‹ Annales des missions franciscainesChapitre 44 sur 81 · PALESTINE ET SYRIE · texte numérisé non relu

PALESTINE ET SYRIE

Entreprises du Sultan Bibars. Il désole toute la Palestine. Cesaree, Arsuf, Sa/ed et Antioche tombent en son pouvoir. Il fait mettre cruellement à mort beaucoup de Franciscains, parmi lesquels Jacques du Puy et Jéeémie de Lecce.

Nous allons reprendre l'histoire des Missions Franciscaines en Palestine1 à l'année 1250, époque à laquelle les Mameluks, déjà maîtres du pays, mirent à leur tête Bibars, Sultan d'Egypte. Ce nouveau chef était originairement esclave sur les bords de la Mer Noire. Conduit en Syrie et vendu à Ikdin, général des Archers de Melik-el-Salek, il parvint ensuite par son habileté, non-seulement à obtenir sa liberté, mais encore à occuper les plus hauts emplois de l'Etat.

Il faut rappeler qu'alors les Mameluks, irrités de ce que les Chrétiens s'étaient alliés aux Tartares pour les combattre, non contents de les avoirs vaincus, avaient juré de les exterminer tous jusqu'au dernier. Déjà les églises de Damas et de toutes les autres villes en leur pouvoir avaient été renversées par ces barbares. L'astucieux Bibars, profitant de l'exaltation des esprits, accuse le Sultan Koutouz d'une tolérance criminelle pour les ennemis de l'Islamisme, le désigne à l'exécration publique, puis le surprend à la chasse et l'égorgé de ses propres mains, avec le concours de quelques affidés. Après ce crime, il se rend en toute hâte à l'armée campée à Selehiès et s'écrie audaci eusement : // Koutouz n'est plus. » — Qui l'a mis à mort? demande l'Atabek, lieutenant du prince. — Moi,

!) Voir la 3* livraison de cette année, page 137 et suivantes.

répond Bibars. — Eh bien! réplique froidement le Mameluk, règne à sa place1. C'est ainsi que l'ancien esclave devint Sultan. De pareilles paroles, dit Micnaud2, l'ont connaître quel esprit animait les Mameluks, et quel empire ils venaient de fonder. Cet homme, ainsi monté sur un trône souillé de sang, ne pouvait s'y affermir que par la cruauté, en enflammant sans cesse et secondant la fureur de son peuple contre les chrétiens. S'emparer par la force des forteresses qui leur restaient dans ces régions, piller leurs richesses, commettre sur eux toute espèce de barbarie, donner le champ libre à une soldatesque effrénée, c'est ce qu'on devait attendre d'un tel homme et ce qu'il fit en effet, car il envahit la Palestine avec une armée formidable qui la remplit bientôt de ruines et de désolation. En vain les croisés, tout à coup épouvantés à la vue de tant de désastres, lui députèrent-ils des ambassadeurs pour demander

la paix l'incendie de l'église de Nazareth, le couvent de

Bethléem et son église livrés aux flammes, le pays saccagé depuis Naïm jusqu'au mont Thabor3, telle fut sa réponse bien digne d'un barbare. L'histoire n'a pas enregistré le nombre des victimes qui succombèrent, soit parmi les simples fidèles, soit parmi les Franciscains; mais assurément il n'en manquait pas à Nazareth qui entretenaient le feu sacré du christianisme, au lieu même où le fils de Dieu s'était incarné dans le sein de la glorieuse Vierge Marie. On ne saurait donc douter que bien des fidèles comme bien des gardiens du sanctuaire n'aient mêlé leurs cendres aux cendres de l'église incendiée. Du reste si nous ne pouvons rien affirmer a cet égard avec une certitude absolue, nous connaissons positivement le martyre des Franciscains de Bethléem4, où un firman, conservé dans les archives de la Terre Sainte, leur accordait, dès 1223, la garde du lieu consacré par la naissance du Dieu rédempteur5. Tous périrent! mais quels étaient leurs noms? ejuel était même leur nombre?

m Cet épisode est raconté par l'historien arabe Abulfeda et par de Guignes (tome IV, page 183), ce qui prouve son authenticité. Du reste Koutouz était le troisième Sultan des Mameluks qui finissait si misérablement ses jours. Azeeddin Ibeg, qui enleva le sceptre aux descendants de Saladin, fut assassiné par une de ses femmes en 1257, et son fils Noureddin-Ali fut détrôné et mis à mort par Koutouz en 125-9. Voir la Biographie universelle* tome IV, art. Bibars.

-. Histoire des croisades, liv. XIV.

z\ Raynald, an 12G3. Voir Fleury, IJist. ccclês., liv. 85.

*) Marino Sanuto. Secrets des fidèles chrétiens. Voir de Perinaldo , Itisi, de Jérusalem, tome II, chap. 23.

s) Voir Bore, Question des Saints Lieux, p. 6.

que firent-ils, que dirent-ils quand éclata la tempête? par quel genre de mort rendirent-ils témoignage à Jésus-Christ? Aucun de ces détails ne nous a été transmis. Nous savons seulement que les féroces ennemis du nom chrétien firent tous leurs efforts pour le faire disparaître. N'est-ee pas assez pour que nous mêlions nos larmes au sang que les fidèles et les ministres du sanctuaire eurent la gloire de verser là où le doux fils de Marie avait fait entendre ses premiers vagissements?

Bibars cependant, avide de carnage et poursuivant le cours de ses conquêtes, marche d'abord sur Ptolémaïs; puis, s'en éloignant tout à coup, il court assiéger Cesaree en Palestine. Cette ville malheureuse, consacrée par tant de souvenirs des premiers temps de l'Eglise1, ne sera plus qu'un amas de ruines. En effet, après une vigoureuse, mais courte résistance, les chrétiens l'abandonnent pour se retirer dans un fort protégé de tous les côtés par la mer. Mais ce fort même, bien qu'il parût inexpugnable, tombe, en quelques jours, au pouvoir des musulmans. On ne voit de toutes parts que feu, ruines et cadavres! Bibars est déjà sous les murs d'Arsuf, dont les habitants se défendent avec un courage inouï. À différentes reprises ils incendient les machines de guerre de l'ennemi, ainsi que les piles de bois que les Sarrasins élèvent au niveau des remparts. Assiégeants et assiégés creusent alors le soi pour

*) C*est dans cette ville que mourut Hérode Agrippa qui avait fait incarcérer S' Pierre. Frappé par un ange, au moment <jù le peuple, harangué par lui, avait osé régaler à Dieu (Acte XII), il expira misérablement, rongé (les vers. Cesaree fut la première ville païenne qui reçut les lumières de la loi, dans la personne du centurion Cornélius (ActeX), L'apôtre S1 Philippe, qui baptisa l'eunuque de Candace, reine d'Ethiopie, y vingt plusieurs ici- Acte VIII). S' Paul y passa également lors de son retour a"Ephèse à Jérusalem (Acte XXIi, il y fut arrêté par les juifs pour être jugé par le magistrat romain, et c'est de là qu'il partit, après son appel à César, pour se rendre par mer à Rome (Acte X?vVl!. C'est là aussi que débarqua Titus, fds de Vespasien, venant d'Alexandrie et allant assiéger Jérusalem. Un concile qui s'y tint en 195 fixa au dimanche la célébration de la fête de Pâques. Dans ses murs l'Evèque Téotiste conféra les ordres sacrés à Origene, tombé depuis comme une étoile du ciel dans Pabîme de l'erreur. Un grand nombre de martyrs y payèrent, de leur vie, leur attachement à la foi de Jésus-Christ. Enfin, prise d'assaut par Baudouin Ier, roi de Jérusalem, cette ville appartint aux croisés et passa par diverses vicissitudes de prospérité et de misère, jusqu'à ce que Bibars la réduisit à l'état où elle se trouve encore aujourd'hui, et la changea en un désert plein de décombres, que le pèlerin ne peut voir sans verser des larmes. Voir Mislin, Les Lieux Saints, etc., tome 2.

se frayer un chemin au-dessous môme des murs au pied desquels ils combattent encore. Jamais lutte ne fut plus acharnée ni plus héroïque de part et d'autre! Les chrétiens comptaient sur le secours du ciel; les Mameluks, excités par leurs Imans et les docteurs de leur loi, accouraient pour assister au triomphe de l'Islamisme. Mais, ô malheur! l'étendard du prophète, planté par le Sultan, Hotte enfin sur les murailles si vaillamment défendues, et avant tout le vainqueur appelle les siens à la prière dans les églises qu'il transforme en mosquées ! Bientôt après les habitants sont passés au fil de l'épée, le petit nombre épargné par les barbares est soumis à la servitude, et Tordre est donné de ne pas laisser d' Arsuf pierre sur pierre ! Qui avait soutenu dans le combat l'ardeur martiale des héros de la croix ? Qui leur avait fait comprendre qu'il est aussi beau, aussi glorieux de mourir pour la cause qu'ils défendaient, que de remporter la victoire? Qui alla partager les douleurs de l'exil avec le petit nombre des survivants? Par bonheur, un mémoire manuscrit de Jérusalem, conservé dans les archives générales à! Ara Cedi à Borne , répond à ces questions par les lignes suivantes : » Bibars s'empara de Cesaree en Palestine, pénétra dans Arsuf et martyrisa les chrétiens parmi lesquels se trouvaient beaucoup de Franciscains1. « C'étaient donc les fils de Saiiit- Prançois, au zèle apostolique desquels le Souverain Pontife avait confié la double mission de prêcher la croisade en Occident et d'encourager en Orient les guerriers par leurs chaleureuses exhortations et par une assistance qui ne s'affaiblit ni ne s'interrompit jamais2. Ils travaillaient en même temps à fonder dans ce pays une colonie de missionnaires que ni le temps, ni les vicissitudes humaines ne pussent détruire. Entreprise difficile, téméraire, insensée même en apparence; car le nom chrétien avait perdu son prestige, les croisés commençaient à connaître la défaite et se voyaient chassés des contrées précédemment conquises; en même temps les infidèles, dans l'ivresse du triomphe, montraient une

7) Bendocdar (Bibars avait reçu ce nom, pour avoir été au service du général, ou Bendoucar des Archers de Melik-el-Salek) capii Cœsaream Paleslmœ et intrat Arsuf.... christianos martyHo a/Jicit : plurimi intereunt Minores. Gesia Dei per fralres Minores in Terra Sanctà, etc., Syec. 1.

2) Il suffît d'ouvrir les annales de Wadding, pour se convaincre quii ne se passa pas une année, en ces siècles malheureux, où les Franciscains n'eussent à remplir d'importantes fonctions et missions de tout genre pour le succès de la guerre que les chrétiens soutenaient en Orient, en sorte que, même sous ce rapport, il faut reconnaître les grands services qu'ils ont rendus à la chrétienté et à l'Eglise par leurs talents et leur concours.

rage de plus en plus grande contre tour ec qui pouvait rappeler en ces lieux la domination chrétienne. Mais l'histoire de ces guerres constate, et le maintien permanent de la Province des Frères Mineurs en Terre-Sainte atteste au monde entier, que les Franciscains, même au milieu et au travers de tant de vicissitudes et d'hostilités, atteignirent leur but et surent constamment rester dans leurs stations, non-seulement tandis que les croisés étaient attaqués et vaincus, mais encore après qu;ils eurent été entièrement dispersés et expulsés de l'Orient, dont les portes leur étaient définitivement fermées.

Mais revenons aux victoires sanglantes et à la marche dévastatrice de Bibars. Si nous avons encore à gémir sur des massacres et des ruines, nous serons aussi consolés par de nouveaux triomphes de la religion. D'abord il renforce l'armée d'Egypte, puis s'élance, furieux comme auparavant, contre la forteresse de Safed1, dans la basse Galilée, à quinze lieues de Ptolémaïs. Il l'assiégeât n'épargne rien pour forcer la garnison à se rendre. Toujours à la tète de ses troupes, il les anime par ses paroles, par son exemple, et leur distribue à pleines mains l'argent et les honneurs. Enfin il appelle auprès de lui le grand Cadi de Damas, dont il espère que la présence accroîtra encore leur enthousiasme. Malgré tous ces efforts, les chrétiens, bien peu nombreux pourtant, se défendent avec une telle valeur que l'ennemi surpris, découragé, commence à ralentir son attaque : ni la crainte des punitions, ni l'espoir des récompenses ne peut ranimer son ardeur. Bibars se voyait assuré d'une honteuse défaite s'il ne fut parvenu, par ses menaces et ses promesses perfides, à semer chez les assiégés des soupçons et des défiances qui produisirent parmi eux la division. Dès ce moment les uns veulent se rendre, les autres combattre jusqu'à la mort. On s'accuse réciproquement de lâcheté, de trahison, et cependant les machines de guerres, battant de

*) Xous ne savons rien de son histoire ancienne, si ce n*est qu'elle était, placée à gauche de Nephtali, pays du bon Tubie (Tob. 1,1). Dans les temps modernes, les Hébreux croyaient que c'était là que le Messie devait établir sa résidence. Cette persuasion les portait à y venir habiter, des diverses parties de l'Europe, et à y célébrer leur Pentecôte avec des cérémonies particulières. Il y en avait encore cinquante ou soixante familles, lorsque le tremblement de terre de 1759 vint tout, détruire. Celui de 1837 ne fut pas moins terrible. Alors il s'y trouvait sept mille habitants répartis dans six cents maisons, dont cent cinquante appartenaient à des Juifs espagnols et polonais; et cent aux Grecs schismatiques. On voit encore aujourd'hui les traces lamentables d'un si grand désastre. V. le P. Bassi, dans son Pèlerinage, etc.. vol. I, chap, 16.

toutes parts les murs eu brèche, sont sur le point de frayer aux Mamelucks rentrée de la ville. Enfin un vendredi (raconte une chronique arabe) le Cadi de Damas priait pour les combattants de son parti, lorsqu'on entend les Francs crier du haut des tours : a Epargnez-nous, Musulmans, épargnez-nous ! » On leur accorde une capitulation, les portes de la ville s'ouvrent, et aussitôt l'étendard de Mahomet flotte sur les remparts de Safed. Que deviendront maintenant ces héroïques et infortunés chrétiens? Il était convenu qu'ils pourraient se retirer où bon leur semblerait, avec leurs seuls vêtements. Néanmoins les premiers qui sortent sont accusés par Bibars d'emporter des trésors et des armes. Ce monstre, qui voulait leur perte, ordonne de les arrêter tous : à l'instant même, ils sont chargés de chaînes, traînés pêle-mêle sur UU coteau voisin, et sommés d'embrasser l'islamisme, sous peine de mort1. Qui pourra décrire la profonde et affreuse désolation qui dut alors s'emparer de l'àme de ces malheureux, privés de leurs armes, victimes de la plus infâme trahison que le monde ait vue ? Mais la providence, qui gouverne tout avec sagesse, ne les laissera pas sans consolation au milieu de leur amère douleur. Avec eux se trouvaient deux Franciscains (et ceci confirme ce que de simples conjectures nous ont permis d'avancer dans notre Histoire universelle des Missions Franciscaines71 , qu'il n'y avait point à cette époque, en Orient, de lieu occupé par les croisés où des fils de Saint François ne partageassent leurs fatigues, leurs malheurs et leur gloire). Ces deux Franciscains étaient le Français Jacques du Puy et Jérémie de Lecce, du royaume de NapleSj, l'un prêtre, l'autre frère lai. Remplis de cette vertu qui sait faire des prodiges et que le Tout-Puissant daigne accorder quelquefois pour la glorification de son Eglise, ils crièrent à haute voix : » Pourriez-vous hésiter un instant? Yous avez su défendre, en héros, votre ville, vous saurez tous mourir en héros ! » À ces mots des ministres du Seigneur (force étonnante de notre religion divine!), ces infortunés, naguère? divisés et discords, n'ont maintenant plus qu'un esprit et qu'une àme, tous également heureux, dans leur foi ardente, de témoigner à Dieu leur amour par le sacrifice de leur vie ! Ils emploient la nuit entière à se confesser de leurs fautes; puis ils s'embrassent fraternelle-

1) Obtcnto castro, misti {Bibars) adtuiratum, suadeas ut Saraccnorum legem suscì 'piani, alioquin gladio cuncli périrent [Sanut. Secreta fid. crue, Uh. Ili, part. XII, cliap. 8 i. Une fois maître de la ville, il (Bibars) envoya aux chrétiens un officier chargé de les engager à se soumettre ù la loi des Sarrasins; sans quoi ils périraient tous sous le glaive.

2) Voir les Tomes I et IL

meni, émus jusqu'aux larmes, et s'encouragent les uns les autres au dernier supplice. Lorsque le jour parut, les Mamelucks se ruèrent au milieu d'eux, brandissant leur glaive de tous côtés, et frappant sans pitié leurs victimes; le sang courut à flots sur tout le versant de la colline qu'il rougit et détrempa1. Il importe de remarquer que de six cents chrétiens, un seul renia lâchement Jésus-Christ, payant sa vie d'un prix infâme et acceptant la lion te de servir Bibars.

Certes, ce fut là une belle et admirable Mission que remplirent ces deux religieux Franciscains, Jacques et Jéréraie, eu donnant six cents glorieux citoyens à la cité céleste, indépendamment du merveilleux éclat qui en rejaillit sur la religion catholique, en face, non-seulement des Sarrasins, mais de l'univers entier! Cette Mission, ils la couronnèrent bientôt par leur propre martyre, qui arriva ainsi qu'il suit. Le tyran avait ordonné de les exécuter en dernier lieu, afin de les faire assister plus longtemps à cette horrible boucherie; mais, si l'on y réfléchit, on comprend que les choses se passèrent de la sorte par une admirable disposition du ciel, qui voulait ménager aux premiers jusqu'au dernier moment, la grâce d'entendre la parole divine, si propre à soutenir le courage chrétien. C'est ainsi que ces deux héros préludèrent au martyre du corps par le lent martyre du cœur, en voyant de leurs propres yeux tous leurs fils d'adoption subir une pareille mort l'un après l'autre. Par ordre du monstre, ces intrépides athlètes furent écorchés vifs; puis, la peau enlevée, on flagella leurs chairs meurtries et ensanglantées. A cet affreux martyre, dont la seule pensée glace le sang dans les veines et ferait frémir l'homme le plus féroce, le cimeterre vint enfin mettre un terme en tranchant la tête de ces généreux chrétiens"2. Toutes ces atroces souffrances des martyrs ne suffisant pas à assouvir la cruauté barbare des Mamelucks, ils lièrent de cordes leurs membres déchirés, les traînèrent en triomphe par toute la ville au milieu d'une infernale orgie, et les jetèrent enfin hors des murs, pour servir de

*) l'inversi, duorum fratrum Minorum, qui aderant, moni ti s tota nocte confortati, martyrium podus elegcrunt, quam Chrisli negare fiderà : fluehatque sanguis per montis declivium, quasi aquœ rivulus. Fuerunt autem ultra texcentuml Sanuto, ouvrage cité plus haut, même chapitre.

vi Post hos vero f rat rem Jacobum de Podio et f rat rem J&remianij quia eœteros in fide firmaverant... excoriari feeit, deinde fusligari : postremo <ul locum cœterorum deducti, capite cœsi sunt. Sanuto, même chapitre. — Saint Antonia III, part, hist., tit. XXIV, chap. 9. — Waduing, Annales, tom. IV, année 12G6. — Pisan., liv. 1, Conform. fruct. 8. Artur, Martyrol. Francise, XXV juin, etc.

pâture aux animaux. C'est bien le cas de répéter ces émouvantes paroles de David, que l'Eglise a placées dans l'office ecclésiastique des martyrs : « O mon Dieu! les nations ont envahi votre héritage; elles ont profané votre saint temple; elles ont fait de Jérusalem un monceau de ruines; elles ont jeté les cadavres de vos serviteurs en pâture aux aigles, aux bêtes féroces la chair de vos saints; elles ont répandu leur sang comme de l'eau, et il ne s'est trouvé personne pour recueillir leurs restes1 ! » Cependant leurs âmes recevaient dans le ciel la couronne de gloire, et Dieu permit, à ce que rapporte la tradition, que chaque nuit une lumière divine et mystérieuse vînt briller sur ces ossements sans sépulture-. Bibars en lut tellement troublé qu'il ordonna de les enterrer et fit construire à l'entour de très-hautes murailles destinées à empêcher la vue des miracles opérés par l'intercession des victimes de sa fureur. Ce fait, présenté comme certain par Marino Sanuto0 et Saint Àntonin de Elorence4, est, à ce que dit Michaud5, consigné dans toutes les chroniques occidentales; il est donc bien étonnant que cet écrivain l'attribue ensuite luimême à une superstitieuse douleur.

Eh quoi! l'histoire ecclésiastique n'est-elle pas pleine de légendes tout aussi merveilleuses, qui donnent tant de charme à la vie des saints? Et l'Eglise a-t-elle hésité à les reproduire dans cet abrégé de leurs actions qu'elle nous fait lire pendant la célébration de l'office divin, au jour qu'elle consacre à leur mémoire0? Vouloir les supprimer, c'est non-seulement témérité, c'est folie. En effet, sans rappeler qu'elles se rapportent, en définitive, à ces signes merveilleux que Saint Paul dit être parfois nécessaires dans les profonds desseins de la sagesse suprême7, pour prouver la divinité de la foi, on voit encore, en y réfléchissant bien, qu'elles sont un besoin du cœur humain qui exprime,

r) Deus, venc/unt f/entes in hœreditatem tuam : poilu erunt templum sanctum tuum : posuerunt Jérusalem in pomorum custodiam. Posuerunt morticino, servorum luorum. , escas volalilibus codi , carnes sanclorum tuorum, bes'.iis terne. Effuderunt sanguincm eorum tamquam aquam in circuitu Jérusalem : et non erat qui sepeliret (Psalm. LXXVIII, 1, 2, 3).

*) Mazzara, Légendes franciscaines, tom. VI. — Marc de Lisbonne, Chronique, liv. V.

3) Fecit autPin Sohlanus locum maceria circumdari, quia noctibussic per corpora splendebat lux, etiam cernentibus Saracenis (id.).

s) Histoire des croisades, liv. XV.

6) Bréviaire romain, passim, aux Fêtes des Saints.

') I Corinth. XIV, et aux Hébr. II, etc.

de cette manière, les sentiments de sa pieuse admiration. La poésie, l'histoire et la légende, dirons-nous avec l'illustre Tullio Dandolo, furent de tous temps des délassements indispensables à l'imagination de l'homme (dont ils sont plutôt, selon nous, le doux charme et l'aliment), de sorte que, quand ils lui manquent, il se hâte de les remplacer : il a besoin de se nourrir du passé, de raconter et d'entendre raconter, et de se faire un trésor de récits capables de satisfaire ces deux sentiments indestructibles, la cuiîiosité et la sympathie !. . Yoilà pourquoi on ne se contentait pas de raconter et d'écrire les légendes; on en vint à les lire publiquement, et c'est de là qu'elles tirent leur nom. Or, comme les vies et les miracles des saints en étaient le sujet le plus ordinaire, on les expliquait en chaire, aux jours de fêtes, et les fidèles y trouvaient leur édification, en même temps que leur plaisir. Elles empruntaient leur attrait et leur autorité aux tableaux gracieux de haute morale qui les animent; elles offraient des scènes touchantes de la vie contemporaine, qui tout en manifestant l'intervention directe de la Providence, ouvraient à des hommes accablés de toute sorte de maux un vaste champ de pensées consolantes. Que serait devenu le peuple, s'il n'eut été encouragé par des récits qui l'arrachaient au spectacle de ses misères, pour tourner ses regards et ses espérances vers le ciel? Etait-on à la veille d'une invasion? La peste ou la disette venaient-elles frapper les hommes? Yoilà qu'on entendait dire qu'âne flamme avait brillé autour de tel sanctuaire, ou sur telle tombe; et aussitôt on la regardait comme le présage d'une prochaine délivrance! Un saint avait paru tout-à-coup resplendissant. de lumière aux yeux d'un chef barbare, et l'avait sommé d'être plus doux. A la voix d'un autre, des brigands avaient perdu tonte leur férocité. De même que nous possédions des asiles où les proscrits cherchaient leur sécurité, ainsi les légendes présentaient un refuge aux âmes désolées ou coupables, et elles fournissaient un aliment à la foi, en même temps qu'un sujet de distraction à l'esprit. Du reste, les vies des saints (surtout celles du moyen-âge) comprennent d'ordinaire deux parties distinctes : l'une commune à tous, l'autre spéciale à chacun d'eux. Le saint a, dans sa jeunesse, une vision révélatrice, il croît en âge et en vertus, exorcise, prophétise, guérit les malades, convertit les pécheurs; puis, averti de sa fin prochaine, dans une vision, il meurt avec sérénité. Aussitôt des miracles rendent célèbre son tombeau, où l'on accourt de toutes parts. Tels sont ce que nous pouvons nommer les éléments généraux des légendes, et, sans leur attribuer une importance excessive (Saint Bernard et Saint

Thomas d'Àquin nous en détournent), il est bien permis de croire que ce fonds commun de merveilleux renfermait beaucoup de choses vraies, et que l'imagination ne faisait que traduire dans son langage des faits réellement historiques. Etait-il faux, par exemple, de dire que les saints Missionnaires, prêchant l'Evangile aux barbares, éclairant les infidèles des lumières du christianisme, ouvraient les oreilles aux sourds et les yeux aux aveugles? Etait-ce un mensonge d'affirmer que, ceux qui réussissaient à calmer les cœurs les plus agités ou les plus rebelles, à dompter les passions les plus impétueuses, en avaient chassé les démons? Celui qui racontait que les fers des prisonniers s'étaient brisés au contact de la main de Saint Médard, ou que Saint Gai avait chassé d'une caverne, dont il avait fait sa demeure, une bête féroce, par un simple signe de croix, n'énoncait-il pas un fait vrai, au moins dans un sens allégorique? Le Christianisme, dont Saint Médard était apôtre, brisait en réalité les chaînes des esclaves; et les forets de PHelvétie, peuplées d'animaux sauvages, se transformèrent effectivement en dem ures d'hommes sociables, grâce aux prédications civilisatrices de Saint Gai. Dans ces deux cas, l'histoire s'était enveloppée du voile gracieux et transparent de la poésie. Ce n'est pas que j'entende, le moins du monde, ébranler la croyance aux miracles, tels qu'ils sont rapportés dans les vies des saints dont je viens de parler. J'ai voulu seulement établir que, même en ne les admettant que comme des allégories, ces récits n'en seraient pas moins honorables pour le Christianisme, à raison des faits glorieux qu'ils recouvrent1. Maintenant nous pouvons demander si ces réflexions simples et réservées ne sont pas plus philosophiques et plus consolantes que celles que je viens de citer de l'historien Michaud, attribuant à une douleur superstitieuse les récits merveilleux qu'il relate? Nous nous croyons donc fondé à dire, en insistant sur ce sujet, que ce doux penchant pour le merveilleux, que fait naître l'intelligence de la religion, suffirait à prouver combien est belle en elle-même, harmonieuse dans ses effets, sublime et poétique la foi catholique. En voulant l'en dépouiller, les philosophes voltairiens et autres sages de la même école ou de tout autre pareille montrèrent qu'ils ne la comprenaient pas, et ne la comprenant pas, ils la méconnaissaient, en la réduisant à un sentiment mesquin et aride.

Mais il est temps de reprendre le fil de notre récit à la fois si douloureux et si consolant; car il présente à notre admiration

') Des moines ai des légendes, toni. I, p. 92.

les palmes florissantes et toujours nouvelles qui forment la gloire et la couronne de F épouse immaculée du Christ, et la récompense de ses combats. Or, Bibars, après la victoire de Safed, se dirigea vers l'Egypte. Puis il envahit F Arménie, dont il s'empara bientôt, après l'avoir ravagée de toutes parts. Cette expédition, cependant, ne lui fit pas oublier les chrétiens de la Palestine : il avait résolu de les abattre tous sous les coups de son cimeterre. En conséquence, laissant respirer l'Arménie, il fondit de nouveau sur eux, de même qu'un effroyable météore, qui vient de désoler une contrée, s'avance en grossissant encore, et court en désoler une autre fort éloignée. La première ville sur laquelle il marcha fut Jaffa (Joppe) ; il y entra par trahison et en massacra tous les chrétiens. De là, il courut au château de Montfort, s'en empara de la même manière et traita ses prisonniers avec la même férocité. Il attaqua ensuite Tripoli de Syrie; mais vigoureusement repoussé, il tourna ses armes contre la fameuse Antioche1. Cet homme semblait être un foudre exterminateur tombé

») Antique et magnifique métropole des Séleucides, où séjournèrent plusieurs Empereurs Romains, où Saint rierre établit d"abord son siège, qui fut ensuite transféré à Rome, et où les disciples de Jésus commencèrent à prendre le nom de chrétiens; malheureuse aujourd'hui, ruine désolée qu'habitent à peine douze mille âmes dont très-peu de catholiques. La plupart des chrétiens y sont Grecs schismatiques. On en compte environ trois mille, avec un évêque qui s'arroge le titre de : Patriarche de la cité de Dieu, nom que portait la ville au temps de l'Empereur Théodose. « Mais , demande Eyzaguirre, ce prétendu patriarche de la cité de Dieu, que fait-il pour relever les murs d'Israël et rendre à son siège la splendeur que ses prédécesseurs lui avaient donnée par leurs vertus? Quelles sont les œuvres de ses coadjuteurs pour régénérer le peuple plongé dans le vice et dans la plus profonde ignorance? Il jouit d'un somptueux palais dans la capitale de la Russie, et y va souvent déposer aux pieds du puissant Autocrate ses plaintes contre les Musulmans ennemis de ce qu'il appelle Y orthodoxie. Il possède à Constantinople un autre palais dont il fait souvent aussi sa délicieuse résidence. Mais avec toutes ses richesses et ses ressources, il n'a pas été capable de fonder à Antioche, ni un séminaire pour former des prêtres, ni une maison d'asile pour recevoir les pauvres de sa communion! Voila cependant la situation réelle des peuples qui, subissant le juste châtiment de leur schisme, sont condamnés à se voir livrés à des pasteurs qui se paissent eux-mêmes au lieu de paître le troupeau confié à leurs soins. La religion et l'humanité se réunissent, il est vrai, pour anathématiser un pareil gouvernement des âmes... Mais il n'en saurait être autrement pour ceux qui ont une fois perdu l'intégrité de la doctrine religieuse et la vivifiante communication d'esprit, d'unité et d'amour avec l'Eglise de Rome. Aussi quelle confiance peut avoir le peuple en des pasteurs devenus muets, qui se disent guides et directeurs

sur les chrétiens d'Orient; son nom seul inspirait la terreur. C'est sans cloute l'effet- de cette épouvante générale qui fit tomber les armes des mains des habitants d'Antioche. Plus de cent dix* sept mille hommes (ô jugements terribles de Dieu! aveuglement incompréhensible des chrétiens corrompus) ! plus de cent-dixsept mille hommes, la plupart capables de porter les armes, les déposèrent lâchement, sans profiter des exemples si récents de Cesaree, d'Arsuf, de Safed, de Jatfa, de Montfort; sans opposer la moindre résistance; malgré les exhortations pressantes des Franciscains et de tous les prélats ecclésiastiques qui les conjuraient de tenter une défense, gage d'une victoire certaine et facile. Ils se livrèrent comme un vil troupeau au tyran, et le tyran, dans sa fureur implacable et toujours croissante, les traita comme un vil troupeau, et en massacra, en une seule fois, plus de dix-sept mille ! Il se montra plus cruel encore envers les Franciscains qui possédaient un vaste couvent dans la ville. Les barbares les avaient eux-mêmes vus s'élancer au milieu du peuple, éperdu de frayeur et fuyant de toutes parts, crier aux armes, encourager les chrétiens à mourir en braves, et à se souvenir de leur ancienne valeur ! Tous furent mis en pièces, et du couvent il ne resta pas pierre sur pierre!

Non content cîe ce premier massacre, il se rua, avec la même férocité, sur les religieux du Mont Xoir, voisin de la ville. Là se trouvait un ancien couvent de Bénédictins que le patriarche d'Assise avait changé en couvent de Franciscains, ainsi que nous l'avons raconté1; séjour de paix et de pieuse contemplation, maintenant retentissant des vociférations des barbares , auxquelles se mêlent les gémissements des religieux nageant dans une mare de sang2! Malheureuse Antioche! Tes temples sont en partie

du cœur humain, et qui, manquant néanmoins des lumières nécessaires pour se gouverner eux-mêmes, tombent, sous les yeux du public, dans des fautes honteuses de toute espèce (Le Catholicisme en présence des sectes dissidentes, livre II, chap. 12)? 11 n'en est pas de même du catholicisme, comme le prouve ce que nous venons de dire des vertus et des travaux des Franciscains dans le même pays.

*) Voir le 1" n° de la première année des Annales, pages 20 et 21.

2) Antiochia', in ingenti illa strage, qua celeberrima civitas patriarchalis diutissimumque emporium, a Saldano Babilonica, absque ullo belli tumulili capta et in deserti solitudini' m redacta fuit... eliam duo amplissima fratrum (minorum) monasleria funditus deleta sunt, et in nnoguoque illorum omnes promus fruirei in odium catholicœ fidei sub Saraeenprum frameis periount. Voir le P. Fortunat Hueber, dans son M enologo des Saints Martyrs* etc.» au 13 décembre. — Wadding, dans ses Annales, tome IV, année 12G8. — . Snnuto, livre III, part. XII, chap. 9, etc.

détruits, en partir convertis en mosquées; tes couvents sont renversés. Partout se fait entendre le cri : Mahomet ou la mort! Mahomet ! Il trône sur le premier siège de Saint-Pierre ! Plus de sept mille chrétiens sont égorgés, et près de quatre vingt-dix mille sont chargés de chaînes et traînés à Babilone! Mais il faut écouter ici l'inhumain conquérant lui-même se vanter de son horrible conduite dans une lettre qu'il écrivait au comte de Tripoli, afin d'augmenter l'effroi du petit nombre de croisés, qui restait encore. // La mort, disait-il, pénétra dans la ville de tous côtés ! Elle en parcourut toutes les rues ! I\ ous tuâmes les guerriers qui gardaient les portes et ceux qui défendaient les remparts ! Oh ! si tu avais vu les chevaliers foulés aux pieds des chevaux, les provisions livrées au pillage, les objets précieux pesés dans des balances, les femmes vendues à l'encan! Si tu avais vu les croix et les chaires abattue?, les livres des Evangiles déchirés et leurs feuilles dispersées par le vent, les sépulcres des patriarches profanés! Si tu avais vu tes ennemis, les musulmans, s'avancer sur le tabernacle, et immoler dans le sanctuaire les frères, les diacres et les prêtres! Si tu avais vu, enfin, tes palais incendiés, les cadavres jetés au feu, les églises S^Pierre et Sfc Paul entièrement rasées! Par ma foi, tu te serais écrié dans ta consternation! a Plût à Dieu que je fusse réduit en poussière1 ! " En vérité, dit ici Michaud, quand on réfléchit aux exploits héroïques de Godefroid, de Boémond et de Tancrède pour s'emparer de cette ville et y fonder une principauté, et quand on voit à quoi devait aboutir la gloire d'une telle conquête, on sent une profonde tristesse et une amère douleur s'emparer de son âme ! Et cependant, à l'aspect d'une nombreuse population qui, bien défendue par des murs élevés et des fortifications excellentes, laisse pénétrer l'ennemi, sans lui opposer la moindre résistance, et se fait ainsi maltraiter et égorger, on peut se demander ce qu'était devenue la postérité des intrépides guerriers qui avaient su défendre Antioche, pendant deux siècles, contre toute la puissance musulmane*2. Mais telle est, doit-on se répondre, telle est la fin de tous les peuples qui, se laissant éblouir par la prospérité, s'amollissent et s'abâtardissent par la corruption. Alors les esprits divisés et impatients du frein de toute discipline et de toute autorité légitime, remplacent la valeur par la mollesse et se relâchent de la sévérité des anciens usages. Alors chaque citoyen préfère au bien public son intérêt privé, et par cela seul toute société civile, que dis-je?

a) Michaud, Histoire des CrrAsades, li v. XV. — ^Canili, Histoire univers., etc. 2! lbid.

toute société humaine a perdu son principe vital? C'est là l'histoire de toutes les nations qui ont paru sur la surface de la terre, histoire dans laquelle les générations modernes ont puisé peu de leçons de sagesse et de prudence. Aussi les mômes erreurs se reproduisent-elles et Ton a et aura toujours à déplorer leurs funestes effets.

Quant à la situation de l'Orient, il faut nous reporter à la prophétie du fils d'Amos : Voix de Dieu, voix de Dieu parlant à la Syrie! Ton pouvoir sera mis en pièces, tes cités réduites on poudre; sur tes mers ne paraîtront plus les nombreux vaisseaux dans lesquels tu plaçais toutes tes espérances. Ton territoire restera désert, parce que ton cœur s'est gonflé d'orgueil et que tu as refusé de reconnaître la puissance de ton Seigneur1 . » Les menaces de cette voix de Dieu, voix de la vérité infaillible, nous les voyons } jusque de nos jours, s'accomplir à la lettre, et Dieu veuille que cette terrible prophétie cesse bientôt de frapper ces mêmes régions maudites pour tant de crimes et de désordres !

Quant aux Franciscains, ils ne pouvaient assurément remplir leur mission mieux qu'ils ne le firent; en effet, intrépides soldats de l'Eglise, ils restèrent à leur poste, excitant les chrétiens à se défendre contre les attaques des Sarrasins et, s'ils venaient à tomber en leur pouvoir, à mourir n'importe de quelle mort plutôt que de faiblir dans la foi catholique. Eux mêmes enfin versèrent aussi leur sang, après avoir ouvert aux autres les portes du ciel. Et cette lutte, ils la soutinrent non pas un jour, un mois, un an, de telle sorte que leur constance puisse paraître l'effet tout à fait naturel et ordinaire d'un enthousiasme momentané, comme nous en voyons souvent des exemples chez les hommes, même les plus vulgaires de toutes les conditions. Ces dévastations, ces ruines, cette désolation, ces massacres, ces torrents de sang humain se prolongèrent de 1260 à 1270. Ces dix années furent remplies d'épouvante, d'épreuves de toute espèce; elles ne furent qu'une longue agonie, capable d'ébranler la constance et le courage les plus héroïques! Hélas! ces dosasti s ne touchaient pas encore à leur terme; s'ils furent interrompus par quelques instants de trêve, ils recommencèrent bientôt, aussi effroyables et même plus affreux encore, ainsi que tout le monde pouvait le prévoir et le prévoyait en effet. Néanmoins tant d'épreuves ne suffirent pas pour décourager ces valeureux athlètes, que nous verrons, pleins d'une constance intrépide, continuer leur œuvre, jusqu'à ce jour, au milieu de tant de ''lices et cle tant de supplices, mais avec tant de gloire!

-' Evzr.?uirre, Le Catholicisme, etc., tome II, chnp. 8.

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