SL20 ANNALES DES LA<^ID
neur, rentraînèrent à une rupture et lô conduisirent à Péluse où le grand Pompée réclama sans bonheur sa protection , quoiqu'elle dût lui être assurée par les services qu'il avoit autrefois rendus à Ptolémée Denys , père du jeune roi , lorsqpi'il imploroit à Rome l'assistance du sénat. J. César , qui poursuivoit Pompée , descendit à Alexandrie , et au nom du peuple romain exécuteur testamentaire nommé par Ptolémée Denys , il entreprit de régler I es différens qui divisoient les enfans de ce souverain, en reconnoissant pour rois d'Egypte Cléopâtre et son frère l'aîné. Mais les chefs de la faction populaire excitée en faveur du jeune Ptblémée contre sa sœur Cléopâtre, restèrent à la tête des insurgés ; Arsinoé, sœur de Cléopâtre, vint soutenir par sa présence les efforts de ces rebelles qui la déclarèrent reine d'Egypte, et bientôt après demandèrent le jeune roi.
promettant de se soumettre s'ils l'obtenoient. J. César, qui ne pouvoit mé-
connoître tout ce que cette demaude avoît de favorable à ses secrètes préférences pour Cléopâtre , livra le jeune roi qui pérît bientôt,, après trois ans et quelques mois de règne , à la suite d'un nouveau combat engagé malgré leurs promesses par les insurgés. Cléopâtre triompha, et César la proclama de nouveau reine d'Egypte , lui associant Ptolémée le jeune qu'elle épousa.
Mais ce prince , âgé de 1 1 ans , ne fut ni époux ni roi ; Cléopâtre s'en défit bientôt et resta seule enfin maîtresse d'un trône qui de voit cesser d'ex&tcr avant qu'elle cessât de vivre. La jeunesse et la minorité des deux rois qu'elle avoit vus mourir , ayant laissé à Cléopâtre seule , pendant tout le temps de leur existence , les soins de l'administration de l'empire , Cléopâtre fut reine en effet depuis la mort de Ptolémée Denys son père .
Mais il devoit arriver que Rome qui avoit si souvent réglé les destinées de l'E- ' gypte , verroit les siennes propres décidées en Egypte même. La guerre civile qu'alluma la mort de J. César porta souvent sur cette
222 ANNALES DES LAGIPES.
contrée les regards des trittmyirs. Clëopâtre ne s^en inquiétoit point ; elle espéroit d'en triompher, confiante n^ins dans ses armées de terre ou de mer , dans sa politique ou dans ses trésors , que dans la puissance des charmes accomplis dont la nature Tavoil libéralement dotée. Elle ayoit vu à ses pieds le fils aîné du grand Pompée; Jules César auprès d^elle avoit oublié pendant plusieurs mois et sa gloire et ses devoirs ; enfin le triumvir Antoine qui avoit mandé la reine à Tarses, subjugué à son tour, courut bientôt après sur ses traces à Alexandrie , laissant son armée prendre les quartiers d'hiver en Phénicie. Rappelé à Rome par ses différens avec Octave , il les termine en épousant Octavie la sœur de son rival ; mais ramené bientôt par les souvenirs de Cléopâtre , il retourne en Orient et semble ne faire combattre les armées de Rome que pour accroître les possessions de cette rçine. Vaincu en Arménie , moins peut-être' par les armes des Parthes que par les regrets que lui causoit son éloignement de Cléopâtre , et cédant à
ORDRE DE $UCC£S$IOIC. 223
leur entraînement , il s'enfuit en Syrie , va aussitôt oublier e;n Egypte ses nouvelles résolutions sur T Arménie , et ne se résout à marcher contre Artabaze son roi que lorsque Cléopâtre se résout aussi à raccompagner. Bientôt elle yoit amener k ses pieds ce roi couvert de chaînes qui , pour être d^ argent, n^étoient pas moins humiliantes ; et cette femme livrée à toutes les passions humaines , y mit enfin le congible en osant se revêtir des omemens de la divinité, et prendre le nom de nouvelle Isis- Mais Antoine paya bientôt de sa vie un dévouement qui ne fut estimé que tant qu'il fut profitable : Octave pouvoit-il en connoître les effets sans qu'Antoine fut exposé aux suites de son jaloux ressentiment ? Au nom de l'intérêt public O^ctave excita le sénat contre Cléopâtre : la guerre lui fut déclarée , et Antoine sacrifia les intérêts de sa patrie à une femme qui n'hésitoit pas de le sacrifier lui-même à sa sûreté. Cléopâtre le seconda mal à Actium , et assez téméraire pour croii^e au succès de ses artifices à l'é-
gard d'Octave vainqueur , elle le flatta par des présens secrètement envoyés , et ne consola point d'un seul regret la mémoire d'Antoine qui se donna la mort , croyant qu'elle Tavoit déjà reçue. Elle ne lui survé*eut que peu de jours : trompée dans ses espérances sur Octave qui vouloit l'attacher à son char de triomphe et non lui obéir , elle ne supporta pas l'idée de l'humiliation , et lui préféra une mort volontaire. Avec elle finit Tempire des Lagides , les fils que laissa Cléopâtre n'ayant. succédé ni à son nom ni à son rang. Le premier né fut nonlmé Césarion , de Jules César dont on le disoit le fils ; il avoit porté le titre de roi des rois, mais il ne fut jamais roi, et mourut assassiné. Deux autres fils , et une fille nommée Cléopâtre comme sa mère , nés tous les trois du triumvir Antoine , conduits à Rome parmi les dépouilles de l'Egypte , ornèrent avec eUes le triomphe d'Octave. Ce royaume fut inscrit au nombre des provinces romaines, et celui qui venoit enfin de l'asservir j en méprisa assez
les derniers rois pour refuser de voir leurs froides reliques, n'accordant cette marque de respect qu'à la mémoire et aux dépouilles d'Alexandre comme lui vainqueur de l'Egypte, et comme lui réglant, mais non pour toujours, son sort et ses destinées.
Ainsi finit une puissance dont l'origine se rattache à l'existence d'un des plus grands hommes que la terre a portés. Ses premiers successeurs parurent quelque temps avoir hérité de son génie et de son courage ; mais dès cette ancienne époque ^ on éprouvoit déjà les <:alamités qu'entraîne pour les Etats, toute incertitude dans l'ordre de successibilité à la couronne , lorsqu'il n'est pas réglé par des lois fondamentales et garanti par des corps éminemment intéressés à son immutabilité. Les caprices des rois , l'ambition de quelques reines veuves , l'audace encouragée par la foiblesse ordinaire aux régences , troublèrent plus d'une fois la paix publique en Egypte, et se^ habitaiis semblèrent alors n'échapper au fléau des guerres étrangères que pour
226 AKNALES DIS LAGIDES.
être livrés aux horreurs des dissensions intestines.
L^Egypte ks éproura plusieurs fois sous lés Lagides. On a vaque le successeur d^Vtoléméc Ëpiphane , Philcnnëtor^ entreprît «ne guerre malheureuse, fut fait pnsonnèer^ et sontrôneéchnlàsonfrèvrETergfète li : rendu à la liberté , il lui' falkrl Fen chasserpresque par la force des armes. Pbilomëtor laissa un fils en bas âge y <]uc ëcartoit da trône Ëvergète H et ses descendjainS'. Ëvergète demsoida la régence du* royaume^ épousa ht veuve du roi , en fit mourir Tunixpie héritier y et replaça dans sa famille Fhéirâlité de la couronne qui ne ofevoit pas ôtre son partage. La veuve d'Evergèt^ li suscita le peuple centre son fils aine Sotsr li^ et recneillrt le fruit dé stes intrigues en faisant d^ abord placer sur le trône 9on seednd fils Alexandre qu^elle lui préférait ; mais sa sa-* tbfacttoli ftit de courte dinrée : ce fils qui de vok la couronne à sa mère ^ fa fit tnettre à mort y et kti^nïâitie chassé bientôt après du trône y y vit remonMermn frère Sotcr lï.
ORDBE B£ SUCCESSION. 227
Le fils de ce même Alexandre , privé de la couronne pour les crimes dont il s'ëtoit couvert j mourut sans enfans ; la race royale ëtoit éteÎBte ; divers prétendans voulurent faire valoir des droits réels ou supposés :
mats le choix, qui fîit fait des deux fils de Spter il y quoique illégitimes , prévint de plus grandes difficultés , et le vœu public confirmé par Fassentiment du sénat romain , reteva pour un moment encore une monarchie dont la fin sembla dès lors plus prochaine.
Pendant ces luttes et ces rivalités , l'Egypte ne pouvoit être heureuse ; les partis que forme chaque opinion dans ces conjonc-^ tures , sont comme des armées en présence , et Vempire tout entier n'est plus qu'un champ de bataille. L'exacte détermination de l'ordre dans lequel les Lagides se succédèrent , suffit p(mf faire voir tout ce que l'Egypte eut à souffrir sous leur règne , et nous devons le faire remarquer ici avec d'autant plus de soin, qu'il est moins pos- 3ible de s'en apercevoir en examinant les
listes des rois lagides rédigées par quelques chronologistes ; ils n^ont tenu aucun compte des dissensions qui firent descendre du trône , des rois que d^ autres dissensions y rappelèrent toujours.
On sentira encore combien ces désordres sont importans à connoître , puisqu^on ne peut nier leur influence sur les affaires générales de FEgyp le et la succession de ses rois. Celui qu'une criminelle usurpation jetoit sur le trône , se disoit roi et faisoit tous les actes qui constituent la suprême puissance; Il signoit les monnaies de l'Etat , y marquoit soigneusement les années de son règne illégitime, tandis que le souverain détrôné qui rentroit dans la jouissance de ses droits et Vusage du pouvoir royal, ne considérant pas comme perdu pour lui le temps, où il avoit cessé de Texercer, comptoit comme roi les années de son inten'ègne et en marquoit la somme sur ses monnaies comme s'il avbit occupé le trône sans interruption. Ce fait reconnu doit servir à mieux étudier les monnaies des Lagides , à Qclaircir peut-
être quelques unes des difficultés qu'on a ' jusqu'ici rjemarquées(i). Le tableau généalogique des princes de cette famille qui occupèrent successivement le trône d'Egypte (page 232), fait voir que ceux qui purent faire frapper des monnaies formèrent vingtdeux règnes successifs ; comment peuton bien reconnoître celles qui nous restent, si l'on né veut distribuer les' têtes et les dates diverses qu'elles présentent qu'à douze ou trcizp princes seulement ?
Si chacun d'eux , comme Philopator et Evergète II , avoit inscrit son surnom sur ses monnaies, tout seroit éclaîrcisans doute depuis long^temps ; mais il n'en est pas ain$i. Ces surnoms sont très-rares sur les médailles , quoique chaque prince en ait pris un en parvenant au trône. L'institution religieuse qu'il recevoit àMemphis, lelùiconféroit et le faisoit admettre d^ns les cérémonies et les prières publiques. Les femmes reines n'en ayoient point, mais celui du
I (i) Suprà^ lritro<l action, png. 14a yy. et pag. a2, note i.
23o ANNALES DES LAGIDES.
roi leur devenoit commun , et dès lors leur prénom ëtoit inscrit dans les actes publics lorsque Tusage y faisoit placer celui des reines. Lorsqu' aussi le souverain avoit eu successivement plusieurs femmes , la mère de rhéritier du trône jouissoit seule des honneurs du protocole et du rituel , associant, seule aussi, son prénom au surnom de son époux. Ce surnom exprimoit quelquefois des affections de famille , mais plus souvent il ne fut que l'expression de la flatterie des courtisans ou de Forgueil des princes.
La malice publique s'en servoit pour venger \sl nation de ses méchans rois. Elle eut sans doute pardonné un excessif embonpoint à Evergète II , mais sa mauvaise administration disposoit mal les esprits à Texcuser ; et , ne pouvant le punir de ses crimes, on s'en prit à ses ridicules : l'histoire a conservé les surnoms de Physcon et de Cakergétès qu'on lui donna. Ptolémée, le nouçeau Bacchus , payoit la protection de Rome avec la fortune de ses sujets ; il sem-
ORBRE DE SUCCESSION; aSl
bloit faire consister tout l'éclat et tous les devoirs de la royauté à diàputer des succès dans Tart de jouer de la flûte , et ses peuples malheureux le nommèrent Aulétès^ le fû-^ leur : innocentes représailles qui ne diminuèrent nullement les malheurs publics, mais qu'il n'est pas sans quelque intérêt de placer à côté des hyperboliques exclamations des panégyristes , car les méchans princes n'en manquèrent jamais.
iV. B. Dans le Tableau suivant, les chiffres romains et les renvois de la neuvième colonne intitulée £nfcMS^ correspondent à ceux de la première.
ANNALES DES LAGIDIfH:
xtÉSUMÉ DU Précis généalogiqu!
ORDRE des
aàcHBS.
ORDRE de
S0CCSS8IOII.
SVtLVOM pris par
LU PRiaCBS.
SURNOM dooB^par
LM PIVPtB.
Le fils de Laens et d'Arsinoé, devenu roi d'JEg^le après en avoir 4li le gouvemear pour Alexandre.