QUATRIÈME PARTIE
Lettre du Révérend Père François de Bologne , écrite de Mexico , dans V Inde ou Nouvelle- Espagne, sous le règne du Pape Paul III. au Révérend Père Clément de Monelia, en Ligurie (depuis Cardinal de la Sainte Eglise), Prjvincial de Bologne, et à tous les Révérends Pères de cette province; traduite en langue vulgaire par un frère de la même Observance.
Nous croyons utile de publier cette lettre comme un document peu connu, propre à faire apprécier à nos confrères les avantages de l'établissement des missions chez les sauvages d'Amérique, et la sagesse de la conduite de nos Pères, qui doit nous servir d'exemple dans la pratique de toutes les vertus religieuses et apostoliques, pour correspondre aux fins que Dieu s'est proposées en nous appelant à la vie monastique.
Mes bien- aimés Frères en Jésus-Christ ! Je ne doute pas, je suis bien certain même, mes bien-aimés, bien-chers et très révérends Pères en Jésus- Christ, du plaisir que vous ont causé les détails contenus dans mes lettres précédentes, lettres qui vous sont certainement parvenues, car je suis persuadé que mes messagers sont très-fidèles. Je continuerai donc en vous faisant connaître l'heureuse position dans laquelle je me trouve, ainsi que notre frère Michel, qui me charge de vous présenter ses respects. Nous éprouvons la plus grande consolation en voyant un si grand nombre de créatures humaines échappées à l'esclavage du démon, grâce aux prédications de quelques serviteurs de Dieu, c'est-à-dire, de nos frères-mineurs, envoyés par le Seigneur dans ce pays. Ah! soyez-en surs, Mes Révérendissimes Pères, je ne vous écris qu'en versant d'abondantes larmes de joie, quand je pense que notre très-doux Seigneur Jésus a daigné se manifester au monde par l'intermédiaire de ses apôtres, et qu'il daigne encore aujourd'hui ranimer la sainte foi, qui paraissait près de s'éteindre , en suscitant les fils de son serviteur et champion, saint François, notre père. Mais, avant de continuer, j'entretiendrai Vos Révérences de quelques autres sujets, afin d'engager vos fils, nos confrères, à venir contribuer à l'œuvre de la délivrance de tant de milliers d'âmes opprimées par l'enfer, pour les rendre à leur créateur et rédempteur Notre- Seigneur Jésus-Christ. Et d'abord je parlerai du climat.
du climat et des productions de la terre.
Ici le climat est tempéré, ni trop froid, ni excessivement chaud. Il y
pleut très-rarement en hiver, mais très-souvent en été, et presque toujours
dans l'après-midi. Jamais on n'y voit de neige, si ce n'est sur le sommet de
quatre montagnes très-élevées , qui en conservent pendant toute l'année.
— sis —
Nous sommes bien convaincus que notre continent est beaucoup plus grand que le vôtre, car il compi'cnd un grand nombre de provinces dont une seule, celle que nous avons convertie à la religion chrétienne, est plus grande que toute l'Italie réunie à la France et à l'Espagne. Il existe ici beaucoup de mines d'or, d'argent, d'autres métaux et de pierres précieuses. L'eau y est excellente et elle forme presque le seul breuvage du pays. On fait du vin avec les feuilles de certains arbres. Un verre de vin comme le vôtre coûte un écu d'or, car il vient d'Espagne ; mais on plante des vignes semblables à celles d'Italie, qui ont déjà produit d'excellent vin, et avec le temps elles en produiront bien plus encore. Presque tout le pays est habité, plaines et montagnes, à l'exception des quatre Monts dont je vous ai parlé plus haut. Les bois y sont composés de Lauriers, Cèdres, Cyprès, Pins et Chênes. Les Cèdres et les Cyprès sont tellement élevés, qu'on peut à peine en distinguer la cime.