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LES RELIQUES DES BIENHEUREUX MARTYRS

A peine la nouvelle du glorieux martyre des vingt -trois champions Franciscains fut-elle arrivée à Manille, qu'un enthousiasme impossible à décrire éclata parmi le peuple de cette ville, où les six saints Missionnaires, Pierre Baptiste, Martin, Prançois Bianco, Philippe, Prançois de saint Michelet Gonzalve avaient résidé. Il n'y avait point un habitant qui hésitât à penser qu'ils fussent devenus de puissants intercesseurs près de Dieu, dans le ciel. Aussi le gouverneur, après avoir assemblé et entendu le Grand Conseil composé de tous les ordres de citoyens, résolut -il d'envoyer, comme il le fit en effet, une solennelle ambassade au Japon , pour demander à Taiko-Zama les corps des bienheureux martyrs, et les motifs qui l'avaient porté à les mettre si cruellement à mort.

Celui-ci repondit qu'il y avait été décidé par la prédication que les religieux avaient faite de la foi chrétienne dans son royaume, contrairement aux lois qui le défendaient ; que, quant aux restes de leurs dépouilles mortelles, rien ne s'opposait à ce qu'il les accordât au gouverneur de Manille. En effet , il ordonna qu'on les lui remit sur le champ.

Mais , parmi les chrétiens de Nangasaki , on fut informé de cette concession de Taiko-Zama. Ils coururent donc recueillir des portions de reliques pour eux-mêmes , avec plus d'empressement qu'ils ne l'avaient encore fait ; il n'en resta que fort peu pour l'ambassadeur. Celui-ci fit retirer les croix des fosses où elles avaient été enterrées , et les ayant fait mettre en morceaux , il les envoya en cadeau aux églises Pranciscaines de Macao, de Malacca et de Goa dans les Indes orientales. 11 plaça à Manille les

têtes des bienheureux martyrs, sans qu'aucune manquât, avec d'autres restes de leurs corps bénis (parmi lesquels se trouvaient le manteau et le bras droit de Pierre Baptiste, ainsi que l'écriteau où l'on avait tracé leur sentence de mort).

Maintenant , comment raconter ce qui se passa dans cette ville à l'arrivée des précieuses reliques ? Une assemblée générale du clergé et des principaux citoyens se réunit , et résolut unanimement de faire une procession solennelle pour rendre grâces à Dieu de tant de bonheur. Elle eut lieu le 1S avril 1597, se rendant de l'église cathédrale à celle des Franciscains , avec l'assistance de tout le clergé tant séculier que régulier, du gouverneur et de tous les hauts fonctionnaires du gouvernement , de la noblesse , des officiers de l'armée , du conseil supérieur , des magistrats et de toutes les autres autorités, au milieu d'une multitude immense, accourue de toutes les villes et paroisses d'alentour, au son de tous les instruments et de toutes les cloches. L'artillerie mêlait son tonnerre à toutes ces manifestations , tandis que des pleurs coulaient de tous les yeux, sous une émotion vraiment ineffable.

Lorsqu'enfin la procession entra dans l'église des Frères Mineurs, on chanta une messe solennelle, pendant laquelle on lut, en chaire, la touchante histoire du martyre des bienheureux athlètes. Ensuite, le peuple en foule alla féliciter les religieux du bonheur qu'avait leur Ordre d'avoir été le premier à donner le sang de ses généreux fils pour féconder la terre du Japon.

Plus tard, quand on eut terminé les procès relatifs à la vie et à la mort des valeureux champions de Jésus- Christ , le sacré tribunal de la Rote , à Rome, par son décret du 1 avril 1626, les déclara solennellement véritables martyrs de la foi. En conséquence, le 4 septembre de l'aimée suivante (1627), Urbain YIII les mettait au rang des Bienheureux, autorisant tout l'Ordre Séraphique et le diocèse de Manille h célébrer annuellement leur fête le 5 février, par un office et une messe propre. Clément XII, en 1839, y attacha une indulgence pionière en faveur de tous les fidèles assistants qui feraient la sainte communion.

C'est ainsi qu'il plut à Dieu de glorifier ces apôtres de l'église japonaise peu de temps après leur mort. Dans les admirables décrets de sa Providence , pour reveiller de vrais sentiments de piété catholique , il ne leur a fait décerner les suprêmes honneurs des autels, accompagnés de solennités, qui auront certainement un caractère merveilleux, que de nos jours, où la foi s'est tellement affaiblie dans les cœurs chrétiens, et où le monde, entièrement livré aux jouissances de la chair et des richesses, témoigne une aversion vraiment effrayante pour les souffrances et la croix de Jesus-Christ.

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