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CALIFORNIE

(Voir le no 4- des Annales, page 233).

La Californie, si renommée aujourd'hui par ses riches mines d'or, ne fut pas moins célèbre autrefois par ses missions Franciscaines; car le nom du grand Patriarche des pauvres, Saint-François, est inséparablement uni à celui de la principale cité de l'Océan Pacifique. On distingue la Californie eu inférieure ou vieille et en supérieure : la première, faisant encore partie du Mexique ; la dernière, dont nous allons nous occuper, appartenant aux Etats- Unis. Comme l'observe M. Sliea, jamais les Pères Jésuites de la vieille Californie ne pénétrèrent dans la portion qui forme actuellement un Liât de l'Union- Américaine, d'où l'on doit conclure que l'établissement des missions dans cet Etat doit exclusivement être attribué aux Franciscains. C'est vers l'année 1709 qu'ils les inaugurèrent dans trois lieux principaux, c'est-à-dire à San-Carlo de Monterej au nord, à San-Diégo au sud, et àSan-Bonaventura au centre. Le chef de cette entreprise était l'illustre Père Giunipero Serra. Lorsque la nouvelle en parvint à Mexico, elle y excita une joie si vive et si générale que les cloches sonnèrent à toute volée, comme pour la conquête d'un royaume. Cependant le Père Serra demanda de nouveaux auxiliaires, et le Supérieur de la maison de Mexico lui envoya trente autres missionnaires du même ordre. Les Fils du Patriarche Saint-Dominique demandèrent alors à prendre part à la culture de ce champ spirituel, et leur demande fut aussitôt accueillie par nos confrères, qui leur cédèrent les missions de la vieille Californie, confiées à notre ordre après l'expulsion des Jésuites.

Lorsque le Pere Serra eut reçu ce puissant secours, il partit en 17? 1, après avoir célébré la Fête-Dieu avec une pompe inusitée, accompagne des Pères Michel Fieras et Bonaventura Sitjar, pour aller fonder la mission de San- Antonio, sur les rives du fleuve de ce nom. Il y suspendit, dans un lieu élevé, des clcehes qu'il avait eu soin d'apporter, et dans son enthousiasme il se mit à les sonner lui-même comme pour une fête, invitant ainsi les indigènes à venir s'asseoir à l'ombre pacifique de la croix. 11 contribua en outre à fonder les missions de Saint-Gabriel, de Saint-Louis, eveque, et de St Jean de Capistran, et transfera celle de Monterey dans un lieu plus convenable. Toutes les missions se trouvèrent ainsi, en un clin d'œil, parfaitement organisées, malgré les graves obstacles qu'il y avait à surmonter. Cependant en 1775, deux Indiens, de la mission de San-Diégo, malheu-

rendement égarés, vinrent la nuit , avec d'autres sauvages qu'ils avaient entraînés à leur suite, mettre la mission à feu et à sang, et torturèrent le bon P. Louis Jayme, avec d'indicibles raffinements de cruauté, dans toutes les parties de son corps, sauf les mains. Le P. Vincent était parvenu à se cacher et à échapper, comme par miracle, au supplice. Cette nouvelle jeta l'épouvante chez tous les habitants, excepté chez les missionnaires, qui s'en réjouirent au contraire, comme d'une bénédiction céleste. — Grâces à Dieu, s'écria l'intrépide P. Serra, le champ ed maintenant arrosé; et plus ardent que jamais, il s'occupait à rétablir la mission, lorsque le commandant Rivera lui ordonna d'y renoncer. Il obéit sans résistance; mais à peine le commandant fut-il changé, qu'il releva aussitôt la mission du milieu de ses ruines, puis s'occupa de la fondation de celles de San- Francisco et de Santa- Chiara, inaugurées, l'une, le 27 juin 1776, dans l'admirable Baie de San- Prancisco, et l'autre, le 6 juillet 1777, dans les plaines enchanteresses de San- Bernardino. Ainsi le courageux Père Serra avait fondé, dans un laps de temps extrêmement restreint, neuf missions, qu'il voyait toutes prospérer à merveille, et qui comptaient près de dix mille Indiens convertis, jouissant de la paix la plus profonde et faisant par l'éducation les plus grands progrès dans la civilisation chrétienne. Et afin qu'ils ne fussent pas privés du sacrement de confirmation, il obtint le privilège de le leur conférer en sa qualité de Préfet- Apostolique.

Mais l'heure approchait à laquelle le Père Serra devait recevoir la couronne de justice due à son glorieux apostolat. Atteint d'une phthysie pulmonaire, causée par toutes ses fatigues, il sentait ses forces décliner rapidement. 11 continua néanmoins à travailler jusqu'au 27 août 1784. Ce j ourla, ayant prié le Père Palou de consacrer une hostie, il reçut le Saint- Viatique, fit faire son cercueil et demanda l' extrême-onction. Le lendemain cependant il se leva à l'ordinaire; mais il dut se recoucher aussitôt, et rendit doucement à Dieu son âme bénie, à soixante-onze ans, alors que jusqu'à ses derniers moments il formait de nouveaux projets de missions. Il en est peu, parmi ceux qui ont consacré leur vie à la conversion et à la civilisation des sauvages, qui aient aussi bien mérité de l'humanité et de la religion !

Le Père Palou lui succéda dans la dignité de Préfet Apostolique, et fonda, avec un non moindre zèle, les missions de Santa Barbara, de l'Immaculée-Conception, de Santa- Croce et de Notre-Dame-de-Soledad. Mais, ayant été nommé supérieur du collège de San- Ferdinando, dans la ville de Mexico, il fut remplacé par le P. Lazven, sous le gouvernement duquel s'établirent en 1797 trois autres missions. En 1708 s'éleva la mission de S* Louis, Roi de France, mission qui, par la beauté de son église et de ses colonnades, construites sous la direction et sur les dessins du P. Peyry, excita alors et excite encore aujourd'hui l'admiration universelle. Malheu-

rensement La révolution française survint alors et ébranla toute l'Europe. Les missions Franciscaines d'Amérique en ressentirent les funestes effets, d'autant plus que le gouvernement Espagnol ne put pas continuer à envoyer au Nouveau-Monde les secours ordinaires. Toutefois les missionnaires s'efforçant de se suffire à eux-mêmes continuèrent à fonder, jusqu'en 1823, de nouvelles missions, dont la dernière fut celle de San-Erancesco-Solano, établie par le P. Amoros chez les Guiluces, dans la partie la plus septentrionale de la Californie. Pour faire juger de leur état de prospérité, nous dirons seulement qu'elles contenaient soixante- quinze mille Indiens convertis, divisés en vingt-une Réductions!

Mais ici commence la douloureuse histoire de leur décadence. Lorsque le Mexique se fut soustrait à la domination Espagnole et constitué en république indépendante, le premier qui fut envoyé en Californie, comme gouverneur, en 1824, fut Echandia. Cet homme, au rapport de Robinson, fut le fléau du pays : il y répandit et encouragea le vice, de manière à détruire toute morale et toutes les missions. Le P. Préfet Sanchez en mourut de chagrin en 1S31, bien qu'une lueur de joie vint adoucir ses derniers instants, lorsqu'il apprit la venue et la conduite du nouveau gouverneur, D. Manuel Vittoria, qui employa tous les moyens pour rendre de la vigueur à cette vigne du Seigneur si ravagée. Ce dernier perdit trop tôt son commandement, et l'œuvre de destruction recommença : le célèbre P. Antonio Peyry, qui, pendant trente- qua tre ans , avait admirablement conduit la mission si renommée de San- Luis Rey, qu'il avait fondée, fut contraint à l'abandonner, au milieu des plaintes et des gémissements de ses néophytes indiens. Il en fut de même des autres, en sorte que le nombre des missionnaires diminua tellement, qu'en 1S33 le gouvernement Mexicain eut recours au collège de Notre-Dame de Guadaloupe en Zacatega, qui lui en envoya dix; ils dirigèrent les missions les plus riches des régions du Nord.

Malheureusement le gouvernement s'obstinait en même temps à les séculariser, et par là même à les détruire, puisque, en enlever la direction aux missionnaires pour la donner à ses agents de police, c'était confier aux loups la garde du troupeau. En 1834 la dévastation était complète ; aussi le gouvernement décréta- 1- il officiellement l'extinction des missions , déjà accomplie en fait. Elles se composaient encore cependant de 30,G5(.) Indiens, possédant 421,000 bœufs, 62,500 chevaux, 321,500 bêtes à laine, et récoltant 122,500 mesures de grain. Le décret ordonna de mettre ces propriétés à la disposition du gouvernement , qui en assigna une part à chaque famille ; mais en peu de temps les pauvres néophytes indiens ne furent qu'une troupe immense de mendiants vagabonds, et le^s missionnaires n'obtinrent même pas les secours qu'on leur avait promis. Aussi le Père Serra, dont un américain disait : » l'avoir connu est un véritable bonheur, » le Père Serra mourut-il, en 1S38 , de faim et de

misère dans sa mission de Solcdad, qu'il ne voulut à aucun prix abandonner. Un beau jour du mois d'août, bien qu'épuisé par la souffrance, il réunit ses néophytes dans l'Eglise, et celebrala Sainte Messe. A peine eut- il commencé, qu'il s'évanouit au pied de l'autel, et expira entre les bras de quelques-uns de ces infortunés avec lesquels il avait passé trente années de sa vie, employées toat entières à les protéger. Peu après, le P. Fortuné, fondateur de la mission de San-llaiTaele , y mourut aussi d'épuisement !

Le Congrès du Mexique s'aperçut alors de la barbarie qu'on avait commise, et en 1S-10 il publia un Décret pour le rétablissement des missions. Mais comment arracher les propriétés des mains rapaces et voleuses auxquelles on les avait remises? En vain cette année-là le Père Franciscain Garcia Diego, l'un des missionnaires de la contrée, obtint-il l'évêché de Californie, lui-même ne put réussir à arrêter la spoliation sacrilège. Voici l'état dans lequel M. Duflot-de-Mofras, qui a visité ces Missions en 18-1:2, les a trouvées :

La mission et l'église de San-Diégo entièrement en ruines. Le P. Vincent Oliva, missionnaire, n'avait plus qu'un petit champ, pour lui et les cinq cents Indiens qui lui restaient. La situation de la mission de Saint Gabriel était la même; on y voyait l'infatigable Père Thomas Estenga, assis dans une aire, devant une grande table, pétrissant de la terre glaise et enseignant à ses Indiens à faire des briques. C'est seulement à San-Feinando, à Santa-Clara, à Santa-Inez que les missionnaires avaient réussi à sauver assez d'objets. Mais San-Bonaventura , Santa-Croce , San-Giovanni-Battista , San-Miclielc , le Carmel, la Conception et San-Raffaele étaient pleins de ruines et de désolation. A Santa-Barbara résidait l'aimable, généreux, charitable et pieux Préfet, le Père Narcisse Duran. A St Louis évèque , M. Duflot trouva dans la misère le plus ancien missionnaire du pays, le Père Raymond Abella, que le célèbre La Pérouse y avait vu en 17S7, et qui n'avait jamais voulu quitter ses pauvres Indiens dépouillés ! A la Solcdad , rien que de tristes ruines et une solitude désolante, pas un missionnaire, pas un Indien, pas même un animal! Les vignes étaient abandonnées, les vergers incultes, les jardins remplis d'épines ! A San-José, le Préfet des missions du nord, le Père Gonzalez, recevait de l'administration civile une ration de nourriture inférieure à celle qu'obtiendrait un condamné. Enfin, la mission de San-Francesco- Solano était détruite, et les matériaux avaient été enlevés par Don Mariano Vallejo, qui s'en était servi pour se construire une belle et agréable demeure!

A'oilà quel était l'état de ces missions, qui comptaient encore treize missionnaires Franciscains en 1842; mais la désolation n'était pas arrivée à son comble. Vinrent bientôt les guerres civiles , puis celle des Etats-Unis,

qui se rendirent maîtres de la Californie supérieure, en sorte que les maux de cette malheureuse contrée ne firent que s'accroître !

Le premier Evèque de ce pays fut le P. Franciscain Diego Garcia, mort en 1S-Ì5, à qui le Saint- Siège donna pour successeur son confrère le P. Joseph Gonzalez. Ce dernier ayant donné sa démission, le Père Dominicain Joseph S. Alemany fut consacré évèque de Monterey en 1 S 50, puis archevêque h San- Francisco. On dit que le Père Gonzalez fut de nouveau nommé et renonça de nouveau à l'épiscopat, dont fut investi le Lazariste Taddée Amat. Un nouveau diocèse vient d'être créé en Californie , et un prêtre séculier en a été nommé pasteur.

Ce qui reste actuellement aux Franciscains dans ces régions se borne au collège de Sauta-Barbara, où sont deux des anciens et quatre jeunes missionnaires récemment ordonnés prêtres. Heureusement les tribunaux des Etats- Luis viennent de décider que, non-seulement la loi garantissait aux prêtres catholiques toutes les propriétés appartenant aux missionnaires lors de l'annexion de la Californie aux Etats-Unis, mais encore que tous les détenteurs illégitimes de ces propriétés en seraient expulsés. En conséquence, les Evèques, reconnus comme ayant droit à ces propriétés ecclésiastiques, en ont pris possession.

L'affluence des aventuriers, accourus de toutes les parties du monde aux mines d'or de Californie, a presque changé la nature du pays. Les moins nombreux sont les Indiens, pour lesquels le gouvernement désirerait voir se continuer les missions selon la méthode Franciscaine. Les instituts réguliers actuellement fixés dans le diocèse de San-Francisco sont les Jésuites, qui occupent l'ancienne mission de Santa Clara, où ils ont fondé le collège du même nom, et qui ont en outre un établissement à San-Francisco et un autre à San-José-Pueblo. Les Dominicains ont ouvert de leur côté un couvent dans la mission de San-Francisco Solano, et ont acheté du terrain pour en fonder un autre dans la capitale. Qui pourrait croire que dans ce diocèse, qui porte le nom de Saint-François et où ses fils ont les premiers prêché notre sainte religion, il n'y ait pas, en ce moment, une seule station séraphique; nous avons adressé à l'archevêque une demande à cet égard et nous avons essuyé un refus. Xous avons donc envoyé, à notre station du Texas, les missionnaires déjà destinés pour la Californie, espérant que la Providence, ne tardant pas à nous ouvrir de nouveau la voie, nous permettra de nous fixer encore dans cette région consacrée par tant de précieux souvenirs de notre institut.

]S"otre amour pour ces rivages de l'Océan pacifique nous a fait accepter dernièrement l'invitation de l'Evêque de l'île de Yancouvert (Amérique - Britannique), et nous y avons envoyé le P. Celse de Castel-x\uovo et le clerc tertiaire Fr. Jean- Joseph Thornton, qui arrivèrent à Vittoria, capitale de l'île , la veille de l'Immaculée Conception , après une heureuse traversée. (La suite à un prochain numéro).

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