‹ Annales des Lagides, ou, Chronologie des rois grecs d'Égypte, successeurs d'Alexandre-le-Grand;Chapitre 28 sur 105 · ANNAI<£S DES LA&IDES · texte numérisé non relu

ANNAI<£S DES LA&IDES

qui est écrit nTQAEMAio? sur les médailles , dans les inscriptions et par les historiens de la Grèce, une forme du mot grec iioaemoz, guerre^ combat^ qui, dans ses composés comme dans ses dérivés, est écrit aussi dans les prosateurs et les po'ëtes htoahmoz, soit , dans ceux-^ci , pour satisfaire aux loi$ du mètre , soit même lorsque ces règles ne l'exigent pas. C'est ainsi qu'Homère qualifie les Troyens et les Myrmidons de vJoffToXépoc , beHieosi{i)y et qu'ailleurs (^i) il emploie le verbe irroXi/iéç», lorsque même le vers ne le commande pas, comme l'ont déjà r^mar^qué la plupart des critiques. On peut tourjours s'en autoriser pour croire que le mot ïTToXcjioç, qui a fait le nom wTQ><fA«toç, appar^ tient , par son orthographe , a l'ancien diar lecte macédonien , plus rude et bien moins poli que le dialecte attique (3) qui adopta de préférence ^oksfioç et ses dérivés. Toutefois , les noms propres grecs dans la conir

(i) 11. n. p. 65. — (a) II. B. u. 3a8, — II. * »/. 463. (3) S/urz, Dtflect, maced. ^ pag. ii.

l^osition desquels le mot wtoX» fwç est employé, tels que Neoptolème fils d'Achille, Triptolème disciple de Ciérès, appartenant aux plus anciennes époques de la Grèce, et celui de IHolémée étant assez commun dans l'histoire (i), on peut en conclure que 7rTo>ef*oç est la plus ancienne et la meilleure orthographia de ce mot. Cet éclaircissement doit aussi faire renoncer au mot Ptolomée que les écrivains français emploient quelquefois, et sans motifs,* puisqu'il ne fut point connu dans l'antiquité qui n'employa jamais que des dérivés de TTTo^efAoç. C'est donc de ce dernier naot que vient le nom patronimique de la maison des Lagides dont nous recherchons ici l'origine.

La flatterie ne manqua pas de l'environner de prodiges et de mensonges. Ptolémée , le premier des rois lagides , fut donc à sa naissance et comme par une prophétique inauguration, élevé sur un bouclier

(i) Vingt-quatre personnages historiques connus sous ce nom , sont cités par Funke dans son Rçal-SchuUexicon , Pii^nswick, 1802,8°, tom, IV,

202 A.NKÀLE5 BIS LA(VlDES.

d^ airain.; un aigTe [Irit soin de le ^rantir de Tardear dn soleil , de Fintlem^tice de l'atmosphère et des animaux nuisibles; il déchiroit ^es proies pour le ftomrir de san^ au Heu de lait. Voilà ce cfu'on a raconté de hti lorsque sa lignée puissante et redoutée in^iroit des terreurs qui s^exhàloient en adulations. Elles h' ont cependant pas èn*^ tièrement étouffé la vérité , ce qtii do moins lui ressemble davantage ^ et Ton sait encore * qu'une Arsinoé qui étoit fille d'un certain Méléagre , fut unie à un certain Ptolémée surnommé Lagus , et qu'elle accoucha d'un fils qui fut le chef de la race royale des Lagides. On ajoute encore que Philippe roi de Macédoine , avoit eu d'intimes relations avec celte Arsinoé , et qu'il la maria , déjà enceinte , à Ptolémée Lagus que cette union tira de son obscurité (i).

Ptolémée, fils de ce Lagus, naquit à Bordée , petite ville de la province de Mygdonc en Macédoine, dans la Ciir olym-

(i) Pausan. Àtt.^ cap. 6.

OÎIIIRÈ DE SUCCESSION. !io3

piadi». Ott fte Sait ri^tt sur son éducation ; mais la faveur même dont il jouit d'abord à la cour de Philippe , donne quelque fondement à la tradition qui rapporte qu'il reçût la vife de té roi , et son nom de Ptolémée i4agus{ï). Il ftit exilé ensuite, soupçonne de trop de dévouement à Alexandre qui étoit devenu suspett à Philippe après la répu<Mûtiott de la reine Olyitipias. Ptolémée, à la nouvelle de la mort de Philippe, se hâta de se rendre auprès d'Alexandre qui, devenu roi, le plaça au nombre des sept lieuténans qu'il tiommoit ses gardes (2) , le

(i) Suid. "Verbo Aayeç.

(à) Arriûn,, III, 6, pag. lia;, ce qui contredit formelleineot Tasseriibn de Justin, d'après laquelle Alexandre aaroit trouvé Ptolemée dans les derniers rangs de l'armée in gregario milite {Jusi. XIII, 4)* ^^ rapport d'Arrien doit étfe préféré, puisque les compagnons d^exil de Pto- Icipée furent appelés, en même tempsqiielui^à des fonctions (éminentes, Horpela à Tadministration des finances ^'Ërlgiiius aïk commandement de la cavalerie des alliés , Néarquc au gouvernement de la Lycie , etc. Tliéocrite fait Ptolémée de la race d^ Hercule et d*H]flus, comme Alexandre ; mais Théocrite écrivoît à une époque où les poètes n étoient plus ^istoriee^. {Tkèùcriie^ Idyll. 17*.)

2o4 ANNALES DES LAGIDES.

compta au nombre de ses plus afïidés compagnons, r associa aux vastes entreprises où lui-même devoit trouver une mort prématurée, et le favori une couronne qu^U n'espéroit pas. C'étoit ainsi que le fils de Lagus se préparoit aux soins de la royauté par les travaux de la guerre : ses rares qualités et d^éclatans exploits avoient rendu sa personne et son nom plus dignes du diadème.

Sa race fut puissante , compta de nombreux descendans et d^illustres alliances.

Elle ne prépara pas sa perte par sa propre , ambition ; ce fut assez de celle de Rome , favorisée par des dissensions intestines qui firent arriver comme médiateur un. peuple qui , bientôt , voulut rester comme maître.

Une femme qui porta toutes les passions à l'excès, et fut douée d'un courage viril, ne put pas réparer, par la force de son caractère , les brèches que le temps et la fausse politique de quelques rois ses prédécesseurs , avoient faites à cette puissante monarchie grecque. Elle périt, après avoir subsisté près de trois siècles dans une con-

ORDRE DE SUCCESSIOlSr. 2o5

trée où rien cependant n'étoît grec , ni la langue , ni la religion, ni les mœurs , ni les ppinions, ni les préjugés. Sous tous ces rapports, l'Egypte resta libre de la domination macédonienne établie par Ptolémée fils de Lagus.

Après un très-long règne et âgé de plus de 80 ans , celui-ci s'occupa de se donner un successeur au. trône qu'il avoit conquis.

De l'exemple d'Alexandre qui , se sentant mourir, avoit remis son anneau royal à Perdiccas (i), le désignant parla comme l'héritier ou le tuteur de l'Empire ; de la question qu'il paroit assez constant qu'on lui fit pour connoître encore à qui il transmettoit sa couronne (2), on pourroit conclure qu'il étoit réglé , du moins par l'usage^ qu'un roi macédonien mourant sans descendance directe , avoit le droit de désigner un héritier qui dcvenoit roi. Mais Fordre de succession à la couronne de Macédoine

(i) Q. Curi, , X , 5. — Justin. , XII, i5.

(a) Arrian. , Exp. Alex. , YII, pag. Sog.

2o6 ANMAIiId DES LAGIBES.

constaté par les hi5toriens(i) , prouve aussi que les fila du ro en étolent les successeurs de droit selon Tordre de primogéniture ^ et qu^au déCaint de mâles y les fémpies béritoientdelacourQn&e.Sil'anexamiaed^ après ces règles présumées , et d^ailleiirs les seules qijâ pMissent nabireliement exista:' partout où le chefdel £tat n'est point âectif ^ si Ton examine ce qui s'est passé à cet égaard parmi les succes^euirs du &b de Lagus y on y trouyera la véritaUe caj»se des dissensions qui troublètent cette famille y et mirent fin à rempire égyptien en U préci^tant, du rang suprême : effet naturel et certain qiCé-* proureroient les sociétés politiques qui ne régleroient poÛQjt par une loi invariaUe et absolue , Tordre de successibiiité à là couronne , et qui ne mettroient pas ce principe fondamental de Te^istence et de la perpétuité des empdres à Tabri du capiîici^ das princes et des nations.

Le premier des Ptolémées, qui porta

(i) Le SyttCûih^ qtri oîteDlod; de Slc«t Thëopompe, Chrono^, , pag. a6a*

ORDRi; JPS S^GCfia^XOll* 207

le suraora de Sâte^y sauveur, eat quatre fçmmçs et qi^m ^nf^itf. Q chc^t pour lui succéder , le fib q\ii n^uit le premier de la quatrième npçipilée SiéréEUce, et le fit as^e^ÛT sur SQn trôa:ie qu'il quiUa deux années ^rant de piourir . Il fit aan& doute ce sacrifice pour préyeiiir , par sa présence et la conatai^ inanÂfestation de sa volonté, tes troubles q^ ce cboix d^yoit £aire naître. Eurydice en effet, fille d'Antipater, avoit dopné plii^ie^rs eoians à Ptc^mée avant q^'ij, épousât Bérénice. Le fils àiné de ces enfai9^ , héritier naturel d^ la couronne , protesta contre le choix du fils de Bérénice, revendiqua, «es droits , et ne croyant point que Iç choii^ fa&t par s^n père pût légalei^eqtjb Ten priver , il. prit les armes pour les £aiire valoir* %a politique et F ambition, plutôt que Tesprit dç jfis^e, assuirèrent, d^J9s tous les temps , des alliés à de p^Hi^Ules prél^enifcions. Lysimaque , roi d.e Tht^i^, et Séleticus, furent ceux du fib aîné tfEury-^ dice ; mais ils le protégèrent sans succès^ et le prétendant , suriMWAmé Céiraunus ,

!2o8 ANNALES B£S tAGttiES.

perdit la vie dans un combat contre leà Galates , après avoir para un instant sur lé trône de Macédoine (i)» Un second frère de Ptolémée fils de Sôter, né comme lui de Bérénice , mais d^un autre père , fut accusé de conspiration et mis à mort (2), et le nouveau roi , qui combattit ses deux frères et les vit mourir, porta fe surnom de PAi* ladelphe^ comme sll les avoit tendrement chéris.

Il eut pour successeur le fils qui lui étoît né diArsinoéy fille de Lysimaque roi de Thrace , laquelle étant fille d'une sœur du roi Ptolémée, étoit tout à la fois sa nièce et sa femme. Aucune dissension ne vint troubler l'élévation au trône de ce fils con* nu par le surnom ^Éçergète^ la seconde femme du roi , qui fut tout à la fois aussi sa sœur, sa femme et la mère de la première, ne lui ayant point donné d'enfans*

Bérénice , fille de Magas roi de la Cyré-

ii*bi

(0 Georg, Syncellii Chronog,,^ pag4 ^^ — Justin^^ UisU XVl!,cap. a.

(a) Pausan^y AU,^^vç* 7.

naïque et de la Libye , avoit été mariée à Ptoléméé Evergète , et cette union étoit devenue le gage de la paix conclue entre Magas et Ptoléméé Philadelphe , souverains de deux Ët^ts limitrophes qui furent souvent l'objet de leur mutuelle ambition.

De ce mariage naquirent plusieurs enfans ; le premier né des deux princes succéda à son père quUl aima beaucoup , si son surnom de Philopator est une preuve de son affection ; Philopator épousa sa sœur Arsinoé, et fit mourir son frère Magas dont il redoutoit Finfluence.

Il eut assez tard d'Arsinoé un enfant unique , et mourut bientôt après. A peine âgé de cinq ans ce fils lui succéda au trône » en butte aux dissensions intestines et aux ambitions étrangères qu'excita presque toujours, dans les monarchies absolues, la minorité des princes , qui livre les Etats à l'incertitude des régences. Le fils de Philopator leur résista , et régna 24 ans avec le surnom àiEpiphane^ ou illustre^ qu'il portoit déjà quoiqu'à peine âgé de i4 ans.

aïO AKNALES DES LAGIDESI

En mourant, il laissa de sa femme Cleopâtre de Syrie, qui lui survécut, deux fils et une fille, tous trois en bas âge. L^aîné, appelé au trône , reçut le surnom de PhU lométor^ et il le mérita, s^il reconnut par les témoignages de sa tendresse les services que lui rendit s^ mère qui , en qualité de régente du royaqme , Tadmiiiistra pendant huit ans avec une sagesse dont Thistoire a voulu conserver le souvenir. Après sa mort, des tuteurs inconsidérés engagèrent Philo<^ métor dans une guerre contre Antiochus Epiphane, roi de Syrie, guerre dont le résultat fut très-funeste au roi qui fut fait prisonnier la onzième année de son règne.

Son frère , qui prit le surnonii àHloergète second , connu aussi sous celui de Physcon à cause de 3on excessif einbonpoint, oc-* cupa le trAne vacant, appelé par les vœux des Egyptiens. Six finnées se passèrent dans la plus grande confusion. Antiochus qui ^ en faisant prisonnier Ptolémée Philométor avoit ouvert à son frère E vergeté II le chemin du trône , entreprit une nouvelle guerre

pour en chasser celui-ci. Philométor Toc* cupa de nouveau, le partagea quelque temps avec Ëvergète, jusqu'à ce qu'une décision des envoyés de Rome fit rentrer Evergète dans la Cyrénaïque dont ils lui avoient assigné la possession, et PhUo-^ mélor régna seul encore pendant i8 ans.

Il mourut laissant deux filles déjà mariées , et un fils en bas âge sous la tutelle de sa mère Cléopâtre , sœur et veuve du roi.

Evergète second^ surnommé encore Cahergétès à cause de son improbité, instruit de la mort de Philométor son frère , se hâta de quitter Cyrène, et de venir, à la.

tête d'une armée , demander la tutelle du jeune roi et la régence du royaume. Il obtint r.une et l'autre, à la condition d'épouser la reine mère , qui étoit de plus sa sœur. Il célébra son hymen pai? l'assassinat du jeune prince , et devint, par un crime, possesseur du sceptre et de la couronne. Il eut de Cléopâtre , sa sœur , un fils né à l'époque de son inauguration à Memphis , et de là appelé Memphite ; il le fit tuer et répudia

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