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lorsque Clolaire III avait la Neustrie, lorsque Childéric avait TAustrasie, Thierry, également fils de devis 11^ était sans couronne ^ La tâche que nous avons prise est assez forte sans penser à l'étendre davantage.

An 658 Erchinoald, après un gouvernement de dix -neuf ans, mourut et fut remplacé par Ébroïn '. D'abord, celui-ci parut n'avoir quCide la vigueur et de Tordre; pour preuve de ses intentions, il préposait comme comte du palais, cornes palatii, sur tout ce que nous appelons aujourd'hui le pays de Caux, Waninga, son ami^, homme pieux. Il finit par user de dureté 4; si un leude lui apportait quelque résistance, il l'éloignait et s'emparait de ses biens; si la régente voulait rappeler une des pensées d'Œga , ou même d'Ërchinoald, il faisait comme si le pouvoir de cette mère du roi fût absolument nul. Bathilde voulait que toute personne de la vieille race gauloise fût assimilée aux Franks, quant aux impôts ^ ; 'elle se faisait ainsi chérir le long des rives de la Seine; elle était même aidée par deux leudes, Leodgard et Sigebrand ; mais Ébroïn se moquait de ces principes d'équité et des leudes ^, qui lui conseillaient cette sage mesure de politique; il ne pensait qu'à grossir le trésor* Bathilde crut qu'elle irriterait le pays, en se retirant dans son monastère 7 j la volonté d'Ébroïn en imposa aux leudes, aux évoques et à tous les sujets gaulois.

(1) Peyronnet, 2, p. sas. (a) L'Art de vérifier les dates place le fait en 659. (3) Clérot, Mercure, 1736.

(4) Ladvocat. — Peyronnet, t. 2, p. 225. — M. Michelet, p. 43. — Th. Lavaliéc, t. I, p. 120.— Cordemoy, p. 340.

(5) Peyronnet, t. 2, p. 227. (6) Sim. de Sismondi, t. 2.

(7) Hénault, p. 27. — Millot, p. 87. — Ladvocat , v© Clotaire m.— Sim. de Sismondi, 1. 1, p. 81. —Arnaud d'Andilly.

ANNALBS DES CAUGHQIS. 3

L'an 658 est encore notable poar nous : 1 ^ par la mort de Frédégaire ^ ^ cet auteur bourguignon , sur l'érudition et la bonne foi duquel des dissentiments s'élèvent y mais auquel nous rendrons la justice d'avoir prouvé par la déclaration des dates qu'il appelait la critique, loin de la craindre; 2*" par ce rapprochement que Marculfe recueillait alors les chartes sur les duchés^ les patriciats, les comtés , en faveur des FrankSy des Romains, des Bourguignons ; il nous en a laissé les formules ^ : on y voit beaucoup de mots franks latinisés.

Ébroïn cependant voulut aussi se rendre favorable am m ceux qui pensaient de nouveau à fonder des ordres monastiques. Il favorisa l'abbaye de Fiscannum ou Fécamp, de l'ordre de Saint-Benoît, et le jeune Clotaire fut même présent à son inauguration^. Il encouragea la correspondance de saint Ouen avec Rodobert, évéque de Paris, à l'occasion de la mort de saint Éloi^. Il encouragea Babo tenus qui fondait des églises et des hôpitaux ^.

Il fournit des fonds pour l'établissement de l'ab- An m baye de Saint-Ouen de Rothomo , abbaye qui a pris une si grande importance ^.

Il y avait loin , comme on le voit , de la position de la Neustrie, sous le rapport de la religion, avec les bords de la Loire : là , un concile tonnait contre la vénération de certains chênes et de certaines pierres 7 j en Neustrie tout devenait soumis à TÉglise et au

(1) HénauU, p. 37. (2) Marculfi Monach. formula ab H. Bignonio; Cramoisi y 1665.-— Velly et M. Sim. de Sismondi citent Frédégaire.

(3) Duplessis, t. 8.— Ordéric Vital, 1. 11 , p. 6. — M. A. Le Prévost, noies. (4) Pommeraye, p. 142. (5) Dict. hist.

(6) Masseville, t. 1 , p. 3î3. — V. Hist. de Fabbaye de Saint-Ouen.

(7) Acad. celtique» p. 205.

pouvoir monastique 9 qui se conciliaient à merveille. Alors cet esprit monastique agit sur les âmes craintives; alors les miracles incroyables se racontaient; alors aussi les testaments, dictés dans les derniers instants de la vie d'un leude ou d'un fermier, commencèrent à enrichir, au delà de toute mesure, les couvents, créés d'abord pour n'être qu'un refuge; le rétablissement de la santé, attribué bien plus aux prières des moines qu'à l'efiTet de la science des médecins, amenait des donations immobilières importantes dans \epagm Tellau ^.

An 661 De cette époque datent la fondation de l'abbaye des dames de Saint- Amand, due au zèle de Amandus, évêque d'une ville située sur le Rhin *, la fondation d'un deuxième couvent pour trois cents religieuses à Fécamp 3, par Waningue , dont nous avons parlé.

Pour autoriser tous ces établissements , Ëbroïn ne consultait aucun pouvoir^, et Glotaire III était trop enfant, et méritait le titre de roi fainéant. Le maire recevait des dons importants des fondateurs, et cela ne lui coûtait rien d'accorder des terres et des apanages.

An 662 Nous avons vu que Bathilde s'était retirée dans un couvent, pour le laisser agir en despote. Le maire assignait au monastère où elle se retirait dix fermes considérables, avec défense aux juges royaux de l'y troubler^.

665^664 L'asservissement des campagnes, le despotisme d'Ilbroïn, forment encore de cette époque un de ces

(1) M. A. Le Prévost, 1840 , p. 6.— Langlois, Essai sur saint Wandrille.

(2) Masseville , t. 1 , p. 323. (3) Duplessis, Neustria Pia , dit 662. — Moréri, vo Fécamp. (4) Miilot, t. 1, p. 87.

(5) Miilot, t. 1 , p. 87, 88. — M. Mennechet, 1. 1, p. 149.

moments trop calmes, qui ne fournissent pas un fait à la chronologie, mais menacent de fournir des faits trop intéressants.

On entend bien dire , et les chartes en sont restées, an m que le maire fait élever un château royal à Wattivilla '; que la forêt de Jumièges est donnée aux abbayes de Jumiéges et de Saint- Wandrille ; que, sur la question de savoir à qui appartiendrait une portion de cette forêt, on Ta donnée à Duclair*; que le prieuré de Saint-Saëns est fondé ^, ainsi que le couvent de Pa-Anw villy4; que les alluvions près de la forêt et de la ferme royale d'Arelaune, sont données à Tabbaye de Jumièges ^, dont les possessions ont quatre lieues de tour ^.

Mais les leudes de Neustrie et d'Austrasie se lassèrent , comme la masse du peuple , de ce mépris de leurs droits , et regrettèrent Balhilde. Si ces leudes ne furent pas immédiatement d'accord sur ce qu'ils allaient demander 7, ils se plaignirent du moins ensgmble de la mauvaise administration de la justice^. Puis, Childéric et Thierry se disputaient l'Austrasie; le suffrage des grands de Neustrie devait décider entre eux^; Èbroïn, à la vérité, vint encore proctemer Thierry, sans attendre leur opinion'^, mais alors leurs

(1) Soc. des Ant. de Norm., 1836, p. 445. (2) Mabillon» 1. 1, p. 506. --Duplessis, t. a, p. 206.

(3) MasseTille, t. 1, p. 32i. (4) Id.— Neustria Pia.

(5) La Soc. de THist. de Fr. dit que la donation a eu lieu au profit de saint Wandrille, 1836, p, 436 ; c'est une erreur prouVée par les titres de Tabbaye de Jumièges : Tabbaye de Jumièges a cédé ces alluvions par des lettres que nous analyserons plus tard.

(6) T. Duplessis, t. 2. — Descript. géogr. et hist. de la haute Normandie.— Hist. des ducs de Normandie, éd. de la soc. de THist. de Fr.

(7) M. Mennechet, t. 1, p. 142.

(8) M. Peyronnet,t. 2, p. 236.— Anquetil. (9) M. Gaillard. (10) M. Mennecbet, 1. 1, p. 143.

forces se réunissent ; on menace de se servir du feu grégeois inventé par Gallinian ' ; Ébroïn est abandonné par ses créatures, même par Waningue; Chil-

AB m déric est proclamé par les leudes^. Ébroïn est enfermé au monastère de Luxeuil^, non pas comme moine volontaire, mais comme recommandé à la vigilance des supérieurs. Son Thierry est abandonné; on lui coupe aussi les cheveux ; et on le relègue à Saint- Denis 4.

AB 670 Le pauvre Glotaire III , qui n'a fait que passer sur le trône neustrien une enfance insignifiante, vient à mourir 5. Thierry du moins veut avoir la Neustrie, et Ébroïn, qui l'apprend, veut redevenir ministre. Les leudes font conduire le corps du roi décédé à Chelles; on dépose ses restes dans les caveaux du monastère où sa mère est religieuse ; puis les leudes ^ , croyant la division du royaume nuisible, proclament Childéric roi d'Austrasie , de Bourgogne et de Neustrie 7, sous le nom de Childéric IL Ludegarus (saint Léger) , évoque d'Autun, son sage conseiller, s'empresse de diriger dans un tout autre sens qu'Ébroïn, une administration aussi importante^. Il déclare accorder le maintien des anciennes coutumes d'Austrasie, et de Bourgogne, et aussi celles de Neustrie^. En d'autres termes, c'était maintenir le long de la Seine tout le

(1) Dict. hisi. vo Gallinian. (2) M. Peyronnet. — Th. Lavallée, t. 1, p. 190. (8) M. Peyronnet.— M. Gaillard.— M. Mennechet. (i) Gorderooy, t. 1.

(5) Hénault, t. 1, p. 36. — M Sim. de Sismondi.t. 3, p. 66— De Serres, Inv. de Thist. de Fr., place le décès en 666. V. t. 1, p. 22. — Nous ne pouvons admettre la charte que M. Fallue attribue à radministration de Thierry; v. Soc. des ant. de Norm. 1836, p. i37.

(6) Cordemoy. (7 j Ladvocat , v^ Childéric H , v» Ébroïn.

(8) Millot, 1. 1, p. 8S. — Ladvocat, v» Childéric II.

(9) M. Leber, Hist. du |)ouvoir municipal, p. 43. — Cordemoy, 1. 1.

code théodosien , mêlé des édits rendus depuis Clovis, et appeler pour les concilier ou les interpréter, soit dans les assemblées générales , soit devant les juges, le secours des jurisconsultes. Les moines s'arrêtaient dans le cours de leurs fondations et de leurs abus ; le gouvernement prenait une allure plus politique, plus intelligente, plus modérée; puis, l'esprit monastique m eri va retrouver son ascendant; le caractère même du premier ministre aura peine à résister. Cbildéric II accorde à saint Leutberg les salines qui sont près de l'endroit où est aujourd'hui Dieppe et à l'embouchure de la vallée d'Arqués '• Il lui donne également Ulmius (Osmoy), et Warrina (Saint- Saëns)*. Tous les emplois étaient donnés aux leudes austrasiens; il fallut un grand entêtement des Neustriens pour obtenir de n'accorder les emplois en Neustrie qu'à des personnes nées dans ce royaume^; c'était, pour ainsi dire, diviser à jamais les deux États. Le roi s'irrite; il fait enfermer saint Léger, près d'Ëbroïn ^; il fait battre de An m verges un leude, Bodilon, qui lui fait des remontrances^; Ébroïn se réjouissait dans sa cellule de cette zizanie. Bodilon assassine le roi, la reine et leur fils An ers dans la forêt de Livri^. On a dit qu'ils avaient été inhumés à Rouen, mais c'est à Saint-Germain-des-Prés7. Thierry III, dont les cheveux avaient eu le temps de repousser ^, sort de son couvent ; il ne pense pas k tirer son cher Ébroïn de la cellule où il était aussi renfermé 9; mais celui-ci va créer un faux Clovis,

(1) Soc. d*émul. IS décembre 184S. — Journal la Législalure, l^*' janyier 18i3. (S) In pago Tellau.-— A. Le Prévost, Ant. de Norm. 1840 , p. 6. (3) Peyronnet, p. 249.

(4) Cordemoy, t. 1. (5) Dict. hist. yoBlitilde. — Millot, 1. 1, p. 88.— Peyronnet, t. 2 , p. 267. (6) DicU hist. r» Blitilde. — Millot, 1. 1 , p. 89.

(7) Gordenoj, U l,p. 358. (8) Millot. (9) Ladvocat. — Millot.

qu'il prétend fils de Clotaire III ; alors Thierry cède et

An 674 reprend Ébroïn pour maire, c'est-à-dire pour tyran, et celui-ci sacrifie son Clovis III ' .

On conçoit le trouble de l'administration et le malheur des peuples , quand le gouvernement est aussi peu assuré. Thierry III rappelle à la vérité quelques leudes, qui avaient été bannis ou qui Vêtaient volontairement exilés deNeustrie*; mais, en Austrasie, c'était une tout autre idée; on pensait à se conduire

An 675 sans roi ^. En ces circonstances, Ouen, l'archevêque de Rouen, cherche à prendre du crédit près du roi 4. Il obtient la fondation d'une nouvelle abbaye ^ à Saint-Saëns, en faveur de Sidonius , moine de Jumièges^. Il aide à fonder Fleury-sur-Andelle, et lui donne Saladum (le Saussay)7 et Gamapium (Gama-

An 676 ches). Il obticut la fondation de l'abbaye de la Croix- Saint-Leuffroy, dans un pays arrosé d'une rivière fertilisante; il fonde l'église sur des débris antiques^; il prépare pour des religieuses la fondation du monastère de Villave (Montivilliers)9; mais il ne s'occupe pas d'empêcher les actes de barbarie d'Ébroïn , qui mutile saint Léger, lui fait crever les yeux , déchirer la langue et les pieds, le fait conduire à l'abbaye de Fécamp, puis ordonne sa mort '*^.

An 677 Saint Ouen, à qui nous devons des notes pour l'histoire de saint Éloi", entretient une correspon-

(!) HénauU.— Masseville. («) Peyronnet.

(3) Millot. — HénauU. — Mém. de r Académ. des belles-lettres , t. 6.

(i) Pommeraye. (5) M. A. Le Prévost, notes p. 10.

(6) Duplessis, 1. 1, p. 106 (7) Soc. des ant. de Norm. 1. 11, p. 21.

(8) Pommeraye , p. 139. (9) Soc. de TBist. de Fr. 1838. — Duplessis, t. 1, p. 106. — Neustria pia. — Masseville remonte la fondation à 674, p. 32i. (10) Ursin, Vie de saint Léger. — Biogr. univ. vo Ébroïn. -Cordemoy, t. 1, p. 366. -^ Sim. de Sismoudi , t. 1, p. 81.

(11) V. la vie de saint Éloi par Monsigny, Paris, 1636, in^8.

dance active avec celui-ci^ sur l*aboIition des restes druidiques; il exécutait en partie ses conseils, quand il écrivait : « Coupez les bois consacrés au culte dee « faux dieux ' ». Il était le premier à remarquer que saint Éloi n'excitait pas au respect dû aux lois, ainsi qu'au prince^ source de tranquillité pour les peuples; ses voyages perpétuels n'avaient pour but que l'abolition du culte antique ^. Il allait mourir, laissant son ab ers nom à un magnifique monument, à un village dans une situation privilégiée, destiné à être témoin de graves faits historiques.

L'année 678 n'a de faits notables que cette mort^ et celle de la belle reine Bathildc^, dont la fin pieuse avait été digne de sa vie irréprochable , et dont les derniers regards s'étaient portés vers le tombeau de son fils.

La population neustrienne accablée, tandis que les Âustrasiens se dégoûtaient de leur roi , commençait à se lasser aussi des moines, des ecclésiastiques^, excepté de ceux qui bâtissaient des xénodoches, ou hôtelleries comme à Saint-Wandrille^. Quelques leudes neustriens s'entendaient déjà avec des leudes d'Âus- m m trasie, qui ne pensaient qu'à renverser le principal ministre; mais d'autres voulaient faire une dispute de ' limites entre les deux royaumes 7. Le chef des Austrasiens était Pépin d'Héristal. Celui-ci même arma; il avait une correspondance très-active avec quelques riverains de la Seine; on verra bientôt les effets dé

(1) Soc. des ant. de Norm. t. 10, p. 398.

(2) V. Hist. de Tabbaye de Saint-Ouen. — Le DIct. hist. dit en 689.

(3) Ordéric Vital , I. 11 , p. 6. (4) Cordemoy, t. 1. — Baillel place le foit en 680. (5) Sim. de Sismondi , p. 8S.

(6) Langlois, p. 140. (7) Cordemoy. — Vita S. Salaberg. — M. Slm. de Sismondi. « Millot, 1. 1, p. 91.

cette correspondance; on vérifiera quelles petites occasions facilitent les changements de dynastie. Ce nom de Pépin d'Héristal a un retentissement dans Thistoire : c'était un homme plein de prudence , de douceur^ de ménagement'; il a été battu par Ébroïn ^; mais, parmi les troupes qui ont été au service du vaincu y étaient plusieurs Neustriens, et ils se reconnaissaient sur le champ de bataille de Leucofo, en Laonnais^; ce n'est pas la dernière fois que nous aurons à nous occuper de la personne de Pépin, de ses projets, de sa famille; nous verrons les peuples neuslriens lui donner la main plus tard.

La seconde rencontre eut lieu sous les murs de Laon^. Ébroïn avec ses Neustriens assiégea Martin^ qui prenait aussi le titre de maire du palais, puis le fit tuer dans une entrevue. On ne savait lequel des deux royaumes, ou d'Austrasie ou de Neustrie, l'emporterait. Un leude neustrien va décider cette catastrophe qui était depuis quelque temps indécise. An esi Hermenfroy, on ne sait pas au juste sous quel prétexte, avait été dépossédé de ses biens par les ordres d'Ébroïn ^ ; il parait même qu'il avait eu à craindre pour sa vie^ : quelques contemporains prétendirent que ses vues étaient vastes, et qu'il s'agissait pour lui de soumettre les Neustriens aux Austrasiens7; toujours est-il qu'il a tué Ébroïn^, et que les effets de cette vengeance * ont été considérables. Le roi Thierry III était à la vérité sans maître ; les descen-

(1) Thouret, p. 74. (2) Dict. hist. v» Pépin. (3) Gordemoy, p. 369.

(4) Cordemoy, p. 370. — Mém. deTÀcad. des belles-lettres, t. 6.— Hénault, p. 27. (5) Ladvocat, vo Ébroïn.

(0) Abrégé de Sim. de Sismondi, t. 1, p. 80.— -Millot, p. 91.

(7) MttUié. (8) Gordemoy. — Toustain deRicheb. t. 1, p. 12.— Menneehet, t. i, p. 147.

ANNALES DBS GÂUGH01&. 44

dants des Gaulois , les descendants des Romains devaient espérer d'être traités comme les descendants des Franks-Saliens ^ Les plus sages d'entre tous ces restes de populations primitives y non encore mêlées, devaient croire que Ton fondrait un jour les coutumes, et que Ton prendrait les plus convenables au bien général ; tout dépendait cependant du choix du nouveau maire.

Le successeur d'Ébroïn fut Zaralo, ou Varaton*. Celui-ci vit du péril pour la Neustrie à laisser reprendre par les Austrasiens le pouvoir que leur avait fait perdre Ébroïn , et il se bâta de rétablir la paix avec Pépin, aux applaudissements des grands des trois royaumes^. Ce succès l'enivra, il ne put tenir au poste : son fils Gislimard le supplanta , et ne put tenir davantage "i; il fut culbuté par son jeune frère, qui se nommait Bertharius, et qui fut lui-même assommé par ses soldats^. Il faut bien le dire, quelques Neustriens voyant à découvert les projets des Austrasiens, et ces désordres pitoyables, eurent quelque regret du joug d'Ébroïn^ ; mais ils remirent encore le pouvoir aux mains deVaraton^ qui était désabusé 7.

De nouveaux leudes voyant une espèce de révolu- An 682 tion préparée par les classes inférieures, émigraient vers l'Austrasie^, pour s'entendre avec l'aristocratie de ce pays. Yaraton fit assembler des députés ou ad m leudes de toutes les parties de la Neustrie à Clichy : on lui tint bon compte, et de sa constance , et du projet de résister à Pépin d'Héristal, dont les desseins

(1) F.uilpraiid.— M. Th. Lavallée, 1. 1, p. 122. (2) Mu Ilié.— Gaillard. — Sim. de SismoDdi , 2 , p. 81. (3) Gaillard. — Thouret , p. 75. — Cordemoy, t 1. (4) MuUié. (5) Id, (6) Sim. dti Sismondi.— M. Michelet. (7) Cordemoy.— Gaillard. C^) Th. Lavallée, U 1, p. 123.

étaient enfin à découvert. Il y eut du calme autour de lui'. Il résolut mémey et pour la dignité du trône, et pour la direction des forces qui se contrariaient , de conduire tout ce qui était capable de porter les armes vers la frontière, et quand Pépin d'Héristal lui demanda de rappeler les exilés , le maire neustrien répondit : levais aller les chercher en Austrasie^.

Un ecclésiastique voulait aider aussi, autant qu'il était en lui , à cette politique de Varaton ; c'était Ansbert, d'une famille déjà ancienne en^Neustrie^, élevé dans l'abbaye de Saint-Wandrille^, qui jouissait d'une grande réputation, pour avoir préféré la vie monastique à la belle Angadréme, fille du chancelier^, qui avait eu le titre de garde des privilèges du roi, celui d'abbé de Saint-Wandrille , qtii n'avait accepté qu'après réélection le titre de successeur de saint Ouen dans l'archevêché deRothomo^, bien que celui-ci, peu de temps avant de mourir, l'eût demandé pour successeur. Il avait pris possession de son siège par un acte qui l'avait popularisé : il avait fait un grand festin, divisé en plusieurs tables; il y avait une table des pauvres, et il s'y était assis7. Il obtenait, par le don de la parole, tout ce qu il demandait; il avait assisté aux États du royaume assemblés à Clichy; on y avait remarqué son éloquence^. Pendant que Varaton marchait à la rencontre de Pépin d'Héristal , il maintenait AnM4un véritable état de calme en Neustrie^. Il voulait

(1) Gaillard. (2) On ne peut concilier ici Gaillard et M. Lavallée : celui-ci attribue le mot à Berthaire. (3) Pomroeraye. (4) Liquet , 1. 1, p. 27. (5) Pommeraie.

(6) Dict. hist. vo Ansbert. — BoUandus. — Liquet , 1. 1 , p. 27. •— Selon nous, Pommeraye, p. 139, la Chron. des arch. p. li2,SerYln , !«' vol. p: 15, et Gilbert fixent i tort la date de Télection d* Ansbert à 689.

(7) BoUandus. (S) Dict. hist. (9j Gaillard.

exciter déjà à ramélioration de la culture , et ce fut lui qui porta priacipalement les monastères à celle de la vigne, que favorisaient leurs longues et hautes clôtures'. Il se trouva même un savant , Jordan Fantôme , pour célébrer en vers les événements de cette époque. Malheureusement Texcès de fatigue avait épuisé Yaraton^ il succomba^. Son successeur fut un autre ambitieux, Berthierus, homme sans courage et sans génie ^, qui ne sut pas même exécuter les plans de Varaton.

Lorsque Pépin d*Héristal, qui l'avait jugé, vit le An m moyen de réussir, il voulut mettre le bon droit de son côté : il prétendit toujours qu'il ne voulait que le rappel des exilés, et surtout que ce n'était pas le roi de Neustrie, Thierry, qu'il combattait, mais le nouveau maire de son palais ^. Il sut se créer des partisans en Neustrie.

Beaucoup d'auteurs ont constaté les résultats deAnur cette lutte ^, justement appelée décisive^, et qui eut lieu à Testry, entre Saint-Quentin et Péronne7. Berthierus et Pépin ne furent que peu de temps en présence; l'armée neustrienne fut dissipée; le premier prit la fuite et fut frappé à mort 8. Pépin d'Héristal envoie des délégués choisis parmi les leudes neustriens qui étaient avec lui , pour disposer et les populations et Thierry III. Il promettait de laisser à celui-ci son titre de roi; mais il prenait un titre plus réel et plus productif, celui de duc et prince des Franks, ou d'au-

(1) BoUandus. — Liquet. (S) Gordemoy.

(8) Ann. met. — Gordemoy. (i) M. Sim. de Sismondi , t. 1 , p. 88.

(5) Gordemoy, p. 373. — M. Mennechet, t. 1, p. 149. — Sim. de Sismondi , p. 84. — M. PejTonnet , Hist. des Franks. — Hénaull , p. 87.

(6) M. Th. Lavallée, p. 183.

(7) M. Michelet. (8) Gordemoy.*

4i ANNALES DES CAUCHOIS.

très fois celui de maire du palais ' . Alors les Neustriens le laissèrent marcher sur Paris; il y fit une Mtrée solennelle , se déclarant duc d^Austrasie et maire de Neustrie.

A» ••« Le premier soin de ce chef réel des trois royaumes fut de faire.disparaitre leurs dénominations particulièreSy et d'empêcher qu'on s'en servît dans les relations et dans les actes *. Il voulait reconstituer celte forte monarchie qu'avait conçue Clovis, avant de songer à satisfaire ses fils. Une pensée qui semble le fond de toutes ses tentatives suivit immédiatement : ce fut l'hérédité attribuée au titre de maire ^; elle est ellemême le germe de la noblesse héréditaire que, dans nos contrées, du moins, on cherche à appliquer inutilement à une autre époque 4. Ce ne fut pas par une loi décidée au Champ de Mai , ce ne fut pas par une acclamation des leudes austrasiens, bourguignons, neustriens, que cela fut décidé; ce fut par une habitude, au sortir de la victoire; et le maire rendit, par le fait, autant qu'il le put, autour de lui, toutes les autres fonctions, tous les autres titres héréditaires, de temporels qu'ih étaient, selon l'expression dePasquier^. Nous partageons l'avis de ceux qui pensent que là finit la deuxième race^, et que Thierry, dans sa maison de plaisance^ en était le dernier roi; mais peu nous importe, puisque cet événement n'entre pas dans les divisions historiques dû pays dont nous avons entrepris les annales.

(1) Hénault.— Thouret, p. 75. (2) Marculfe, Formules, édit. 1613, ou édit. 1666. — Sim. de Sismoadi. (3) Mennechet, l«r yol. p. 149. (i) Thouret,p. lOi.

(5) Pasquier, Rech. de la Fr. — Sim. de Sismondi, 1. 1, p. 98, 99.

(6) Ghron. Brev. ex bibliolh. Ihuanâ, t. 3. — Cordemoy, 1. 1.

Un effet aussi considérable , et dont le clergé entrevoyait rapidement les conséquences pour lui, devait avoir une suite. C'était en vain que Pépin d'Héristal désignait Nordbert pour le remplacer sur les bords de la Seine ^ et qu'il allait lui-même résider à Cologne, comme au centre de son empire, en recommandant à Nordbert de rester souvent près du roi , qui résidait à Paris ' ; c'était en vain qu'il laissait une apparence des lois antérieures^ en recommandant d'assembler les leudes chaque année ^ ; qu'il excitait des revues de An m troupes 9 et que, parmi ses chefs, il désignait des leudes neustriens ; ce sentiment patriotique qui devenait un charme de l'imagination des Neustriens, depuis quelques années , repoussait les Âustrasiens et les Bourguignons qui se répandaient en Neustrie^. Ce n'étaient pas les mêmes mœurs, les mêmes physionomies ; il n'y avait pas conspiration , il y avait dissidence prononcée.

Cela se montra même, lorsque le corps de saint Ouen fut apporté à Rolhomo. Le roi des Franks et les évêques qui se trouvaient à Paris, avaient conduit le corps jusques à Pontoise ^, où commençait le diocèse de Rothomo; l'archevêque Ansbert avait convoqué tout ce qu'il dépendait de lui de réunir, et les leudes fidèles à la Neustrie qui se rencontraient là , se promettaient bien de secouer le joug des Austrasiens. Il parait constant, et un critique moderne l'a vérifié, que les ducs voulaient diviser la France en autant de

(t) Mennechet, l«r yol. (2) Anaal. Nasar. monach. ex eoU. Th. t. i. —M. Sim. de Sismondi. —M. Peyronnet. (3) Sim. de Sismoudi. — M. Peyronnet. (4) M. Th. Lavallée, t. 1 , p. Ii5.

(5) Pommeraye, p. lio et préf. de Pommeraye, p. 9. — Ordéiic Vital, 9« Yol. p. e. — BlasseviUe , t. 8, p. 891 .

duchés qu'ils étaient de ducs ; ainsi it y aurait eu un duc de Bourgogne^ un duc d'Aquitaine, un duc de Reims, un duc de Sens ^, et cela semblait convenir à ceux des Neustriens, qu'un prince avait rendus heureux dans le temps de son petit duché Dentelin.

An CM Pépin qui, avec les levées qu'il avait faites, et les récompenses dont il avait gratifié ses leudes, avait subjugué quelques voisins inquiétants^, apercevait ces tentatives, et notamment lorsqu'il revenait en Neustrie^ pour armer contre le duc des Frisons^. Il ne se regardait pas moins comme seul maire et maître de la France ^, s'il n'était pas le roi de tous les Franks*.

An «91 lient une légère hésitation : le pauvre Thierry III vint à mourir, âgé de trente-neuf ans, laissant deux fils, Gloviset Cbildebert^; le maire balança s'il ne prendrait pas le titre dont il avait le pouvoir ; enfin il ne crut pas le moment encore arrivé. Il fit inhumer, avec quelque pompe (il n'y avait pas d'inconvénient à cela), le roi défunt, à Saint-Waast d' Arras 7, église fondée par lui ; il proclama Clovis III, par sa propre volonté^, roi de Neustrie et de Bourgogne^; c'était un roi âgé de neuf ans, dont on pouvait régler les habitudes ; il déclara cet acte à l'assemblée générale du mois de mai '^, et pas une voix ne mit le droit en doute; soit qu'on espérât plus de bonheur de cette réunion, comme cela était arrivé déjà, soit qu'un homme qui a une volonté forte, une seule pensée, dans ces temps de troubles,

(1) M. Sim. de Sismondi, t. 1 , p. 84-85.

(S) Héoault, 1. 1, p. 28. (3) Cordemoy. (i) Paul Diacre, 1. 6, ch. 37.

(5) Millot , 1. 1 , p. 92. (6) Gaillard. — Sim. de Sismondi , 1, p. 89. — Cordemoy place cette mort en 690. (7) Hénault , 1. 1, p. 28. . (8) Gaillard. — Sim. de Sismondi, t. 1, p. 89. — M. Mennechet, 1. 1, p. 150. (9) Gesta rer. franc, cap. 49-50.— Ànn. Met. (10) Millot.

ANNALBS DES CAUCHOIS. M

paraisse toujours envoyé exprès par ia divinité. Un autre progrès fut marqué lorsque Pépin, dans i' assemblée de 692, à Valenciennes, en présence de Clovis, proposa de juger les graves contestations dans des réunions solennelles , et fit pour cela composer un conseil de douze évéques, douze leudes, huit comtes, huit grafions ou financiers, d'un referendarim , de deux senescalli, et d'un cancellarius '.

Les ecclésiastiques neustriens, mis sur le même pied que les leudes, eurent une autre consolation pour leur amour-propre, quand un concile national se tint à Rothomo ^. Seulement , chacun vit avec indignation et jalousie un frère de Pépin d'Héristal, en même temps qu'il portait le titre d'archevêque de Paris, prendre celui d'évêque de Rothomo , de Bayeux ; y joindre le titre d'abbé de Gemmetie, d'abbé de Fontenelle , de Boni-Clar ou Duclair 3, et se disposer à An m prendre celui d'abbé de la Croix-Saint-Leuffroi, qui venait d'être créé 4; ils comprenaient bien que cela mettait dans la main de Pépin d'Héristal toute la puis* sance publique et toutes les richesses des couvents.

En de telles conjonctures , Ansbert, le légitime ar- ad 694 chevêque de Rothomo , montra une juste liberté. Il déclara ne pas se soumettre à cette décision ^ ; sa mort sembla arriver fort à propos pour les vues de Pépin. Le 9 février, jour où elle eut lieu, est resté longtemps ad 69s comme une date réservée, en Neustrie, et l'on a attribué des miracles à son tombeau ^. Cela veut dire d'abord qu'on protestait contre le droit de nommer le

(l) Cordemoy. (2) J. Dadré, 80. — V. détails dans Pommeraye, p. 157. — Le Dict. hist. au mot Aquiliriy év, d'Évreux, place à tort ce concile en 689. (3) Duplessis. (4) Neustria Pia.

(5) Pommeraye, p, 159. (6) Pommeraye.

chef de FÉglise métropolitaiDe, autrement que par élection, puis que Ton croyait que celte mort était Teffet d'un crime et de Tirritation de Pépin % enfin que l'on voulait éterniser la mémoire de celui qui avait rendu si populaire ce mot : r Église ne thésaurise point ^.

Grippon ou Griphon qui lui succéda ^, était, sinon le bâtard, comme on Ta prétendu, au moins une créature de Pépin d'Héristal 4, et Grimoald, qui fut maire de Neustrie, était le plus jeune de ses fils ^; en d'autres termes, on voulait flatter la Neustrie par ces distinctions; on ne faisait autre chose que lui déplaire, en Tasservissant trop aux volontés du maire et de ses héritiers.

Aussi fut-elle indifférente, et à quelques succès de Pépin contre les Visigoths^^ et au décès de Clovis 1II7. Peu lui importait que son successeur se nommât Chil-» debert, qu'il portât le nom de Childebert III pour le reste de la France, ou seulement le nom de Childebert II pour elle ; que Pépin d'Héristal lui donnât le surnom de Juste ^ ou un autre ; que les évéques, se missent à changer leurs noms au moment de l'ordination ^. Elle était plus sensible à la publication que An 696 fit alors le moine Angradus de la vie de saint Ansbert'*^, parce que c'était comme une protestation en faveur de ses droits violés et de sa sagesse opprimée.

(1) Pommeraye, p. 159. (2) Pommeraye.

(3) Masseville , t. 1, p. 330. — Gilbert, p. 155.— Pommeraye. — Servin, l«r vol. p. 15. (i) Pommeraye, p. 167.

(5) Cordemoy. — M. Mennechet, 1. 1, p. 151. — M. Mullié.

(6) Cordemoy. (7) Gaillard. — Sim. de Sismondi, t. a, p. 100. — Cordemoy place ce décès en 69i.

(8) Cordemoy, t. t.- M. Gaillard. — M. Peyronnet, t. 2, p. 319.

(9) Don Martène. — Noël , Dict. hist. p. 53.

(10) Les éditeurs de Frédégaire.

Childebert II comprenait pourtant le gouvernement comme dans des temps plus éclairés; il ramenait à lui les Neustriehs : il voulait bien nettement transmettre le trône héréditairement, faire du bien avec les revenus de la couronne, paraître devant les leudes à l'assemblée de mai, chaque année; mais il entendait laisser toute Tadministration au maire; seulement, quand le maire persistait à transmettre son pouvoir héréditairement aussi, le roi n'avait pas assez de force pour y résister, et l'équilibre n'était pas encore possible * . Le maire se nomma dux Francorunif princeps et subregulus. Dans les actes publics, on disait bien le An e»7 lieu, le jour, l'année'où les actes avaient été faits , on avait le tort de ne pas dire sous quel roi ; tout tendait à faire oublier ce rôle. Les ecclésiastiques voyaient aussi que ce pouvoir exorbitant du maire leur retirait mênae leur crédit , et ils disaient tout haut que TÉglise était troublée par le§ maires^. Bénigne, en donnant à l'abbaye de Fontenelle son nom in pago Caletensi^y An 698 n'agissait qu'avec permission. Pépin eut même la pensée de partager la France entre ses fils ; une faiblesse pour la belle Alpaïde changea seule ses projets; soit qu'il l'ait tenue comme femme quand il était déjà marié 4, soit qu'il Tait eue seulement pour amante ou qu il lui ait donné le titre de concubine, qui n'avait pas la signification qu'il a aujourd'hui ^, toujours est-il qu'il en a eu un fils dont le nom est célèbre, c'est Karl-Martel ; qu'il a porté toute sa tendresse sur ce fils; que le royaume des Franks a dû à cette circon-

(1) Hénault, p. 36. — Acad. des belles-lettres, 1. 10.

(2) Pommeraye, p. 166. (3) A. Le Prévost, Soc. des ant. de Norm. 11^ vol. p. 13. (4) Cordemoy, t. 1, p. 381. ^5) Cordemoy» ibid.— Biogr. nniv. v« Ch. Martel, — Dict. hist. v» Alpaïde.

stance de n'être pas parlagé, et que c'est à la même circonstance que Childebert a dû de n'être pas rasé et mis dans un couvent.

Les principaux leudes finirent par abandonner la Neuslrie pour aller faire leur cour au maire : les principaux ecclésiastiques tâchaient d'obtenir les faveurs de ce pouvoir, et à l'exception de quelques fondations de couvents, à l'exception aussi de la publication d'un éloge de saint Romain, en vers latins % et de quelques donations dans le pagus tellau^y c'est à peine si un fait mériterait d'être recueilli. •

Le cofnmerce et la navigation donnaient cependant l'espérance d'un avenir moins despotique : ils ont toujours eu pour résultat, par la comparaison des conditions de chaque peuple, que font les marins instruits, d'amener des fusions et des réformes utiles ; des patrons , qui longeaient les côtes de la Neustrie vers la droite , se rendant chez les Scandinaves , ou bien vers la gauche , se rendant en Espagne , pays que fréquentaient les Sarrasins, rapportaient les formes de gouvernement de ces peuples et le goût pour la pondération des pouvoirs^. Si Ton ne peut attribuer immédiatement à ces remarques les effets profonds que relève un ancien ministre 4, lequel fait, à tort selon nous, remonter jusque-là la naissance delà chevalerie, du moins il est certain que des pensées sérieuses d'établir des règles de gouvernement , autres que la volonté du maire et des Austrasiens, se communiquaient le long de la Seine ^.

(1) M. Floquet, priv. de Saint-Romain, t. 1, p. 3. (2) Chron. de Fontanelle. — Ant. de Nonn. 1840, p. 6. (3) Liquet, Introd. à FHist. de Norm. p. cxlit. (4) M. de Gtiàteaubriand , Études bist., p. 396.

(5) M. Mictaelet , p. 46.

On ne se réunissait plus en plein air dans les assem- An 70s blées annuelles ' ; on entretenait les anciennes voies romaines y et on en traçait quelques nouvelles^. Bay- An 704 nus, le sixième abbé de Fontenelle, amenait beaucoup de frères dans son couvent , et Ghildebert lui donnait quelques parties de la forêt d'Arelaune^. Austreberte, fille de Befroy, fondait un couvent dans le pays de Caux^. Puis les écoles épiscopales se formèrent^, An 70» c'est-à-dire que l'éducation donnait au peuple quelques chances d'indépendance. C'était un effet cherché cer- An 707 tainement alors par le clergé, qui donnait beaucoup de solennité aux funérailles de sainte Austreberte ^, qui fondait encore en Neustrie , et T abbaye de Floriacum in Velocassibus7 ou Fleuri, et \^ monastère de Noyon sur Andelle, en l'honneur de saint Ansbert, An708 ce regrettable prélat rothomagien ^, et le monastère deBelcinac, un peu au-dessus de Gaudebec9, depuis submergé; et, sur la montagne Thuringe^ qui domine la ville de Rothomo , la chapelle de Saint-Michel-du- Mont '°.

Les pensées personnelles du roi Ghildebert II, comme on a pu l'induire, étaient favorables à l'éducation : il pensait que plus le peuple aurait d'instruction, plus il serait apte au commerce, à la guerre, à la navigation. Ge fut alors que l'écriture prit du rapport avec ce que l'on appelle aujourd'hui la ronde " ; ce fut alors que

(1) Pelloutier, 2® vol. p. 114. (2) Soc. des ant. de Norm. 1835, p. 362 et saiv. (3) M. Fallue, Soc. des ant. de Norm. 1836, p. 437.

(4) Baillet, Vie des Saints, édit. 1700. — Moréri. — Martin, Vie de sainte Austreberte, 1635. (5) M. Michelet. (6) Duplessis, Descript. de la haute Norm. (7) A. Le Prévost, notes, p. 11. — Ann. de la Soc. de THist. de Fr. 1838, p. 120. — T. Duplessis place le fait en 699. — Neustria pia, en 702. (8) Pommeraye, p. 165.

(9) Langlois, p. 8. (10) Périaus , Maisons de Rouen.

(H) Mabillon , de Re Dipl. 1681.

parurent les formules ou modèles d'actes publics et de lettres d'administration en la chancellerie et dans la juridiction ordinaire, formules recueillies par le moine Marculfe ' . Un événement sans conséquence , la mort de Drogon, le fils aîné de Pépin, termina l'année 708.

709^740 Cle fut une chose presque indifférente à la Neustrie, que la guerre contre les Allemands ^; mais ce fut un vrai sujet de tristesse quand on apprit le décès du roi.

An 744 arrivé le 1 5 avril 71 1 ^. Beaucoup de Neustriens suivirent son convoi à Choisy. On voyait qu'il fallait encore, avec un nouveau monarque, Dagobert II, âgé de douze ans 4, à la vérité fils de roi, mais qui n'était roi que parce que Pépin le voulait bien ^, qu'il fallait, disons-nous, suivre les volontés du maire.

Le maire exagérait même la pensée de l'hérédité de ses fonctions; il voulait que, comme les grands conquérants font reconnaître quand ils partent pour quelque expédition, leur jeune héritier, les Franks

An 742 reconnussent son petit-fils pour maire^^ à l'occasion du décès du roi.

An 745 Le seul événement noté en 71 3 est le décès de Grippon ouGriphon, l'archevêque 7; mais il avait de l'importance, parce qu'il s'agissait de savoir si les suffrages seraient libres, ou si Pépin les réglerait. Le maire commença par placer le jeune roi Dagobert II dans une villa ou maison de plaisance^; on a beaucoup de

(1) Marculii Monachi aliorumqiie auctorum formulse veteres, édita ab Bignonio, JCraraoisi, 1665. — Hisl. Franc, ab 708 ad 990. — Scriptores coœtanei XII, ex bibl. P. Pilhaîi, 1588.

(2) Cordemoy. (3) Sim. de Sismondi. — Hénault. — Lad vocal porte ce décès à 709. (4) Masseville , p. 63. — Hénault, p. 28.

(5) M. Gaillard , Hist. de Charlemagne. (6) Hénault , p. 39. (7) Gilbert, p. 155. (8) Cordemoy.

raisons de croire que c'est à Watteville , qui a porté longtemps le nom de maison du roi, la mare même avait le nom de la mare du roi ' ; Il chargea Grimoald ,de lui procurer les plus douces distractions de la vie. Celui-ci vint à décéder; Pépin fit demander par les leudes que le fils de Grimoald , Théodoalde, lui succédât , et il s'empressa de le décorer du titre de maire de Neustrie et de Bourgogne^. Plectrude, aïeule de Théodoalde , envoya même des troupes pour prendre possession 9 au nom de son petit-fils^ du palais du maire de Neustrie^.

Pépin allait enfin régler tout suivant ses intentions , et faire disparaître les restes de la race de ses rois. 11 imposait Rolland ou Robert comme successeur de l'archevêque Griphon^. C'est à peine s'il laissait à Dagobert le droit d'approuver une donation nouvelle d'une partie de la forêt d'Arelaune en faveur de l'abbaye de Fontenelle ^ ; mais la mort vint le sur- au 744 prendre , le 1 6 décembre ^ , et ce fut une espèce de révolution.

Les leudes de Neustrie se rallièrent, et ne voulurent, ni dn gouvernement d'Alpaïde, qui se retira dans un monastère près de Namur 7, ni de la mairie de Théodoalde, ni du pouvoir du fils d'Alpaïde, qui était entre les mains de Plectrude ^ , ni même de celui de

(1) Mém, de la Soc. des ant. de Norm. 1836, p. Ul, 442, 443, 450 et 454. (2) HénauU , p. 29. — Thouret, p. 75. — Cordemoy. — M. Mennechet, t. 1, p. 129. — M. Gaillard. (3) Gesta rerum Francorum. — Cordemoy, p. 387. (4) Gilbert, p. 155.— Chron. des archev.

(5) Soc. des ant. deNonn. 1836, p. 438, 439, 440. (6) Cordemoy.— Sim.de SIsmondî.— Millot, Hist. deFr. p. 96. — Ladvocal. — M. Mennechet, t. 1, p. 152. — Hénault, p. 29. (7) Dict. hist. yo Âlpaïde.

(8) Dict. hist. yo Alpaïde. — Gesta rer. franc— Cordemoy, 1. 1, p. 387. — Thouret. —Lad vocat. — Biogr. univ. v© Ch. Martel. — Mullié. — Sim. de Sismond!

Si ANNALES DES CAUCHOIS.

Dagoberty cet enfant de quinze ans ; ils choisirent pour maire le neustrien Ragaufried on Rainfroy ' ; ils mar-

An 715 chèrent contre Plectrude et au besoin contre Karl * ; rencontrant les troupes de Plectrude à Compiègne, ils les mirent en déroute, bien que le jeune Karl laissé en liberté par Plectrude se Tôt mis à la tête des Austrasiens ^. Ils apprennent que Dagobert II est mort le 1 5 janvier; qu'il laisse à la vérité un fils nommé Thierry; mais ils suivent l'avis de Rainfroy qui leur dit d'élire un prétendu fils deChildericII, âgé de quarante-quatre ans, qu'il appelait Daniel 4, du nom que ce prince portait au couvent , et qu'il surnomme Hilpéric II ^, Ils se reposent quelques instants au sein de la victoire, et ils placent sur le siège archiépiscopal de Rothomo, Hugues, qu'ils jugent, précisément à cause de sa modestie, digne de tous les sufl^rages ^.

An 746 Cet Hilpéric II, quoi qu'on en ait dit, quand on a voulu, dans le temps, justifier l'arrivée de la seconde race , n'était pas un roi fainéant 7 : tandis que Rainfroy ralliait des leudes et des soldats; qu'il faisait comprendre la honte qu'il y avait à obéir au bâtard d'un maire usurpateur, qui voulait soumettre la Neustrie à l'Austrasie, il tâchait de se faire appuyer par quelques-uns des pouvoirs de THeptarchie, par le roi Pelasge en Espagne, par les Frisons, par Eudes d'Aquitaine, par le roi des Lombards, par une grande partie de l'ancienne Gaule ^. Pour se rendre les populations favorables, il facilitait, au moyen d'exemp-

(1) Cordemoy, p. 388. —Sim. de Sismondi, l. 1, p. 90. —Gaillard. — Hénault, p. 29. — Peyronnet. — Millol, p. 96. (2) Peyronnet.

(3) Th. La vallée, t. 1, p. 127. — Sim. de Sismondi.

(4) Cordemoy , p. 388. (5) Cordemoy. — Hénault. — Biogr. univ. v*» Ch. Martel. (6) Pommeraye, 1. 1, p. 168.

(7) Hénault, p. 30. — Millot, p. 97. (8) Sim. de Sismondi.

lions de droits, le commerce de Rothomo et de Paris; il avait de l'ardeur, de l'activité, il s'entendait toujours et partout avec Rainfroy.

Lorsqu'il crut même le moment arrivé de se trou- ad m ver en face du jeune Karl, qui avait hérité des talents militaires de Pépin son père, il n'hésita pas un instant. La rencontre eut lieu à Vincy près Cambrai, le 21 mars ^ ; il chargea Rainfroy d'attaquer; lui-même marcha à la tête d'une partie des troupes neustriennes. Karl parut fuir : Rainfroy avançait ; Karl lui envoie Agiluf pour faire des ouvertures de négociations ; c'était une ruse de guerre * : pendant que les riverains de la Seine s'abandonnent à l'espérance d'une réconciliation , Karl fait prendre une marche détournée au gros de son armée ; il culbute et met en fuite Rainfroy et Hilpéric II; toute son armée à lui est compacte, elle marche en avant, et sans perdre de temps, vient vers cette partie de la Neustrie qui touche à la Picardie ^, vers cette même partie qu'avait longée Clovis, lors de la conquête , pour se diriger sur Paris.

Karl venait sans obstacle désormais, et s'approchait de la capitale. On lui propose une entrevue 4, mais il apporte plus de prudence qu'il n'en avait remarqué chez ses ennemis ; il livre quelques combats , tout en recevant des émissaires, et partout il est victorieux j il arrive à Paris. D'abord Plectrude se soumet. Karl ne perd pas encore de temps ; il longe la rive droite du fleuve et touche son embouchure ^ ; il force Hilpéric à se reléguer ver§Noyon ^; il laisse Rainfroy se diriger vers l'Aquitaine, et pour lui, il se hâte d'accueillir

(1) M. Mennechet. — M. Sim. de Sismondi, t. 2, p. 114, et t. 3.

(2) Cordemoy, 1. 1 , p. 391. (3) Cordemoy, 1. 1. (4) Cordemoy, id. (5) M. Sim. de Sismondi, t. 2. (6) Peyronnet.

une apparence de monarque, sans s'informer si Thierry fils de Dagobert II, ne devrait pas régner. C'est dans la main d'un certain Clotaire IV, roi fort ignoré , dit le président Hénault % qu'il réunit les sceptres de la Neustrie, de l'Austrasie et de la Bourgogne*.

An 748 Les soins dignes d'un meilleur sort , que Rainfroy donnait à la cause neustrienne , furent applaudis par les Aquitains ^. Eudes, leur duc, se mit à la tète de ses troupes et marcha avec Rainfroy; lesNeustriens, qui ne voulaient passe soumettre au joug de l'Austrasien, allaient le rejoindre, et ce fut une armée qui arriva à Soissons, Elle appela Hilpéric II, qui voulut aussi payer de sa personne ; mais les talents, mais la fortune de Karl-Martel furent encore cette fois supérieurs. Eudes eut du mal à rallier des débris et à effectuer une bonne retraite 4. Rainfroy voulait même se retirer , ainsi que Hilpéric II , dans la vie privée : un événement inattendu et qui semblait avoir peu de portée , changea leur position personnelle et l'avenir des populations.

An 749 Le triste Clotaire IV vint à mourir ^. Karl-Martel, soit qu'il crût que ce fût le moyen de calmer bien des irritations , soit qu'il voulût récompenser la constance de Hilpéric II, soit qu'il regardât comme plus politique d'appeler l'héritier légitime , se contenta du titre de maire du palais sous Hilpéric 11^. Ce n'est pas tout : il créa le fidèle Rainfroy duc d'Anjou 7, et celuici accepta.

(1) T. 1, p. 30. — Cordemoy. — Masseville.-— Sim. jde Sismondi, t. 2.

(2) Thouret, p. 76. (3) M. Th. La vallée.

(4) M. Gaillard. (5) Hénault. — Sim. de Sismondi. (6) Hénault, p. 30. — Cordemoy, p. 395. (7) M. Peyronnet, p. 351. —Gaillard. — M. Menuechet , 1. 1 , p. 153.

Les peuples des trois royaumes virent celui qui était couronné, et celui qui occupait le premier rang, après le roi , dignes de leurs hommages. Hilpéric ou Chilpéric II, sans oublier la fidélité de ses Neustriens, en suivant les conseils et l'impulsion du brave Karl- Martel et en consultant au besoin Rainfroy, comptait rendre les trois peuples calmes. Déjà l'harmonie qui ad tjo existait entre lui et le maire des trois royaumes en donnait la garantie. Le roi ne montrait aucune faveur pour ses leudes ni pour le clergé ; il prohibait les augmentations extraordinaires de biens au profit des couvents, ou il exigeait de ces établissements des secours militaires ^ On applaudissait ce sage roi, lorsqu'il mourut à Noyon *. Cet événement, comme on le comprend, à cause des espérances que donnaient sa loyauté, son activité et sa confiance en Karl-Martel, fut ressenti des rives de la Seine aux extrémités de la Bourgogne et de l'Austrasie.

Karl-Martel était l'objet de tous les regards, depuis le Rhin jusqu'à l'Océan. Il appela Thierry 3, fils de Dagobert II, auquel la Neustrie donne le nom de Thierry II, pour remplir un trône qui, comme on le voit par Chilpéric II, pouvait bien être occupé autrement que par un roi fainéant. C'était un enfant de sept ans; en d'autres termes, toute la puissance revenait aux mains du maire.

Les royaumes et les partis voisins crurent que c'était une bonne occasion de fondre sur la France ; mais on se trompait : lerpouvoir était concentré comme avec un roi fort. Ainsi, en vain les Saxons "^ passaient le

(1) Thouret, p. 76. (î) Hénault. — Gesta rerum franc. (3) Hénault, p. 30. — Ladvocat , v» Chilpéric n. — Millot, Hist. de Fr. 1. 1 , p. 97. -' Anquetil. (4) Cordemoy. — Anquetil.

28 ANNALES DES GÀUCUOIS.

Rhin ; en vain les Sarrasins se présentaient vers Narbonne, et tâchaient , chose assez curieuse , à cause de l'abus de certaines abbayes , de faire des musulmans';

AD m en vain la Provence était envahie ; Karl - Martel exerçait tous ses Neustriens, tous ses Bourguignons, tous ses Âustrasiens aux armes et présidait à leurs exercices. Il les mélangeait , il les accoutumait à ne faire qu'une nation. Monastères , églises , duchés, comtés, tous les établissements lui envoyaient, bon gré mal gré, des hommes et des prestations en argent.

An 7M Pour encourager ses officiers, il leur conférait des dignités ecclésiastiques; pour encourager l'Église , il favorisait provisoirement la dîme ^. Provisoirement encore il réunissait dans les mains de Hugues, les évéchés de Rothomo, de Paris, de Bayeux, l'abbaye de Fontenelle et celle de Jumiéges^.

Il était tellement nécessaire que les leudes, ou seigneurs laïques et ecclésiastiques, fussent debout et armés, à chaque instant , que les terres n'étaient guère cultivées que par les esclaves et, le long de la Seine, par les descendants des Gaulois que l'on n'appelait que difficilement à la guerre ^.

An7j4 Aussi, de là datent, à titre d'encouragements encore, et à charge de garder foi et hommage, les concessions des fiefs et les origines féodales dont tant d'auteurs ont cherché les sources, ou dans les passions de ceux qu'ils voulaient flatter, ou dans un intérêt personnel, faiblesses qui ne peuvent pas dégrader l'historien de notre époque.

(1) Sim. de Sismondi, l. 1, p. 92. — Gesta rerum firanc. — Hincmar, ch. 17, èp. 6. — M. Mennechet , 1. 1, p. 456-457. (2) M. Gaillard , p. 68.

(3) Cordemoy, l. 1.— Masseville, t. 1, p. 330. — Pommeraye, p. 169.— Servin,t. 1, p. 15.— Gilbert, p. 155. — Langlois, p. 142.

(4) Sim. de Sismondi , t. 3.

Karl-Martel faisait de nouveaux ducs, de nouveaux comtes y de nouveaux leudes , et rendait tous ces titres héréditaires'. Il y a plus, quand une église, un couvent, une corporation, ne voulaient pas contribuer, il confisquait tout le bien et le distribuait à ses guerriers, et cela a été authentiquement reproché à sa mémoire ".

Six années sont employées par le maire , par le général en chef, par le monarque effectif, à repousser tant d'attaques, à diriger de nouveaux soldats du centre vers la frontière, à accorder des dignités nouvelles, à parcourir le royaume en tous sens, à élever des citadelles et des forteresses vers toutes les embouchures des fleuves, vers tous les défilés; à faire parvenir les levées d'argent, à répandre des gratifications, à récompenser les chirurgiens, à donner des grades ^et des drapeaux. Il fallait bien que les vassaux prêtassent des fonds quand on en avait besoin.

Hugues , qui est mort le 7 avril 730 à Jumiéges , et tous les abbés des autres couvents lui ont avancé des sommes considérables ^.

Enfin le succès se déclare en faveur d'un mérite si ad m actif. Eudes , duc d'Aquitaine , est battu deux fois 4 ; les Sarrasins sont Vepoussés avec un^ grande perte ^, et Karl-Martel revient en Neustrie avec ses ducs et ses soldats, pour leur faire prendre quelque repos^ et leur offrir de nouvelles récompenses. Il donne définitive-

(1) Boulainvilliers. — Dubos. — Montesquieu. — Jus feudale. — Thouret, p. 76. — M. Mennechet, 1" vol., ad tin.

(S) Lettre des évèques à Louis-le-Germanique, datée de Kiersy, en novembre 858, dans Baluze, t. 2, p. 10 1. — Isambert , 1. 1, p. 76.

(3) Gaillard. — Langlois, Hist. de saint Wandrille. — Deshayes , Jumiéges, p. 30. (i) Hénault , p. 30. — Cordemoy, t. S.

(5) Th. Lavallée, 1. 1, p. 185. (6J Cordemoy, t. 1.

ment à Ratbert, son favori, Tarchevêéhé de Rolhomo% à Landon^ l'abbaye de Fontenelle^.

^7M Abdérame veut venger les premiers Sarrasins et vient avec une puissante armée. Il attaque Eudes, roi d'Aquitaine^ qui, cette fois, appelle Karl -Martel à son secours^, et celui-ci, après avoir demandé en vain les Bourguignons, mais avec les Austrasiens et les Neustriens, marche à grandes journées 4, se trouve en face d' Abdérame entre Tours et Poitiers^, soutient, pendant sept journées, des combats ou , pour mieux dire, des batailles sans relâche , et autorise quelques historiens, du moins, à écrire que trois cent quatre-vingt-cinq mille hommes ont péri dans le mois d'octobre^, qu'il a fallu tant de sang répandu autour du cadavre d' Abdérame, pour savoir si le Coran l'emporterait sur rÉvangile7.

Il y eut reflux de richesses vers la Bourgogne et la Neustrie. L'armée d' Abdérame était riche et portait tous ses trésors avec elle. Les dépouilles furent immenses, et si Eudes en emportait une belle partie, cela n'empêche pas que les couvents, que les abbayes, que An 7S5 les ordres mendiants, que les ducs, que les comtes, retrouvèrent presque tout ce qu'ils avaient fourni pour la guerre; que les simples soldats même. furent enrichis. Karl-Martâ revenant vers la Seine, fut applaudi et chanté comme un libérateur^.

Les Frisons avaient été tenus en échec, pendant ce temps-là. Ils voulaient aussi, à cause des excès du

(1) Gilbert, p. 155. (2) Langlois, p. 142.

(3) Isid. Roderic— Cordemoy.— Hénault, 1. 1.— Peyronnet, Hist. des Frauks. ^ Millot , Hist. de Fr. t. 1 , p. 100. (4) MennecheL — Cordemoy. — Peyronnet. (6) Sira. deSismondi. (6) Sim. de Sismondi, t. 1, p. 93.— Hénauit. (7) M. Th. Lavaliée , 1. 1, p. 133. —Tableaux de Versailles.- (8) Ann. fuld. metens. — Cordemoy, t. le^

clergé, importer la religion qu'ils professaient et qui était un mélange de l'ancienne religion celtique et de la religion chrétienne. Karl-Martel reprend des troupes fraîches, marche vers eux, les subjugue et détruit leurs espérances '; il rapporte même des dépouilles opimes . il avait tué de sa main Poppo leur duc'.

Le temps du repos fut employé à donner de non- aa 754 veaux bénéfices aux ducs, aux autres leudes, aux soldats^; même à exciter les abbés à livrer des fiefs, à titre précaire 4. L'abbé de Fontenelle, Teutsinde, homme de guerre, qui succédait à Landon , dépouilla ainsi Saint-Wandrille des trois quarts de ses propriétés^, au profit de ses parents ou des courtisans du roi*

Eudes d'Aquitaine, par une espèce de vertige, lui An 755 qui avait été si bien traité lors de l'alliance contre les Sarrasins , a la fantaisie de s'insurger, quand il voit une nouvelle tentative de leur part^. Karl envoie contre lui, le soumet, est sur le point de réunir l'Aquitaine à la Neustrie7, et n'abandonne ce projet que sur les prières du fils d'Eudes, qu'il met à la place de son père.

Mais ce grand événement de 732 n'avait pas détruit ad 756 la religion de l'Orient, ni toutes les troupes pleines de fureur qui préféraient T Alcoran, non pas à l'Évangile, mais à la manière dont on l'exécutait. Des Sarrasins viennent envahir Narbonne, Arles, Nîmes, Avignon^: ils parlent de remonter le long du Rhône et de venir jusque dans la Bourgogne, où quelques mécontents

(1) Hénault, p. 31. — Mennechet , 1. 1, p. 162. (2) Biogr. univ.

(3) Btogr. univ. v« Ch. Martel. —Th. La vallée, t. 1, p. 134.

(4) Mém. Soc. de THist. de Fr. 1840, p. 7. (5) Langlois, Hist. de saint Wandrille, p. 142. (6) Cordemoy. (7) Mennechet, 1. 1, p. 162.

(8) M. Mennechet, 1. 1, p. 164.

les attendaient'. C'est avec ses fidèles Âustrasiens, c'est avec ses fidèles Neustriens que Karl veut les réduire encore. Avec les nouveaux comtes qui veulent mériter leurs titres, il descend la Saône et le Rhône; il attaque les Sarrasins à Avignon ^ ; il ne s'arrête pas à Narbonne qui résiste; il met le feu aux arènes de Nîmes, et nous en voyons encore les traces 3; il rase Agde et Béziers^; il revient à*Paris, et distribue, surtout dans la Bourgogne, sauf à irriter le clergé, de nouveaux biens ecclésiastiques à ses troupes. 11 continue de déclarer abbés des couvents les plus riches, les plus braves leudes qui avaient été blessés dans tant de glorieux combats.

Des insurrections s'élevaient en d'autres endroits encore; alors Thierry II, le roi nominal, meurt ^, et l'attente est encore universelle, pour savoir quel sera celui que le maire voudra bien lui donner pour successeur. Karl eut l'air de ne pas songer d'abord à le remplacer, et d'être trop occupé de la guerre pour cela^. Un an, deux ans, trois ans se passent ainsi; il se faisait nommer duc des Français 7.

An 757 Pendant ce temps, il était prié par le pape Grégoire m , de mettre le duché de Rome sous la protection de ses Frank^^. Des nonces, les premiers que l'on ait vus en France , venaient lui apporter les clefs du saint sépulcre, le nommer maire et en même temps, suivant la vieille expression romaine, consul des Franks9, et s'il ne prenait pas le titre de roi, il se laissait, comme

(1) Cordemoy. (2) Sim. de Sismondi , t. 1, p. 93. (3) Hénault, p. 31. — Mennechet. — Cordemoy. — Biogr. «niv. — Voyage dans le Midi, par Millin. (4) Th. Lavailée , t. 1, p. 13i. (5) Millot. — Hénault , p. 31. — Ladvocat. (6) M. Mennechet.

(7) Millot. — Hénault, p. 31. — Biogr. univ. v» Ch. Martel.

(8) M. Mennechet, t. 1, p. 166. (9) Cordemoy.

on voit y qualifier d'une façon équivalente; si les Sarrasins bougeaient, il ne se donnait pas la peine d'y aller; il y envoyait son frère Childebrand % avec des Austrasiens et des Neuslriens. Les Saxons lui paraissaient faire une irruption sérieuse ; il voulait bien se rendre , de sa personne , vers le Rhin, et terminait avec eux en peu de temps ^.

S'il exprimait aux moines de Saint-Leuffroy, près An tbs de la rivière d'Eure 9 ses condoléances en apprenant le décès de leur fondateur, qui avait fait un établissement si durable à l'endroit où saint Ouen avait planté une croix^, il pensait aussi à le remplacer par un de ceux qui méritaient le nom de ses fidèles.

[1 exprimait des condoléances d'une autre nature à l'église de Rothomo, parce que Ragnifridus, pour ses mœurs dépravées, avait été chassé de l'abbaye de Fontenelle^; puis, il en obtenait, bon gré mal gré, la faculté d'accorder des terres sur leurs possessions^.

Le clergé finissait par user de plaintes, de murmures, d'épigrammes ^ ; mais ce fut bien autre chose, lorsque ses projets furent un peu plus démasqués; lorsqu'il fut question de partager le royaume entre les An 740 deux enfants qu'il avait eus de Rotrude, et celui qu'il avait eu de Sénéchilde, c'est-à-dire : Pépin, Carloman et Griffon 7. Ses capitaines, les ofiiciers de son palais trouvaient tout naturel qu'il usât du royaume comme de sa conquête ; mais quelques comtes non militaires, mais le clergé, ne voulaient pas s'exposer à changer

(1) Cordemoy.— Biogr. univ. — Ladvocat , v© Childebrand.

(2) M. Mennechet , t. 1 , p. 165. (3) Moréri. — Dict. hist. vo Leuffi*oy. (A) Recueil des Hist. de Fr. t. 2, p. 661. — Dulaure, 1. 1, p. 371.—

Langlois, p. 143. (5) M. Thierry, Récits niérov. (6) Biogr. univ.

(7) Thouret , p. 78. — Montf aucon. — Masseyille. — Mennechet , t. 1 , p. 16M66.

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