‹ Annales des missions franciscainesChapitre 25 sur 81 · GS · texte numérisé non relu

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savoir quelle contient Tordre de nous restituer sur le champ quelques lieux et objets d'église, qui nous appartenaient et qui nous forent enlevés durant les persécutions. Si l'affaire prend une bonne tournure, nous aurons le bon* heur de posséder à Si-ngan-fu, métropole de la province, un très-grand et très-beau terrain qui, dans l'état actuel des choses, vaut 8000 onces d'argent. Il est temps que je termine ma lettre, en priant Votre Paternité Reverendissime de me donner la bénédiction Séraphique.

Votre très-humble et très-dévoué Fils en Jésus-Christ,

~Fr. Louis de Saint-Just,

Miss, aposi. Mineur Observant in en Chine.

Lettre de Mgr Louis de Castellazo, Mineur Observantin , Vicaire Apostolique de Chang-tum en Chine, au T. R. P. François de Lucques, Procureur des Causes des Saints et Bienheureux de notre Oidre à Rome, sur la situation des chrétiens dans cette province.

Chang-tum, 20 octobre 1S61.

Très-Révérend Pèse,

En lisant les actes du dernier chapitre général et le discours sur l'histoire universelle des Frères Mineurs du T. R. P. Marcellin de Civezza, le nom de Votre Très- Révérende Paternité me tomba sous les yeux, et réveilla aussitôt en mon esprit le souvenir de tous les bienfaits que je dois à votre direction et à votre enseignement. Car c'est en grande panie aux soins paternels de Votre Très-Rév. Paternité que je suis redevable de ce peu que je suis. Voilà maintenant la vingt-unième année que je me trouve, pour l'amour de Dieu et le salut des âmes, dans ces lieux déserts de la Chine. Ce serait une trop longue histoire que de vous faire seulement une esquisse des persécutions, des dangers et des travaux supportés durant ce temps. Vraiment, j'ai eu en partage une vigne très-épineuse et presque sauvage; car, depuis plus de quatre-vingts ans, nos confrères d'Espagne y faisaient défaut. Aussi, lorsque deux mois à peine après mon arrivée dans ces contrées, je me vis confier la direction de ce Vicariat, aidé d'un seul Père Chinois, nous ne trouvâmes, dans toute la Province, pas plus de cinq mille fidèles , qui n'avaient conservé de chrétien que le nom seul. C'est pourquoi mon premier soin fut d'ouvrir des écoles chrétiennes des deux sexes; grâce à leur influence et à celle de la prédication quotidienne, on vit bientôt ces chrétiens sortir de leurs ténèbres et recouvrer la connaissance de leurs devoirs. Après cinq ans passés au milieu de telles fatigues, je fus, tout à fait contre mon attente, élu et consacré Evèque coadjuteur; et alors j'ouvris un petit séminaire, dont j'étais directeur, professeur et supérieur. J'eus à m'acquitter pendant

pins de quatre ans de toute cette besogne, jusqu'à ce qu'on m'envoyât comme auxiliaire le P. Eloi de Pontassieve en Toscane, Religieux remarquable par ses talents et son activité, à qui je confiai le gouvernement, et l'instruction de ces jeunes gens, dont il est encore chargé en ce moment. Assurément, mon Père, le séminaire m'a coûté bien des sueurs, des fatigues et des travaux , afin de pourvoir de livres , de nourriture et de vêtements les élevés, sans autre ressource que la divine Providence. Mais aujourd'hui, en vérité, j'en reçois d'amples consolations, quand je vois , pour fruit de mes peines, sept prêtres qui vont avec zèle répandre la semence évangélique , et d'autres qui bientôt les suivront. Ainsi, grâces à Dieu, la Mission est suffisamment pourvue d'ouvriers : six Européens, et un autre en route, qui arrivera un de ces jours, et sept indigènes. Le nombre des chrétiens , en outre, s'est élevé à dix mille, sans compter plus de six cents catéchumènes. C'est peu néanmoins en face de tant de milliers de gentils, obstinés dans leur superstitieux aveuglement. Ici je dois dire que le Chinois, en général, n'est pas religieux : aussi n'obtenons-nous que de minces résultats, quoique nous appuyions notre prédication de moyens humains, afin de gagner la confiance des populations. C'est clans ce but que le Père Eloi a construit deux orgues et une grande horloge pour une tour du lieu de notre résidence, où elle est d'une grande utilité et d'un grand avantage ; mais si les gentils accourent en foule pour voir, et omnes miranti'./' , ils ne se convertissent pas pour cela, secl non convertuntur. Au commencement, les persécutions et la crainte de perdre les biens temporels étaient un fort obstacle à leur conversion ; mais depuis la guerre des puissances alliées contre les Chinois et le traité deTien-Tsin, les persécutions ont tout à fait cessé. Nous espérions donc faire de grands progrès, et pour le moins pouvoir prodiguer nos fatigues en liberté et avec fruit. Hélas! un nouveau genre de persécution apparut bientôt en punition de nos péchés à la suite des rebelles, dont l'immense multitude dévaste l'empire. Ils ont pénétré, au commencement de cette année, des provinces voisines dans celle de Chang-tum,- où nous travaillons, pour la piller. Pires que les Vandales, partout où ils arrivent, ils saccagent tout, tuent les vieillards et les enfants, brûlent les habitations, forcent les jeunes gens à grossir leurs bandes, et déshonorent les femmes par toutes sortes d'infamies, les attachent ensuite , avec de gros clous , aux murs ou aux portes! Xotre confrère le P. Jean Marie d'Àndria, Mineur Observantin de la Province de Bari , qui tomba entre leurs mains le 20 mars dernier, fut aussi leurvictimc.il était allé, par mon ordre, à Tai-gan-fu, afin d'y protéger quelques chrétiens, persécutés par les gentils malgré le traité de paix. Après avoir réglé cette affaire avec le Mandarin, il était sulle point de s'en retourner, lorsque les rebelles, étant arrivés en ce lieu à lïraprovistc et ayant cerné la ville, le firent prisonnier avec beaucoup d'autres chrétiens, hommes et femmes, le dépouillèrent de ses vêtements, et le

traînèrent nu derrière eux, comme un malfaiteur. Depuis ce temps nous n'avons plus eu de nouvelles, et l'on tient pour certain qu'il est mort ; mais il ne nous a pas encore été donné de trouver son corps, quoique nous Tayions fait rechercher de tous côtés.

Un Père Chinois fut également pris , dépouillé , mortellement blessé , puis laissé sur le grand chemin; mais il eut le hasard de pouvoir se mettre en sûreté et se guérir des blessures qui lui avaient été faites. Yoilà, mon cher Père, dans quelles conditions nous existons. Je me recommande donc à vos prières, afin que Dieu ait pitié de nous et de mon petit troupeau si maltraité. Que cette lettre soit une preuve de la grande affection que je vous porte toujours, ainsi qu'au Très-liévércnd Père Jacques de Civezza, qui était avec vous mon maître, et à qui je vous prie de présenter mes respects. Croyez-moi toujours

Votre très-humble serviteur et disciple,

Fr. Louis de Castellazo, Mineur Observantin,

Evéque de Zénopolis, et Vicaire apostolique de

la Province de Chang-tum.

AMÉRIQUE SEPTENTRIONALE

Lettres sur la Mission Franciscaine dans l'état d* Illinois dans V Amérique septen tuonale.

Avant de publier les lettres suivantes , il sera opportun de donner quelques renseignements sur l'origine et l'état de la Mission , qui , il y a quelques années, fut établie en Illinois, un des Etats-Unis d'Amérique. Lorsque l'illustrissime Monseigneur Damien Tuncker , Evêque d'Alton , diocèse tout récemment établi dans l'IUinois, vint en Europe en 1858, il fit des instances personnelles près du P. Grégoire Janknecht, Provincial de la Province de Sainte Croix en Prusse , le priant d'envoyer en Illinois quelques-uns de ses religieux, pour y fonder un couvent, afin de remédier au misérable état de cette Eglise, qui, dans un diocèse aussi étendu que le quart delà Erance, n'avait plus que 16 prêtres; outre qu'il contenait, épars çà et là environ 25,000 catholiques allemands, dont la plupart n'entendaient que leur langue natale. Ce Père, consentant, ainsi que son définitoire, à la demande de l'excellent Prélat, décida par un décret du 21 Avril 1858 la fondation d'une Custodie Franciscaine dans ces contrées. Les Pères Damien Hennewig, comme Président, Servantius Altmiks, Lecteur , et Capistran Zwinge furent destinés à y aller aussitôt résider avec cinq Frères lais et un Tertiaire. Ils arrivèrent, en septembre de la

même année, au lien de leur distillation, et ouvrirent un couvent à Teutopolis , prenant aussi l'administration de la paroisse de cette ville. Voyant le grand bien opéré par ces religieux en cet endroit et en beaucoup d'autres, Monseigneur l'Evêque d'Alton fit de nouvelles instances pour obtenir d'autres sujets, afin de pouvoir fonder un nouveau couvent avec un collège à Quincy (ville très -importante dans le Mississipi), où l'on enseignerait les belles lettres ; car il n'y avait , dans le diocèse , aucun établissement catholique de ce genre, même pour ceux qui aspiraient à l'état ecclésiastique. On envoya six nouveaux religieux de la même Province de Prusse, qui arrivèrent à la fin de novembre 1859; et bientôt après, c'est-à-dire en janvier 1860, le couvent de Quinci/ fut établi, et l'enseignement fut commencé dans le collège, que fréquentaient environ 59 écoliers. Actuellement ces deux couvents, de Teutopolis et Quincy, comptent 9 prêtres, avec un nombre correspondant de frères lais; dans les deux endroits, la maison et l'église (de bonne grandeur) ont été bâties au moyen des aumônes spontanées des fidèles, sans que les Pères aient eu besoin de faire de quêtes. On éleva ensuite, à Teutopolis, un autre magnifique collège, où. les Pères ouvriront un jour une école de langues antiques et modernes et de belles lettres. De plus, Mgr l'Evêque d'Alton, dans une assemblée de son clergé, a pris la résolution de mettre aussi à Teutopolis son séminaire (jusque là il n'en avait pas), et d'en confier la direction et l'enseignement à nos mêmes Franciscains.

Il faut remarquer, en terminant, que dans les deux couvents on observe la règle de l'Institut à la rigueur, et que les religieux ne subsistent que d'aumônes qui leur sont fournies spontanément et avec abondance par les fidèles. Aussi, quoiqu'ils aient l'administration de diverses paroisses, ils n'en touchent point les revenus; c'est un soin dont ils chargent quelques séculiers, commis à cet effet.

Lettre du P. Damien Hexnetvig , Président du coûtent de Teutopolis, diocèse oV Alton, dans VEtat Illinois, en Amérique septentrionale, au Très-Révérend Père Grégoire Jaxkxecht , Provincial de la Province de Sainte-Croix en Prusse. — 1862.

Très-révérekd Père, Nous devons reconnaître que nous sommes grandement obligés au Seigneur de nous avoir assigné , dans sa vigne mystique , une portion si importante et qui offre de si belles espérances. On aurait peine à croire quelle est la confiance qu'on a ici dans les prêtres qui se montrent dignes de leur vocation et qui se comportent avec discrétion et prudence.

Les fidèles croient ce que dit le prêtre, et se soumettent à ce qu'il ordonne. C'est ici qu'on voit clairement quel est le prix de la religion pour un catholique. Quoiqu'on ait changé plusieurs fois , en peu d'années, les curés des paroisses, ces bons fidèles montrent toujours le même attachement au nouveau pasteur qui leur est envoyé, ainsi que nous en avons fait l'expérience. Il n'est moyen qu'ils n'imaginent afin de nous rendre agréable ce séjour, sans parler de la nourriture qu'ils nous fournissent surabondamment. Il faut néanmoins avouer que les fatigues du ministère ne sont ni en petit nombre ni légères.

J'ai la charge de Teutopolis . tandis que le P. Capistran et le P. Servantius sont occupés dans deux succursales. 11 y a, chaque dimanche, dans les trois églises grand' messe, sermon et instruction; en outre, on visite tous les infirmes, tant voisins qu'éloignés. Aussi nous arrive-t-il quelquefois de faire à pied jusqu'à quinze milles , à travers les bruyères et les prés, en barque, à cheval, sur des traîneaux, comme il plaît à Dieu. Mais Mgr l'Evêque nous a conseillé de tenir un cheval à demeure, pour accourir promptement au secours des malades; et en vérité on ne pourrait faire autrement , sans mettre en péril le salut de beaucoup d'àmes.

]\7ous jouissons tous d'une très-bonne santé , et nous nous efforçons de répondre à notre sainte mission ; c'est pourquoi nous nous exerçons même aux langues Anglaise et Française, afin de nous rendre également utiles aux nationaux de ces pays et de leur administrer les sacrements. Quant aux Frères lais , ils s'occupent d'exercer les métiers nécessaires à la vie : le Fr. Marien est constructeur de chemins; le Fr. Edmond, cordonnier; le Fr. Pascal, fabricant de cierges et autres objets d'église; le Fr. Irénée , menuisier.

Mais il faut prier sans cesse le Seigneur de nous faire la grâce de persévérer et de croître dans le bien. En attendant, nous espérons que vous nous enverrez d'autres sujets à notre aide; mais, pour l'amour du ciel, qu'ils soient très-bien choisis; car, ici, on ne peut réussir à moins d'être guidé par un véritable esprit apostolique. Jusqu'à présent, deux personnes se sont présentées pour demander l'habit de notre institut : un prêtre et un laïque , qui semblent faits pour devenir d'excellents icliu'ieux, Veuillez nous écrire comment nous devons agir envers eux. Votre très-humble et très- obéissant serviteur, Fk. Damien Hexxewig.

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