‹ Annales des missions franciscainesChapitre 24 sur 81 · RUSSIE · texte numérisé non relu

RUSSIE

LES FKAXCLSCAIXS , OUVRIERS ÉVAXGÉLIQVES DAXS LES COLONIES RISSES DB LA LAPOXIE, DE LA SIBÉRIE, DE LA GÉORGIE, DE LA CHEESOXÈSE ET DU DAGHESTAN.

L'histoire rapporte que les Franciscains, après avoir, au prix de leurs fatigues apostoliques converti toute la Lithuanie et la SarnogitieT à la Toi catholique, y fondèrent une Province trèsflorissante1. Puis, de concert avec leurs confrères de Danemark, de Suède, de Prusse et de Saxe, ils s'avancèrent vers le Pôle Arctique, afin de porter la lumière de l'Evangile jusque dans l'inhospitalière Laponie2. Or, c'est là une entreprise, dont l'on ne saurait, croyons-nous, comprendre l'incroyable hardiesse, sans décrire d'abord le climat excessivement rigoureux, la situation inaccessible, les mœurs barbares de ce pays, et sa religion, qui était telle qu'on s'en figure difficilement l'existence dans la race humaine.

La Laponie étant située, comme on le sait, entre le soixantequatrième et le soixante-onzième degré dix minutes de latitude septentrionale, et à douze degrés quarante minutes de longitude orientale, forme ce dernier pays de l'Europe Septentrionale, qui s'étend entre la mer Glaciale au Nord, la mer Blanche à l'Est, et le lac de Bothnie au Sud; il se divise en Laponie Méridionale ou Suédoise, Norvégienne ou Septentrionale, et Russe ou Orientale. La première comprend tout le pays de la mer Baltique aux montagnes qui séparent la Suède de la Norwège, et se divise en cinq provinces comme suit : Tornea Lappmark, Lulea Lappmark, Pitea Lappmark, Umea Lappmark, et Asele Lappmark. La seconde, entièrement au-delà du cercle polaire, entre le lac Enora et la mer, forme, dans le diocèse de Nordland, la seigneurie de

*) Voir le liv. IV de notre Histoire des Missions Franciscaines. 2) Ibid. liv. V, sous presse.

Finmark, divisée en Orientale et Occidentale. La troisième, enfin, entre le susdit lac d'Enora et la mer Blanche, se compose des districts de Kemi dans le gouvernement d'Ulenbourg, et de Kola dans celui d' Archangel1 .

Singulier pays entre tous, celui-ci est bas au Sud et à l'Est, vers le golfe de Bothnie et la mer Blanche, puis s'élève à un très-haut niveau au Nord sur la côte découpée de l'Océan, où le cap ~Sorô. offre à la vue une façade perpendiculaire de plus de 14 10 pieds, tandis qu'au centre, les monts Dofrines, couverts de neiges entassées et de glaces éternelles, atteignent une hauteur de plus de trois mille pieds. C'est là que prennent leur source de nombreux cours d'eau, comme l'Alten et la Tana, qui coulent vers la mer Glaciale, le Panoi, qui se jette dans la mer Blanche, et le Kemi, l'Ounas, la Tornea, le Mnonius, le Lainius, le Calix, le Lulea, le Pitea, le Skellei'ten, l'Umea, et l'Angerman, qui tous se déchargent dans le golfe de Bothnie. 11 n'y a pas une moins grande quantité de lacs, qu'il serait trop long de tous énumérer : nommons seulement le Stor-Uman, le Stor-Afvan, l'Ilorn-Afvan, le Storn-Lulea-AYatneii, le Tornea, l'Enora et l'Ini andrà2.

Dans une telle situation astronomique, et au milieu de tant d'eaux, de neiges et de glaces, que le lecteur s'imagine quelle doit être la température atmosphérique : il suffit de dire que le froid y arrive à un degré assez bas pour congeler l'esprit de vin le plus concentré. Dans les parties les plus méridionales, les jours et les nuits les moins courts ne dépassent jamais vingt heures un quart, tandis que, dans les plus septentrionales, ils se prolongent au-delà de deux mois : durant ce temps, la Providence vient au secours des habitants, en diminuant ces éternelles nuits par les clartés de la lune et de fréquentes aurores boréales, ainsi que par la lueur des crépuscules, qui sont d'une très-longue durée dans le pays3.

Quant à la végétation, dans la partie basse du Sud et tout le lonç du golfe de Bothnie, elle consiste en de grandes forêts de pins, sapins et autres arbres résineux; mais à mesure qu'on pénètre dans le pays, on trouve que le sapin a seul la force de résister à ce climat, où lui-même, un peu plus loin, meurt aussi; le bouleau lui succède, puis est remplacé par le Salis glauca, qui bientôt cède également la place au bouleau nain et au saule spongieux; et ceux-ci, à la fiu, se retirent devant la mousse. Aussi, dans ces régions plus froides, n'est-il pas possible d'entretenir au dehors d'autres animaux domestiques que des trou-

') Grand Diciionn. géograph. Venise, -1851. — 2) Ibid. — 5) Ibid.

peaux de rennes, auxquels cette dernière et misérable plante suffit pour nourriture. Mais l'admirable sagesse du Créateur n'a cependant pas condamné ces malheureux habitants à périr de faim; ils ont des oiseaux de bois et de lac, et aussi des oiseaux de passage, en plus grande abondance qu'on n'en trouve nulle part ailleurs : ce sont, notamment, des aigles, des poules tachetées, des canards, des cygnes sans nombre, des perdrix de plusieurs espèces, des faisans, des francolins, des huppes, et le moqueur, tant vanté pour la beauté de son plumage et l'excellence de son chant1. Joignez-y les excellents poissons, que la mer et les lacs fournissent en très-grande quantité, tels que des saumons, des brochets et des carpes. Relativement à l'origine de ce peuple, les historiens les plus réputés affirment que c'est un rameau des Finnois, ou émigrés ou chassés de leur territoire2. Cependant ils en diffèrent beaucoup, soit par la structure physique, soit par les qualités de l'esprit : ils sont si petits que la taille des plus grands ne dépasse pas quatre pieds et demi; ils ont le visage large, les pommettes saillantes, les yeux enfoncés, le menton pointu, la barbe rare, les cheveux courts, crépus et noirs, la peau brune et grasse, la voix aigre et désagréable3. Quant à la religion, ils professent un fétichisme général, rendant un culte à chaque élément de la nature, qu'ils considèrent, en vrais panthéistes, comme toute divine. A ce sujet, quelques écrivains Allemands4 qui l'ont spécialement étudié, nous fournissent des détails, qu'il est bon et intéressant de reproduire, afin de montrer quelles étranges transformations la raison humaine égarée fait subir au sentiment religieux, qui ne s'éteint jamais dans le cœur de l'homme, mais dérive toujours de la primitive révélation.

Dans le ciel supérieur, disent-ils, régnaient Eadien-Athsie, père universel, et Pvadien-Kiedde, son fils, qui gouvernait en son nom. Mais ces divinités, qui erraient dans le JFendd, ou dans les champs éthérés, étaient peu connues, excepté des ^Soaïda's, hommes du ciel. Puis, parmi les divinités du ciel visible, Baiwe, ou la déesse du soleil avait sous ses ordres trois génies inférieurs, qui présidaient aux jours de dimanche, de vendredi et de samedi. L'air lui-même, enfin, était le séjour d'un grand nombre de divinités, placées là pour dominer

*) Voirie Grand Dictionn. géograph. Venise, 1851.

2) Ibicl., et Malte-Brun-, Précis de la Géograph. universetle, tom. VI.

3) Idem, ibid.

*) Jessex, De la religion païenne des Lapons, etc. Sciieffer, Lap; — Georgi, Nations Russes, et Malte-Bri.w loc. cit.

les éléments. On les divisait, ù ce qu'il paraît, en deux familles distinctes, Tune descendante de Joumala, ou le bon principe qui résidant, selon les uns, dans le ciel, et selon d'autres dans l'eau, répandait de là ses bienfaits sur la société humaine; l'autre issue de Perkas , roi des enfers, qui assistait de sa puissance les sorciers et les ennemis de l'humanité, désignés sous le nom de Sei tes. On y joint le Dieu Rora-G ailes , ou Tiennes, qui lance le tonnerre, amollit les pierres, et écrase les sorciers sous les coups de son double marteau; il est, en même temps, surintendant des saisons, des fruits de la terre et de la chasse. Sur son compte, il existe une très-curieuse tradition, qui le représente comme un génie, d'abord malfaisant, créé parPerkas, puis relevé et sanctifié par Joumala, avec le nom de Ayeke , qui signifie vieux; c'est son arc qu'on voit briller des sept couleurs. Viennent ensuite Biag-Olmaï, maître des vents et des tempêtes, et Leih-Olïnai, préposé spécialement à la chasse : ils parcourent, sans cessi-, le sommet des montagnes saintes, sous la figure humaine. Parmi les dieux malfaisants, on compte notamment les esprits des cavernes, chargés de recevoir les morts que Radien-Àthsie n'admet pas dans le ciel supérieur : ceux-ci, menés sur-le-champ en présence de Jabme-ÂkkG, mère des morts, sont par elle condamnés ù de terribles tourments, que leur inflige Kota, dieu de l'enfer.

Tel est en abrégé le système des croyances religieuses des Lapons, auxquelles correspondait la forme du culte par lequel ils prétendaient honorer leurs divinités. En effet, le dieu Tiennes, protecteur de la nature vivante, avait son image en bois, et on lui rendait un hommage d'amour près des cabanes et des tentes, par le sacrifice de rennes mâles et adultes, tandis qu'au grand Seite, chef des malins esprits, figuré en pierre, on immolait dans des mystères terribles, au milieu des forêts les plus solitaires, ou sur la cime de roches presque inaccessibles, des chats, des chiens et des poulets. On n'offrait à la déesse Baiive que de petits rennes, en couronnant la table sacrée, sur laquelle ils étaient offerts, de petits ossements de ces animaux; tandis que celles de Tiennes et de Seite étaient garnies des cornes de ces mêmes animaux. Aussi la Laponie est-elle toute couverte de lieux consacrés par la religion, dont la plupart portent encore le nom de Passe, qui veut dire saint, ou de Ayeke, qui signifie vieux, divin. Ce sont le plus souvent des rivages de lacs, des rochers s'avancant au-dessus de cascades écumantes, des îles couronnées de pins antiques, et des vallées solitaires et désertes. On en rencontre surtout dans la Laponie

Eusse, avec des idoles en pierre et en bois, et avec de petits tertres, de cinq ou six pieds de hauteur, sur lesquels s'offraient les sacrifices. Ces lieux sont tellement sacrés pour les Lapons que, lorsqu'ils passent devant, ils observent un profond silence, et que les femmes, réputées impures, en détournent le regard ou se couvrent le visage d'un voile. Pour terminer, ajoutons qu'ils offraient aussi des sacrifices aux âmes, que Fon supposait obtenir, après la- mort, une grande puissance. On renversait sur la tombe le traîneau sur lequel avait été déposé le cadavre, et Ton y immolait le renne qui l'avait apporté1. Dans tout ce qui vient d'être rapporté sur la religion des Lapons, si l'on y regarde attentivement, on ne peut manquer d'entrevoir certains rayons d'une révélation antique, surtout en ce qu'ils disent de leurs divinités de premier ordre, et touchant le principe du bien, qui semble prévaloir sur celui du mal; il en est de même du jugement des trépassés.

Yoilà dans quelle confusion d'idées et de coutumes religieuses vivait tout le peuple de Laponie jusque sur la fin du quinzième siècle, époque où les Franciscains s'avancèrent vers lui, à travers la Suède et la Norvège, afin de l'éclairer de la lumière Evangélique, qu'ils se proposaient de lui porter : et ils auraient réussi, sans doute, si, au moment même où ils s'efforçaient. de mener à fin leur entreprise si bienfaisante et si sainte, la Eussie, tombée dans le schisme grec, n'avait étendu son domaine sur toutes ces contrées, et si la funeste réforme à laquelle Luther mit la main en xlllemagne ne fut malheureusement survenue pour arrêter l'œuvre de ces saints Missionnaires. Il en résulta que ces pauvres populations restèrent, de nouveau, totalement abandonnées à elles-mêmes, dans le grossier paganisme où elles étaient plongées, de sorte qu'elles devinrent palla suite, du côté de la Suède et de la Xorwège, luthériennes, et, dans le reste du pays, grecques, mais plus de nom que de fait ; car elles n'avaient renoncé à aucune de leurs superstitions idolàtriques : ainsi les baptisés ne se distinguent pour ainsi dire en rien de ceux qui sont demeurés jusqu'à présent payens2.

De tels faits montrent quel fut le service rendu au Xord par la révolte, contre Rome, du moine Martin Luther. Elle arrêta dans son cours le rapide développement que prenait parmi les contrées germaniques la civilisation chrétienne, qui, desséchée pour ainsi dire, dans ses sources, n'eut plus assez de vigueur pour s'avancer à travers les barbares du Pôle glacial,

*) Idem, ibid. — 2) Ibid.

C'était cependant peu de temps auparavant que, les regardant du sommet des hautes montagnes de Norwège, le Frère Jacques, des Marches, profondément ému, se réjouissait tant en son co ur à la pensée que bientôt, grâce à l'apostolat de ses confrères, eux aussi feraient partie de la grande famille du Christ'.

Néanmoins les Franciscains de Pologne et de Lithuanie, conservés comme par miracle dans ces contrées jusqu'à nos jours2, travaillèrent autant qu'il leur fut possible, à faire pénétrer en Laponie un rayon de la vraie lumière évangélique : aujourd'hui encore, ils y soignent un troupeau assez nombreux de catholiques dans le gouvernement d' Archangel , sur les bords de la mer glaciale, dont la partie la plus septentrionale est habitée par des Samoïèdes nomades; assurément, ils étendraient plus loin encore leurs travaux apostoliques, sans l'empêchement qu'y met la perfide Russie, qui use, envers cette province des Frères Mineurs, de machinations dont le but est de la faire complètement périr.

Ces Franciscains se trouvent aussi actuellement à Kasan, près des rives du Volga, et à Orel, où se réunissent les fleuves Oka et Orlyk; ainsi qu'à Tomsk, sur les bords du Tom et de l'Obi; à Krasnojarsk, dans le gouvernement de Tenisseik, et à ^"erczynsk, dans celui d'Irkoustsk, en Sibérie proprement dite.

Ils travaillent également à Landau dans la Chersonèse Taurique, district d'Odessa; à Jamburg et à Taganrock, dans le gouvernement et district d'Ekaterinoslaw sur la mer d'Azof; à Alexandrowsk, district de Bachmutskaia; à Kazickaja, gouvernement

') Voir le chap. XII du li v. IV de VHist. des Miss. Franoisc.

*) Vraiment par miracle : depuis que les funestes traités de 1773, 1793 et •1793 ont fait échoir la plus grande partie de ce royaume à la Russie , et le reste à la monarchie Prussienne, il n'est ressort que la première, en particulier, n'ait fait jouer, afin d'y éteindre le catholicisme. Néanmoins, en 1842, la Province Franciscaine de Lithuanie comptait encore vingt-neuf couvents de Mineurs Observantins, et six monastères de Clarisses, maintenant réduits par la persécution , les premiers à douze, et les seconds à quatre; et, qui pis est, ceux qui restent sont contraints de se gouverner sans Supérieur Provincial, puisqu'il leur est défendu de se réunir en chapitre, afin de procéder, suivant les statuts de l'Ordre, à l'élection de ce supérieur, Nous savons qu'en ce moment, le Père Ministre Général, Bernardin de Montefranco, s'occupe d'ouvrir des négociations avec le, gouvernement de S'-Pétersbourg, pour faire cesser une trop inique oppression, qui ne tarderait pas à consommer la ruine de cette malheureuse Province, et nous lui souhaitons, pour la consolation de ces peuples, un heureux succès.

de Samara; à Astracan, près de la mer Caspienne, où sont des établissements Tartares, Cosaques et Calmouks, ainsi que des colonies Allemandes et Russes; à Karskie-Kolodce, dans le gouvernement de Tiflis; à Piatyhorsk et Wlàdykankaz, gouvernement deStauropol au Caucase; et à Kussary, gouvernement de Derbent, dans le Daghestan.

Les noms des Pères qui résident aujourd'hui dans ces colonies, en qualité de Curés et Missionnaires, sont : Innocent AYolodkiewicz, Ostian Galimski, Bénigne Lipien, Zenon Iwaszkiewicz, Vincent Bielski, André Jurewicz, Diègue Sambor, Jean Canee Gartz, Télesphore Grzegorzewski, Paulin Balcewicz, Donat Za 1 i drowseki, Conrad Legowicz, Yiateur Zyzniewski, Ferdinand Sienkievricz, Yvon Zavaddzki, et Bernardin Grodzki.

Le nombre d'âmes confiées à leurs soins dans chacun des lieux mentionnés, est le suivant : A Archangel, 1983; à Kazan, 4896; à Orel, 2395; à Tomsk, 1G38; à Krasnojarsk, 1609; à Xercynsk, 1200; à Landau, 4196; à Jamburg, 2303; à Taganrock, 2500; à Alexandrowsko-Bachmutskaia, 1834; à Kazickaja, 2694; à Astracan, 757: à Carskie-Kolodce, 2389; à Piatyhorsk, 5477; à Yladykaukas, 2135; à Kussary, 1192.

Il convient d'y ajouter les paroisses suivantes qui leur sont confiées en Lithuanie : Vilna, 4512 âmes; Creting, 3721; Titow, 2628; Mohilo w,...; Trascun, 3442; Dotnow, 4553; Yalozyn....1

EGYPTE

Lettre du P. François d'Ascoli, Mineur Observantin de la. Province des Marches, Visiteur des Lieux- Saints , au Reverendissime P. Gène rai du V Ordre, sur les fruits des Missions récemment données en Egypte.

Le Caire, au Grand Couvent, ce 28 mars 1862.

Reverendissime Père ,

Il y a longtemps que j'avais le projet de vous écrire, afin de vous rendre grâces de m' avoir désigné comme Prédicateur annuel à Alexandrie d'Egypte et au Caire; mais la pensée de vos occupations si nombreuses et si importantes m'a toujours retardé dans l'accomplissement de cet acte de juste reconnaissance. Néan-

') Elenchili Cleri Rcgularis Ordini» Min. S. P. Francisci Observ. Vilna, 1842 et 1859.

moins, je vous ai fait plusieurs fois parvenir mes humbles respects par rentre-mise du très -Révérend Père Antoine de Melicocq. Aujourd'hui, pour adoucir quelque peu les amertumes qui, au milieu de tous les troubles qui agitent le monde, ne sauraient manquer d'abreuver votre cœur, je vous écris tout ce que vos fils d'Egypte ont opéré pour la gloire de Dieu dans ces régions que vous avez gouvernées jadis comme très-digne Custode de Terre Sainte. Elles n'ont oublié ni votre habileté, ni cette sagesse et eette bonté qui ont tant contribué à y accroître la gloire du Seigneur.

C'est le soir du 6 janvier dernier, que se termina ici, au Caire, la sainte mission prèchée en langue arabe par les Révérends Pères Bernardin de Pernio et Louis de Eavenne. Le concours des Arabes et des Oophtes catholiques fut aussi satisfaisant que le furent les fruits recueillis par les deux zélés missionnaires, quoique de grands vents, souvent accompagnés de pluies, empêchassent beaucoup de personnes de se rendre aux prédications.

Le soir du 12 dudit mois, en présence de l'Illustrissime et Reverendissime délégué apostolique de toute l'Egypte , Mgr Pascal Yuicic, la Mission en langue Italienne commença par un discours relatif à la circonstance, que prononça le E. P. Jacques Kado, Franciscain Espagnol, et qui fut suivi d'un sermon du P. Louis de Ravenne. Le lendemain, à 6 heures du matin, je commençais mes instructions, et à 9 heures je remontais en en chaire pour faire une nouvelle instruction avec la méditation. Puis, à 4 heures du soir, le P. Jacques faisait le catéchisme, et ensuite le P. Louis prêchait ce qu'on appelait le grand sermon. Le nombreux auditoire, avide d'entendre ceux qui lui rompaient quatre fois par jour le pain mystique de la parole divine, ne cessa d'y assister avec un zèle qui n'en démentit pas, et Mgr l'Evêque susnommé s'y trouvait avant tout le monde. L'affluence au tribunal de la Pénitence tint fort occupés, outre les Missionnaires, tout les confesseurs de cette famille religieuse. La communion générale, qui eut lieu le matin du 27 janvier, dernier jour de la Mission, présenta un spectacle admirable, et l'on ne pouvait retenir ses larmes quand on voyait la modestie, la componction et la ferveur avec lesquelles plus de 500 fidèles se nourrirent du pain des Anges, que leur distribuait cet homme si méritant, Mgr l'Evêque. Il faut observer qu'un nombre peut-être plus grand s'en approcha en particulier; presque tous renouvelèrent leur communion le jour suivant, où se célébra solennellement une Messe funèbre pour le repos des défunts, et je fis un discours sur l'utilité des suffrages.

Soyez sûr que la foi de ces catholiques, bien qu'ils appartiennent à diverses nations, se conserve vive, soutenue qu'elle est par les soins persévérants de nos frères.

Cette mission finie, le P. Jacques et le P. Louis se rendirent à Alexandrie, pour donner, le premier dix jours d'exercices spirituels à notre famille Religieuse, et le second, avec le P. Bernardin de Fratta Maggiore, une série d'instructions en arabe, Là aussi, grand fut le nombre de ceux qui accouraient, nonseulement Arabes, mais Cophtes, Maronites, Grecs unis; et suivant les renseignements qui nous sont parvenus au Caire, et que j'ai vérifiés depuis à Alexandrie, les fruits de cette mission furent extrêmement abondants.

Durant l'absence de mes compagnons, je fus charge de donner 15 jours de Mission dans la ville voisine de Bulac, très-peuplée de Turcs et d'Arabes, mais pauvre en catholiques; car il ne s'y trouve qu'un petit nombre de Grecs unis, et environ 300 Maltais. Je fus toutefois très-satisfait de voir, matin et soir, ces bons fils du grand Apôtre des nations accourir au sermon, se réconcilier avec Dieu au moyen de la confession sacramentelle, et se nourrir tous de la chair du divin Agneau ; ce qu'ils aimèrent à renouveler encore le lendemain, en assistant à un douloureux et solennel office pour le soulagement de leurs parents et amis trépassés. Le premier jour de la mission restera d'ailleurs à jamais dans leur souvenir, à cause de l'ouverture d'un nouvel hospice, élevé tout exprès pour eux, avec une église convenablement grande et belle. A cette cérémonie assistait Mgr l'Evèque, avec le digne gardien qui s'y est établi à demeure, lui prêtre, avec un frère lai, pour subvenir aux besoins spirituels de ces catholiques, et pouvoir ouvrir aussi, le plus tôt possible, des écoles élémentaires, à l'aide d'un autre Prêtre de l'Ordre.

Maintenant il faut que je vous parle de la mission à Alexandrie. Elle fut commencée le soir du 5 courant, dans le vaste temple consacré à la vierge et martyre Ste-Cath crine. On y suivit le même ordre qu'au Caire. Seulement on y joignit de mélodieux cantiques, exécutés avec grande distinction par une troupe choisie d'alertes jeunes gens bien doués du collège voisin, dirigé par des professeurs français. Je ne vous dis rien du concours, de l'empressement, de l'assiduité de tous, pour assister aux prédications, aux catéchismes et aux instructions ; rien du nombre immense de ceux qui s'approchèrent du tribunal de la pénitence, ni de F émotion intérieure qu'on pouvait lire sur leurs traits. Je vous dirai seulement que, durant environ deux

heures, PEvêque leur administra le pain eucharistique, tantôt au chant des doux cantiques des jeunes gens dont j'ai parlé, tantôt au milieu des actes de préparation ou d'actions de grâces, que je récitais de la chaire. Le temple était comble; de tous les yeux coulaient des larmes d'attendrissement, et la joie spirituelle se voyait empreinte sur le front de plus de 2000 personnes, tant hommes que femmes, qui s'assirent à la sainte table. Protestants, Schismatiques, Musulmans et Juifs restèrent étonnés de la magnificence d'une sainte cérémonie qu'ils n'avaient jamais vue, et l'on disait dans les rues que depuis longtemps une solennité aussi belle, aussi touchante, aussi consolante, n'avait pas réjoui Alexandrie. Le lendemain on y célébra également l'office des morts, où il y eut encore communion générale et sermon sur les âmes du Purgatoire. Nous espérons que les fruits très-abondants, qui y furent recueillis pour la gloire de Dieu, seront durables.

Maintenant, passant à un autre sujet, je vous annonce que, dans le pèlerinage que j'ai fait, il n'y a pas longtemps, en Palestine, en Judée et en Galilée, pour visiter les sanctuaires de notre très-auguste religion, je me suis senti, partout où j'ai trouvé nos confrères, extraordinairement attendri et ému, quand j'ai assisté aux longues psalmodies, aux fréquentes oraisons mentales, aux processions quotidiennes, auxquelles ils s'adonnent dans les cloîtres de Jérusalem, Bethléem, S*- Jean de la Montagne et Nazareth; en sus de leurs continuelles fatigues au confessionnal , de leurs prédications et de leurs écoles en diverses langues. Puis la retraite, le silence, les mœurs exemplaires, et pardessus tout la douceur, la paix et l'amour fraternel qui régnaient dans chacun de ces lieux, me faisaient m'écrier : Oh! que ne m'a-t-il été donné de connaître ces contrées si vénérables à une autre époque! Oh ! que volontiers j'y aurais passé ma jeunesse et mon âge mûr, en me conformant à la sainte règle de vie que suivent ici mes confrères Séraphiques ! Mais à présent, avancé en âge, comment pourrais-je les imiter, et y résister longtemps ?. . . Et ce que j'ai vu dans ces couvents, je l'ai rencontré également à Jaffa, à Acre, à Tibériade, à Karfa-Zaiat. Mais je ne m'étends pas davantage, Eévérendissime Père, de peur de vous fatiguer; car vous connaissez, mieux que moi, la vie qu'on mène en ces Saints Lieux. Je vous serai éternellement reconnaissant de m' avoir procuré la consolation de les visiter. Et vous priant de me bénir, je suis, autant qu'il est possible de l'être, de Votre Paternité Eévérendissime, le très-humble et très-dévoué fils,

Eri. Ekaxçois d'Ascoli, des Mineurs Obsenantins.

Lettre du P. Ludovic de Fabriano, Prédicateur annuel à Alexandrie d'Egypte, au P. Séraphin de Bollandina , Premier Professeur de Philosophie au couoent ^'Aracœli, à Rome.

Alexandrie d'Egypte, à ^-Catherine , 19 mars 1862.

MoX CHER P. SÉRAPHIN,

J'aurais voulu pouvoir vous écrire au départ du P. Pierre de Taggia, et pour vous faire connaître cet excellent Missionnaire, et pour vous donner de mes nouvelles; mais je ne trouvai pas moyen de soustraire un peu de temps à mes occupations. Actuellement je jouis de quelques jours de vacances, et j'en profite pour causer une demi-heure avec vous. J'arrivai dans cette ville le 17 septembre 18G1, et bien qu'en mettant pied à terre, j'eusse l'imagination pleine de Mahomet et des Mahométans, je m'aperçus bien vite que je n'aurais nullement affaire à eux. Alexandrie est devenue une ville tout à fait Européenne, sous quelque rapport qu'on veuille la considérer, pour les constructions, les jardins, les places et les promenades; et je pourrais, plus proprement encore, la qualifier de ville Italienne, soit à raison du nombre d'Italiens qui l'habitent, plus grand que celui de toute autre colonie, soit à cause de la langue Italienne, qui bien ou mal y est parlée par tout le monde, soit enfin à cause de la Mission qu'y dirigent des Italiens depuis son origine jusqu'aujourd'hui. Gardez- vous d'en conclure qu'il n'y ait pas ici de Turcs ; ils y sont, au contraire, très-nombreux, mais tellement dominés ou plutôt entraînés par le génie Européen, qu'on peut les dire réduits à néant : imaginez-vous qu'on doit un de ces jours établir une administration municipale qui fonctionnera entièrement à l'Européenne ! Je vous ai dit que c'est la langue Italienne qui domine ici : il faut l'attribuer, sans doute, aux fils de S4 François; car ils furent les seuls qui suivirent les marchands Vénitiens quand, après la bataille de Lépante, on vit reprendre le commerce avec l'Orient. D'abord, ils desservirent la chapelle du consul de cette Eépublique, jusqu'à ce que l'augmentation du nombre des Catholiques, tant indigènes qu'Européens, les porta à fonder et à successivement agrandir l'hospice et l'église, à mesure du besoin, et en même temps à faire les cérémonies du culte avec la solennité que permettaient les circonstances , annonçant toujours la parole divine aux Arabes en arabe, aux Maltais en maltais, et à tous les Européens en langue Italienne. Mais

les maux que firent souffrir à nos confrères pendant plusieurs siècles le fanatisme et les persécutions des Turcs, les maux de la pauvreté (car ils devaient attendre tout le nécessaire de la charité de l'Europe) , et les tributs qu'il leur fallait payer à des maladies et à des pestes les plus meurtrières qu'on puisse se figurer , furent largement compensés par le Seigneur : ayant semé dans les larmes, on devait moissonner dans la joie. Lorsqu'en Europe on criait, plus que jamais, contre les capuces et les frocs, le Yice-Koi d'Egypte, le glorieux Méhémet-Àli , les favorisait avec toute la munificence possible, et nous donnait environ 2159 pieds Français de terrain, qiw fut promptement entouré de solides murs, et sur lequel s'élèvent aujourd'hui le couvent avec 22 Eeligieux, une église assez grande pour contenir plus de six mille personnes, l'hôpital Européen, desservi par les Sœurs de Charité, l'évêché et l'établissement scolaire fondé par les Franciscains et tenu par les Erères de la doctrine Chrétienne. Le dimanche, c'est une vraie joie de voir la foule du peuple qui accourt à l'église : les^messes commencent toujours à 5 h. du matin; à 6 h. messe et sermon pour les Maltais, à 8 h. messe et sermon pour les Arabes, à 10 h. grand' messe et sermon en Italien, dont je suis à présent chargé. Pour vous faire comprendre au juste ma position, il faudrait que je vous misse sous les veux le degré d'instruction scientifique et morale de l'auditoire; mais pour ne pas trop vous choquer, je me borne à dire qu'ici les connaissances ne s'étendent pas au-delà des éléments qu'enseignent dans notre collège les Erères de la doctrine Chrétienne, et que la masse du peuple est entièrement adonnée aux arts mécaniques ou au commerce. Ajoutez que bon nombre de Protestants, de Juifs, de Schisma tiques et de Catholiques à moitié incrédules, s'unissent, malgré leurs dissidences, dans un esprit vraiment infernal pour répandre les erreurs et les calomnies les plus odieuses contre les Missionnaires Catholiques et tout ce qui touche au catholicisme. Ainsi, quand je monte en chaire, je me trouve en face d'un auditoire peu instruit, en partie prévenu et en partie décidément corrompu, et cela vous montre que je suis forcé de me tenir entre l'instruction et l'apologie. Les supérieurs ont déjà reconnu la nécessité absolue du catéchisme proprement dit, bien plus utile que la prédication, et je suis certain qu'on en obtiendra de grands avantages. Vous vous étonnerez d'apprendre que j'ai eu vacance, en carême, quand tous les Prédicateurs redoublent d'activité? Mais ne vous scandalisez pas, car j'ai cédé la place à des ouvriers d'une bien autre valeur. Dès le

mois de novembre 1861, le P. Jacques Kado, que vous avez connu en Ombrie, et que j'avais vu quand j'étais dans le monde, s'est rendu ici ; l'objet de sa venne était une tournée vraiment apostolique : car il donna d'abord dix jours d'exercices spirituels à notre communauté du Caire; puis, tandis que les PP. Bernardin de Pernio et Ludovic de Ravenne étaient envoyés en Mission près des Arabes du pays, il dirigeait lui-même pendant huit jours les exercices de nos Clarisses, finissant par donner, de concert avec le P. François d'Ascoli et le P. Ludovic de Ravenne, une mission en langue italienne. Cependant les bons résultats obtenus au Caire augmentaient notre vif désir de les voir se reproduire ici. C'est pourquoi le P. Jacques nous fit suivre de nouveaux exercices spirituels, tandis que le P. Ludovic de Ravenne et le P. Bernardin de Fratta Maggiore se mirent à évangéliser les Arabes ; quand le tout fut terminé, le P. Jacques revint au Caire pour diriger les exercices des Sœurs du Bon Pasteur, jusqu'à ce qu'il rejoignit enfin ses compagnons François d'Ascoli et Ludovic de Ravenne, avec lesquels le jour des Cendres on le voyait commencer dans cette église une mission en italien, qui devait se clore le 19, jour de la fête de S1 Joseph. Vous voyez donc bien qu'avec quatre cours d'exercices et quatre Missions le démon doit avoir éprouvé de telles pertes, qu'on peut répéter qu'il a été de nouveau rélégué au bout de l'Egypte, in partes superiores Mgqptz. Je ne vous ai parlé des missions du Caire que d'après les renseignements qui sont parvenus jusqu'ici; quant à celles qui ont été données à Alexandrie, j'en ai été moi-même témoin; et vous pouvez croire que, tant par le concours du peuple que par les nombreuses confessions et communions, on a remporté un vrai triomphe pour la religion Catholique, en présence des autres sectes qui ne sauraient comprendre comment une prédication de 15 jours peut changer les habitudes d'une population. ISotre Evêque , Monseigneur Pascal Yuicic, venait tout exprès du Caire pour administrer la communion le dernier jour; mais s'il eut à supporter de longues fatigues, il y trouva aussi une grande consolation, en voyant ses ouailles accourir en si grand nombre, pour recevoir de ses mains l'aliment de vie éternelle. Assurément, il n'en communia pas moins de 1500.

Je devrais maintenant vous dire quelque chose des missionnaires. Mais omettant de vous parler du P. Jacques et du P. Francois, assez célèbres en Italie, je vous dirai seulement que le P. Ludovic, qui a quitté sa patrie avant d'être connu, est un jeune homme d'un esprit non médiocre, d'une mémoire

prompte et d'une imagination vive : il exprime si bien ce qu'il dit, parce qu'il (lit ce qu'il sent vivement, qu'il captive l'attention, et qu'on est forcé de céder à son raisonnement. Il s'attaque à l'intelligence et au cœur avec tant de succès qu'il faut se rendre. S'il parle purement l'italien, il n'est pas moins versé dans la connaissance de l'Arabe , et il en donnera bientôt la preuve par une publication. Xous n'avons à lui souhaiter que la santé : car assurément ce ne sont pas la capacité et la volonté qui lui" manquent.

Maintenant je continue à prêcher, avec plus d'entrain même; car j'ai vu se doubler mon auditoire à la suite de la Mission. Quand je pourrai dérober du temps à mes occupations, je ne manquerai pas de vous écrire; quant à présent, contentez -vous de cette lettre, qui finit, ce me semble, par devenir assez longue. Je conserve toujours un affectueux souvenir des Religieux à'Ara-Cœli, qui se sont montrés si bienveillants envers moi en 1859; quand vous en aurez l'occasion, saluez-les de ma part. Je termine, en vous priant de vous informer, au couvent de S1 Barthélémy, du P. Missionnaire Pierre de Taggia, et de vous faire raconter ses nombreuses et intéressantes aventures depuis environ 24 ans de mission ; vous y trouverez grande édification. Dites-lui que tous ici, sans distinction, l'attendent avec impatience. Enfin, souvenez-vous de moi quand vous prierez le divin Enfant, afin qu'il bénisse ma prédication. l)onnez-moi de vos nouvelles, et croyez-moi toujours

Yotre très-affectionné ami, En. Ludovic de Fabbxa.no,

Prédicateur annuel, Mineur Observant i n.

Lettre du P. Fraxçois d'Orta , Mineur Observantin , au P. Ludovic DE Fabriaxo, Prédicateur annuel à Alexandrie d'Egypte.

Mansoura, 25 Février 1862.

Révérend Père, J'aurais été extrêmement heureux de recevoir votre visite, afin de passer avec vous quelques jours dans de saints entretiens; et si, quant à présent, j'accepte vos motifs d'excuses, je ne renonce pas, pour cela, à l'espoir de vous posséder, quand, l'été prochain, vous serez votre maître. Je satisfais votre pieuse curiosité, en vous donnant quelques détails sur cette mission naissante. Mansoura est une ville située sur le bras du fleuve du Xil qui va se décharger près de Damiette, chef-lieu d'une pro-

vince, de laquelle dépendent environ 750 villages; c'est dans cette ville que réside le gouverneur avec toutes les autorités subalternes, et la population y est de près de quarante mille habitants. On y conserve encore la maison où pendant quatre ans S* Louis, roi de Trance, est resté prisonnier, et l'on ne saurait la regarder une seule fois sans éprouver une sainte émotion, et sans faire des vœux pour que la France nous aide, au moins par son appui moral, à en faire l'acquisition et à la convertir en chapelle catholique. Elle est si ancienne qu'elle menace ruine; et si l'on ne se hâte, tout sera perdu. Cette ville est trèscommerçante, surtout depuis qu'on y a élevé diverses usines pour travailler le coton, et attire, par conséquent, beaucoup d'étrangers. C'est pourquoi feu Mgr Perpétue Guasco, de concert avec les Franciscains, mit tout en œuvre pour y faire acheter un local convenable, où fut envoyé le P. Maxime de Pantasina, qui commença par rencontrer mie forte opposition de la part des Turcs, surtout quand ils apprirent que, dans l'habitation du missionnaire, il y avait une chapelle catholique. Mais quand enfin Monseigneur eut fait transmettre au gouverneur des ordres plus positifs du Yice-Pioi, pour qu'il fit respecter le Religieux dans l'exercice de son ministère, il en résulta, heureusement, qu'il fut considéré, depuis cette époque, comme un représentant de tous les Consuls Européens; de sorte que deux lignes et le sceau de Terre-Sainte sur un morceau de papier suffisent pour que le gouverneur laisse la liberté à un individu non-seulement chrétien, mais même Turc. J'ai moi-même usé de ce privilège, au profit de quelques malheureux, pendant mes deux années de Présidence. En ce moment, on établit dans cette ville des agents consulaires : l'Italie et l'Autriche en ont donné l'exemple, et l'on espère qu'il sera suivi par toutes les nations.

Après avoir été compagnon du Père Maxime, de qui le nom sera toujours ici en bénédiction, je l'ai remplacé comme Président; et ayant déjà bien étudié sous sa direction la conduite à tenir dans ces fonctions, j'ai vu que c'était aux moines schismatiques, tombés dans la plus honteuse ignorance, qu'on peut faire le plus grand bien; aussi m' attachai -je à ouvrir des écoles de l'un et de l'autre sexe. Au comraencemrmt, je trouvai une grande opposition, des défiances et des préjugés à surmonter; mais grâce à une bonne institutrice, nommée Elizabeth Guerra, fort connue en Terre-Sainte, et à mon compagnon le P. Pabien de Kadda, tout a cédé. La principale difficulté était la crainte que, d'une part, les petites filles non catholiques ne fussent conduites à notre église, et que, d'autre part, ou n'enseignât aux petits garçons le catéchisme. J'évitai ces deux inconvénients, en les

faisant séparer des catholiques en ces circonstances; mais le résultat lut que les uns et les autres se sont épris du désir de venir à l'église et d'apprendre le catéchisme. J'ai commencé par me faire prier; puis avec l'autorisation de leurs parents, j'y ai consenti. Pour ouvrir l'école des filles, j'ai dû bâtir dans le voisinage de l'hospice, sur notre terrain; de cette façon, nous avons aujourd'hui un local suffisant, et une modeste habitation pour les institutrices. Je dis institutrices, parce que, voyant augmenter le nombre des petites filles, je dus faire venir une orpheline de la maison des Sœurs de Charité de votre ville d'Alexandrie, pour aider la première institutrice. Les élèves, aujourd'hui, sont au nombre de :M, et voici la méthode d'enseignement. Le matin on enseigne la lecture et l'écriture en Italien, le soir la couture et la broderie, et enfin le catéchisme. L'école pour les garçons se fait dans une salle de l'hospice. On y enseigne, de 8 à 11 h. du matin, la lecture, la calligraphie et la grammaire Italienne; et de 2 h. à 4 h. et J/2 après' midi, la lecture, la calligraphie, la grammaire Arabe et Italienne, et enfin le catéchisme. Il y a, en tout, 22 garçons. Le maître de cette école est le P. Fabien de Kadcla; toutefois, cette besogne étant trop fatigante pour qu'il la supporte seul, quand je suis libre, nous travaillons fraternellement à tour de rôle. L'école actuelle est trop étroite, de sorte Cju'on ne pouvait y admettre tous les Protestants; mais à présent, on vient de disposer, au fond de notre jardin, une belle et grande école qui peut contenir un bon nombre d'élèves. L'instruction des filles est gratuite pour les pauvres, à quelque religion qu'elles appartiennent. 11 n'y a que celles qui ont une certaine aisance qui paient une légère rétribution, à peine suffisante pour entretenir les institutrices. A l'école des garçons, tous sont admis gratuitement. Peu de conversions de Turcs ont été obtenues jusqu'ici, bien crue plusieurs soient disposés à embrasser notre foi. La raison en est que nous n'avons pas le moyen de les envoyer en d'autres lieux, et qu'ici ils courraient risque de tomber sous les coups de leurs fanatiques coreligionnaires. Actuellement, j'ai une famille bien instruite; mais où l'envoyer? Elle a tenté de fuir au Liban par Damiette ; mais, n'ayant pu avoir ici un passeport, malgré les vives sollicitations du P. Président, elle a été forcée de rebrousser chemin, et je ne sais comment lever cette difficulté. Plus grande est jVspérance qu'offrent les cophtes schismatiques, qui, dès qu'ils auront ouvert un instant les yeux à la lumière au moyen des -, retourneront en niasse, j'ose le dire, à la communion catholique. Prions Dieu de vouloir bénir nos travaux !

Pu. Praxçois d'Orta, Missionnaire Apostolique , Mineur Observantin .

CHINE

Lettre du P. Louis de Saint Just, Mineur Obsertantin de la Provìnce des Marches, Missionnaire Apostolique dans le Chen-Si en Chine, au Reverendissime P. Bernardin de Montefranco, Général de l'Ordre, sur son retour de Hong-Kong à sa Mission.

Du Séminaire de Chen-Si, ce 5 septembre 1861. Reverendissime Père,

Persuadé que Votre Paternité Reverendissime a reçu la longue relation que je lui ai envoyée de Hong-Kong, au sujet de ma captivité, je me mets en devoir maintenant de lui rendre compte de mon retour en notre Vicariat de Chen-Si.

A peine arrivé à Hong-Kong, je formai le projet de retourner, le plus vite possible, dans ce Vicariat. Mais le manque de navires appareillés pour le voyage m'obligea de m'y arrêter 32 jours , avec les zélés prêtres de Milan , et avec le Reverendissime Père Louis Ambroise , Procureur , qui me traitèrent avec tous les égards que suggère la charité chrétienne. En outre , un noble Magistrat, très-zélé catholique Irlandais , voulut à toute force une relation exacte de mes aventures et de la situation spirituelle de notre vaste Vicariat , pour l'envoyer à Londres , où elle sera publiée pour la gloire de Dieu : tel est le but qui m'a décidé à me rendre à sa demande. Enfin, après avoir pris pleine connaissance de toutes les œuvres et institutions pieuses fondées dans cette colonie anglaise par les catholiques, qui ont ainsi ajouté beaucoup à l'honneur de notre Mère l'Eglise, je partis de là fort édifié, de la manière que voici. Il y avait à l'ancre , en rade , un grand et magnifique bâtiment à vapeur de guerre Français ; et par suite de la demande adressée par le Reverendissime P. Procureur au commandant d'un autre grand navire à voiles , de la même nation (c'était un homme d'une piété peu ordinaire), celui-ci se chargea volontiers de demander et obtint de l'amiral, qui se trouvait à Canton, que je fusse, avec mon domestique, transporté gratis jusqu'à Chang-hai, sulle premier de ces navires. Reçu, en conséquence, aux premières places, et traité avec grand respect tant par le capitaine que par les officiers ses inférieurs, j'arrivai heureusement, quatre jours après, en cette ville, où je trouvai un aimable accueil à la Procure des Révérends Pères Jésuites , chez lesquels je rencontrai notre excellent confrère , le P. Séraphin de Campodipietra , et deux courriers envoyés par Monseigneur. Mais ce navire y faisant escale par ordre supérieur, il me fallut par une nouvelle demande obtenir notre passage sur un autre vapeur jusqu'à Tien-Tsin;

ce qui nous fut également et non moins généreusement accordé. Je me dirigeai sur Pékin, afin d'y obtenir de la Légation Française un passeport, qui me permit de retourner librement dans ce Vicariat. Je ne demeurai à Chang-hai que trois jours, y admirant les grandes œuvres qu'y ont commencées les Missionnaires catholiques : églises, collèges, séminaires, écoles ; les premières portant «à leur sommet le signe salutaire de notre rédemption. Mais elles sont menacées par les rebelles, que surveillent, par bonheur, les troupes Anglo- Françaises , non-seulement en gardant la ville, sur les remparts de laquelle flottent de toutes parts leurs bannières, mais s'étendant jusqu'à une distance de trois milles dans les terres. Il y a, en outre, près du grand collège et de l'église, un poste militaire et une caserne Française pour défendre ce magnifique établissement. Je partis donc le premier Mai pour Tien-Tsin, où j'arrivai après cinq jours d'heureuse navigation. J'y trouvai le premier Secrétaire de la Légation Française, nommé Klecurski, natif de Pologne, excellent catholique et protecteur de notre Religion. J'espérai un instant qu'il pourrait me procurer le passeport que je désirais ; mais il n'était pas en son pouvoir de donner autre chose qu'une feuille de route pour Pékin. Je me mis ainsi en route pour cette ville le cinquième jour, dans une voiture à bannière tricolore, qui attirait sur moi la curiosité d'un peuple nombreux, et j'y arrivai heureusement le surlendemain. A Tien-Tsin, je trouvai Mgr de Castellazzo, Vicaire apostolique de Chang-tum, logé aux frais du gounement, avec son Vicaire Général, le P. Annibal Fantoni. Ils avaient fui hors de leur Vicariat, pour se soustraire aux rebelles qui dévastaient les enviions de leur résidence. Ils me racontèrent comment un de nos confrères avait été peu auparavant pris et mis à mort (c'était le Père Jean Marie d'Andria). Et, comme Monseigneur avait été mon camarade au collège de Saint Barthélémy à Rome, grande fut la consolation que nous éprouvâmes l'un et l'autre à nous revoir. Je le laissai dans l'attente de meilleures nouvelles qui lui permissent de retourner à son poste.

A Pékin, je fus on ne peut mieux accueilli par une pieuse famille catholique , qui tient une hôtellerie en dedans de la première enceinte, près de la porte de la seconde. Le jour suivant, de bon matin, j'allai voir la célèbre église de l'Immaculée Conception , la seule d'un si grand nombre qui restât debout. Flic est d'une structure élégante, avec une très-belle façade et cinq portes; mais elle a beaucoup souffert de l'injure du temps, car elle compte plus de deux cents ans d'existence. Oh! combien je fus ému en voyant la croix de fer que les Français, l'an dernier, placèrent au sommet de la façade, d'où l'avait fait enlever l'empereur Jao-Kuam.

11 y avait anciennement quatre églises à Pékin , on les appelait vulgairement églises des quatre vents, et elles étaient administrées par

quatre nations différentes : la méridionale , par les Portugais ; la sep. tentrionale , par les Français ; l'occidentale , par les Italiens , et l'orientale , par les Espagnols. Aujourd'hui, en vertu du traité, ces quatre vastes établissements ont été rendus , par le gouvernement , aux Révérends Pères de St Vincent de Paul, qui administrent présentement cette province. Etant allé visiter l'église septentrionale, je reçus chez eux pendant dix jours une si gracieuse hospitalité, que je ne saurais manquer de leur rendre cet affectueux témoignage , qu'ils sont les vrais imitateurs du grand saint dont ils s'honorent d'être les fils. Ils étaient sept, de diverses nations : un Hollandais, un Allemand, deux Français, et trois Chinois; ils dirigent un Séminaire de quarante élèves. Le jour de la Pentecôte, comme on devait célébrer une Messe solennelle dans la susdite église, distante d'à peu près trois milles de leur résidence, nous nous y rendîmes tous dans l'ordre suivant. D'abord un domestique, ouvrant et dirigeant la marche ; après lui venaient à pied les élèves , deux à deux , tous uniformément vêtus ; suivait à cheval le Père Supérieur , en habits de cérémonie ; enfin , le cortège était fermé par deux beaux chars que nous occupions, deux autres prêtres et moi. Un tel spectacle, et surtout la modestie des élèves , causait le plus profond étonnement au peuple de Pékin, qui se pressait en foule autour de nous.

La Messe fut célébrée avec la plus grande solennité. 11 me fut donné d'y faire diacre. Le délégué Français, son secrétaire et les soldats y assistaient en grande tenue. On y voyait aussi des Chinois , des schismatiques Russes, et des hérétiques Anglais et Américains. Mais la multitude qui remplissait le temple se composait des chrétiens de Pékin , auxquels , après l'Evangile, un prêtre indigène adressa un beau discours , approprie à la solennité. La cérémonie terminée, je fus, avec trois autres prêtres, un Allemand, un Hollandais et un Français, invité à dîner par S. E. M. de Bourboulon, plénipotentiaire et chef de la Légation Française en Chine; je fus très-heureux d'y rencontrer son secrétaire, M. Melilen, homme incomparable , tout plein de zèle pour la prospérité de notre sainte Religion dans ces contrées et pour l'observation du traité. Plus tard, il me procura avec la plus grande bonté mon passeport, et un autre écrit contenant les conventions relatives à la religion chrétienne: ces deux papiers, munis de deux grands sceaux, l'un Français, l'autre Chinois. Cependant, durant les dix jours que je m'arrêtai à Pékin, je tins à visiter les cimetières de nos anciens ouvriers évangéliques , où je fus accompagné par les Séminaristes avec un Père Lazariste et un prêtre Chinois. Il y a deux cimetières : l'un hors de la porte nord-est, non loin des murs de la ville, où dorment en paix les prêtres et évêques de divers instituts et nations; l'autre, distant de trois milles, qui renferme seulement les restes des prêtres Français, la plupart Jésuites, et un seul évêque Italien, de l'Ordre de saint Augustin. 21

D'abord, j'admirai le mausolée du célèbre Père Mathieu Ricci, jésuite, dont tous les Mandarins connaissent le nom. Je le savais italien , mais j'ignorais qu'il fût de Macerata, ville qui n'est pas à plus de sept milles de ma patrie. Ensuite, je rencontrai les deux tombes de deux Evêques de Pékin , Fransciseains, et d'une douzaine de Pères aussi de notre Ordre; et je ne saurais exprimer les sentiments qui s'élevèrent, en tumulte , dans mon cœur, à la vue de ces monuments si glorieux pour notre Institut , et tous en trèsbon état. Je n'eus pas le temps de compter toutes les autres , mais il me sembla qu'il n'y en avait pas moins de cinquante. Chaque monument consiste en une butte de terre, pavée en briques, haute d'environ trois coudées, longue de six, et ayant au bas une dalle de marbre blanc, haute d'environ sept coudées, large de deux, et qui porte en grands caractères chinois une inscription telle que celle-ci : Xan-Fam-Ci-Co-Hoieà-ice, c'est-à-dire de l Ordre de Sfr-François ; puis, à droite, également en chinois, le nom de baptême et de famille et la patrie du sujet, avec la traduction en langue latine; enfin au sommet de la dalle il y a une belle croix gravée. Tous ces monuments sont rangés par ordre dans un jardin entouré d'un mur en briques, au milieu duquel s'élève une grande et belle croix de marbre blanc, et devant elle une grosse pierre en forme d'autel. On dit que les Russes ont toujours veillé à conserver intacts ces beaux monuments, dans les temps de persécutions et de bouleversements. L'autre cimetière n'a plus son mur de clôture, et de beaucoup de pierres qui sont tombées on ne trouve plus que les débris épars.

Le jour de la fête de la T. S. Trinité, je célébrai la sainte messe dans un oratoire semi-public pour les femmes, à qui il n'était pas encore permis de fréquenter l'église publique ; et profitant du peu de distance, je voulus aller voir l'emplacement de l'ancienne église des Italiens qui était, dit-on, dédiée à notre Saint Père Séraphique. Près de là habitaient nos excellents missionnaires, dont l'on contemple aujourd'hui les tombeaux hors de la ville. Mais, hélas! sauf quelques vilaines maisons près de la grande route publique, on ne voit qu'un grand espace , recouvert en partie de ruines amoncelées ; de la célèbre église tou est disparu jusqu'aux fondements !

Après avoir passé dix jours dans cette ville capitale, ayant loué un chariot d'un chrétien de notre métropole d'ici, Si-ngan-fu, je partis, et un voyage heureux, mais fatigant, de vingt-cinq jours me ramena dans ma patrie adoptive, où je demeure depuis vingt ans. En traversant la province de Chan-si, j'eus le plaisir de revoir le Reverendissime P. Antoine de Marano, ancien Procureur, envoyé là par la S. Congrégation de la Propagande, avec je ne sais quelle mission, ainsi que nos deux confrères le P. Paul et le P. Joachim. Mais je ne m'y arrêtai qu'un jour et demi, désireux d'embrasser promptement de nouveau mes chers habitants de Chen-si. A moitié chemin de là à Pékin, je rencontrai notre Reverendissime Vicaire Général, le P. Jac-

qucs de Garubatesa, qui se rendait à la grande ville impériale pour affaires du Vicariat.

Voici donc que le 19 juin (le même jour mémorable où je fus fait prisonnier) je remis le pied dans cette province, dans la ville de Tum-Xuan, sur les rives du fleuve jaune , là où, formant un coude, il se met à couler vers l'Orient. Et comme je voyageais avec une bannière Française tricolore, qui portait, sur la bande blanche, l'inscription suivante : Docteur Français, Propagateur de Religion,, en passant devant la porte de l'octroi, je fus arrêté, et l'on me demanda si j'avais un passeport ; je répondis que oui, et l'on me dispensa de le montrer, se contentant de tenir de moi deux billets de papier rouge, avec mon nom imprimé, que j'avais préparés d'avance, l'un pour le gouverneur civil, l'autre pour le gouverneur militaire. J'arrivais enfin dans cette résidence le 23. Au-devant de moi étaient venus beaucoup de chrétiens en habits de fête, tandis que les autres m'attendaient à l'entrée du bourg, et Monseigneur avec tout le séminaire sous le porche de l'église. Entrés avec lui dans l'oratoire , nous remerciâmes solennellement le Père des miséricordes, Dieu de toute consolation, qui après m'avoir, par son infinie bonté, délivré et protégé parmi tant de périls, me rendait à mon Evêque, à qui j'avais été injustement enlevé.

Maintenant parlons d'autre chose. Les fidèles ont ici très-grande dévotion à l'indulgence de la Portiuncule ; aussi plusieurs Souverains Pontifes ont-ils accordé toutes les indulgences de notre Ordre aux chrétiens de Chine gouvernés par les Missionnaires Franciscains. En effet, partout où nous avons une Mission , on les voit le deux août de chaque année s'approcher des sacrements, visiter les oratoires et y réciter les prières prescrites, comme il arriva précisément cette année- ci dans cette église. Sur cent habitants que compte la localité, environ quatre-vingt-dix approchèrent de la sainte table, en même temps que vingt séminaristes. Et toute la journée, comme on tint exposée une relique de la Ste-Vierge, l'église fut continuellement visitée par ces fidèles, qui entraient et sortaient, afin de gagner l'indulgence pour eux et pour leurs défunts.

En outre, on a commencé, il y a quinze ans, à établir dans ce Vicariat le Tiers-Ordre de notre Père Séraphique; et déjà il compte environ deux cents membres. Hier, par délégation de Monseigneur, j'ai présidé leur congrégation, qui, d'après le règlement, doit avoir lieu seulement quatre fois l'an. En effet, habitant très-loin les uns des autres, il n'est pas possible de les réunir aussi fréquemment qu'on le fait en Europe. Mais ils sont très-édifiants, et l'on raye inexorablement de la liste quiconque ne donne pas l'exemple d'une sainte vie.

Hier encore, 4 septembre, revint de Pékin le Reverendissime Père Jacques de Gambatesa, rapportant une lettre du prince Kum-cim-vang au Préfet de cette province, qu'a obtenue le plénipotentiaire Français. Il nous fait

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