‹ Annales des Lagides, ou, Chronologie des rois grecs d'Égypte, successeurs d'Alexandre-le-Grand;Chapitre 17 sur 105 · I. lO · texte numérisé non relu

I. lO

l46 ANNALES DES LAGIJDES.

ticlès expressëment nommé par Denyé d'Halicamasse (i).

Nous nous abstenons d'entrer id dans Texamen des autres indications chronolo* giques qu'Arrien peut fournir, et de relever les autres méprises qui déparent quelquefois sa relation telle que nous Tavons aujourd'hui. Par exemple , il fixe le départ de la flotte que Néarque conduisoit dand rinde , au 20 boédromion athénien et sous Tarchontat de Céphisidore, tandis que cet archonte n'exerça cette magistrature que dans la deuxième année après la mort d'A-lexandre (2). Corsini a tâché d'expliquer cette inattention d'Arrien , d^autant plus fâcheuse qu'elle existe dans un passage qui seroit très-important pour la chronologie d'Alexandre , si une lacune assez grate ne nous déroboit la connoissance de la date athénienne et macédonienne comparée ,

(i) Dionjrs.Hafic»EpisLadAmmaumffzg^x>o^ tom.II> Dionys* Opâr.^Oxoiif 1704, f*.

(a) jirrian, JndicayQzi^,^i.

MORT d'aux ANDRE. l^']

iiidîquant le jour pu la flotte mit à la Toile(i).

Un passage de Duria de Sàmos, conservé par Clément d'Alexandrie (2) et analogue , dans le sens qu'il présente , à ce que celui d'Arri^n a de défectueux , doit trouver ici sa place , être examiné même , car il a été produit comme un témoignage favorable i rassertion d'Arrien , et servantcomme elle pour fixer la mort d'Alexandre à l'archontat d'Hégésiasla i''' année de la cxiy^ olympiade .

Clément d'Alexandrie dit que l'on compte dépuis la prise de Troie jusqu'au temps des Héraclides, cent vingt ou cent quatre-vingts

ans y et il ajoute : àicè wt^rov iltl Eyalverw âp;|f ovra ^

TpcaxovraTrtvTC * ûç 9k TéfA«»oç Ttai X^c^TAp^oç 9 oxraxo^'ca trxoat* uç ^c EpcerooOsvijc 9 imot^oaioc cSJbjbuixoyra Tcooapa* «Sç M AoOpiç , àiro Tpocac à^&xTcuç M t^v ÂÀs|àyJpbu f tç Àfloof êioiSciffn , hri ;^i)ea. hteUBt» M Evàevcrov tôv

Traduit littéralement, on y lit : « Depuis

(i) Sàprà, pag. iSG, note i.-*-(a) iSÏto^. I, tom. I , pag. 4o3.

io«

l48 ANNALES DES LAGIDES.

» lui OU ce temps (lesHéraclides), à Evae- » nète , archonte (d'Athènes) , sous lequel on » dit qu'Alexandre passa dans l'Asie, (il y a) » selon Phanias sept cent quinze ans, selon » Timëe et Glitarque huit cent vingt ans,' » selon Eratosthènes sept cent soixante- » quatorze, ans ; selon Duris de Samos , » depuis la prise de Troie jusqu'au passage » d'Alexandre en Asie , mille ans. De là » à l'archontat d'Evaenète à Athènes sous » lequel Alexandre mourut , onze ans. »

Mais il est évident qu'Evaenète , qui ne remplit les fonctions d'archonte qu'une seule fois, dans la 2^ année de la cxi** olympiade époque présumée du départ d'Alexandre pour l'Asie, ne pouvoit pas être encore archonte lorsque ce prince mourut onze années après ; Ton n'a donc pu tirer de ce fait rapproché du passage précite, qu'une seule conclusion , c'est-à-dire que le nom d'Evaenète se trouve mal à propos répété dans la dernière phrase de Duris de Samos ou de Clément d'Alexandrie ; mais c'est trop d'ajouter qu'il faut certainement

lui substituer celui d^Hégésias (i).' Ainsi corrigé , ce pîassage de Clément d'Alexandrie fait bien placer Duris au nombre de ceux qui fixent la mort d'Alexandre à Tarchontat d'Hégésias (2) ; mais le nom d'Hégésias étant arbitrairement substitué à celui d'Evœnète , il ne peut pas faire autorité, et Ton devroit seulement convenir que xe passage ne prouve rien , si une manière assez naturelle de l'expliquer ne le faisôit servir plutôt à confirmer le résultat tiré dé la concordance des dates athéniennes et macédoniennes qui , d'ailleurs, en sont indépendantes.

Clément d'Alexandrie indique et détermine plusieurs intervalles de temps appliqués à l'histoire , nomme les magistrats auxquels les commencemens de ces iatervalles se rattachent , et cite les événemens principaux qui s'y rapportent. C'est le seul moyen qui restait aux ann^^listes de l'anti-^

(1) MeursiuSy Attic. Lecl.y lib. II, cap., aa, et les iàîyleurs de Clément d^ Alexandrie.

(a)'Sain/ç-Cr^i3ff Hist, d'Alex. 63i3^

l5o ANNAXES DES LÂGIDES.

quitë lorsqu'ils ne faisoient pas leurs sup**putations selon une ère historique ou astro^ nomique , et Clément d'Alexandrie les imi-^ toit en cela. D'après ce qu'il dit, Alexandre passa dans FAsie sous Fardiontat d^Eyœiiète , et mourut à on^e ans de là , sous un archonte qu'il ne nomme pas. Mais Denys d'Halicamasse , racontant les dernières an* Aëes de la vie d' Aristote , va lui-même expliquer le passage de Clément d'Alexandrie , ou plutôt de Duris de Samos conserve par cet illustre écrivain. Denys rapporte donc, dans une lettre à Ammée , qu'après la mort de Philippe père d'Alexandre , Aristote se rendit à Athènes sous l'archontat d'Evaenète , qu'il y enseigna dans le lycée pendant douze années consécutives , et que l'année suivante , la treizième , sous l'archontat de Céphisidore, Alexandre étant déjà mprt^ il partit pour Chalcis , et y mourut , âgé

de 63 ans : «•<? ^* rpiffxcf i^exc^rw , prra rnv A\ eÇocv-

^pov reksxjxiiv, èirt KiQfiaoSôipoM ap^wroç^ ànapotç eiç %c^hiiicL^ yoVw rùeijTà^ rpitt. npoç Toëç ijijxovra ptwffaç 6t>j (i).

(i} DfQn/^' fiah Bpi^t. aé^Ammœumy II , pfig. 194. 0%ofi ,

MOBT D^ ALEXANDRE. l5l

Denys d'Halicamasse et Duris de Samos rapportent Vnn et Tautre leurs calculs à Farchontat d'Evaenète, et selon le premier, Géphisidore fut archonte dans la i3^ année depuis Ëyœnète : or, Hégésias pré-< cëda Géphisidore dans cette magistrature , Anticlès l'occupa immédiatement avant Hé-* gésias; Céphisidore appartenant à la i3* année d'Evaenète selon Denys , la 1 2* reste à Hégésias, la ii"" à Anticlès, et cette ii* année depuis Evasnète étant, selon Duris de Samos, celle de la niort d'Alexandre, Anticlès étant archonte durant cette 1 1* année , c'est donc , selon Puris lui-même , pendant la magistrature d' Anticlès qu'Alexandre mourut. Diogène de Laërce (i) confirme ces indications de Denys d'Halicamasse'; comme lui , il place l'arrivée d' Aristote À Athènes , à la 2^ année de la cxi* olympiade , qui fut celle de l'archontat d'E-» v^enèie, et le laissant pendant i3 années au lycée au lieu de 1 2 selon Denys , il fixe

(i) Lib. V, #> ^m/tf/.

l52 ANNALES DES LAGIDES.

aussi sa mort à une année plus tard que cehii-ci, et à la 3* de la cxiv* olympiade.

Mais selon Fun et l'autre, Céphisodore étant archonte la iS*' année depuis Evaenète, Hcgésias dut l'être pour la i2*, et la 1 1"" appartiendra incontestablement à Anticlès. Ce sera aussi à ce même Anticlès que se rapportera l'indication de Duris de Samos pour la 1 1** année depuis Evaenète , laquelle fut celle de la mort d'Alexandre y car l'archontat d'Evaenète qui est de la 2* année de la cxi* olympiade , et celui d' Anticlès de la 4*" de la cxiir, forment exacte-ment l'intervalle des ii années indiquées par Duris de Samos , Clément d'Alexandrie, Diogène de Laërce et Denys d'Halicarnasse.

Si l'on vouloit absolument compléter l'examen de ce passage de Clément d'Alexandrie, on pourroit peut-être reconnoître qu'il se trouve défectueux plutôt par une lacune que parla répétition du nomd'Evae-

nète. On y lit : «ç Sk AoO^iç, àno Tpoiaç aXojce6>ç

Selon Duri^, dit-il , depuis la prise de Troie

MORt D'ALEXANDRE. l53

àu passage d'Alexandre en Asie , mille ans ; puis il ajoute : evTeûôsv de làj et l'on peut se demander aussitôt à laquelle de ces deux époques historiques immédiatement désignées , de la prise de Troie ou du passage d'Alexandre en Asie, doit se rapporter cette nouvelle indication. Mais l'historien, comme s'il avoit prévu cette question , et pour donner à ses supputations toute la précision qu'elles doivent avoir, a pu penser à expliquer très-clairement qu'il entend rapporter Ip commencement du nouvel intervalle qu'il va compter, à celle des deux époques historiques qui est citée la dernière, c'est-à-dire au passage d'Alexandre en Asie.

Comme il vient de dire qu'il se fit sous l'archontat d'Evaenète , il a pu répéter le nom de cet archonte , et s'exprimer ainsi : èvTgSôw «Tri EvacvÊTov , dé là sou^ Eçœiiète^ et ce seroît ici qu'on pourroit trouver la lacune contenant le nom de l'archonte de la onzième ♦^ année depuis E vaenète , qui fut celle de la mort d'Alexandre. Tout ce qui vient d'être exposé à ce sujet ayant fait connoître qu'A-

l56 ANNALES DES LAGIDES.

rut à Babylone, et' il y a entre le i*""^ hécatombcBon et le 6 thargélion de cette même année, un intervalle de 3oi jours, le premier et le dernier compris. Si Ton ajoute ce même nombre de jours au 4 du mois de juillet de Tannée 824 on tombera sur le 3o mai de l'année suivante 323 , car le 4 juillet

de Fan 324 ^* '^ •^^ ^^^i ^^ ^'^"^ *^^3 , forment aussi un intervalle exact de 3oi jours. Il faut donc reconnoîLre que la mort d'Alexandre arriva le 3e^-mai de Tan 323 avant l'ère vulgaire ; et c'est ainsi que l'exacte détermination dé ce jour concorde ^vec les premiers énoncés de l'époque de cet événement , et se place sans effort dans les limites fixées par les écrivains grecs d'une part, de l'autre par les éclipses citées, le Canon astronomique des Rois ; l'année de Nabonassar et le règne de Philippe Aridée selon Ptolémée ; enfin parles circonstances atmosphériques de la saison où mourut Alexandre, et telles que Plutarque et Quinte-Curce les ont relatéetis;

Si le concours vers un seul et même point,

MORT 1)' ALEX ANDRE. i57

d'tiii aussi grand nombre de faits qui sont de nature si différente , et leur accord sur une seule et même époque , sur un seul et même jour , pouvoient être l'effet du hasard , il faudroit convenir qu'il seroit plus puissant quelquefois que les plus sûres conceptions, de la prudence humaine ; mais ses incertitudes sont absolument étrangères à un résultat 'où tout se trouve vérité, convenance et raison , qui est sorti comme de luimême de faits positifs rapprochés et comparés selon des règles certaines, et que chaque nouvel examen doit servir à fortifier davantage.

On nous pardonnera sans doute de démontrer cette dernière assertion , et d'ajouter encore aux certitudes que nous avons dé)à réunies, en soumettant la concordance athénienne , macédonienne et julienne telle qu'elle est précédemment fixée , à une concordance analogue , inscrite depuis bien des siècles dans les livres des astronomes, anté-r rieure enfin à Alexandre lui-même ; et comme c'est multiplier ces mêmes certitudes , que

l58 ANNALES D£S LAGIDES.

de multiplier les moyens d'épreuve , nous ajouterons la concordance égyptienne à celles qui sont déjà connues. Nous aurons ainsi quatre élémens fournis par quatre calendriers où tout est dissemblable , et le nom et Tordre des mois, et Fespèce d^ année qui les règle , et le nombre et la division des jours; elcependant, si lesj*ésultats acquis jusqu'ici sont vrais , ces dissemblances doivent se résoudre en une expression qui sera la même pour ces quatre calendriers :

c'est ce qui va être tenté.

Rien n'est plus connu, que le rapport des années de Nabonassar composées de 365 jours sans intercalation , avec les années juliennes de 365 jours aussi , mais prenant un 366'' jour à la fin de chaque période de 4 ans. On a déjà vu que Ptolémée fixe li mort d'Alexandre à la 4^4" ^^née de Nabonassar; les tables de ces rapports apprennent que le premier jour de cette 4^4* année arriva le 12 de novembre de l'an 3^4 avant l'ère vulgaire, ^intervalle qui existe entre le 12 novembre de Tan 3:^4 prcniier

MORT D^ ALEX ANDRE. i5g

jour de la 4^4* ^^ Nabonassar, et le 3o mai 323 de Tère vulgaire qu'arriva la mort d'Alexandre , est de 200 jours , le premier et le dernier compris ; et comme les jours de Vannée julienne qui commencent à minuit embrassent deux portions du jour égyptien qui Commence à midi, ce 200* jour julien répondit à 12 heures avant le midi et à 12 heures après le midi qui finit le tg"* jour du mois de phaxnenoth, et commence le 20*. Ainsi Alexandre, selon les Ephémérides, ayant cessé de vivre le matin et quelques instans après que ses amis, qui avoient passé la nuit dans le temple , lui^ eurent fait connoitre la réponse du Dieu qu'ils avoient intercédé pour son salut (1), c'est au matin du 19 pha* menoth que se trouve fixée la mort d'Alexandre ^ selon les Egyptiens. La concordance des quatre calendriers s'eiçprimera donc ainsi :

(i) Aman,^ Mxped. Al.^ pag. 3o8.

l6o ANNALES DES LAGIBES.

At^éniêa : G thargéHon, 4* ann^e, cxiii* olympiade r

Antîciès archonte ; MfacédonUm ^ dsesius, même année; Egyptien : i g phamenoth , 4^ ^^ Nabonassar ; Juliâtti 3o mai, 3a3 avant Tère vulgaire.

Nous avons déjà cité une éclipse de lune; observée à Babylone au mois de posidéon premier, de Tarchontat d'Evandre. Hip-.

parque et Ptolémée qui s'en sont servis dans leurs ouvrages , en ont eux-mêmes fb;é la date égyptienne du i6 au 17 du mois de thoth de la 367"* année de Nabonas$atr, à 10 heures 1/6 après-midi du 16. Les tables de concordance des années de Nabonassar avec les années juliennes montrent que le i" jour de la367'*de ces années égyptiennes.

4tant arrivé le 26 de novembre , à midi , de Tannée julienne 38 1 avant Tèrc chrétiewie,.

le 16 thôth, 10 heures après midi, étoit le 17* jour de l'année égyptienne et répondoit au 12 décembre 38 1. Les catalogues d'éclipsés antérieures à l'ère chrétienne , marquent en effet une éclipse de lune à ce . même jour, 12 décembre 38 1 (i).

(i) Ptolémée f Almageste, liv. IV, chap. xo, pag.âySdu

MORT D'ALEXANDRE. îGl

Xtes Tables non moins exactes de Dodwel pour les années olympiques , et les Fastes Attiques de Corsini(i), montrent encore qu'Evandre fut archonte à Athènes la 3' année de la xcix® olympiade , et que le premier jour de cette année répondoit au i5 de juillet julien de Fan 38 1 , séparé par 1 5o jours du 1 2 de décembre , qui fut celui de réclipse. Si , au i** hécatombaeon , Ton ajoute un nombre égal de i5o jours, on arrive au 4 du tnois de posidéon , on voit que c'est dans ce même jour que fut observée à Babylone l'éclipsé de lune citée par Hipparque et Ptolémée , et sa date , selon divers calendriers, se trouve exactement connue , savoir :

jiu ^posidéon , 3* année de la xcix* olympiade , Evandre étant archonte ; — selon Hipparque, Ptolémée, les Tables deDodwel et les Fastes de Corsini :

tom. I. On avertit qu'on cîtc habituellement Tëdition grecque et finançaise de M.. Halma. -^ Catalogue des éclipses etc. y par Pingre^ Acad^des Belles-Lettres, tom. XLU.

(i) Dêiwel^ de Cydis Gracorum^^^f^. 718, 99' olymp. 7. — Corsini, Fasti AiL^ III, Ol. XCix.

^1/ i6 dethôth (le 17* suivant), Tan 867 de Nabonassar ; — selon Hipparque encore et Ptolémée :

Au 1 2 décembre 38 1 avant l'ère vulgaire ; — selon les Tables de concordance , et les Catalogues des éclipses dressés par les astronomes.

Si la concordance que donne la date de la mort d'Alexandre pour les calendriers athénien, égyptien et julien se trouve exacte, ou, pour parler plus généralement, si les résultats précédemment obtenus sont fondés , la concordance des calendriers athénien, égyptien et julien del'éclîpse d'Evandre doit être la même que la concordance de ces trois mêmes calendriers pour la nnort d'Alexandre , et , quoique réglée par des ' années différentes, donner un nombre égal de jours pour l'intervalle de dates inégalement exprimées. C'est ce que produit en effet le calcul exposé dans le tableau qui suit, composé d'élémens préexistans, et dont la certitude est assez reconnue.

Le tableau des années olympiques divisées en olympiades, en octaëtéride* et ennéa-

MORT D'aLEXANDRE. iG^^

decaëtérides , ou périodes de 8 et de 19 ans , indique aussi Tordre successif et Fëtat de chacune des années de cet intervalle , et fait connoître celles qui , d'après les principes déjà plusieurs fois énoncés, étoient ou embolismiques ou communes. De semblables moyens de vérification ressemblent tellement à une démonstration mathématique , qu'on ne sauroit avec plus de raison refuser d'en adopter pleinement les résultats.

Tableau des années comprises entre V éclipse de lune de farchontat d'Emndre et la mort d'Alexand^s (ï).

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