EX FÉVRIER ET MAILS
Dans ces deux mois partirent pour les Missions d'Albanie les Pères Odoric de Castelcellese, de la stricte Observance, Province de l'Ombrie, et Antoine Louis de Chianciano, de la stricte Observance, Province de Toscane ; — Pour l'Amérique septentrionale et méridionale, les Pères Eusèbe Schcmid, et Ubald Yabersinki, de la stricte Observance, Province du Tyrol Allemand, Bonaventure Bucziniski de la stricte Observance, Province de la Pologne Russe; Léopold de Bologne, de la stricte Observance, Province de Bologne; Paul Marie de Bénévent, Remi de Montcfegatese ; Angélique de Norma (clerc étudiant en théologie) et le Frère lai Dominique de Montecompatri, de la stricte Observance , Province de Rome; — Pour Jérusa-
lem, les Frères lais Junipère de Bracigliano, de la stricte Observance, Province de Xaples, et Léopold de Sfagliano , de la stricte Observance, Province de Toscane; — Pour Tripoli de Barbarie, les Pères Bienvenu de Briatieo, de la stricte Observance, Province de Calabre Ultérieure, Julien de San- Giacomo, François Antoine de Sainte-Marie des Anges de la Province d'Alcantara de Xaples, et François de Faro, de la stricte Observance, Province de Messine, avec le Frère lai Ferdinand de Yiliamagna , de la stricte Observance, Province de Saint Bernardin. — Auxquels il faut ajouter, de l'Observance, le Père Léonard de Camigliano de la Province de Bologne, avec les Frères lais François de Castigliano, de la Province Séraphique ; Dominique Fadda de la Province de Saint Saturnin, et Honorius de Capranica, de la Province de Rome, partant tous pour la Terre Sainte : — le Père Irénée Toniacci de Pietra Santa, de la Province de Toscane, ainsi que le Frère lai Ugolin de Vérone, de la Province de Venise, pour l'Egypte; — Et le Père Benjamin de Lisciano pour Arissa sur le Liban.
QUATRIEME PAETIE.
Courte relation du glorieux Martyre de 23 Religieux Franciscains et 3 Jésuites, lequel a eu lieu dans F Empire du Japon le 5 février 1597, et dont on célébrera la canonisation solennelle à Rome, le 7 juin de Vannée courante 1S62.
Noua trouvons dans un petit journal Italien , du 26 février, la courte notice qui suit au sujet des martyrs Franciscains du Japon, qui recevront, en juin prochain, le suprême honneur d'être placés sur les autels; et nous croyons être agréables à nos lecteurs en la transcrivant dans cette quatrième partie de nos annales.
Comme l'Angleterre est située à l'extrémité occidentale de l'Europe , de même le grand Empire du Japon se trouve à l'extrémité orientale de l'Asie , à peu près au même degré de latitude septentrionale. Le Japon se compose de quatre principales îles, nommées Niphon, Kinsùt, Silkokf et Jeso, avec quinze autres îles moins grandes , toutes habitées ; outre beaucoup d'autres plus petites, dont la plupart sont désertes. Les relations chinoises portent à plus de 900 le nombre des villes de premier ordre que contient cet Empire. Les principales sont Jédo, Méaco, Osacka, Ava et Nangasaki. La ville de Jédo, capitale de tout l'empire, a 1S milles de longueur, 13 de largeur et 60 de tour, avec deux millions d'habitants. Méaco, qui était anciennement la capitale , n'est aujourd'hui que la seconde ville de l'empire : elle
a 1:2 milles de tour et un demi million d'habitants. Nangasaki est l'unique port du Japon ouvert aux Hollandais, et compte 00 mille habitants. Ce grand empire , auquel on donne une population de 30 millions, resta enseveli dans les ténèbres du paganisme jusqu'en Tan 15-12, oii les Portugais abordèrent sur ses cotes. Depuis cette époque, et surtout gràec aux travaux du grand Apôtre Saint François Xavier, les Japonais se convertirent par centaines de mille ; de sorte qu'un siècle après , on y comptait 400 mille chrétiens. Mais c'est dès lors aussi que commencèrent de terribles persécutions, inspirées par la barbarie la plus raffinée, et dont l'histoire fait frémir. Ainsi fut détruite cette chrétienté florissante, tellement qu'aujourd'hui il reste peu de sectateurs du christianisme , et que l'entrée du pays est interdite à tout étranger, sous les peines les plus sévères et les plus graves.
Au temps du martyre des 23 Franciscains, c'est-à-dire vers la fin du seizième siècle, les îles Philippines, voisines du Japon, appartenaient au Roi d'Espagne , et avaient pour Alce-Roi un Don Louis Gowez Perez des Marinas. Un fervent missionnaire, nommé le Père Pierre Baptiste, de l'Ordre des Mineurs déchaussés de Saint François , y était arrivé à la même époque. Or, il advint que l'Empereur du Japon, qui s'appelait Taiko-Zama, voulant se rendre maître des îles Philippines, envoya une ambassade à Perez, tout en réunissant une armée navale. Perez , pour traiter de la paix, députa, à son tour, vers Taiko-Zama, ledit Père Pierre Baptiste, qui, après avoir heureusement rempli sa mission , se mit en devoir, avec le concours de quelques compagnons , de propager activement au Japon la foi catholique , et fut grandement favorisé dans cette entreprise par Taiko-Zama luimême. Il éleva sur divers points des hôpitaux, des couvents et des églises du rite catholique, et, pendant trois années de suite, il s'adonna à la prédication, aux jeûnes, àia prière, secourant les malades et les pauvres avec une ardente charité, affermissant beaucoup de fidèles dans la voie du salut, et opérant d'innombrables conversions à la foi chrétienne. Irrités de ces succès, les Bonzes (ainsi se nommaient dans le pays les prêtres des fausses divinités ) se rendirent près de l'empereur Taiko-Zama et lui firent craindre la ruine de son empire , s'il n'employait tous ses soins à extirper de ses Etats cette nouvelle religion chrétienne qui s'étendait de toutes parts. Leurs réflexions décidèrent Taiko-Zama à ordonner sur le champ d'arrêter tous les chrétiens, comme coupables de lèse-majesté, et à décréter qu'ils périraient par le supplice de la croix. Cela se passait le 8 décembre de l'an 1596. Au nombre des prisonniers se trouvait d'abord le Père Pierre Baptiste, avec cinq autres Religieux ses compagnons, et quinze Tierçaires leurs commensaux, dont quelques-uns servaient de catéchistes et d'autres étaient occupés dans l'église aux offices divins et aux cérémonies du culte. Ces 21 chrétiens se virent ensuite adjoindre deux hommes qui les servaient dans la prison, et atteignirent ainsi le nombre de 23.
Bientôt on leur adjoignit encore trois Jésuites, dont la canonisation solennelle sera également célébrée. Ces courageux athlètes , après avoir quelque temps souffert les maux de la plus dure captivité dans la ville de Méaco, où ils avaient été arrêtés, finirent par être tirés de prison, les mains liées derrière le dos ; et tous eurent , à titre d'ignominie , une portion de l'oreille gauche coupée. Placés ensuite sur sept charrettes à deux chevaux, ils furent mis au carcan, et ainsi promenés par divers pays et villes, parcourant jusqu'à G00 milles dans leur voyage. Devant le convoi on portait, arborée au haut d'une pique, la sentence de mort, écrite en grands caractères sur une large pianelle. Cette sentence était motivée palla prédication de la religion de Jésus-Christ. Durant leur marche ils souffrirent mille opprobres, injures et insultes, et toutes sortes de mauvais traitements de la part des gardes qui les escortaient. Enfin, exposés aux rigueurs d'un rude hiver, au milieu des neiges et des glaces, ils arrivèrent a la maritime de Xangasaki, le jour de Ste Agathe de l'an 1597. Là, tous fureut mis en croix , et percés de deux lances enfoncées dans leurs flancs et ressortant par leurs épaules comme les baudriers des militaires. Ainsi se termina leur glorieux martyre. Le Seigneur daigna honorer la mort de ces illustres martyrs par beaucoup de signes et de miracles.
DÉTAILS SUE LES SAIXTS MA11TYRS.
Le Bienheureux Père Pierre Baptiste, âgé de 52 ans, Commissaire apostolique, Espagnol né à San-Stefano, au diocèse d'Avila. Il étudia en théologie à Salamanque; puis il entra dans l'Ordre des Mineurs déchaussés de Saint François, dans la Province de St Joseph. Etant devenu un grand prédicateur, il se rendit , en qualité de missionnaire , aux iles Philippines, afin de travailler à la conversion des idolâtres. De là, il passa au Japon, où il convertit beaucoup de monde à la foi, et finit sa vie par le martyre de la croix, ainsi que tous ses compagnons, le 5 février 1597. En expirant, il prononça ces mots : In manus tuas , Domine, commendo spiritum meum .
Le Père Martin de Aguirre ou de l'Ascension, Espagnol, né à Yergara en Guipuscoa, âgé de 30 ans, professeur de théologie. Il fut crucifié avec les autres, et expira en récitant le psaume : Laudale domi nu m omnes génies, avec le Gloria Patri, etc.
Le Père François Bianco, Espagnol, du diocèse d'Orense, en Galice, prédicateur, âgé de 2G ans, ou de 30 ans, suivant d'autres. Il expira en disant : In ma nus tuas, Domine, etc.
Frère Philippe de Jésus, ou de Las Casas. Religieux clerc, âgé de 23 ans, né au Mexique, de Antonia Martinez et Alphonse de Las Casa». Il expira en invoquant Jésus et Marie , et fut martyrisé le premier.
Frère François de Saint Michel , Frère lai , Espagnol , natif de Parilla , dans le diocèse de Palença, âgé de 54 ans.
Frère Gonzalve Garcia, Frère lai, âgé de 25 ans, né aux Indes, de parents Portugais. Il était fort versé dans la langue Japonaise; aussi fut-il choisi par le Bienheureux Pierre Baptiste pour interprète et compagnon de son ambassade vers Taiko-Sama. 11 expira en disant : Domine , memento mei.
Thomas Dilisco (c'est-à-dire familier des Religieux : titre epa' avaient aussi tous ceux qui suivent), en son nom de famille Cossaqui, japonais, enfant de 14 ou 15 ans, fils de Michel Cosaqui, également martyr, mourut en invoquant Jésus et Marie.
Antoine de Xangasaki, âgé de 13 ans, clerc du Père Commissaire. On raconte de lui quelques prodiges opérés pendant les mois où son corps demeura fixé à la croix.
On lui offrit la vie , s'il renonçait au christianisme ; mais il aima mieux être crucifié avec ses Pères instituteurs. Arrivé au lieu du supplice, il se dépouilla du dessus de son vêtement et, le remettant à sa mere, il lui dit : » Prends, ma mère, et ne pleure pas ; je prierai pour toi en paradis! » Mis en croix, il entonna le psaume : Laudate pv.eri Domiaum: mais transpercé par les lances, il s'envola au ciel pour chanter au ciel, avec les Anges, le
Gloria Patri , etc.
Ludovic ou Louis Ibariqui, jeune enfant de 12 ans seulement, neveu du martyr Paul Ibariqui. A force de larmes et de prières il obtint d'être mis au nombre des prisonniers, et devint ainsi martyr. Ces trois enfants étaient chargés de servir les messes et employés aux autres besoins de l'église, près des Religieux. Ils étaient tout joyeux de se trouver sur leur croix, surtout Louis. Comme un chrétien, présent au martyre, lui disait qu'il irait bientôt en paradis , son visage commença à briller sur la croix d'une joie si pure et si évangélique que tout le monde le regardait avec admiration.
Léon Garazuma, natif du royaume d'Oari, au Japon. Il était prêtre des
idoles et se convertit à la foi par les soins de l'insigne serviteur de Dieu , puis martyr, Còme Toia, Japonais. Reçu par le bienheureux Pierre Baptiste parmi les familiers du couvent de Méaco , il fut destiné à instruire les néophytes. Devenu chrétien, il s'abstint de viande, de vin et de poisson, et sa vie fut un jeûne continuel, auquel il joignait, pour dompter son corps, les cilices et les disciplines.
Paul Suziqui, natif du même royaume d'Oari, était l'interprète des Religieux. Quoiqu'il fût très-inclin à la colère, il devint, après avoir reçu le saint baptême, un prodige de patience. Il écrivit beaucoup pour Finstruction des néophytes, et dirigeait avec la plus grande charité l'hôpital de de St Joseph, établi à Méaco.
François de Méaco, médecin de profession. Instruit de la religion, il fut baptisé par le P. Ribadeneira. Sa femme lui en sut d'abord mauvais gré, mais il parvint à la convaincre et à la convertir, elle se fit aussi baptiser et mena une vie tout à fait vertueuse. Quand parut l'édit de Taiko- Zama, François se trouvait hors de Méaco ; mais à peine en eut-il connaissance qu'il courut se déclarer chrétien, et c'est ainsi qu'il fut réuni aux autres martyrs, à l'âge de 46 ans,
Còme Toja ou Takia était natif du royaume d'Oari, d5une riche famille, A peine fut-il baptisé qu'il commença à fréquenter la maison des Religieux dans la ville d'Ozaca. Comme Léon Tarazuma, il était chargé d'instruire les néophytes. 11 fut pris par les soldats, en même temps que le P. Martin de Aguirre, et conduit avec lui à Méaco, il fut joint aux autres saints martyrs.
Thomas Danki de Méaco, baptisé par les Pères Jésuites, était nommé le vieux chrétien. Il faisait l'office d'interprète dans le couvent des Franciscains de cette ville, était la consolation des pauvres, et avait, pour les recevoir, changé en hospice sa propre maison. Par ses exhortations et ses bons exemples, il détermina toute sa parenté à embrasser le christianisme.
Bonaventure, ou Ventura. Son père, qui était chrétien, le fit baptiser dès son enfance. Plus tard devenu orphelin, il avait été 20 ans parmi les bonzes. Un jour pourtant, réfléchissant au baptême qu'il avait reçu, il eut le bonheur de reconnaître la vérité et revint à l'Eglise. Dans la suite, afin d'effacer la tache de son apostasie, il affligeait son corps de macérations et de jeûnes incessants.
Gabriel, du royaume d'Ixe, âgé de 19 ans, fut aussi un des martyrs. Il avilit été amené à la foi par le Frère Gonzalve Garzia, et fut baptisé par le Bienheureux Pierre Baptiste. Il montrait une indicible ferveur quand il approchait de la sainte communion et quand il méditait. Il priait continuellement le Seigneur, avec des larmes et des soupirs, d'éclairer tant de millions d'infidèles, ses compatriotes. Tout le monde le regardait comme
vaï saint.
Jean Kisnia, ou dumosa, de Méaco. 11 souffrit le martyre avec le plus
plus grand courage, l'année même où il fut baptisé. A son exemple sa
jeune femme et son fils unique, qui étaient assidus à tons les offices dans
l'église des Religieux, avaient aussi reçu le baptême.
Joachim Saquir de la ville d'Ozaca. Dès qu'il sut que sa femme avaitété baptisée par le P. Marcel Ribadeneira, il courut à l'église, pour demander à son tour le baptême. Mais étant allé, avant de le recevoir, à ime journée de distance du couvent de Nangasaki, pour quelques affaires des Religieux, il y fut surpris par une grave maladie, et le baptême lui fut administré par un autre chrétien. A peine l'eut-il reçu, qu'il se trouva guéri d'âme et de corps, et pour remercier Dieu, il s'appliqua à la pratique de l'humilité, de la pénitence et de l'oraison. Il servait dans l'hôpital les Religieux et à la cuisine, et avait 10 ans quand il souffrit le martyre.
Paul Ibarqui, du royaume d'Oari, frère germain du Bienheureux martyr Léon Carazuma, par les soins duquel il avait obtenu la foi. Afin de pratiquer, à l'exemple des Religieux , les œuvres de piété , il s'était bâti une maison près de leur couvent. Là, par ses bonnes actions et ses saints exemples, il porta beaucoup de personnes à embrasser la religion chrétienne. Il servait d'interprète aux Religieux.
Michel Cosaki, père du jeune Thomas, était natif du royaume d'Ixe. C'était un homme de mœurs pures et d'une grande bonté. Lui aussi se bâtit près du couvent une maison où il accueillit toute sorte de pauvres et d'infirmes. Il fournit beaucoup de ressources pour la construction du couvent de Méaco et de celui d'Ozaca. Comme on le conduisait à la mort en même temps que son fils , il montra aux personnes de sa famille une telle ardeur de foi que tous s'offrirent au martyre.
Quand les officiers royaux se présentèrent au couvent de Méaco pour
arrêter les accusés, -ari certain Mathias était absent, faisant l'office de pourvoyeur. Comme il ne comparaissait pas, les officiers crièrent : Où est Mathias F qiiil sorte! Près de la porte du couvent habitait un chrétien nommé, lui aussi, Mathias. Entendant son nom, il se présente en disant : Voici Mathias! quoique je ne sois pas celui que votes cherchez , néanmoins je suis chrétien et ami de ces pères ! — Ilsuffit, répondirent-ils, et ils l'amenèrent avec les autres.