‹ Annales des missions franciscainesChapitre 28 sur 81 · ENCORE SUR HU-PE · texte numérisé non relu

ENCORE SUR HU-PE

Nous extrayons de Y Observateur Lombard, du 9 janvier 1862, l'article suivant, relatif à la mort d'un de nos confrères, Missionnaire Apostolique dans le même Vicariat Apostolique de Hu-pè en Chine.

Il n'est personne qui n'admire profondément ces hommes généreux qui, fidèles à la voix du ciel , abandonnent patrie et parents , sacrifient les plus douces et les plus naturelles affections, et vont, avec le seul crucifix en main et le livre des Evangiles sous le bras , traverser les mers , et dépenser leur vie entière, et bien souvent verser leur sang, pour instruire de la vraie religion les nations toujours assises dans les ténèbres et à l'ombre de la mort. Notre admiration s'accroît encore devant ces vrais héros de l'humanité , leur nom résonne à nos oreilles d'une manière plus douce et nous parait plus beau quand ils appartiennent à nos chères et riantes contrées , quand ils ont grandi avec nous à l'ombre du toit natal. Aujourd'hui donc nous sommes heureux de consacrer une page à la mémoire d'un excellent et bien aimé jeune missionnaire Lombard , le R. P. François Antoine Giachetti de Garde , Mineur de la plus étroite Observance de notre Père saint François , qui est mort l'été dernier dans l'empire Chinois.

Les Mineurs de la stricte Observance, tels qu'ils furent établis à Rezzato, premier couvent de Franciscains ouvert en Lombardie et pourvu d'un noviciat de l'Ordre, eurent, parmi les jeunes gens qui venaient successivement faire profession de la pauvreté Séraphique , quelques sujets qui choisirent les rudes fatigues de l'apostolat , et s'adonnent aujourd'hui aux missions lointaines de la Chine , de l'Orient , de la Grèce et de l'Albanie Turque. Parmi eux un des premiers et des plus courageux fut le P. François. Elevé avec distinction par les Pères Somasques dans le collège de son lieu natal, doué d'une grande intelligence et d'un cœur encore plus grand-, il était dans la fleur de ses dix-sept ans, quand, vers la fin de 1846 , il frappait à la porte du couvent de Rezzato , et demandait ,

comme une faveur , la bure sainte du pauvre d'Assise. Admis à prendre l'habit , et ayant fait au temps voulu ses vœux solennels , il reprit avec ardeur ses études. A peine les eut-il terminées , et fut-il ordonné prêtre , qu'il fut élevé par ses supérieurs à une chaire de philosophie, qu'il remplit avec succès , en même temps qu'il donnait de bonnes preuves d'une forte et sympathique éloquence , dans des discours d'apparat. Mais une voix secrète et puissante l'appelait à de plus nobles entreprises ; et le généreux P. François, qui n'avait pas encore accompli le cinquième lustre de son existence, se jetait un jour aux pieds de son supérieur Provincial, lui demandant sa bénédiction ; puis , le bourdon en main , il se dirigeait vers Rome, au printemps de 1S55, pour s'y préparer aux missions étrangères. Rome, qui apprécia bientôt sa capacité, la piété et l'ardeur de son ame, le destina à la plus difficile de toutes, celle de Chine. Quand le brave et zélé jeune homme y arriva , son Vicaire Apostolique , Monseigneur Célestin Spelta, des Mineurs Observantins de Piémont1, écrivait en Lombardie : La vernie de P. François en cette Province de VHu-pè a été une vraie bénédiction du ciel. Il travaille pour dix , et n'est jamais las. Que Dieu nous le conserve de longues années! Mais il plut à Dieu qu'il en fût autrement. Après un peu plus de six ans écoulés depuis que ce courageux Franciscain répandait ses sueurs pour le bien de cette chrétienté, y recueillant des fruits abondants, et en faisant espérer de meilleurs encore, à tel point que son mérite lui avait déjà valu la place de supérieur en second dans le Vicariat , voici que du fond de la Chine partait sur les navires français une lettre cachetée de noir, qui venait nous annoncer la malheureuse nouvelle de sa mort. L'auteur de cette lettre est un autre missionnaire Lombard, le Révérend Directeur Général Scurati, Milanais , du collège des missions étrangères. Nous rapporterons quelques-unes de ses propres paroles : » Tandis que je nourrissais . dit-il , le doux espoir de pouvoir bientôt revoir le très-cher P. François, un messager inattendu nous apprit qu'il était gravement malade. Nous célébrâmes la sainte Messe à son intention , et lui envoyâmes tout ce qui pouvait le soulager dans sa maladie causée par les grandes chaleurs de cette année. Mais, rapidement consumé par un mai que je ne saurais comment nommer, et assisté d'un excellent prêtre Chinois , qui lui administra les sacrements et le fortifia, durant deux jours entiers, avec la plus grande chanté, contre les épreuves du dernier passage, il alla, le 31 juillet, à deux heures du matin, recevoir du Seigneur, après cinq jours de maladie, la

l) Venu il y a deux ans en Italie, Mgr Spelta en repartit comme Visiteur extraordinaire délégué du Saint-Siège pour toutes les Missions catholiques du Céleste Empire, après avoir reçu du Pape et du Ministre Général l'autorisation 'l'y instituer un noviciat et une Province de Franciscains.

récompense de ses fatigues et de ses souffrances apostoliques. Connaissant bien la langue chinoise , il prêchait avec beaucoup de zèle , d'assiduité et de profit pour les âmes , et avait mérité , de préférence à beaucoup d'autres , plus anciens que lui dans le ministère , la place de Pro-vicaire Général de Hu-pè1. Je vous annonce cette perte avec douleur, mais sans détours et sans délai, afin de ne pas retarder les suffrages qui seront offerts en sa faveur , et parce que , pour le missionnaire , la mort n'est pas un malheur, mais l'accomplissement d'un désir. » Voilà les termes de la lettre.

C'est ainsi que l'excellent P. François Giachetti termina promptement sa jeune et apostolique existence, fournissant, comme dit le Sage, une longue carrière : consummatus in brevi, explevit tempora multa. La Province Lombarde des Mineurs Observantins , qui dans peu de temps peut-être aurait pu le saluer Evêque , conservera, en pleurant sa mort prématurée, le souvenir impérissable de ses belles vertus , et vénérera en lui les prémices de ses apôtres et de ses martyrs de la charité, tombés glorieusement dans le vaste champ du Maître évangélique.

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