‹ Annales de philosophie chrétienneChapitre 117 sur 122 · LB P0NT-DU-PET1T-PA · texte numérisé non relu

LB P0NT-DU-PET1T-PA

quand elle sortit de la forêt et se trouva sur le bord du ruisseau.

Mais, grand Dieu ! quelle ne fut pas la surprise et Teffroi de la jeune fiUe^ quand elle le vit rempli d'une eau trouble, et furieuse comme le Var quand il est enflé par la fonte des neiges. Cette eau se trouvait là par l'efiet d'un mal artifice d'André et des diables ; alors se voyant seule, de nuit, dans un lieu désert, avec une rivière entre elle et son père, la pauvre Rosalie sentit ses forces Tabandonner, et se mit à pleurer à chaudes larmes.

André, qui était caché près de là, entendant ses plaintes, s'avança vers elle.

— Ah ! lui dit la bonne 91le, au nom de Dieu et de sa sainte Mère, André, tirez-moi de ce mauvais pas ; dites-moi où je suis et comment je pourrai passer ce ruisseau.

— N'ayez pas peur, lui dit le mauvais jeune homme^ vous n'êtes qu'à une heure de distance du village, et je vais vous y conduire ; je suis même bien aise de vous offrir une monture pour passer le ruisseau et vous porter chez vous. C'est un âne que j'ai acheté aujourd'hui même à la foire de Briançonnet ; voyez-le, il a une bride neuve, une barde neuve, il semble préparé pour vous recevoir.

La confiante Rosalie allait mériter sur cet âne, quand elle s'aperçut qu'il avait les pieds fourchus , alors, s'approchant de lui, elle lui fit sur l'épaule^ avec son doigt, un grand signe de Croix, et l'âne, comme s'il avait été mordu par la Tarente, disparut en grimpant comme un chat maigre le long des rochers.

Alors, effrayée et tremblante, Rosalie se remit à pleurer. Andréa un peu étonné, lui dit, pour la consoler :

— Ah ! j'avais oublié de vous prévenir que ma monture était parfois un peu vive ; mais venez, remontons le ruisseau, et nous allons trouver un pont sur lequel nous passerons.

En effet, la jeune fille voit bientôt devant elle un pont bien fait et bien solide, large, facile, et tout neuf; mais elle se garda bien de se hasarder dessus avant de l'avoir éprouvé* Or^ voici répreuve que. lui suggéra son bon ange.

11 faut savoir qu'elle avait toujours sur elle son cha-

pelet et les reliques de quelqae sainte ; outre cela^ elle portait encore un scapulaire, auquel elle avait attaché un petit morceau du cierge bénit le jour de Pâques, et une feuille de bois bénit le jour des Rameaux, pour se préserver du tonnerre. Elle les tira adroitement de son sein, et les ayant mis dans une poche de son tablier de laine :

— Tenez, dit-elle à André, si vous portez ce tablier jusqu'au milieu du pont, et que le pont tienne, j'y passerai.

André le porta en effet ; mais il semblait redouter d'arriver jusqu'au milieu.

— Avancez encore un petit pas, lui criait la jeune fillC; encore un petit pas...

André fit un petit pas... Mais, ô Jésus-Maria ! au même instant mille feux se croisèrent, un bruit effroyable se fit entendre, André disparut dans un noir tourbillon de fumée ; le pont allait s'abîmer, quand une Femme vêtue de blanc, brillante comme la lune pendant la nuit, tenant un bel Enfant dans ses bras, apparut au milieu du pont.

Sainte Vierge, lui dit aussitôt Rosalie en se prosternant à deux genoux, venez à mon secours, car je suis perdue !

Et déjà la sainte Vierge lui tendait la main ; elle la fit passer sur le pont, qui, depuis ce moment, n'a pas perdu une seule pierre, et la ramena en un clin d'œil dans la maison de son père.

G*est là que, après avoir vécu heureuse durant de longues années, elle mourut comme une sainte.

Pour André, oiï le retrouva le lendemain à côté du pont; son visage était plongé dans une petite mare d'eau ; quatre bœufs revenant le soir du travail l'auraient épuisée sans étancber leur soif, qt pourtant il s'y était noyé. Quand on le releva, tout son corps était noir comme du charbon, et lorsqu'on l'enterra, le fossoyeur assure que, ayant voulu voir son visage, il n'avait plus trouvé qu'un tronc de bois informe. — Les Diables l'avaient emporté en corps et en âme dans les enfers.

Voilà ce que devinrent André et Rosalie.

Quant à la caverne et au pont, ils existent encore^ et tu pourras les voir quand tu seras grand.

— Et l'âne, dis-je aussitôt à la mère Marguerite, cet âne,

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