‹ Annales des missions franciscainesChapitre 58 sur 81 · MÉTHODE EMPLOYÉE POUR CONVERTIR LES INDIENS A LA FOI CATHOLIQUE · texte numérisé non relu

MÉTHODE EMPLOYÉE POUR CONVERTIR LES INDIENS A LA FOI CATHOLIQUE

Quand nous arrivâmes ici , les prêtres des idoles , sachant que nous étions venus pour prêcher l'Evangile de notre très-doux Seigneur et maître Jésus- Christ, tinrent conseil et se dirent entr'eux : si ces religieux, venus pour introduire une loi nouvelle, se proposent de nous faire changer de religion, ils exciteront le peuple par leurs prédications à détruire nos idoles, ainsi qu'ils l'ont fait ailleurs et dans les villes voisines. Construisons donc à notre Dieu une chapelle, un oratoire souterrain et bien caché. Nous planterons, au dessus, une croix et feindrons de l'adorer; mais, en réalité, notre culte ne s'adressera qu'à notre Dieu. C'est ce qu'ils firent. Jusqu'à ce moment ils en avaient conservé le plus grand secret ; mais comme nos religieux passaient en ce lieu, ces prêtres, éclairés par la lumière de la vraie foi et se

repentant de leur conduite, ont avoué leur supercherie et leur ignorance, et nous ont remis cette idole qui, dans leur langue, se nomme Tesealipocli , c'est-à-dire, miroir de vapeur. C'est ainsi que nos frères pourront la remettre à vos paternités révérendissimes.

Voici de quelle manière nous nous y prenons pour instruire les Indiens dans la foi catholique. Nous avons des écoles de jeunes garçons, qui presque tous sont fils de grands seigneurs et que ces derniers nous confient pour les instruire. Ces enfants servent à leur tour de maîtres à leurs parents et aux autres Indiens. Dans beaucoup d'endroits nous en avons mille, dans quelques-uns jusqu'à deux mille; nous leur apprenons à lire, à écrire, à chanter et à jouer de divers instruments. Nous les faisons également étudier, car ils ont beaucoup de mémoire et de facilité. Toutes les nuits ils se lèvent avec les religieux pour chanter Matines, et le jour ils célèbrent avec eux tous les saints offices, aux heures canoniales. Bien que nous soyons ici en petit nombre , puisque nous ne sommes pas plus de deux cents en tout , et qu'à peine sommes-nous trois ou quatre réunis dans le même lieu, nous chantons néanmoins tous les jours la grand'-messe, et voici comment : le célébrant l'entonne, puis ces jeunes gens chantent le reste en musique, en s'accompagnant des orgues, de harpes, de flûtes et autres instruments, si parfaitement , que je ne crois pas , Mon Révérend- Père , qu'aucun chrétien ait jamais entendu si belle harmonie. En écoutant ces chants et ces instruments réunis, il nous semblait être au ciel et entendre la musique des anges. Chaque jour, lorsque nous célébrons l'office divin, plus de quatre-vingtsmille personnes, tant hommes que femmes, se réunissent autour de l'autel, afin d'y assister, les hommes restant séparés des femmes. En entendant le doux nom de Jésus, ils se mettent à genoux, et, lorsqu'on chante le Gloria Patri, ils se prosternent jusqu'à terre et se donnent la discipline comme les religieux. Quand nous les voyons s'humilier ainsi, nous ne pouvons retenir des larmes de joie, et nous rendons des grâces infinies au Seigneur plein de miséricorde et à notre rédempteur Jésus-Christ, qui daigne faire briller sa foi clans un si grand nombre d'àmes qui paraissaient perdues. Nous désirons bien souvent que vos Paternités liévérendissimes puissent un jour être témoins d'une aussi grande et aussi pure dévotion.

Quant à l'éducation des jeunes filles, nous avons fait venir d'Espagne un grand nombre de religieuses, presque toutes de notre tiers-ordre, qui les instruisent comme on fait en Espagne. Ces enfants récitent l'office de la Sainte-Vierge, avec les religieuses, et apprennent à filer, à coudre, à faire de la tapisserie et bien d'autres ouvrages de femmes. Elles sont, presque toutes, filles de grands seigneurs. On distingue, parmi elles, les deux filles du personnage le plus puissant de cette province. Elles disent, presque toutes , vouloir conserver une chasteté perpétuelle et sans tache, et , dans le fait, leur conduite est on ne peut plus exemplaire. Celles qui veulent se

marier épousent des jeunes gens instruits par nous dans la vraie foi, et ainsi se forment des familles de véritables chrétiens.

DU BAFTÊME.

Ces tribus ont tant de confiance en nous, qu'il ne faut pas de miracles pour les convertir. Quelquefois les chefs se présentent à la tête de trente ou quarante mille hommes pour se faire baptiser. Ils nous apportent leurs idoles, et pleurent leurs péchés avec tant d'amertume, que les pierres en seraient émues. Très-souvent ils nous emmènent dans leurs villes et villages, et leur dévotion est si grande que nous nous voyons forcés de quitter les plus voisins pour courir aux plus éloignés, afin de pouvoir tous les satisfaire. Avant de venir nous chercher, ils construisent des couvents dans leurs villes , afin que lions puissions y habiter avec toute commodité. Lorsqu'il nous est impossible de nous rendre à leurs prières, ils nous demandent au moins un de nos habillements, comme gage de notre promesse d'aller leur prêcher l'Evangile , lorsque nous serons plus nombreux. Rendus chez eux, ils remplissent cet habillement de paille et d'étoupes, et le placent dans leur temple sur l'autel, comme preuve que nous irons un jour les convertir. Ils viennent de cent lieues de distance (ce qui équivaut à troiscent-miiles), pour nous voir et nous entendre prêcher. Souvent quatrevingts et même cent mille personnes assistent à nos sermons, bien que beaucoup d'entr'eux ne puissent nous comprendre. Tous, hommes et femmes, riches et pauvres, portent une croix suspendue à leur cou, et nous confessent leurs péchés avec des larmes abondantes. Ils ont confiance en nous comme en des saints, et ne veulent pas de frères d'un autre ordre que le nôtre. Les chefs du pays ont même écrit au Saint -Père, par nos religieux, pour le prier de ne pas leur envoyer des prêtres séculiers, ni de frères qui ne soient pas des nôtres. Ils voudraient spécialement qu'ils fussent Italiens, car ils nous préfèrent aux autres nations. Voilà pourquoi je vous prie, mes très-chers Pères et très-chères Mères, de venir en aide à ces pauvres âmes, dont un grand nombre sera damné, et pourrait être sauvé par votre secours.

Nous prions Vos Ptévérences de nous excuser, auprès de nos parents, de ne pas leur avoir écrit; ce qui en est la cause, c'est que nous avons presque oublié notre langue maternelle. Nous vous prions aussi de montrer cette lettre à tous nos frères de notre province, afin de les encourager à venir nous rejoindre. Je me recommande toujours à leurs ferventes prières.

Votre fils en Jésus-Christ, FuÈiiE Ekaxçois de Bologne.

De Mexico (Nouvelle Espagne).

AXXALES DES MISSIONS FRAXCISCAIXES.

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