VENISE
Pour l'édification des fidèles et pour l'encouragement de ceux qui , animés des sentiments de la piété catholique, cherchent à soutenir les intérêts de notre Custodie de Terre-Sainte, et en même temps pour faire preuve devant le monde de la reconnaissance que les Mineurs vouent à leurs insignes bienfaiteurs, nous croyons devoir emprunter à la Gazette de Venise (no du 22 janvier 1S62) l'article nécrologique suivant que notre confrère le P. Cyprien de Trévise , Professeur de Philosophie en cette ville , a consacré à Mgr Ramazzotti.
La mémoire de Mgr Ramazzotti, zélé Patriarche de Venise, qui vient de mourir, sera à jamais impérissable, mais, un fait remarquable, c'est que, au moment où ce nom cher et vénéré sort des lèvres du peuple vénitien , il est encore répété, comme par un écho lointain, par la voix d'autres cames reconnaissantes , qui, des contrées les plus reculées de l'orient, 3e plaisent à le rappeler.
Cette voix reconnaissante est celle des fils de St François, gardiens des lieux sanctifiés par la présence de l'homme Dieu en Palestine, dans ce pays en faveur duquel le défunt , quoique beaucoup de personnes l'ignorent peutêtre, a fait sentir les influences de son zèle et de sa charité. Nous croyons donc utile , tant pour consoler ceux qui ne cessent de déplorer la grande perte qu'a faite l'Eglise Vénitienne, en perdant un ange de charité tel qu'était le Patriarche défunt, que pour complaire à ses admirateurs, de rapporter ici un passage d'une lettre de Jérusalem1, datée du 22 novembre dernier, et adressée au Très -Révérend Père Philippe Marie de Venise , Mineur Observantin, Commissaire de Terre-Sainte pour les Provinces Vénitiennes .
Cette lettre porte : » Les religieux Franciscains de Terre- Sainte connais - » saient l'extrême sollicitude avec laquelle l'illustrissime Ramazzoti , très- « zélé Patriarche de Venise, a toujours cherché, soit par la parole, soit «par ses écrits, à reveiller dans les cœurs des fidèles une juste vénération « pour les Lieux Saints , et à les exciter par son propre exemple à subvenir, «par l'offrande de leur obole, aux besoins si grands et toujours croissants «des Saints Lieux. Dès lors, mon cher commissaire, il vous sera aisé de » comprendre combien amère et affligeante a été pour nous la nouvelle de la
* mort de celui en qui nous savions que nous perdions un vrai bienfaiteur,
• un protecteur insigne. Aussi ne négligerons-nous jamais, dans notre pro- « fonde gratitude envers une mémoire si chère, de donner une preuve de nos « sentiments, en priant pour l'illustre Prélat, comme nous l'avons fait aujourd'hui, dans une messe solennelle qui a été célébrée pour le repos de «son âme, au Saint Sépulcre, envers lequel il professait la plus grande et
*) Du Reverendissime Père Custode de Terre-sainte.
h la plus pieuse vénération. « — Or, afin d'apprécier ce qu'à fait Mgr Ramazzoti en faveur de la Terre-Sainte, il faut savoir que les Pères Mineurs Observantins Franciscains, qui depuis six siècles conservent aux catholiques ces sanctuaires, et remplissent une Mission religieuse et sociale si avantageuse aux Arabes de la Palestine et de l'Egypte, ne peuvent y exercer leurs fonctions que moyennant les pieuses largesses des fidèles d'Europe. Parmi ceux-ci les Vénitiens se sont toujours distingués par leur libéralité à l'égard de ces religieux, et par la vénération qu'ils ont toujours professée pour les Saints Lieux; il y a depuis longtemps dans cette même ville de Venise un office dit commissariat de Terre- Sainte, qui a soin de recueillir les aumônes, et d'envoyer annuellement en Palestine les objets nécessaires à l'entretien des hospices pour les pèlerins , des écoles et des ouvroirs pour les pauvres. Mais les vicissitudes des temps avaient, depuis l'établissement du royaume d'Italie , contribué à faire singulièrement décroître les aumônes destinées à cette Terre , qui est cependant encore si chère à tous les fidèles, et de là résultaient de graves inconvénients.
Déjà Ramazzotti, qui étendait ses regards aussi loin que sa charité, les avait souvent tournés vers ces Saints Lieux, qu'il secourait généreusement de diverses manières; mais dès que le Très -Révérend Père Philippe Marie de Venise lui eut fait connaître l'extrême pénurie à laquelle étaient réduits les Franciscains pour entretenir avec la décence nécessaire les sanctuaires les plus célèbres de la Palestine, et spécialement le saint Sépulcre de Jérusalem, il déploya le zèle le plus efficace pour leur venir en aide. Ainsi il voulut que les demandes et les propositions du Père Philippe Marie fussent discutées dans les séances préliminaires du Synode Provincial , et dans d'autres réunions intermédiaires, où l'on remit en vigueur les décisions apostoliques relatives à la matière, et l'on convint de travailler à accroître les offrandes faites à la Terre- Sainte. Non content de cela, le pieux Patriarche fut le premier à réveiller la ferveur des fidèles par des lettres particulières et par une circulaire adressée à MM. les curés du diocèse , qu'il chargeait en termes chaleureux de recommander du haut de la chaire l'offrande pour les Lieux Saints, quatre fois l'an, à des jours fixes qu'il voulut désigner dans le calendrier. Inutile de dire que cet exemple du zèle apostolique du Patriarche, qui tendait non-seulement à conserver les sanctuaires de Palestine, mais aussi à secourir les pauvres Arabes catholiques, excita encore celui des excellents évèques et curés de la Vénétie , tous imitèrent leur métropolitain avec un si heureux succès que (nous nous félicitons de pouvoir l'annoncer , à la louange des Pasteurs et des fidèles) les aumônes doublèrent et atteignirent un chiffre presque aussi élevé que jadis. Certes un pareil résultat mérite d'être apprécié par ceux qui considèrent la haute destination de ces aumônes , et c'en est bien assez pour prouver combien il est juste de bénir la mémoire et de pleurer la perte de Mgr Ramazzotti.
DÉPART DE MISSIONNAIRES
EjSt DÉCEMBRE 1861 ET JANVIER 1862.
En ces deux mois sont partis pour les missions de Terre -Sainte les Pères Irénée de Pietra-Santa et Jérémie de Livourne , observantins de la Province de Toscane , ce dernier accompagné des pieuses jeunes filles , Marie- Anne Piston de Livourne, Concetta Parenti de San- Giorgio (pays de Pise) et Herminie Giovannini de Fomacette, qui sont allées prendre l'habit de Clarisse Tiertiaire au monastère de ces religieuses au Caire.