DICTIONNAIRE PRATIQUE DE L'ANTIQUITÉ
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Patrice CHAUVIERRE'
L'auteur dit sur son froatispice : <c ouvrage également » utile aux hommes du monde, aux élèves des lycées, des h collèges et autres maisons d'éducation. » Nous adhérons à ce jugement; nous ajouterons seulement que ce Diction-naire est encore très-utile à tous ceux qui s'occupent d'archéologie ou d'histoire antique, et surtout aux professeurs laïques et ecclésiastiques. Quelque savant que Ton soit, on ne peut tout savoir et la science de l'antiquité est immense; elle s'étend sur tous les moments et sur tous les monuments des âges passés. Il est non-seulement utile, mais encore nécessaire d'avoir sous la main le nom de toutes les choses antiques, avec des explications brèves, claires, et indiquant presque toujours l'auteur qui les a conservées, et que Ton peut consulter pour de plus grands développements.
L'ouvrage se compose d une introduction où l'auteur expose quel but il a eu en composant ce Dictionnaire^ combien il était nécessaire en oe moment pour compléter ce que les dictionnaires antérieurs n'avaient pu donner.
Il donne la liste des nombreux ouvrages qu'il a dépouillés et concentrés dans son petit volume, liste si utile pour tous ceux qui se livrent à l'étude des antiquités grecques, latines et bibliques.
* Un Yol. in-12 de xxxy-493 pages. Paris, librairie Casimir Pont, rue Richelieu, 97. 1875.
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Puis vient son Dictionnaire ; nous l'avons parcouru avec soin, et nous avons reconnu qu'il peut être d'un grand secours pour tou3 ceux qui lisent et qui étudient Thistoire, et qui à chaque instant rencontrent des mots exprimant des usages qu'ils ne connaissent pas, ou dont ils n^ont qu^une notion imparfaite. Selon notre coutume, nous choisissons un article pour faire connaître la manière de l'auteur.
Voici l'article Temple de Jérusalem^ qui, nous en sommes assurés^ complétera, pour nos lecteurs, tout ce que dojs avons dit et ce que nous dirons encore sur ce Temple célèbre :
« Il est assez ordinaire d'avoir une grande idée de la magnificence du temple bâti parSalomon, et rétabli au retour de la captivité dans la même forme et la même disposition; mais il est rare qu'on ait de tout l'ensemble des bâtiments, dont la vaste enceinte portait le nom de Temple, la connaissance au moins nécessaire à l'intelligence de bien des passages de l'Ecriture.
Le temple de Dieu, proprement dit, était un édifice séparé de tout autre, et environné de tous côtés par un grand espace qui lui servait de parvis. Tout le dedans de cet édifice était lambrissé de cèdre depuis le haut jusqu'en bas. Salomon fit couvrir tous ces lambris de plaques d'or très-pur, attachées avec des clous d'or. Il le fit paver d'un compartiment de marbre très-précieux qu'il couvrit d'an parquet de sapin, tout revêtu d'or.
Cet édifice était divisé en deux parties, dont la plu<i reculée, dite le Saint des Saints^ avait 25 coudées de long, 30 de haut et 20 de large. Là éia-HV Arche de P Alliance du Seigneur, posée «ur les ailes de deux chérubins qui avaient chacun 10 coudées de haut, et qui étaient faits de bois d'olivier tout revêtu d'or. Cette partie la plus retirée était fermée par une cloison qui avait deux portes d'olivier, ornées de chérubins en bas-reliefs, de palmes et de festons tout couverts d'or. Au-devant de cette cloison était un voile d'hyacinthe, de poupre, d'écarlate et de fin lio, relevé en broderie.
PAR M. l'abbâ CRAinrtSR&S. 1285
On employa 600 talents d'or, qu'on évalae à près de 19,000,000 de notre monnaie, à cette seale partie appelée le Saint des Saints, où il n'était permis qu'au seul Grand- Prètre d'entrer, et seulement une fois Fannée.
L'antre partie de cet édifice, du temple proprement dit, appelée le Saint, avait 40 coudées de longueur, & partir du voile qui la séparait du Saint des Saints. Salomon fit faire un autel d'or, qu'on plaça au milieu du Saint, pour y brûler des parfums; dix grands candélabres ou chandeliers d*or à plusieurs branches avec leurs lampes, cinq à droite et cinq à gauche ; dix tables d^or pour les pains de propoisition, et un nombre prodigieux de bassins, de coupes et d'autres vases d'or pour les différents usages du teûiple. Les portes du Saint étaient ornées de sculptures, et couvertes de plaques d'or.
Il faut bien remarquer qu'il n'était permis qu'aux seuls prêtres d'y entrer, et, de plus, qu'ils ne le pouvaient que dans leur ordre et dans leur rang qui était marqué par celui des familles sacerdotales. Les lévites mêmes en étaienttoujours exclus; et il parait, d'après l'Evangile, qu'un seul prêtre à la fois, et désigné par le sort, était admis à y offrir des parfums sur l'autel d*or destiné à cet usage.
Vis-à-vis des portes du temple proprement dit, il y avait un irès-grand autel d^ airain,- appelé aussi V autel des holo^ caustes; il était au milieu d'une vaste cour qui s'étendait tout autour de l'édifice, et qu'on nommait le parvis intérieur ou le parvis des prêtres j parce qu'il n'était permis qu'aux prêtres et aux lévites d'y entrer. La vue des bâtiments qui environnaient ce parvis était à l'abri des regards du peuple, qui ne pouvait apercevoir que de loin ce qui se passait là, par les issues des portiques qui y aboutissaient. C'était sous ces portiques qu'il se rassemblait pour prier et pour adorer, comme iji le faisait ausçi dans un autre grand parvis, appelé le parvis d'Israël. '
Il y avait beaucoup de portiques dans toute l'enceinte des bâtiments et des parvis, compris sous la dénomination générale de temple, et tous ces portiques étaient divisés en deux ordres. Les uns étaient ouverts à tout le monde, aux
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étrangers comme aux Jaifs, aux Gentils comme aux prosélytes, à ceux qui étaient purs et à ceux qui ne l'étaient pas. Cet ordre de portiques ou galeries était séparé de l'autre par un espace considérable.
Celui-ci, élevé au-dessus du sol par une hauteur de quatorze marches, n'était accessible qu'aux seuls Juifs, et il ne leur était pas permis d'y entrer, s'ils avaient contracté quelque souillure légale. Outre l'espace qu'il y avait entre ces portiques et ceux qui étaient accessibles à tout le monde, ils étaient encore séparés par un mur haut de trois coudées; et des colonnes placées de distance en distance portaient des inscriptions qui défendaient sous peine de mort à tout étranger de passer au delà de ces redoutables barrières * .
C'était dans une des galeries accessibles à tout le monde et la plus éloignée, non-seulement du temple proprement dit, mais encore des portiques et des parvis destinés à la prière et à l'adoration, que se faisait le commerce des bœufs, des brebis, des pigeons, etc., destinés aux sacrifices. Ce commerce, qui avait un rapport immédiat avec Tautel des holocaustes et le ministère des prêtres, paraissait au moins excusable, s41 n'était pas absolument légitime; cependant Jésus-Christ, qui était si doux et si patient, fit éclater deux fois son zèle et sa sévérité contre ce trafic qui déshonorait la maison de Dieu, à cause sans doute des fraudes qui s'y commettaient, et pour enseigner à respecter la maison de la prière.
Quand Jérusalem fut prise par les Romains, le temple, malgré les ordres que Titus avait donnés pour le conserver, fut enveloppé dans Tembrasement et la ruine totale de cette ville. Cela devait être. Ces prophètes, plusieurs siècles avant l'événement, en avaient motivé l'arrêt terrible, en prédisant le crime qui en serait la cause.
L'empereur Julien, qui sentait toute la force de cette preuve de la vérité des prophéties à l'appui de la rehgion
* Les Annales ont donné récemment le fac-similé d'une de ces oolonntf on stèles, avec IMoscriplion dont il est parié ici, dans le cahier de Janvier d-dessus, p. 12.
PAR M. l'abbé CHAUVIERRB. S37
chrétienne, entreprit d'anéantir ce témoignage en rétablissant le Temple et en rappelant les Juifs ; mais tout ce qu'il fit pour cela ne servit qu'à le rendre encore plus fort et plus éclatant. Ce prince, ayant fait amasser une quantité prodigieuse de matériaux, envoya de toutes parts des Juifs et avec eux d'autres ouvriers à Jérusalem, et ordonna à s^s trésoriers de fournir l'argent nécessaire pour la reconstruction du Temple, qui devait coûter des sommes immenses. On se mit bientôt à l'œuvre et on travailla jour et nuit à déblayer l'emplacement de l'ancien temple et à enlever ses vieux fondements. La démolition était achevée et, sans y penser, on avait accompli dans toute sa rigueur la parole de Jésus-Christ, que de ce temple il ne resterait pas pierre sur pierre. On voulut établir les nouvelles fondations, «c Hais il sortit de l'emplacement » même d'effroyables tourbillons de feu, dont les flammes » consumèrent les ouvriers. La même chose arriva à di- » verses reprises, et l'opini&treté du feu, rendant la place » inaccessible, obligea d'abandonner pour toujours' les tra- » vaux. » Ce sont les propres termes d'Ammien-Harcellin \ auteur contemporain, et historien judicieux et fidèle, païen de religion, attaché au service de l'empereur Julien^ .
* Voir Ammien Marcellin, Res GestŒyX. xxiii; Julianiis, c. i. Les An^ nales ont donvé le texte de tous les auteurs qui parient de ce fait dans leur tome xyiii, p. 68 et ^209 (3« série).
^ Voyez, pour plus de détails sur le temple de Jérusalem, Texcellent article du docteur Welte dans le Dictionnaire encyclopédique ds la théologie catholique^ traduit par Goschler, t. xxiii.
Sd6 LA PEUR nu PAPE. tÈ MOT DE lA SITUATION.
ipolémiqvit ratl)oUqi».
IiB MOT »B liA sivuAVionr
Par Mokseignbvr GAUME*.
Parmi les auteurs qui voient le mieux quels sont les dangers qui menacent TEglise et la société actuelle, on peut à juste titre nommer Mgr Gaume. Nul depuis 1851, où parut Le ver rongeur de la société moderne, n*a mieux vu où est le mal et où peut être cherché le remède. Outre les grands ouvragés sortis de sa plume, tous les ans presque, dans des petits opuscules remplis de science et d' à-propos, il a répandu quelques paroles qui s*appliquent, on pourrait dire topiquement, & l'état maladif de la société, et en indiquent le remède.
C'est ce qu'il vient de faire encore par une brochure de 30 pages, que nous annonçons en ce moment; nous allons en extraire quelques passages remplis d'originalité,qQi en feront connaître Tà-propos et l'importance à nos lecteurs.
Avant-propos. — Il est divinement annoncé qu'un jour viendra où l'esprit de mensonge fera des prestiges tellement séduisants, que les élus eux-mêmes, si cela était possible, seraient induits en erreur : lia ut in errorem inducantur^ si fieri potest^ etiam electi ^ .
Au premier rang de ces prestiges sataniques, il en est un qui s'accomplit sous nous yeux et qui, dans l'Europe entière, fait des multitudes de victimes; ce prestige, cVs/ . la peur du Pape.
La dissiper serait le plus grand service rendu au monde actuel, qui ne peut être sauvé que par l'amour du Pape ;
« Brochure in-8 de 48 pages. Paiis, Gaume et G'% 3, rue de TAbbaye. * MaUh. xxiv, 24.
IiA PEUR DU PAPE. LE ttOT QB LA SITUATION. 239
atteadtt que le Pape, et le Pape' seul, possède» pour les DatioQs comme pour les individus, les paroles de vie : Verba viiœ œternœ habes * .
Le monde a-t-il peur? — Chacun le seût^ chacun le dit, chacun le prouve : le monde actuel est sous Tiofluence de la peur. Comme un impitoyable cauchemar, ce sentiment pèse sur l'Europe entière. Par sa généralité, par sa profondeur, par sa durëe, la peur d^aujourd^hui n'a pas d'analogue dans les siècles passés.
Le fait n*est pas contestable : malgré tous les motifs extérieurs de se rassurer, le monde a peur. Les endormeurs ne cessent de le bercer de leurs éloges, a Ton éducation est faite, lui disent-ils, et tu vaux bien tes devanciers. Brise tes lisières ; tu es assez fort pour marcher seul dans la voie du progrès. Jamais siècle ne fut plus éclairé que toi, plus libre, plus prospère. Les agitations que tu éprouves ne sont qu'à la surface. Loin de t'en plaindre, tu dois les bénir. Elles sont les douleurs qui annoncent l'enfantcnent d'une ère plus brillante que toutes les autres. En aucun temps, l'édi&ce social ne reposa sur des bases plus solides. s>
A ces assurances répétées sur tous les tons, le monde actuel répond en conjuguant, du matin au soir, dans les villes et dans les campagnes, dans les assemblées législatives, à la Bourse et au comptoir, le verbe de la situation : * J'ai peur — tu as peur — il a peur — nous avons peur — vous ave^ peur — ils ont peur.
En regardant ce qu'il fait, lui-même cherche à se rassurer; Qt il n'y parvient. pas.
Il prend des villes réputées imprenables ^ : et il a peur.
Avec une poignée de soldats, il remporte, aux extrémités de rOrient, d'éclatantes victoires, qui mettent à la raison le plus grand empire du monde ^ : et il a peur.
Six millions de b^onnettes veillent à sa sécurité : et il a peur.
Avec une facilité prodigieuse, il dompte les éléments,
* Jotn^ VI, 6d.
' Séba6lopol.
' L'e&pédiiioD de la Chine.