I. — PtOLÉMÉE SOTER
sinon à sa toute^rpuissance , du moins à Tempire quil avoit reçu dfe Philippe, et dont la possession ne pouvôît jamais lui être contestée. Aïex^fcndre avoit un frère, fils , comme Ini , de Philippe , mais qui étoit né d'une danseuse nommiée Philline ; il laissoit aussi de Barsine fîDe de Darius , un fUs nommé Heï^eule ; enfin Koxane sa veuTe, fille du roi de la Bactriane , étoif enceinte , le tei*me même de sa gros^sse très-avancé ; eBe pouvoit donner le jour à Fhéritier si nécessaire pour Faccomplissemenf des projets d'Alexandre.
Mais l'incapacité d'Aridée son frère , l'inexpérience dn fih de Barsine , l'incertaine espérance d'obtenir d'une autre un rejetoil du sang royal , enfin la foiblesse d'une régence poilvoient-elles suffire aux graves circonstances où la mort prémattfrée dû vainqueur de tant de rois plaçoit ses peuples et son armée ? Pour conserver son empire , il eût falfii un second Alexandre ; l'union intime de. tous ses généraux pouyoit x'cndre Vétat des choses moins péiîl-
24o ANNALES DES LAGIDES.
leux sans doute , mais d*voit-on Fàttendrc de leur ambition ? Tous distingués par leur naissance ou d'éclatans services, ils joignoient à la noblesse des formes corporelles , rélévation des sentimens et la puissance de la sagesse et de la raison (i) ; c'étoient , parmi plusieurs autres , Perdiccas, Léonnat, Antipater, Lysimaque, Python, Peuceste, Ptolémée.
Le lendemain de la mort d'Alexandre , ils se réunirent autour de son trône (2) , sur lequel on avoit placé ses insignes et ses armes (3). Perdiccas se déclara pour le fils que Roxane pouvoit mettre au monde ; Néarque pour celui de Barsine, et Ptolémée contre l'un et l'autre. « N'aurions- » nous vaincu les Perses, dit-il, que pour » les placer sur le trôné de Macédoine ? »
et il proposa de déférer le gouvernement a un conseil formé des principaux lieutenans
(i) Justin.^ hisi.f XIII. ïibt l^
(2) Le3i ma'u Quint.-Cari.y X, cap. i6.... Perdiccas.,,^ annulum sihi prîtliè traditum à r^ge in eàdem sedé {sellà^ posait, -^ {Z), Ibidem.
î. — PTOLÉMEE SOTER, H^t
d'Alexandre. Mais une voix s'ëleva de la foule dont rassemblée étoit environnée , et proclama roi le frère du roi , Aridée , sous le nom de Philippe ^ nom chéri des Macédoniens. Méléagj*e, soutenu de toute Finfanteric / s'attache à son parti. En vain Perdiccas, secondé par Léonnat, et par Ptolémée à la tête de la garde royafe , essaie de s'y oppoiser, appuyé parles troupes à cheval. Aridée se montre revêtu des ornemens royaux, et il est salué roi par la majorité du peuple et de l'armée. Triomphant de l'opposition de Perdiccas, Meléagre demande sa mort, en le peignant au roi comme un rebelle ; mais bientôt (i) les troupes font éclater leur mécontentement à ce sujet , et Méléagre reste pendant trois jours (a) livré aux plus pénibles incertitudes. Babylone est menacée de la famine par le parti de Perdiccas maître des dehors de la viUe, et c'est dans ces con-^
(i) Le ïenàtoBMa f' ^sterd i//>, le i*' jum. Çuini.-' Curt. , X, ai. :
(a) Triduum , Quitti^-Curt, ^ X ^ ai ; le; i , a et 3 juîn^
242 ANNALES l>f:S LAGIDES.
jonctures que des envoyés du roi Aridée parviennent à réunir Méléagre avec Perdiccas. Celui-ci, rendu plus hardi par les messages qu^il avoit reçus , songea dès lors à sacrifier son rival à sa propre ambition : il insinua au roi de faire punir les auteurs des discordes qui venoient d'être terminées; , il fit compter parmi eux Méléagre qui chercha vainement un asile dans un temple , et qui n'y trouva que la mort.
Perdiccas heureux , mais cruel , ramena Tannée dans Babylone. Il dirigea le conseil du roi ; les gouvememens de^ provinces ainsi que les charges de la cour furent distribués aux officiers ou- aux favoris les pins réputés , et Ton s'occupa enfin de faire embaumer le corps d'Alexandre délaissé - jusque-là et privé de soins et d'honneurs, quoiqi^e depuis sept jours déjà il eût cessé de vivre (i).
■•— W»~— ii^»»
(i) Seftmas drer, ^. Curf.-, X , a6. — -Potir tout «eijui précèile , voyez le mèm*^ livre dç Quiato-Ciirce ^ Justin , liv. i3. Arriaa. , de reÙ, post AUf», apudPhat, Miùl., cûd. nozcii^etc. -- '
i. — PTOLEMEE SOTEK. ^43
Ce fut ce même jour et da<i$ le méti)^ conseil, que le gouvernement de l'Egypte ^ de la Libye et de la portion de l'Atàbie limitrophe de TEgypte , fut donné à Ptolétoçe. Ce gourememènt devint ejiâuitele royaume d'Egypte , et n'^touva auc^u démembrement. Quelques possessions éloi^ gnées, telles qii^ Chypre. et la Cyrénaïque, y furent réunie;^ par la guerre , et là guerre aussi le^ en 4étachà quelquefois. Mais le royaume pjpôprement dit , et tel qu'H ^ujl>sista pendant trois siècles , se trouva renr fermé dans les limites naturelles de VEgypte.
Ântipater avoitété chargé par Aleita^fidi^ même dii gouvernement de la Ms^cédoin^ et de plusieurs autres proidnces du coadâp nent eoropéèln ; il fut confirme daiur ae^ fonctions. La Thrace , la Chersonèse et-lcs pays adjacens , furent confiés à Lysimaqiie ; à Antigone , la grande Phrygie et quelques autres contrées.
Cratère fut pourvu du titrq de tuteur des rois ; mais ce fujb Pcprdkc^ qui en jouit de
fait, par Finfluence que lui donna le commandement de la garde royale (i).
Ptolëmée songea bientôt à se rendre dans son gouvernement. Pendant le temps qu'il passa encore à Babylone, Cléomène laissë^ par Alexandre en Egypte en qualité de trésorier, y réunit celle de lieutenant du gouvernement , et Fexerça jusqu'à l'arrivée de Ptolémée (2).
L'époque précise n'en est pas connue; mais l'intérêt que Ptolémée devoît mettre naturellement à jouir d'un titre auquel il pou voit déjà peut-être rattacher de plus hautes espérances , dut l'amener sans retard dânê* la capitale dé ses provirices , où sa libéralité , sa justice et la douceur de son au- 'tôritë (3) attirèrent bientôt , de toutes parts, ceux que la guerre et les dissensions
^1} Arrian, , ^e rcbus post Alex, , apud Phot. Biè/iotÂ, , cud. xcii, pag. ai 7 et seq<j, edente Schot. 1611 f*. — JOiod. Sit, XVm, 3 et 12. -^ g, Cëri. X, flS. — Jusf, ffûf,,