‹ Annales des Lagides, ou, Chronologie des rois grecs d'Égypte, successeurs d'Alexandre-le-Grand;Chapitre 105 sur 105 · S ANNALES DES LAGIDES · texte numérisé non relu

S ANNALES DES LAGIDES

de ce vers sur la pierre est très-pur et sans difficulté jiî^f[Tie-là. Ce dernier mot est pi^esque effacé, et Leich s'en est autorisé pour y lire NOEMBPIOC et pour y trouver que Sabine avoit entendu Meranon le 24 du mois égyptien a lliyr qui coiTcspondoit au 20 du mois de novembre.

Tel est aussi le sens reproduit par tous les écrivains qui ont adopté le sentiment de Leich:

mais Tinlroduction du mot NOEMBPIOC dans ce septiè.ne vçrs ne pourix)it être justifiée que tout autant que la concordance qu'il donneroit d'un jour du calendrier égyptien avec un jour du calendi'ier romain se trouveroit exacte ou dans le système de l'année vague, ou dans le système de Tannée fixe égyptienne. Or, dans l'année vague le 24 athyr ne correspondit avec le 25 novembre que lorsque le i" thôth arriva le 3* jour de septembre, c'est-à-dire dans les années 45, 44> 4^ ^^ 4^ avant J. C. , conséquemment i6o ans avant Hadrien 5 dans l'année fixe , le 24 athyr ne correspondit jamais au 25 de novembre : le mot noembpioc ne sauroit donc être toléré dans ce septième vers , qui d'ailleurs seroit irrégulier dans, son mètre* Il faut donc renoncer à ce mot, adopter Aorp que la pierre indique assez positive-

APPENDIJt; 44^

ment par les quatre lettres mutilées qui y restent encore, et que M. Jacobs a préféré avec toute raison. Les deux pentamètres qui ter- 2]^inent Tinscription, seront lus ainsi :

«ITA A EXECKEK ASTP EIKOCI KAI HICTPA EIKOGTGJ nsnniTâ) A AM ATI MHl^OC AeTP.

Le sixième vers indique donc que ce fut le 3fc4 du mois égyptien alhyr que Sabine vit et entendit l'image de Memnon à Thèbes. Mais à quel jour du calendrier julien répondoit cette date exprimée ici selon le calendrier égyptien?

Il se présente à cet égard une difficulté principale qu il faut d'abord résoudre. Publius Balbinus s'est-il servi, dans cette date, de l'année vague égyptienne ou de l'année fixe? Comme Aomain, comme attaché à, la cour du prince, et dans une Inscription à laquelle le personnage qui en est l'objet donne, ainsi que l'avoient les médailles, le caractère d'un acte public, Balbinus ne pouvoit employer que le calendrier légalement établi par son gouvernement, et ce calendrier étoit celui qui avoît fait de l'année vague égyptienne de 365 jours une année fixe de 365 et un quart au moyen d'une intercala-»tion tétraétérique. Ce même calendrier est em*ployé dans la date de l'Inscription des Paeanisles,

45a ANNALES DES LAGIDES.

où le 6 du mois de mai répond au 1 1 de celui de pachôn égyptien, et cette inscription qui est de Fan i46 (i) n'est postérieure que de i5 ans environ à celle de Balbinus (2). Dans les jugemens y dans les édits et autres actes publics ^ les chefs civils et militaires, les magistrats pouvoient-ils se servir d'une forme d'année autre que celle qu'avoit instituée le gouvernement qu'ils représentoient? Pour cette raison , ce fut donc Tannée fixe que Balbinus dut employer dans cette inscription. Â cette première considération nous ajouterons un résultat encore plus concluant tiré de la nécessité qu'il y a que cette concordance se rapporte à l'époque déjà connue du voyage d'Hadrien en Egypte. Il y arriva vers le commencement d'août de l'an i3o, resta dans la Basse-Egypte pendant le mois de septembre retenu sans doute par le débordement du Nil, fonda Ântinoë le 3o octobre, et ne put se trouver sur les ruines de Thèbes qu'au mois de novembre. Or, en ouvrant YHémérologe, on trouve que le 24 athyr de l'année fixe a constamment répondu au 20 du mois de no-

(i) Gntter, cccxiv, 2.

(a) Corsini^ IV, i3a, dit qu'elle est de Fan 144.

vembre julien: on conclut donc^ sans diflSculté, de ce rapprocbement qui donne le complément des dates fournies par Tlnscription, i* que Balbinus se servit de Tannée fixe 5 2« que le 24 athyr égyptien de l'Inscription correspondoit au 20 novembre julien. Ces deux conclusions se fortifient mutuellement et sont mises hors de doute par cette autre et dernière considération, que le 24 du mois d' athyr égyptien vague ne se rapporta à Tun des jours du mois de novembre que dans les années 1 53 à 34 avant J. C. , c'està-dire de 2 à 3oo ans avant Hadrien, et i46o ans plus tôt ou i46o ans plus tard, ce qui démontre assez l'impossibilité de chercher la date de l'Inscription de Sabine dans le système de l'année vague. Il faut donc la rapporter à l'année fixe, comme on l'a fait pour les médailles , comme on le voit dans l'Inscription des Pœanistes précitée , et reconnoître que ce fut le 20 (2 1 ) novembre de l'an 1 3o de Tère vulgaire, qui étoit pour les Egyptiens-Romains le 24 du mois d' athyr, que Sabine et Balbinus se trouvoient sur les ruines de Thèbes.

Quant au septième et dernier vers de l'Inscription , il dit seulement le 25* jour du moisd! athyr y etl'on s'est demandé pourquoi d'abpi'd

45a AKNAL|:5 DES liAGlDES.

ce second penlamètre qui est îmmédiatemeMt précédé d'un autre y tandis que les vers sont alternativement h^amètres et pentamètres^ et ensuite pourquoi encore ces mots le ^S"" jour {Tatliyr dans le septième vers , lorsque le sixième porte aussi ces mots le 2^^ jour d*athjrr? C'est cette singularité qui avoit déterminé Zoé'ga à rejeter ce septièAie et damier vers^ mais il est dans l'Inscription^ i^.fàut l'y laisser, et choisir entre les conjectures de M. Visconti et celles de M. Boissonade^ relatives aux deux dates qui se trouvent dans ces deux vers . M . Visconti pensoit que le 24 athyr du sixième vers indiquoit le jour où Sabine etBalbinus avoient entendu la voix de Memnon , et que par le 25 athyr du vers suivant on désignoît le jour où l'Inscription avoit été gravée. M. Jacols, déjà cité y a tout récemment émis la même opinion, sur cette difBculté (i). M. Boissonade ne voit, au contraire , dans le septième vers , que la rectification de la date exprimée dans le sixième, rectification jugée nécessaire parce qu'on s'aperçut que le jour où Sabine etBalbinus avoient entendu Memnon, y étoit mal indiqué par le

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(0 AdAnth. Palah^ pag. 964.

3i4' d'attyr, que c'étoit réellement le aS , et on l'inscrivit dans le septième vers devenu dès lors nécessaire. Cette explication, on ne peut pas plus ingénieuse , avoit paru très-plausible à M. Visconti lui-même, et on l'adoptera de préférence à toute autre en considérant que le seul point qui fût important dans la date de l'Inscription, c'étoit sans doute d'indiquer le jour où Sabine et Balbinus avoient entendu Timage de Memnon, cette même explication étant d'ailleurs appuyée par plusieurs exemples de corrections analogues dans d'autres inscriptions indiquées ou citées par M. Boissonade (i), ^Inscription tout entière sera donc lue ainsi :

4bX9ov o^oO s èpora patTÙniât Z'pis 2flt€tv«" &paç ^8 Trpûraç oàioç vjp^e ^popov *

xoepàvu A^peav&S TrsjuirrTW ^STidrtù evtavTw' fvtra S î;^eo'xev A6\)p eexofft -/aè Ttiavpa' eùoorâ tté^ttt^ S a/xan fii/rvoç iôup.

(i) Commeniaiio Epigraphica, ad calcem Luc^ 'Rolstenil Bpisioh çuas coUcgU et iJlusUàvit J. Fr« Bûissonade. Pari- 5iîs^ iBiy^ 8^, pag. 449* Cette disseHation a ëté réimprimée dans le Ctassicùl Journal, n^ 34 1 avec <)ûel^ues additions «t corrections enyojées par l'auteur.

TRÀDUCTlOir LITTÉRALE EN LATIN.

Audiebam edentis^ ego Publius BaUinus ^

Sonos dhinos, Memnonis s eu Phamenoph ; Verni simul pero cum amaâili regiaa Sabina,

Horœ primtf vero sol habebat cursus; Imperatoris Hadriani fuinio decimo anno ,

Dies autcm habebat Athyr çiginti quatuor,.

Vigesimo çuinio pero die mensis Athyr (i).

Elle prouve que ce fut le 21 novembre de Taa l3o de l'ère vulgaire, le a5 athyr, à la première heure du lever du soleil (pour le méridien de Thèbes ) (2) , que l'impératrice Sabine , accompagnée par Publius Balbinus , visita les ruines de Thèbes et entendit les paroles divines de Memnon.

(i) On doit considérer aussi à IVgard de la difficulté que présente la donble date du a4 et du aS athyr , que le iour égyptien coiïmiençant à midi , chaque jour romain répondoit à deux )ours égyptiens : ainsi le ao novembre auroif répondu à la fois au 24 et au aS athyr. Mais lorsque Tannée égyptienne cessa d'être vague et fut mise en concordance fixe avec l'année romaine , auroit-on laissé subsister, pour le commencement du jour, une iirrégularitè si directement contraire au but qu'on se proposoit ? Ptolémée ( cité plus haut, page ^^^^ note a) , n*autorise pas à le croire,

(a) Voici la situation des ruines de Thèbes^ la longitude étant comptée de Paris: palais de Memnon, longit. 3o^i8'-6" E.î latit. a5«-43'-a7" N, selon Nouet> Description d« l'Egypte, Etat moderne, I, aoi.

ÀPPENDIX. 455

Ce point de chronologie ainsi déterminé, ne sauroit l'être sans quelque utilité pour fixer avec plus de précision les époques des événemens qui appartiennent aux huit dernières années du règne d'Hadrien 5 et comme les méthodes divei'ses qui ont conduit à ce résultat sont également applicables à d'autres monumens de l'Egypte romaine 5 que pour leur exacte explication il faudra toujours considérer comme des élémens essentiels la manière de compter les années du règne des princes adoptée en Egypte , l'usage de Tannée vague , celui de l'année fixe si utilement réglé par V Hémérologe dans s^s rapports comparés avec tant d'autres calendriers, ce même résultat acquiert parla plus d'importance , et devient d'un intérêt plus général. C'est du moins avec cette persuasion qu'on se décide à livrer ce Mémoire à Fexamen de ceux qui se plaisent aux études chronologiques, où il reste encoi^e tant de doutes â éclaîrcir^

riK Dl lÀ PB£MliaE PAftTIB DS l'aPPBKDIZ, ET DU rOEUIXa yOLUKE.

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