‹ Annales de philosophie chrétienneChapitre 106 sur 122 · Jésus mort vUlte le Paradis et l*Eafer · texte numérisé non relu

Jésus mort vUlte le Paradis et l*Eafer

Samedi 4 avril de Tan 33.

Jésus est mort^ son corps a été descendu de la croix, embaumé, déposé dans un tombeau, scellé par les pontifes et gardé par leurs soldats. Mais son âme, que devint-elle ?

Sur cela nous ne savons avec certitude que trois choses: la

1 Qui veoerat ad Jesum oocte primum (Jean xix, 39 et m, 1, 2). » Matth. xxvii, 62-66.

VJ* SÉRIE. ToaiK IX. — N» 54 ; 1675, (88« vol. de la coll.) 27

4 22 TRADITIONS BT SUPERSTITIONS ROMAINES . 785 de Rome,

première, c'est que Jésus se trouva ce Jour-là même avec le bon Larron dans le Paradis, a Aujourd'hui^ vient-il de lui dire, » lu seras avec moi dans le Paradis *. » La seconde, c'est que le dimanche jour de sa résurrection il n'était pas encore monté vers son Père. « Je ne suis pas encore monté vers mon » Père, dit-il à Marie-iMadeleine^. » La troisième, c'est qu'il descendit aux enfers, suivant que l'Eglise nous l'apprend dans son Symbole •^.

Mais que se passa-t-il dans le Paradis, dans les Enfers ?

Ici encore nous retrouvons la glorification et la déitication de l'homme. En eÉfet, Jésus, comme Dieu, n'avaiU jamais quitté ces lieux ; c'est donc comme homme qu'il apparaît pour la première fois dans le paradis où il vint réjouir les justes qui étaient Ità dans une de ces stations, nombreuses dans la maison du Père. Nous pouvons dire qu'il y réalisa ce qu'il avait dit lui-même:

a Dans la maison de mon Père il y a de nombreuses de- » meures ; s'il en était autrement je vous l'aurais dit ; car je » vais préparer un lieu pour vous, et quand je m'en serai allé p et que je vous aurai préparé votre place, je reviendrai de « nouveau et je vous prendrai avec moi, afin que là où je 7> suis vous soyiez aussi *. ^

C'est alors que les Justes durent chanter, comme le leur fait dire l'Eglise : « Vous êtes enSn arrivé, ô notre Rédempteur\ » ou comme le leur fait dire Isaïe: « Vous êtes notre Père, Abra- » ham ne nous a pas connus et Israël nous a ignorés, vous, D Seigneur, vous êtes notre Père, notre Rédempteur^ votre t Nom est dès Téternilé ^, »

Quelle joie fut celle de toutes ces âmes amies de Dieu, mais privées encore de sa présence, quand elles reçurent la visite de Dieu même, et nonseulement de Dieu, mais en même temps de l'Homme-Dieu ?

^ Luc, xxiii, 43.

2 Jean xx, 17.

3 Descendît ad iuferos {Symbole de S. AUianase). ^'Jean, xiv, 2, 3.

* Office des morls^ répons de la 9« leçon.

* Isaïe, Lxin, 16.

33 ansaprès J.-C. JÉSUS VISITE 'LE PARADIS ET l'enFBR. 423

Quel bonheur fut le leur, quelle joie leur procura Jésus ! Ici la langue est impuissante, nous ne pouvons querépéter ce que disait un prophète, qui voyait ce qui se passait en ce moment :

a Depuis Torigine des siècles les hommes n'ont point conçu, y> Toreille na point entendu, aucun œil n.'a vu, excepté vous, » Seigneur, ce que vous avez préparé pour ceux qui vous » aiment*. »

S. Paul qui répète cette parole ^, et qui avait vu ces merveilles dit à bon droit: a Qu'il n'est pas permis à un homme » d'en'parler^. »

Jésus, dit le Symbole, descendit aux enfers. Plusieurs SS. Pères disent qu'il alla en retirer les âmes des justes, qui attendaient la rédemption pour être admises auprès de Dieu» Ils appellent ce lieu ïe sein d'Abraham^ leslimbes. Nous venons de le nommer le parctdis, où Jésus vient d'admettre le bon Larron, mais oix Jésus n'a pas trouvé le Père.

11 y a un autre enfer proprement dit, celui qui a été préparé « pour le Diable et pour ses anges ^i »

G*est1à que Jésusse présenta. L'Homme que Satan avait voulu séparer de Dieu, Jésus le lui montre uni à lui-même» Reprenant sa parole perfide : vom ierez comme desdieux^ Jésus lui -fait voir que de son odieux mensonge il a fait une réalité, et non-seulement il lui montre l'Homme, mais il le force, et eux tous, à l'adorer, car il est écrit :

« Dieu a exalté Jésus et lui a donné un nom au-dessus de » tout nom, afin qu'au nom de Jésus tout genou fléchisse dans » le Ciel, sur la terre, et dans les enfers ^. »

Satan fut obligé de reconnaître que sa grande machine de guerre contre l'homme, la Mort, avait été brisée, ou plutôt, prodige plus grand, il voyait là la Mort- vivante.

( Igaie, Liiv, 4.

* 1 Cor, II, 9.

3 II Cor, XII, 4.

^ In i^em œternuin qui paratus est Diabolo ei] aagelis Rjus (Hatth.

XXY, 41).

& S. Paul aux PhiUp, ii, iO.

42i TRAD1T1C>S ET SÏPERSflTlOKS ROMAIMES. 785 de Rome.

Remercions ici avec effusion Jésus, car c'est devant nous aussi^ qui ne fai:ons qu'un avec lui^ que Satan et ses anges ont été forcés de fléchir le genou et de nous adorer.

Mais que d'hommes qui en ce moment refusent à Jésus ce que Satan lui accorde ? Us peuvent ne pas fléchir le genou devant Jésus. Jésus les laisse libres; mais ils l'adoreront avec Satan dans les Knfers.

Voilà ce que nous pcuvons savoir de ce que lit TAme de Jéstis pendant que son corps était dans le tombeau.

63. Sémnm retfausclle le trolnlèuio Jour comme II ravalt promis.

Le Dimanche 5 avril,— au matin.

Les Princes des Prêtres et les Pharisiens étaient bien assurés d'en avoir fini avec Todieux Jésus. Ils Tavaient cloué en croix et son corps était sous la garde de leurs soldats^ dans un tombeau scellé de leurs mains: Ce corps avait été mis dans le tombeau le vendredi soir^ le samedi s'était passé sans accident nouveau, et Ton était au 3« jour. Il y avait bien eu quelques petits faits, le Soleil obscurci, le Voile du Temple déchiré, le Rocher brisé ; mars la Nature est si féconde en phénomènes I lis étaient donc parfaitement tranquilles^ Jésus n'avait été (|u'un imposteur.

Les Disciples même étaient cachés ou en fuite presque aussi incrédules que les Pontifes. Pierre peut-être ne pleurait plos si fort son reniement. Deux femmes seules étaient restées auprès du tombeau.

C'étaient a Marie-Madeleine et Marie, mère de Joseph^ qui » assises auprès du sépulcre avaient vu comment on avait » posé son corps, et rentrant à Jérusalem préparèrent des y> aromates et des parfums^ » pour lui faire une sépulture un peu plus convenable ^

Le samedi, à cause du sabbat^ elles s'étaient tenues tranquilles; mais le dimanche au matin les deux Marie, auxquelles s*étaitJointe la mère de Salomé, de grand malin, arrivent iu sépulcre portant les aromates^.

^ Voir Luc, xxiii, S5, 56 ; MatUi. xxvji, 61. ' Mattli. XXVI II, 1 ; Luc, xxiv, l.

33 ans après J.-C- jésus RESSUSCITE LE 3« JOUR. 423

Jésus avait dit cepeDdant qu'il ressusciterait le 3** jour. En venant pour le mieux ensevelir, elles ne croyaient certes pas qu'il fût ressuscité.

L'œuvre de Jésus était donc complètement et universellement manquée. Sa Mère seule croyait encore en lui et savait que cette tombe était le berceau où dormait momentanément son divin enfant.

Mais voici que la vie a dompté la mort. Jésus est ressuscité; il a repris lui-même son âme qu'il avait remise entre les mains de son Père, il est vraiment le fils de Dieu, Dieu comme son Père.

« En effet voilà qu'il se fait un grand tremblement de terre. x> Car un Ange du Seigneur descend du ciel, renverse la pierre » qui couvrait le sépulcre^ et s'est assis dessus. Son visage » brillât comme la foudre, et ses vêtements étaient blanct » comme la neige. Les gardes furent saisis de frayeur et de- » vinrent comme moris.

s> Cet Ange dit aux femmes : Ne craignez rien. Je sais que » vous cherchez Jésus qui a été crucifié. Il n'est pas ici,

IL EST RESSUSCITÉ, D comme il vous l'a dil. Venez et voyez le lieu où le- Sei- » gneur avait été placé. Retour nez-donc, dites à ses disciples » qu'il est ressuscité ; il vous précédera en Galilée, c'est là que » vous le verrez, voilà que Je vous le prédis ^ »

« Marie-Madeleine court aussitôt et arrive à Simon-Pierre 9 et à Tautre disciple que Jésus aimait et leur dit : Ils ont en- » levé du tombeau le corps du Maître, et nous ne savons où » ils Tout mis 2. »

Pierre et Jean viennent et trouvent les langes dont on l'avait entouré, et le suaire dont on avait couvert sa tête dans un coin; mais point de corps, et se retirent réflécbiss;int en euxmêmes. Mais notons qu'ils ne crurent pas encore à sa résurrection, « parce que, nous dit S. Jean, lis ne savaient pas » l'Ecriture, qui dil qu'il devait ressusciter d'entre leà morts ^.»

1 Matth. xiviii, 2-7.

* JeaD, XI, 2.

* Psaumes, lu, 6 ; xv, 10 ; zui, et Jean, xx, 9.

426 TRADITIONS BT SUPERSTITIONS ROMAINES. 785 de Rome.

<c Marie se tenait près du tombeau^ pleurant. Tandis qu'elle » pleurait, elle se pencha et regarda dans l'intérieur du tom- D beau. Elle vit deux anges babilles de blanc^ assis l'un à la )) tète et Tautre aux pieds de Tendroit où avait été placé le y> corps de Jésus. Ils lui dirent: Femme, pourquoi pleures- » tu? -^ Parce qu'on a enlevé mon Seigneur, dit-elle, et » que je ne sais où on l'a mis.

x> Après cette réponse, Marie se retourna et vit Jésus de- 9 bout, Mais elle ne savait pas que c'était Jésus. Jésus lui dit : » Femme, pourquoi pleures-tu ? qui cherches-tu ? Elle, pen- 9 saut que c'était le jardinier, lui dit : Ami, si lu l'as enlevé, » dis-moi où tu Tas placé, et je le prendrai.

» Jésus lui dit : Marie !

7> Au son de celte voix, se retournant, elle dit : Habboni, (ce

qui signifie Maître) ! — Jésus lui dit : Ne me touche pas, car » je ne suis pas encore remonté vers mon Père. Va trouver » mes frères et dis-leur : Je remonte vers mon Père et voire » Père, vers mon Dieu et votre Dieu.

» Et Marie-Madeleine vint dire aux disciples : J'ai vu le Sei-

s> gneur *. »

Première apparition de Jésus^Mort,

Cependant d'autres femmes viennent au tombeau, portant des aromate», toujours oubliant que Jésus leur avait dit qu'il ressusciterait. Elles trouvent le tombeau vide, et voient des anges qui leur disent :

« Pourquoi cherchez- vous le vivant parmi les morts ? Il y^ n'est pas ici, il est ressuscité. Souvenez-vous de ce qu'il vous D a dit quand il était encore en Galilée, qu'il fallait que le Fils » de l'homme fût livré aux mains des hommes, pécheurs^ fût crucifié, et qu'il ressusciterait le S"* jour. Allez annoncer à -n Pierre et à ses disciples,.qu'il est ressuscité. Voilà qu'il vous )» précède en Galilée, où vous le verrez comme il vous l'a » prédite »

Celles-ci saisies de frayeur, n'en dirent rien à personnes.

Mais voilà Jésus qui s'offre à elles disant : « Salut.

t Voir Jean, xx, 11-17.

* Matth. xxviii, 5-10 ; Marc, xvt| 6; Luc^ xxiv, 6-S.

33 ans après J.-C. jésUS APPARAIT A PLUSIEURS. 42T

» Alors elles s'apf>rocbèrenty baisèrent ses pieds el Tadoy> rèrent. Jésus leur dit : Ne craignez rien, allez, annoncez à « mes frères qu'ils aillent en Galilée, là ils me verront ^ »

Deuxième apparition de Jésus-Mort,

Or, malgré le témoignage de Marie et des autres femmes % les apôtres, entendant dire que Jésus vivait^ et qu'il avait été

» vu d'elles, regardèrent ces parolescommedeshallucinations, » et ne les crurent pas ^, »

Ils pensaient sur la résurrection de Jésus, à peu près comme les Pontifes.

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