » obscurs, et n'ont pas besoin de témoins. Déjà presque la » plus grande partie du monde croit à celte vérité, des villes » entières, ou si quelque chose d'obscur y paraît encore, » même le peuple grossier, incapable de fictions, l'atteste. Que » si on persiste à en douter, je vous apporterai le témoignage » du lieu même où le fait s'est passé. Ce lieu l'atteste à t Jérusalem, le rocher de Golgotha brisé sous le poids de la » croix ; et de plus l'antre qui rendit de nouveau le corps en » vie, après avoir brisé les portes de l'enfer, pour que de là il » fût porté plus pur dans le ciel. Que si ces témoignages, qui » se passent sur la terre, ne vous paraissent pas sufQsants, » acceptez du ciel un garant fidèle. Je vous apporte, pour té- » moin de ces faits, le Soleil même qui, voyant ce que les D impies faisaient sur la terre, cacha, en plein midi,sa lumière t dans le ciel. Cherchez dans vos Annales, vous trouverez , » qu'au temps de Pilate, pendant que le Christ souffrait, le » Soleil disparut, et le jour fut interrompu par les ténèbres. » Si vous n'ajoutez pas foi, à la terre, au soleil, au sang de ' » ceux à qui vous demandez la vérité par les supplices, » comment croirez-vous à mes paroles et à mes allégations?
» Et comme déjà par ces paroles, Lucien avait commencé » à persuader les assistants, le juge ordonna de l'entraîner en B prison, et là de le mettre à mort, pour éviter le tumulte du » peuple ^ »
^ Sed nec nos sua morte decepit quibus post tertium diem resurrexit. Non Qt ista qu» nunc faiso conscribuntur continent acta Pilati, sed inDOceos, immaculatus et purus, ad hoc solum mortem suscepit, ot eam vinceret resurgendo. Quae autem dico non sant in obscuro gesta loco, nec testibas indigent. Pars pêne mundi jam major huic veritati adstipalator, arbes integr», aut si in his aliquid suspectam yldetur, contestator de h&s etiam agrestis manus ignora ûgmenti. Si minas adhac creditur, adhibebo voi)i8 etiam loci ipsius, in quo res gesta est, testimonium- Adstipulator his ipM in Hierosolymis locbs, et Golgothana rupes sub patibuU ooere diBnipta*
33 ans après J.-C. PRBCYES DES TÉNÈBRES GÉNiRALES. 401
Nous ne citerons plus que le témoignage de Jeau Philoponus» qui professa la Grammaire à la célèbre école d'Alexandrie^ disciple d'Ammonius, et qui réfuta Proclus et les autres néoplatoniciensjesquels n'auraient pas manqué de nier le fait des ténèbres , s'il n'avait pas été généralement admis à cette époque. Voici ce qu'il leur disait :
a De ces ténèbres ou plutôt de cette nuit parle Phlégon » dans ses Olympiades^ il dit : l'an 4 de la 202« olympiade, il » arriva une éclipse de soleil, telle qu'on n'en avait jamais » vu.
» Or que Phlégon parle de l'éclipsé, qui arriva lorsque le D Christ-Seigneur était suspendu sur la croix, on le conclut » de ce qu'il dit qu'une semblable éclipse n'avait jamais été » vue auparavant ^ »
Dans ces indications historiques sur les ténèbres qui se firent à la mort de Jésus, nous ne croyons pas devoir passer sous silence ce que les Annales Chinoises disent de VEclipse irrégulière qui arriva à celte époque.
Les documents qu'on en a donnés sont fort peu nombreux et contradictoires, et il est impossible de les discuter en ce moment.
Ceux qui en ont parlé ne citent pas les auteurs où ils les puisent, ou s'ils les citent ils n'indiquent pas la place où ils les trouvent et nous n'avons ni la science ni le temps d'aller
Âutrom qaoque iUud, quod avulsis inférai janais, corpus denuo reddidit aninaafam, qao purius iode ferretur ad cœlum. Aut si adhuc YObis minus dlg^na videntur liaec, quœ io terris sabstantiam gerunt, accipite etiam e coelo ad: ipulatorem fldeiem, Solem vobis ipsam horam prodaco testem, qui cum haec fieri per impies videret in terris, lumen suum meridie abscondit in cœlo. Requirite in Annalibtis vestriSf invenietis temporibus Pilati, Ghristo patiente, fugato sole, interruptum tenebris diem. Quod si terr», si cœlo, ai sanguini eorum, a quibus veritatem per tormenta perquiritis, fldem non accommodatis, quomodo meis verbis allegationibusque credetis ? Et cum pêne jam his verbis auditoribus suadere cœpisset , arrlpi jubetur in carcerem, ibique, quasi absque tumultu populi, necari (Eusebii Hist. Eccl,, interprète Rufloo, 1. ix, c. 6, p. 202. Bâle, i544).
1 Joannes Philoponus, Comm. sur la création mosaïque du monde, 1. ii, c. 21, p. 88. Vienn» 1630, in-4«. Un peu plus loin il cite aussi le texte de S. Denys (1. m, c. 9^ p. 187).
402 TRADITIONS BT SUPERSTITIONS ROMAINES. 785 de Rome.
les chercher dans 15 ou 20 volumes^ d'autant plusque souvent ces volumes sont introuvables à Paris. Nous nous bornoos donc à citer les textes tels que nous les donne le P. Gaubil '.
Texte de V Astronomie chinoise.
a A la T"" année^ au dernier jour quey-hayy de la 3* lune, » éclipse du soleil ; le lieu du soleil au 5« degré de la constel- ]> lation py.
» La 7* année dont il s'agit ici est la T^" année de Tempire » de Kouang'VOU'ii, l*"' des Han orientaux. Or cette 7* année » est certainement la 3i« de J.-C. ^.
» Après ce texte, Tastronomie cite dans une note ces paro- » les de Tsien-tan-pa : » Au jour quey-hay, il y a éclipse de » soleil, r Homme céleste tombe ^. x>
Le Tsien-tan-pa est une espèce de commentaire du Tchuntsieouy servant à observer les jours heureux ou malheureux.
Texte de V Histoire chinoise,
« A la 7« année de Kouang-vou-ti, au jour quey-hay, der- » nier de la S** lune, éclipse de soleil.
» Il faut remarquer que THistoire chinoise désigne l'année B de l'Ëclipse par les deux caractères sin mao. Ce sont ceux » de la 28"" année du cycle de 60 ans, et ce sont ceux qui con- » viennent à la Sl^* année de J.-C. ^.
» Après l'observation de leclipse, l'empereur se retira i> 5 jours, pour ne penser qu'à sa conduite sur le gouverne- » ment de ses sujets^ et fit publier un édit dont voici le » précis ^: »
« La vue du soleil et de la lune nous avertit de penser à nous, il faut se corriger de ses fautes, et par là prévenir les
* Voir Bon Histoire de l'astronomie chinoise, insérée dans le 2« Toloinedes Observations mathématiques etc., du P. Souciet, p. 163 ; Paris, 1732, in 4*.
^ Eclipses du soleil des Han crientaux (note du P. Gaubil). — H oe Uui pas 8*étonner de voir l*an 31 au lieu de 33 que nous donnouB ici ; voir m cela la divergence des opinions sur la chronologie du Christ dans Annula, ^ t. XIX, p. 176 (5« série).
3 Le caractère peng, exprime la mort des Rois (idem), — Volontiers noc* aurions publié ce texte.
^ Histoire chinoise (note de Gaubil).
B Nous aurions désiré avoir cet édit en entier.
^M mM^
33 ans après J.-G; PBÉUVKS DBS TÉNÈBRES GÉNÉRALES. 403
9 maux dont le ciel nous menace. Pour moi à peine puis-je » parler, je tremble à la \ue de mes fautes. Je veux que les » Grands de ma €our me donnent sincèrement leurs avis dans )) des placets cachetés et je ne veux pas qu'on me donne le » titre de Ching *. »
Le caractère Ching ^ signifie Saint.
Le P. Gaubii ajoute le texte suivant qui prouve l'irrégularité de réclipse :
ce Outre le 1*' édit impérial^ la grande histoire chinoise » rapporte un 2^ édit publié le 29 mai de la même année; » 31' de J.-C. Le voici :
y> Vyn et Vyang ne sont pas d'accord, le po-che du soleil et » de la lune nous le fait connaître^. »
« Or porche est défini : Eclipse qui n'est ni au l<>^ ni au der- » nier jour, ou qui est hors du Kiao, hors des termes éclipti- » ques^. I*
Tels sont les seuls textes que nous connaissions sur ces ténèbres*.
C'est sur cela que les missionnaires ne sont pas d'accord, les PP. Grcslon^ Gabiani^ Couplet et surtout Bouvet, soutiennent Fidentité de cette éclipse avec les ténèbres du Calvaire. Le P. Gaubii en particulier croit qu'elle n'y a aucun rapport.
Aux textes qui disent que Téclipse eut lieu hors de son temps, il répond que les auteurs, plutôt que d'avouer qu'ils se sont trompés sur le temps de l'éclipsé, ont dit que c'était la lune qui avait failli. — Au jeûne de rem[)ereur, que c'est un usage en Chine, — au texte de Tsientan-pa, que l'homme ce* leste meurt, il répond que c'est un livre de pronosticsdéjà ancien^ sans expliquer pourquoi la mort de cet homme céleste était liée à une éclipse arrivée hors de son temps et de son lieu, et
^ Dans le P. Souciet, ibid. p. 167.
2 Nien-y-ste, histoire de Kouang-voa-ti (note de Gaubii).— lef 21 histoires, c'est-à-dire des 21 dynasties jusqu'aux Ming^ contenant en plus de 300 volâmes, tous les historiens qui ont vécu sous ces dynasties.
3 Le P. (;aubil (ihid),
^ Le P. Mailla dans sa grande histoire de la Chine en 12 vol. in-4<> se borne à mentionner i'éclipse et à dire que l'empereur ordonna de ne pins l'appeler saint (t. ui, p. 309).
404 TRADITIONS ET SUPERSTITIONS ROMAINES. , "^^^ de Rome.
sans chercher comment cette singulière croyance avait pu se répandre en Chine.
On voit quelle dissidence existe entre les divers missionnaires. Mais, il faut le dire, les Jésuites n'étaient plus libres eoce moment. Alors avaient eu lieu les grands et déplorables débats sur les cérémonies chinoises. Les Jésuites s'étaient trop avancés; Rome les avait arrêtés ; leurs adversaires avaient dépassé le but. Mgr Maigrot leur avait défendu de rechercher le Christianisme dans les anciens livres chinois ^ La Sorbonne avait confirmé scientifiquement cette sentence ^. Alors ane scission avait eu lieu parmi eux et plusieurs s'efibrcèrent de prouver qu'il n'y avait aucune trace du Christianisme primitif dans les livres chinois. La traduction de VT-king du P. r.Ggis, celle du Chy-king du P. Lacharme et celle du Chou-king du P. Gaubil sont faites dans ce sens. C'est ce qui explique les sentiments de ce dernier sur réclipse dont nous parlons. Ses travaux sur l'Astronomie chinoise sont les plus étendus et les plus précieux que nous ayions. Mais ils demandent à être vérifiés sur les textes.C'est aureste ce qu'il avoue lui- même, eo parlant précisément du volume du P. Souciet, il dit ' a qu'il I) y a quelques articles qui auraient besoin d'être mieux écla/r- » cis, et que le tout lui paraît devoir être mis en meilleur » ordre *. »
1 Voir l'article Jésuite dans notre Diet. de diplomatique et dans AnnaU^, U xK> p. 216 (3« série).
3 Voir Journal Historique des assemblées tenues en Sorbonne poor condamner les Mémoires de la Chine et la censure du 19 octobre, Paris 1701 ; in-12Pari8 1701, et la Réponse à cette censure (Paris) 1700.
* Histoire de Vastron>omie chinoise, dans les Lettres édifiantes, t. xxvj,p. 68, édit. de 1783.
^ Voir Huet, Vemomtratio evangelica, prop. ui, e. 8. — Nous ne parlons pas de rindigeste disseilation de Bayer De eclipsi Sinica etc, Regiom. 1718, in 4<».
A. BONifBITY.
Le Directeur -Gérant. A. Bonnbtty.
Versailles, imp. Beaugrand et Dax^ rue du Potager, 9.