II
3i ANNALES DES CAUCHOIS.
de roi à chaque victoire. Karl-Martel hésitait à braver le clergé et les leudes récalcitrants ; pois, se sentant An T4I atteint d'une maladie qai lui semblait très-grave , il ne balança plus : il était à Yerberie près de l'Oise ' ; il disposa son partage de manière que Pépin eut la Neuslrie *, la Bourgogne et la Provence ^ ; que Carloman eut TAustrasie, et Griffon quelques fractions de territoire; il onblia sa fille et les trois enfants de sa concubine^. Il présenta cette disposition à ceux que, depuis plus de vingt années , il conduisait à la victoire; les deux frères Pépin et Carloman mirent de l'enthousiasme à promettre d'obéir aux ordres de leur père expirant ^, et le glorieux maire mourut le 2 octobre, selon Vertot ^, le 21 octobre selon d'autres 7, le 22 ou le 23 selon d'autres encore ^, toujours certainement en octobre^, pleuré de ses guerriers, et peu regretté du clergé et de Griffon qui fut bien vite dépouillé par ses frères. Le corps du maire, comme celui des rois, fut porté à Saint-Denis '^.
Cependant Pépin, que l'on surnommait Pépin le bref à cause de sa petite taille, et qui se vengeait, malgré ses dix-sept ans, de ceux qui l'en raillaient, par des actes de la plus haute vaillance, au mécontentement de quelques leudes, crut voir qu'il valait mieux ensevelir une ombre de roi sur le trône de Neustrie, ne fdt-ce que pour se rendre le clergé favorable. II appela ou
(1) Peyronnet, p. 377. (2) Velly, t 1 , p. 338. — MuUié. — Gaillard. Chateaubriand, Étud. t. 3, p. 133. (3) Mennechet, t 1 , p. 165.— Peyronnet» p. 377. — La vallée, t. 1, p. 135. — Sim. de Sismondi.— Thouret, p. 78. — Michelet. (4) Cordemoy. (5) Hénault.
(6) Mém. de TAcad. des inscript, t. 4 , p. 672 et soiv.
(7) Sim. de Sismondi. — Mennechet. (8) Cordemoy. — Gaillard. — Ladvocat. — Biogr. univ.
Hénault.— Mon t&ucon.—Millot.— Michelet. (10) Héuaiilt.
laissa appeler uo prince, à la vérité, presque dépourvu de raison^ même surnommé Tinsensé^ mais issu du sang de Clovis^ à barbe postiche, avec de faux. cbe>veux longs, que les uns' croient fils de Thierry<^de- Gbelles, et les autres ^ fils de Cbilpéric ^. Il le nomma Childéric III ^ ; il déclara que c'était en son nom qu'il allait combattre les ennemis du pays, et répondre à la lettre curieuse que Grégoire III avait écrite à Karl- Martel ^.
Pépin s'empressa de se marier ; il épousa Bertrade^ fille de Garibert, comte de Laon^. Elle devint bientôt enceinte, et l'enfant qu'elle portait^ et qui est né le 2 avril 742 7, était cet autre Karl que Léon III a sui^ nommé Auguste ^, et la postérité Charlemagne. A ce nom, l'imagination ne peut s'empêcher de marcher en avant ; il faut une certaine résolution pour continuer d'aller d'année en année, et presque pas à pas.
Le premier agresseur que démonta le maire de^^^ Neustrie, fut son frère Griffon qui voulait un partage plus égal ^ ; puis, pour occuper ses ennemis les uns contre les autres , il exigeait des chefs d'abbayes de faire le service dans ses armées '^ ; Drogtegandus , abbé de Jumiéges, souriait à cette pensée '^ Quant aux leudes douteux ", qui voyaient bien qu'en ayant
(I) M. Sim. de Sismondi, p. 97. — Éginhard.^T. Layallée, t. 1, p. 135. — Peyronnet. (2) M. Gaillard. (3) Mabiilon, lib. 6, De re Diplom. (4) M. Gaillon, Pépin-le-Bref, Paris, 1817, m-8. — Thouret, p. 78. — Mennechet , p. 168. — Hénault , p. 32.
(5) Cordemoy. (6) Thouret. — Cordemoy.
(7) Égiohard, p. 15. — Les uns disent qu*il est né à Saltzbourg, dans la haute Bafière, v. M. Th. Layallée. — Dict. hist. yo Ghariemagne; les autres, à Ingelheim ; v, Ladvocat.
(8) Dict. hist. To Charlemagne. (9) Gaillard. (10) Velly, t. 1, p.3i3.
(II) Desbayesy p. 81. (12) Peyronnet.
36 ANNALES DBS CAUCHOIS.
Tair d'obéir à un roi, ils obéissaient à un duc comme eux^ f il les mettait aux avant -postes^ pour qu'ils méritassent aussi des abbayes. C'est ainsi qu'il venait à bout de battre , d'accord avec Carloman, les Bavarois, les Allemands, les Saxons, les Esclavons ', et Hunault, duc d'Aquitaine, qui était venu jusques à Chartres ^.
An 745 On conçoit que cette vie bizarre pour des ecclésiastiques, dut amener quelques désordres; aussi ce fut une pensée qui fut accueillie aussitôt que présentée, que celle d'avoir un concile. Il fut convoqué en Neuslric^. Quelles en furent les décisions? C'est un résultat qu'il faut lire dans les ouvrages spéciaux ; mais nous ne pouvons omettre que l'on insista fortement pour que les chefs d'abbayes ne fissent plus le service militaire; que c'est dans ce concile qu'a été condamnée la prétention d'Aldebert, qui assurait avoir une lettre écrite par Jésus-Christ et tombée du ciel ; qui distribuait aussi, comme reliques, des cheveux du même prophète^. Enfin, c'est d'une décision de ce concile que date l'usage de compter les années à partir de l'Incarnation ^.
Pépin regardait tellement Childéric III comme un roi imaginaire que , lors d'une ordonnance en faveur de la ville de Mâcon, on mentionne la date de la prin-
An U4 cipauté du maire, et nullement le roi régnant 7. Il y a plus; il paraît avéré qu'il l'a envoyé tout simplement dans une maison de plaisance ^ ; qu'il s'est trouvé,
(1) Velly, t. l,p. 346.
(2) Hénault, t. 1, p. 33. — Cordemoy. (3) Hénault.— Gordemoy.
(4) Cordemoy, t. 1, p. 427. —Hist. des conciles. . (5) Dict. hist. v® Aldebert , supp. v» Adalbert. (6) Ladvocat. — L. Dubois , Lisieux , t. 1 , p. 83. (7) V. Rec. générât des anc. lois franc, par Isambert, Jourd., Decruzy, p. 30. (8) Cordemoy, 1. 1, .
sans l'y appeler, au concile de Soissons avec beaucoup de leudes de Neustrie ^ ; qu'à ce concile où l'on n'a plus reconnu en tout que deux archevêques, celui de Sens et celui de Reims ^ (celui-ci pour toute la Neustrie), il a tout à fait joué le rôle dont il avait la puissance ; le maire a traité directement avec le pape ^; c'est avec lui qu'il est demeuré d'accord que les abbés ne seraient plus tenus que d'envoyer leurs hommes aux ducs, pour qu'ils se chargeassent de les instruire et de les conduire aux combats ^.
La nomination des prélats de l'église de Rothomo An 745 devient, dès lors, un peu moins intéressante: celui qui a occupé le siège après Ratbert, c'est-à-dire Grimon^, était tout à fait soumis au pouvoir temporel. Quoiqu'il n'ait plus été astreint, sous le rapport militaire^ qu'à envoyer quelques subsides pour la guerre d'Aquitaine ^, que dès lors il eût pu marquer son passage par des réformes dans le clergé, c'est à peine si l'on trouve la mention de cet épiscopat de quatre années 7»
L'usurpation du maire de Neustrie marchait pas à An tm pas ; il faisait si bien^ que son frère Carloman embrassait la vie religieuse et emmenait avec lui son fils dans le monastère du Mont-Cassin ^. Maître des rives deAiiT4T l'Océan et de l'Austrasie^, on ne le verra plus occupé que des moyens d'anéantir tout à fait le titre de Ghildéric III ■®. Consultant, à plusieurs reprises, le pape
(1) Gordemoy, p. 438. (2) Id. (3) T. Lavallée, 1. 1, p. 188.
(i) Cordemoy, 1. 1. (5) Gilbert, p. 155. (6) Cordemoy.
(7) Pommeraye. » Servin. (8) HénauU, t. 1, p. 83. — Slm. de Sismondi , p. 99. -— Mennechet , t. 1, p. 168.— Velly, 1. 1, p. 362, et Cordemoy placent le fait en 754. (9) Sim. de Sismondi.
(10) Velly, 1. 1, p. 848.— Cordemoy.— M. Michelet , p. 48. — Rec. des hist. de Fr. t. 2, p. 661. ^ DolauFe, 1. 1 . p. 371. — Dict. hist. yp Pépin.
Zacharie, il fera comprendre aux évéqaes le bien qn*an roi effectif peat faire encore '. Le sQCcessear de Gkimon sar le siège rothomagien, Rainfroy, ce même abbé qui avait été chassé de Fontenelle ', entrera ouvertement dans son parti ; il n'y anra pins que Childéric III^ de race royale , et les évéques de Neustrie recevront une lettre du pape dont le texte conservé en entier par les ËIzevirs dans leur recueil de lettres de personnages illustres dit : quil est préférable que celui-là qui a la puissance soit roi ^, et que celui qui est peu capable finisse dans un cloître.
L'occasion était plus favorable que jamais. On trouvait bien que Pépin fît des ducs, sans en parler au roi, c'est-à-dire, encore une fois, qu'il donnât à une seule personne l'administration et le gouvernement héréditaire de douze comtés"^ ou un pagus, comme par exemple , il nommait Tassilon duc du Mans ^, et un
An 749 autre de ses leudes, duc de Meulent dans le Yexin français^, un autre duc de Pistae, un autre de Vernon 7. Les Rothomagiens , reconnaissants envers Pépin,
^ *•» qui , après les avoir conduits à la gloire , s occupait de leur commerce, qui fondait une cité intéressante, tout près de la mer, la cité d'Arqués^, attendaient quel serait leur duc et furent surpris d'apprendre que c'était un Aubert qui prenait le nom de Thuringe, du nom celtique de la montagne qui domine leur cité ^ et qm
(1) Sim. de Sismondi. (S) Pommeraye, p. 79. — Servin, t. 1, p. 15. Gilbert , p. 155. (3) Cordemoy. — Mennechet, t. 1, p. 171. — Peyronnet, Bist. des Français.^ Prioeip. etiliostr. Epîst. Amat. Elz. 1644, p. 1^4.
(i) Éginhard. (5) Id. (6) Ann. de la Soc. de THist. de Fr. 1899, p. t04. (7) Soc. des ant. de Norm. Ile vol.
(8) Duplessis, p. 111.— M. A. Le Prévost De date que de là la dénomination PaguS'Tellao, pour une partie du pays de Caux. V. t. 11 des Mëm. dé 4a Soc. des ant. de Norm.
(1^) Farin ,t i, p. «8. -^ Toustain de Ricbei)ourg , t. I, p. 14.— Le iMis
ANNALES DES CAUCUOiS. 39
lui était accordée avec le tiers des revenus de toute la Neustrie. Ce duc Aubert est peu connu , cependant on sait que ce chef avait pour épouse Inda , sœur du duc de Bourgogne; qu'il est le père de ce Robert qui eut le surnom de Robert-le-Diable ^
Jjà disposition des esprits parut favorable au maire*; ^ ^ il était temps d'ôter à Ghildéric III sa barbe postiche i de le renfermer dans un monastère; mais il avait un fils; Pépin sentait bien qu'il ne pouvait pas, quand tant de pouvoirs étaient électifs , prendre seul le plus élevé de tous les titres; il jugea prudent de convoquer les leudes et les prélats à Soissons. Il fit destituer An 752 Ghildéric, se fit appeler roi des Franks^, monta sur le trône, et fut sacré le l®*" mars 752. Son épouse Bertrade fut couronnée aussi comme reine, et le pape déclara que Pépin ne tenait sa couronne que de Dieu ^. Ghildéric III fut enfermé dans le monastère de Saint -Omer; son fils Thierry, dont la chevelure semblait attendre une couronne, fut rasé et déposé à Fontenelle ou Saint-Wandrille en Neustrie ^, dont Astrulph était abbé^; mais, comme s'il y avait encore quelque chose, quelque formalité qui manquât pour que la conscience de Pépin fût tranquille ,
Thuringe existe encore sur cette montagne , v. la préf. des Chron. de Froissard , par Bucbon, p xix. — Hîst. de Rouen , par Dassouilley, p. S8.
(1) L*jBi»t. et Cbron. deNorm. p. 1.— Toustain de Ricbebourg, p. 16. -rMasseville, 1. 1, p. 67. — Cbron. de Norm. ms. de la bibl. roy. n» 8305* — Ricbard, Sur la bibl. des échevins, p. 36.
(a) Thouret, p. 78. (3) Taillepied donne des détails sur une prétendue origine de Pépin, p. 79. — Montfaucon, U' vol. — Dulaure.
(i) Le continuateur de Frédégaire. — MuHié. — Peyronnet , p. 433. — Thouret , 1. 1 , p. 84. — Ladvocat. — Isambert , t. 1 , p. 33.
(5) Éginhard, prologue de la Vie de Cbarlemagne , p. 7. — Velly, t. 1, p. 351. — Millot, p. 106. — Cordemoy. — Hénault , p. 83. — Sim. de Sismondi. — Biogr. univ. — Dict. bist. — Gaillard. ^ A. Le Prévost, notes.
(6) Langlois, p. Ui.
comme si les épigrammes de quelques leudes qui l'appelaient constamment j et par un mauvais jeu de mots y le Bref Roi le troublaient % il demanda plus tard au pape l'absolution de Tinfidélité au serment : la politique la lui fit obtenir^.
Il comprit bientôt que Tordre et les triomphes lui donneraient une absolution plus efficace encore aux yeux des leudes récalcitrants. On a retenu l'histoire du lion et du taureau; mais ce qui fut plus positif encore , ce fut sa deuxième campagne contre Griffon, dans laquelle raccompagna Aubert, duc de Thuringe^; ce fut un voyage dans toutes les parties de TAustrasie et de la Neustrie^ ; ce fut la publication du premier capitulaire sur les prohibitions de mariage , sur le divorce , sur la punition de l'inceste , sur les mariages défendus, sur l'infidélité des épouses, sur la défense aux clercs de porter les armes , et sur la défense de se remarier portée contre celui qui permettait que son épouse légitime prit le voile ^; ce fut encore une apparence de piété signalée par des dévolions au tombeau de saint Wandrille^. Le succès fut enfin sa consécration.
^ ^»5 Le chef de race intéressait les hautes classes au maintien de son pouvoir, en partageant avec elles quelques prérogatives : aux comices, il avait soin de faire intervenir les évêques 7 ; il nommait à Rothomo^ Rémi, fils de Karl-Martel et d'une concubine^;
(t) Cordemoy. (2) Mém. de TAcad. des beUes-Iettres, t. «. — DicL hist. (3) Nagerel, p. 2. (4) Dulaure, t. 1, p. 406.
(5) Baiuze, t. 1, p. 162. — Le continuateur de Frédégaire. — Recueil Isambcrt , p. 33 et 34. (0) Langlois , p. 144. (7) Mcnnechet. — Th. Lavallée, 1. 1, p. 140. — Sim. de Sismondi. (8) Pommeraye, p. 181.
(9) Peyronnet, p. 377. — Gilbert, p. 155. — La Chron. de Delamarc dit eu 756.
comme on accordait des secoars à l'Église , en habituant en même temps à regarder le pouvoir papal comme symbole de Dieu , les comices prenaient le caractère de conciles ^ Les Franks, proprement dits, allaient être un peu négligés^ à cause de Tinfluence romaine, la langue latine allait élre encore plus exclusivement employée, et les caractères romains allaient reprendre le dessus dans récriture usuelle^.
Si le pape avait besoin d'obtenir des secours contre An 754 les Lombards^, il venait lui-même en Neuslrie, et Pépin en profitait pour obtenir un second couronnement, mais de la main de TÉglise^ et cette cérémonie avait lieu dans les plus beaux jours de l'année, le 28 juillet, au milieu d'un concours immense de peuple^. Ainsi, c'est du règne de Pépin que date l'institution du sacre, au lieu de Télévation sur le pavois^. Le roi, non satisfait encore de son couronnement personnel, fit aussi sacrer ses fils Charles et Carloman^. On tint un concile à Vernon, suivant Velly7 et Anquetil, ou Vemeuil sur Oise, suivant Ladvocat; on y résolut qu'il y aurait deux synodes par an ; on arrêta que si des abbés ou des abbesses vivaient mal , l'évêque serait autorisé à les corriger; que s'il ne le pouvait, le métropolitain y mettrait ordre ; que s'il n'y réussissait pas davantage, un concile décréterait la peine. On résolut qu'aucun excommunié ne pourrait contracter mariage avec une chrétienne; mais on fut bien moins sévère que par le passé sur l'observation du dimanche, car il était seu-
(1) M. Sim. deSismondi, 1. 1, p. 98. (S) Mabillon. (3) Mennecbet. (i) Éginhard , p. 7. — Velly, 1. 1, p. 860.
(5) Gaillard. — Isambert, Lois françaises, 1. 1, p. 38. — Mabillon, de re Diplom. (6) Isambert, t. 1, p. 83. — > Dict. hist. v« Pépin. (7) T. 1, p. 366.
4j2 ANNALES DES CAUCHOIS.
lement dit que ce jour-là on ne pourrait travailler à la terre.
An 785 Gomme on n'était plus troublé par aucun ennemi sérieux , le roi préparait des règlements généraux sur les monnaies'; il abolissait Tusage de la monnaie d'or^, pour forcer à reprendre les autres; il publiait i^n capitulaire, en trente titres , sur les évéchés^ les synodes, le pouvoir ecclésiastique , la discipline des monastères, le baptême, l'administration de la justice, le recours au prince contre les jugements^.
A0 786 Flatté par les ecclésiastiques qui, à la vérité, avaient été trop peu écoutés par Karl-Martel, il publiait un autre capitulaire sur leurs privilèges^; il applaudissait à l'introduction du chant romain, qui avait lieu dans plusieurs églises et notamment dans l'église rothomagienne^. 11 donnait des fonds à Guy, l'abbé de Saint- Wandrille, pour réédifier son église qui avait été brûlée^. 11 recevait et donnait à TÉglise le premier orgue qui ait été importé dans nos pays, et qui lui avait été offert par Constantin Copronyme7.
An 75Ï Uij capitulaire, en dix-huit titres, était encore publié sur la conduite des femmes ^; de nouveaux ducs, de nouveaux comtes étaient créés : bien que Pépin eût vaincu Griffon , son frère , et son plus grand antagoniste^^ il lui assigna un apanage ducal de douze con- );rées en Neustrie, mais nous pouvons affirmer que cp ne fut pas vers Içs bords dg la Seine '°.
(1) Gaillard, p. lOâ. Hénault, p. 65. — M. Guérard , Syst. monét. sous les deux premières races. (%) Soc. de Thist. de Fr. 1838 , p. 7.
(3) GoUect. Isambert , i«r toI. p. 34. (i) Id. p. 36.
(5) Périaux, 1828. (6) T. D^plessis. — Lauglois, p. 13.
(7) VeUy, t. J, p. 368.— Dict. hist. vo Aldric. (8) Baluze, t. 1, p. 179. Isambert, p. 36. (9) Sim. de Sismondi. (le; Pciutes <fe M. Â. Le Prévost, notes, p. 13.
Il y eut encore une autre promotion féodale, lors- ^ ^"^ qu'après avoir employé ses leudes neustriensat autres contre les Saxons^ contre les Esclavons, contre les Bavarois y contre le duc d'Aquitaine , et après avoir incorporé la Septimanie à la France ', il se sentait encore plus autorisé à étendre les privilèges. Il y avait nne exception curieuse et attestée par Éginhard luimême, écrivain contemporain, c'est que l'obligation de suivre le roi à la guerre n'était pas telle que les Franks ne pussent s'y refuser*.
Pépin eut bien soin de ses chers Neustriens, lors^ ad 759 qu'il les vit inquiétés par les Bretons ^, et ne tarda pas à les délivrer de ce trouble ; on pense que ce fut lors de cette guerre que son jeune Charles fit ses premières armes '^.
Puis l'excès de la gloire amenait l'excès du pou«* ^ 7«« voir : le roi donnait une abbaye d'hommes à sa mai* tresse ^ !
Alors, comme il voyait dans son fils Charles un homme capable de continuer ses plans et même de les développer, et comme sa constitution phy^que tournait à l'obésilé, il ne s'occupait plus que de dirir ger une ambassade vers l'Orient^, ou d'établir la^n^» meilleure manière de passer l'hiver dans son palais de ■GentHly 7, ou de prescrire des prières publiques pour Tabondance des biens de la terre ^, ou d'entendre leç An 764 savants sur les effets et les causes d'une éclipse de so^ leily q«i avait lieu le 2 des nones de juin 704, À onze heures, et qui était visible à Paris ^.
(1) M. Sim. de Sismondi, 1. 1, p. 100» — Gordemoy et Ladvocat retar-
4aùi le fei^de six an», -r jBénault, 1. 1, p. 44. {%) éginhard, t i, p. 21.
(3) Aiiqw^m. (4) iQordemoy. (5) MiUot, 1. 1, p. 115. .{B} foiiemo^f^
(7)Id. (8) Isambert, t. |,p.»7. C») %W*3a?^4^ «>• ^**- ;
Oaiy sauf quelques fautes^ voici un gouvernement 80U8 lequel Tarmée était glorieuse, riche mais disciplinée ; l'Église était protégée sans être redevenue usurpatrice ; les hommes puissants soumis , et les classes indigentes occupées. Une assemblée générale
An Tes était tenue à Attigny, in Attinidco villa ', pour savoir s'il y avait des doléances publiques, et il s'en élevait peu, car^ quel bonheur en comparaison du règne même de Karl-Martel ! on décidait que désormais les assemblées se tiendraient au mois de mai, au lieu dd mois de mars, à cause de la rareté des fourrages, dans ce dernier mois ^, et puis le roi allait ensuite passer l'hiver à Aix ^. Alors, cédant aux demandes du clergé
An m de son palais, le roi des Franks publiait qu'il regardait le pape comme un Dieu descendu sur la terre ^; il laissait publier une lettre qu'on prétendait lui avoir été écrite du paradis par saint Pierre^ !
Le Ghamp-de-Mai n'était, cette année, qu'une réunion pour délivrer les subsides comme dans nos constitutions écrites.
Ce fut en ces circonstances que le roi vil se déclarer, sans remède, l'hydropisie dont il était menacé. Il était à Saint - Denis ^ ; il se 6t transporter à Paris.
An 168 Pour habituer de plus en plus Charles et Carloman à l'exercice du pouvoir, et pour accoutumer les peuples à leur commandement, il ordonnait à ses fils de parcourir ses États. Charles venait célébrer les pâques, le 7 avril, dans l'église de Rothomo 7. Il savait qu'il
(1) Éginbard, p. 143. (S) Hénault, t. 1, p. U. —Tableaux de Versailles. (3) Éginhard. (i) Sim. deSismondi, 1. 1, p. 101.
(5) Id. (6) Biogr. uni?, v» Pépin.
(7) Eccard, Corpus histor. medii aevi à temp. Garol. magni ad fin. sfic. XT. Leipzig, 1798, deux vol. in-fol. — Chron. Rotb. Delamarc. — Éginbard , t. 1, p. US. -^ Hénat^lt , 1. 1, p. 46.
aurait la Neustrie et qu'il y était désiré '. Là il montrait sa belle taille, sa belle physionomie, sa belle prestance^. Il faisait entendre sa voix retentissante^; il se livrait à Texercice de la chasse et de la natation. Il disposait, de plus en plus, les Neustriens en sa faveur, par un accès facile^. Il montrait les facultés extraordinaires qu'il possédait; il avait toujours sur lui des tablettes avec un style, bien que sa signature,
recueillie par Mabillon k^s ne soit pas digne de la
calligraphie du temps, et il prenait des notes qu'il devait utiliser. Il était instruit^; il promettait d'encourager les belles-lettres ^; il se montrait exercé sur la grammaire 7^ il cultivait même la musique^; seulement il accablait les médecins de ses épigrammes ^. Après un séjour prolongé à Rothomo, après s'être attaché plusieurs Neustriens qui ne l'ont pas quitté depuis, il parcourait les rives de la Seine jusqu'à l'Océan '**, et réfléchissait déjà aux attaques qui pouvaient avoir lieu vers cette partie du royaume, de la part des hommes du Nord ' ^ •
Charles employait donc son éloquence naturelle, son éducation supérieure, à charmer ses futurs sujets. Il se liait avec le poëte Wigbode, qui le célébrait dans ses vers". Enfin, le 8 des kalendes d'octobre (2A septembre), Pépin'^ meurt à Paris. Une charte de division
(I) Gordemoy, p. 481. (ft) Ëginhard. (3) Monach. Sangel apud Duchesne, script, bistor. nranc. (i) Ladyocat. (5) Biogr. univ.
(6) Sim. de Sismondi. (7) Cordemoy, t. 1. (8) Sim. de Sismondi, 1. 1, p. 113. (9) Millot, 1. 1, p. 134. (10) Massevilie, 1. 1, p. 70.
(II) Liquet, Introd. à i'Hist. de Normandie.
(12) Dict hist. yo Wigbode.
(18) Le DIct. hist. y» Pépin, dit qu'il est mort à Saint-jDeois. — Éginbard , 1. 1, p. 149. — Velly dit qu'il est mort à Saintes, 1. 1 , p. 375. —
a lieu entre Charles et Carlonian^ Tous les ducSi comtes^ chevaliers, leudes neustrieDS, escortaieDt Charles auquel était échue la Neustrie avec la Bourgogne ^^ tandis que Carloman avait rAuslrasie, la Septimanie et la Provence^. On se hâte de penser au sacre des deux rois, car on avait tout fait, sous le règne de leur père, pour accoutumer à cette pensée, que la couronne n'était bien confirmée que quand elle était comme touchée de la main de Dieu*
Le 9 octobre , Karl , Carolus, Charles ou Charlemagne est sacré à Noyon ^ : le même jour Carloman l'est à Soissons : l'Église accueille positivement Charles comme roi de Bourgogne et de Neustrie ^*
De ce jour naissent dans l'esprit de Charles des pensées supérieures à celles de tous ses prédécesseurs, et surtout supérieures aux dernières pensées de son père : il songeait à tenir la noblesse et le clergé dans leurs limites^, et rétractant l'effet des publications de 767, entouré des grands, il leur faisait sentir qu'il fallait faire une chose régulière et annuelle, de la convocation des évêques, des abbés, des ducs, des comtes et d'une certaine portion du peuple. Il parvenait à faire établir que ce peuple, chez lequel l'éducation s'étendait, entrât par députés, nommés au
Millot. — Ladvocat dit qu'il est mort le 23, le Dict. hist. aussi. — Cordemoy, p. 480.— Mennechet, t. l,p. 181.— Sim. de Sismondi, t. 1, p. lOS. — L'édit. d'Ordéric Vital de 1826, chez Mancel, dit 24 septembre 678, p. 344.
(1) Isambert, l, p. 87. — Montesquieu. ^ Hénault , p. 43. — Mullié.— Mennechet,t. 1, p. 182. — Biogr. univ. v» Charlemagne. — Cordemoy parle d'un deuxième partage , sans appuyer le fait d'aucune preure ; et le Dict. bist. donne TAustrasie à Charles.
(<) Hénault. — Dulaure. — Mennechet. — Ladvocat. (3) Th. Lavallée , t. 1, p. 143. (4) Éginbard. — Cordemoy, p. 482. (5) Isambert, t. 1, p. ^. M. Guizot, hist. de la civilisation.
(6) Montesquieu, 1. 31, ch. 18.
AJîNALÉS des CAÙCHÔfS. 47
nombre de douze datrs chaque comté, et leë Champs dé Mai, suivant Texpi^essioù de ThouYtt, redévenâieiit V^itabletuent des assemblées nationales '•
Charles fondait deux assemblées : l'uùe d'automne, composée des leudes lés pluâ e:^périmetités et que Ton appelait setiiotes ou seigneurs : elle préparait les projets; l'autre du mois de mai, composée d'un plus grand notnbre de rotants, délibérait sur l'acceptation ou le refus de ces propositions'; et quand le roi Sanctionnait par ce mot volumus, nous voulons , ôette expression régulière signifiait que ceux à qui on avait confié le droit d'obliger là nation, avaient décidé ce que le roi allait faire exécuter, ;et cela s'appliquait aussi aux cas de guerre quœ Franci pro lege tenenda judù caverunty et les mandataires pour l'exécution étaient les évêqués et les comtes, les délégués eux-mêmes 3.
On conçoit dès lors combien les mœurs devaient as rt» gagher sous une pareille direction. Le premier capitdlaire de Charles, applaudi par les évoques^ par les nobles, par les délégués du peuple, était porté contre les ecclésiastiques ayant des maîtresses ; il était hautement loué par le pape et par tous ceux du peuple qui n'avaient pas le caractère de délégués 4. En deuxième lieu, on statuait sur la tenue des assemblées ndli6ùales^; puis on publiait de nouveau leâ arrêtés des trois rois précédents pour qu'ils eussent^ pour ainsi dire, une nouvelle autorité^.
(1) p. M. (ft) Id. p. 87. (8) Baluze, p. 19.
(4) Id. p. 13. (5) Isambert, t. 1, p. 38.— Sim. de Sismondi, t. a, p. 229. — Capitularia reg. fran. Steph. Baluz. curante Petro de Cblniac StoI. in-fol. Parisiis, Qufllau, 1780. — Hist. de Cbàrlemagoe , par Gaillard , 4 vol. in-12.— Dict. hist. \^ Gharlemagne. — V, sur le caractère des capitulaires , H. DUpin, Discours de rentrée, 18i5, p. 9. —Ce premier capitulaire a dix-huit titres. ((() De Chiniac , p. 27.
Le roi venait à Rothonio (qui reprenait son ancien nom Rothomagus ) pour recommander lui-même aux douze prélats choisis pour le concile de Rome, lequel devait statuer sur la vénération des images , et qui devait être composé de tous les évéques d'Italie et des Gaules', de se conduire avec une prudence de nature à rendre dignes d'intérêt leur pays et le gouvernement. De cette époque datent les polyptiques ou descriptions des biens possédés par l'État , TÉglise et les monastères ^f expression remplacée par le mot de pomllés et appliqués à des états qui jettent tant de clarté sur la population, les mesures, les monnaies, le prix des choses, la condition des terres, la topographie, disons, la statistique du viii® siècle. .
Pendant le séjour de Charles à Rothomagus, la mort du duc Âubert amenait un exemple de l'héritage du titre et des prérogatives d'un duché. Richard, fils atné d' Aubert, lui succédait et rendait, de suite, hommage au roi^; tandis que le second fils , Robert, que nous avons vu surnommer Robert-le-Diable , se mettait à la tête de larrons et meurdriers au château de Thuringe"^, puis faisait un pèlerinage à Rome ^^ donnait lieu à tant de romans, à tant de drames que nous n'avons pas à analyser.
Charles tâchait de faire comprendre aux Franks et à tous ceux qui détestaient ces lois de primogéniture, quels effets ces privilèges pouvaient avoir pour fortifier le gouvernement^. Il s'inquiétait peu de ce que son frère Carloman ne voulait pas suivre son mode de gérer 7;
(1) Prud'homme , Tables. — Cordemoy. (2) V. le savant ouvrage de M. Guérard sur la polyptique, 18ii, a vol. iu-i. (3) Toustaiû de Rlchebourg, 1. 1, p. 17. — Nagerel. (i) Nagerel, p. î. (5) Nagerel. (6) Sim. de Sismondi. (7) Id.
mais il ne négligeait pas les autres relations extérieures. Déjà Didier, roi des Lombards , quoique le roi des Neustriens fût marié , du moins avec uïie concubine qui se nommait Hemeltrude , lui faisait ofiTrir sa fille Désirée S et il l'acceptait. Les Aquitains , chez lesquels beaucoup de Franks mécontents et quelques Sarrasins s'étaient rendus , voulaient le troubler; il les mettait dans une déroute complète ^, et finissait par ab tto faire la conquête de ce pays , même par l'incorporer à son royaume. Le duc Richard avait tué de sa main Gueflîer, leur duc, et sauvé Charles qui se hasardait trop 3. Qu'il soit permis à votre historien de vous le faire remarquer, Cauchois, amis de la gloire, la première victoire de Charles est remportée par les Neustriens et les Bourguignons; c'est vous qui avez commencé ce vaste empire dont nous allons suivre les progrès^.
Aussi^ d'abord, toutes les faveurs étaient pour les Neustriens; Richard devenait grand chambellan^. Lorsque Rémi, fils de Karl-Martel , évêque de Rothomagus, fut décédé , Charles le remplaçait par le Neustrien Magenardus ou Ménard , un de ses plus dévoués amis^, et l'un des premiers missi dominici à la Seine rothomagienne7; un autre, Mogeigand, était nommé par lui gouverneur d'Exmes^; Anshelmus était comte du palais^; presque tous ses chefs étaient neustriens. Le roi rendait la justice très-assidûment chaque jour^ souvent au moment où il venait de se lever '^.
(1) Millot, p. lis. (a) Biogr. UDiv.— Gaillard. (3} Nagerel.
(i) Mémoire sur les limites de Tempire de Charlemagne» par Ph. Le Lièbie, Paris, 1756. (5) Nagerel.
^6) Pommeraye, p. 194. — Servin, 1 vol. p. 15. — La chron. des archev. recule le fait de deux ans. (7) Pommeraye. (8) Soc. des ant de Norm. 1835, p. 557. (9) Éginhard, apud Duchesne, Hist. Franc, t. 9, p. 97. (10) Joannes Aventinus in ann. Boïorum.