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LA PEUR DU PAPE, LE MOT DE LA SITUATION

perce les montagnes -^ comble les vallées, supprime les distances : et il a peur.

Rapide comme l'éclair, un feu mystérieux,inessager de sa pensée, la fait voyager dans les airs comme dans les profondeurs de l'Océan : et il a peur.

Soumise à sa volonté, la vapeur le transporte loi-mème avec une telle célérité, qu'en six semaines il peut faire le tour du globe : et il a peur. '

Grâce aux secrets de la nature découverts par son génie, il multiplie les merveilles de ses arts et de son industrie. De ses millions de bras, le commerce embrasse tous les peuples et crée la fraternité universelle des intérêts : et il a peur.

Des mines d'une richesse incalculable lui ont été découvertes, l'or en abondance coule de ses mains ^; dans ses vêtements, la soie a remplacé la bure : la nature entière est devenue tributaire de son luxe ; sa vie ressemble au festin de Balthasar ^ : et il a peur.

Les nations ont peur des nations. Les rois ont peur des peuples; les peuples ont peur des rois. Les partis ont peur des partis. Le patron a peur de l'ouvrier; l'ouvrier a peur du patron. Les pauvres ont peur des riches ; les riches ont peur des pauvres. La société entière a peur de quelqu'un ou de quelque chose : peur du présent, plus peur de l'avenir. Le présent n'offre qu'un point d'appui chancelant; l'avenir est incertain. Plein d'espérance pour les uns, de terreur pour les autres, de mystère pour tous, il est par tous attendu avec anxiété.

Ce sentiment de crainte /îst trop général pour n'être pas fondé.

Pourquoi a-t-il peur? — La peur provient de la craiute d'un danger réel ou imaginaire. Elle est personnelle, nationale ou universelle. Personnelle, elle peut n'être pas fondée; nationale, elle est moins sujette à l'erreur; uni-

* Le mont Cenis.

' RepleU est terra argento et auro , et non est finis thesaororam c^u

( Is., n» 7).

' in eadem hora appamerunt digiti , quasi manus hominis scribentis contra candelabrum in superficie parietis aulae regtae : tune faciès régis commntata est (Dan. y, 5).

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verselle, elle est inlaillible. C'est un instinct providentiel qui avertit une époque d'un danger universel; qui l'invite à se recueillir et à se rendre compte de ses tendances, afin de voir en quoi, sous des apparences de rectitude, ces tendances conduisent aux abîmes.

Or, le monde actuel a peur, et il a raison. Pourquoi? Parce que, malgré toutes les assurances contraires, il sent qu'il n'est pas dans l'ordre; et, quoi qu'il fasse, il ne peut se dissimuler que le châtiment est le salaire infaillible du désordre.

Pourquoi n'est-il pas dans l'ordre? Parce qu'il viole la loi fondamental^ de son être. Pas plus que l'homme indi-^ viduel, les nations, qui ne sont que Thomme collectif, ne se sont faites elles-mêmes. Comme les astres qui brillent au firmament, comme les oiseaux qui se jouent dans les airs, comme les plantes qui couvrent la terre, comme les poissons qui peuplent les océans, les nations doivent dire : « Ipse fecit nos, et non ipsi nos ; ce n'est pas nous qui nous sommes donné l'être, ni les lois conservatrices de notre être ; nous les avons reçues *. »

Vouloir vivre sans les observer, ne nous appartient pas plus qu'à l'être animé de prétendre vivre sans respirer. La. violation de ces lois, inévitablement suivie du châtiment qui les sanctionne, produit la peur. Si la violation est d'une loi fondamentale, si elle est universelle et permanente, elle produit la peur profonde, universelle, permanente, inguérissable. Puisque telle est la crainte du monde actuel, il faut que la loi violée, universellement violée, opini&trément violée, soit la plus fondamentale de toutes les lois.

Quelle est la loi violée^ — Puisque l'homme, individuel ou collectif, ne s'est pas fait lui-même ; puisqu'il n'est, ni ne peut être le produit d'atomes fortuitement accrochés les uns aux autres ; ni le perfectionnement d'une carpe, ni le fils d'un singe : il est donc l'ouvrage d'un Être supérieur, existant par lui-même. Cet Être , qui s'appelle d'un nom

* Qnid babas quod non accepistit Si autem accepisti, qnid gloriaris quasi non acceperis (/ Cor,^ iv, 7.)

5H^ Ul peub bu pa?e. lb mot db la sntrATioN.

au-dessus de tous les noms : Je suis celui qui suis : Ego sum qxd $umy est le créateur de toutes les choses visibles et invisibles, visibilium omnium et invisibilium. De son existence, de sa puissance, de sa sagesse, de sa bonté, sont autant de témoins les créatures qui nous environnent, depuis Finsecte caché sous Therbe, jusqu'au soleil dont les rayons vivifient, en les éclairant, toutes les parties de l'univers.

Cet Être, principe et fin de tout ce qui existe, pas un peuple qui ne Tait connu ; qui ne Tait adoré ; qui ne Tait invoqué ; qui ne Tait reconnu comme le suprême Législateur de l'univers *.

Avec raison; Tabsifrdité la plus colossale serait de supposer qu'après les avoir tirées du néant, cet Être infiniment puissant, infiniment sage, infiniment bon, aurait abandonné à l'aventure ces créatures ouvrage de ses mains, sans leor faire connaître leur fin, sans leur donner les moyens de l'atteindre.

Cette fin n'est autre que lui-même : univetsa propter semetipsum operatus est Dominus ^ ; en sorte que tonte la création, descendue de Dieu, doit remonter à Dieu.

Ces moyens sont les lois des êtres. A l'observation de ces lois sont attachés la conservation des êtres et leur perfectionnement. La violation de ces mêmes lois constitue le désordre qui conduit au malaise, à la dégradation, à la ruine.

Entre toutes les lois divines, quelle est celle dont la violation est le cauchemar du monde actuel ? Nous venons de r indiquer : c^est la grande loi qui régit P univers y aussi bien les créatures inanimées que les créatures animées^ intelligentes et libres, et en vertu de laquelle toute créatnre doit tendre à sou centre. La pierre lancée dans les airs redescend vers la terre, centre d'oCL elle a été tirée et liea de son repos; les fleuves, les rivières, les plus faibles mis*

1 Nusquam gentes ad falsos deos adeo sunt delapsœ, ut opînionem aaiîtte» rent unius veri Deî, auctoris cujuscumque naturae (S. Aug., Contra Fatufum. l XX, 0, 10; Pal. laU^ U 42, p. 283.)

* Prov, XVI, 4.

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